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Vers un Orient (au sens large) sans les Américains ! Voire, même, sans les Occidentaux ? [1]

| Guerre Vs DA’ECH | Questions à Jacques Borde |

Bon, c’est fait ! Quoiqu’en ait bougonné Jupi de Paris & ses clins d’œils appuyés au US Secretary of Defense sortant, le général (Ret) James Mad Dog Mattis, ou encore dame Merkel en marge de son grotesque sommet sur la sécurité, le Pentagone a bien acté la décision de repli en bon ordre des Américains de la Syrie & de l’Afghanistan. Paris ne s’étant pas fait en un jour, l’affaire prendra le temps que voudra bien lui donner un hêgêmon étasunien se repositionnant vers l’Asie. Deux grands perdants en vue pour ces deux spots du grand jeu : 1- les proxies kurdes de l’Occident ; 2- Paris & son Niais d’Orsay, de moins en moins cotés en ces Orients toujours aussi compliqués. Épisode 1.

| Q. Quant à la Syrie, ne trouvez-vous pas que Merkel a un peu raison et que Trump a un peu trop servi la soupe à Erdoğan ?

Jacques Borde. Oui et non. Oui. Dans la mesure où il y avait là un tentative de se rabibocher avec Ankara. Mais, est-ce vraiment une si grosse surprise ? Tout a un prix, finalement. Ce que ne devrait trop savoir la Bundeskanzlerin Angela D. Merkel, à la si logue habitude de s’aplatir devant le président turc, Reccep Tayyip Erdoğan et ses foucades.

| Q. Qu’entendez-vous par là ?

Jacques Borde. Plusieurs choses, comme toujours :

1- gouverner c’est prévoir. Faire l’ahurie, au premier sens du mot, comme Merkel prouve son abyssale incompétence : dès sa campagne électorale, le très jacksonien Trump nous avait charitablement averti de sa doxa isolationnisme. Sans parler de ses propos récurrents sur le sujet. Ou ceux tenus le 4 décembre 2018 par son US Secretary of State, Michael Richard Mike Pompeo. Etc., etc. !
2- rappelons à tous ceux réunis pour parler de la sécurité en Europe, que Donald J. Teflon Trump est le président des… États-Unis et des USA only. C’est dont les intérêts de son pays qu’il défend en premier lieu
3- que, depuis le vrai-faux golpe qui a visé Reccep Tayyip Erdoğan, la Turquie se détachait un peu trop de l’alliance étasunienne, il fallait bien une réaction, un coup de barre pour remettre la barque otanienne dans le creux de la vague qu’entendent lui conserver les États-Unis.

Rappelons à ceux que l’ont un peu trop vite oublié, qu’autour de Reccep Tayyip Erdoğan, des voix autorisées avaient vu dans ledit golpe le visant, la double mimine de :

1- Fethullah Gülen et son FETÖ1.
2- la méchante CIA.

Bon, toute cette petite remise sur les rails s’est faite sur le dos des Hêzên Sûriya Demokratîk (HSD)2. Par trop prévisible et attendu, reconnaissons-le.

| Q. La main de la CIA dans la culotte de Gülen et/ou des putschistes, vous y croyez vraiment ?

Jacques Borde. Assez peu. Mais, on ne prête qu’aux riches et la barbouzerie US a un lourd passif en coups tordus de ce type.

En fait, ce que je crois c’est que cette bonne vieille CIA s’est planté et n’a rien vu venir. Ce qui ne serait pas la première fois dans son histoire. Remarquez, au passage, que c’est la même CIA (en sus des gumshoes du FBI) dont le cloaca mediatica maxima démocrate nous demande de gober sans discuter tout ce qu’elle nous sort, à propos de Trump et de la Russie !

Par ailleurs, l’important n’est pas ce que je crois, mais, plutôt, ce que l’on en pense du côté du Bosphore !

| Q. Et Paris ?

Jacques Borde. Mais que pèse désormais la France en l’Orient compliqué où elle a fini par trahir et poignarder dans le dos ce qui lui restait d’amis ? Plus personne – exceptés les proxies du Hêzên Sûriya Demokratîk (HSD), qui, honnêtement, ne pèsent pas lourd géopolitiquement – ne veut de Paris dans la boucle.

Et, ça ne sont pas les réactions alambiquées du Niais d’Orsay ou les incantations hors-sol du président français, Emmanuel Macron, ou de son chef de la diplomatie, Jean-Yves Le Drian, qui y changeront quelque-chose.

Sans parler des risques que représentent cette manière de prendre d’aussi haut l’ami américain et ses décisions géostratégiques.

| Q. Mais pour quelles raisons ?

Jacques Borde. Parce que, pardi, nous menons largement nos guerres – qu’elles soient d’Afrique ou du Levant – avec un fort soutien opérationnel et/ou logistique étasunien. Munitions, kéro3, renseignements, etc. !

Or, si Paris compte continuer à jouer au gendarme là où se tiennent nos OPEX, est-il intelligent de jouer le roquet et de japper ainsi aux mollets du Commander-in-Chief du plus gros parc (simple exemple) de ravitailleurs en vol à même de biberonner nos dispendieux Rafale ?

Sans parler des dispositions belliqueuses, c’est le moins qu’on puisse dire, du président turc, Reccep Tayyip Erdoğan qui n’est pas un perdreau de l’année. Il serait temps que notre diplomatie – si diseuse et si peu faiseuse, entre nous – en prenne compte.

| Q. Là, vous noircissez le tableau ?

Jacques Borde. Comme je le dis toujours : les guerres on sait comment ça commence. Après !

| Q. Après quoi ?

Jacques Borde. Petits rappels à toutes fins utiles :

1- jusqu’à présent, les exploits (sic) de nos Mirage et Rafale face à nos ennemis supposés (DA’ECH, qui, visiblement, ne se porte pas si mal après nos frappes prétendues décisives), se sont faits dans un environnement idéal : zéro aviation de combat et défense antiaérienne anémique.
2- même nos frappes visant l’appareil militaire syrien ont eu lieu dans un environnement et un cadre relativement codifiés.
3- la Türk Hava Kuvvetleri (THK)4, est, avec la Heyl Ha’Avir Ve’Hahalal5 et l’Al-Qūwāt al-ğawwiyyah al-Malakiyyah as-Suʿūdiyyah (RSAF)6, la principale aviation de combat à opérer dans cette partie du ciel syrien où nos grossières prétentions à y jouer les faiseurs de pluie risquent de conduire nos appareils à de rencontres qu’ils pourraient regretter.

Sans parler des forces au sol, sans commune mesure avec les moyens limités dont disposera toujours la France dans cette partie de la Syrie.

À force de cracher en l’air !…

| Q. Que peut-il se passer entre Turcs et Américains ?

Jacques Borde. Entre eux et sur le terrain, vous voulez dire ? En fait, selon moi, pas grand-chose. C’est d’ailleurs une excellente chose que les forces en présence se coordonnent entre elles. Comme l’a annoncé Trump, cela permettra d’éviter des incidents. Il serait d’ailleurs souhaitable que la même coordination voit le jour avec l’Al-Jayš al-’Arabī as-Sūrī (AAS)7 qui est la force armée légale de la Syrie.

Cela sera toujours plus intelligents que nos forfanteries et autres tartarinades d’estrades pour tenter de nous faire passer pour ce que nous ne sommes, hélas, plus, au Levant, une voix sage et écoutée.

| Q. Au point où nous en sommes aujourd’hui, Paris doit-il aider les FDS kurdes ?

Jacques Borde. Non, absolument pas. Pour toute une série de raisons.

1- la question des Hêzên Sûriya Demokratîk (HSD) est une question intérieure syrienne qui ne nous concerne ni de près ni de loin.
2- nous n’avons pas les moyens militaire de cette ingérence.
3- en l’absence d’aval du machin8, nous ne disposons d’aucun mandat pour aller jouer les redresseurs de torts. Encore à prouver qu’il y a le moindre tort en la matière.
4- notre adversaire probable en cette lice aventureuse pourrait aussi bien être la Turquie de Reccep Tayyip Erdoğan !…

| Q. Et nous faisons pas le poids ?

Jacques Borde. Pas vraiment. De facto, la Turquie, outre son aviation de combat dont je vous ai déjà parlé :

1- est la première puissance militaires de l’OTAN.
2- sa Türk Silahli Kuvvetleri (TSK)9 a l’avantage du terrain, par sa continuité territoriale et sa profondeur stratégique.
3- dispose d’un véritable hinterland face aux proxies kurdes du HSD.

| Q. Des observateurs voient aussi dans la décision de Trump un deal avec Ankara qui va honorer d’importantes commandes d’armements ?

Jacques Borde. Possible. On parle d’un coup de fil entre Trump et Erdoğan, le 14 décembre 2018. Ce qui prouve que président américain, Donald J. Teflon Trump, a le sens des intérêts de son pays. Que je sache M. Trump n’est pas le président du Kurdistan. Pas plus que ne l’est Emmanuel Macron, qui se mêle de beaucoup des choses qui ne sauraient être de sa responsabilité.

| Q. Et sur l’Afghanistan, ces retraits, dont on nous dit qu’ils seront progressifs, ne risquent-ils pas de renforcer les Taliban et de constituer une menace pour les États-Unis ?

Jacques Borde. Si, très certainement. Et après ? Il serait temps de cesser de considérer l’Afghanistan comme le prolongement territorial de l’OTAN. Où tous ses pays-membres ont pour obligation géostratégique d’aller y faire tuer leur jeunesse.

| Q. Et la menace ?

Jacques Borde. Quelle menace ? Rappelons les choses suivantes, les Taliban – leur doxa détestable n’étant pas là la question – :

1- sont, et restent, une force nationale afghane.
2- n’ont pas, contrairement à Al-Qaïda et/ou Al-Dawla al-Islāmiyya fi al-Irāq wa al-Chām (ISIS/DA’ECH)10, de volontés hégémoniques marquées ni de tendance au prosélytisme au-delà de leurs frontières.
3- ont des capacités avérées (même si ce ne sont pas les nôtres) à gérer les territoires sur lesquels ils mettent la main, de gré ou de force.
4- ont les plus grandes chances d’être la première puissance politique afghane.

[à suivre]

Notes

1 Ou Gülen Hareketi ou Gülen Cemaati. L’appellation PDY/FETÖ est celle choisie par l’administration Erdoğan.
2 Ou Forces démocratiques syriennes (FDS) en français.
3 Kérosène.
4 Armée de l’Air turque.
5 Armée de l’Air israélienne, anciennement dénommée Sherut’Avir.
6 Royal Saudi Air Force, armée de l’Air séoudienne.
7 Armée arabe syrienne.
8 L’ONU, pour reprendre le général de Gaulle.
9 Forces armées turques.
10 Ou ÉIIL pour Émirat islamique en Irak & au Levant.

 

A Propos Jacques Borde

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