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Bruxelles Vs Rangoon : Vieilles lunes municho-takfirî Vs Stratégie d’anéantissement [2]

| Guerre Vs DA’ECH | Questions à Jacques Borde |

2019 : Il est temps d’appeler un chat un chat, deux sortes de viae s’opposent en matière d’éradication de la terreur takfirî : 1- celle(s) qui, de toute évidence, ne mène(nt) nulle part & qui sont, par leurs degrés divers, celles de notre vieux continent, que ce soit en Europe ou au Sahel (lorsque conduites par Paris). 2- celle qui marche. En clair, la Stratégie d’anéantissement de l’ennemi mise en œuvre par le Myanmar (ou Birmanie). Or, en dépit de résultats qui ont abouti à la disparition quasi-totale de la franchise locale de DA’ECH, le Harakah al-Yaqin-ARSA1, l’usine à gaz européenne toujours aussi incapable de juguler la moindre éruption de terreur armée sur son sol, persiste à chercher des poux dans la tête à une administration birmane dont les modes opératoires ont démontré leur étonnante efficience. Les diseux Vs les faiseux, en quelque sorte. Épisode 2.

| Q. Qu’est-ce qui vous fait dire que les choix militaires de la France ne mènent à rien au Sahel ?

Jacques Borde. Deux choses assez simples à comprendre.

Primo. La terreur takfirî qui, depuis que nos forces interviennent au Sahel, loin de régresser, a fait tâche d’huile et touche de plus en plus de pays. Drôle de victoire, non ?

Secundo. Les buts de guerre français eux-mêmes. Tels qu’énoncés avec emphase par François Hollande, puis par son successeur, Emmanuel Macron, il s’agissait bien de casser les reins des terroristes takfirî et de les condamner à une quasi-disparition ou à une errance peu glorieuse. En dépit des coup portés, il n’en a rien été et c’est à bien plus que de la résilience que nous assistons de la part des groupes terroristes.

| Q. Vous n’êtes guère tendre pour les militaires français ?

Jacques Borde. Pas du tout. À l’impossible nul n’est tenu. A fortiori, nos militaires chevauchant encore des engins blindés (VAB) du double de leur âge et, trop souvent, contraints de payer de leurs propres deniers une partie de leur équipement. Relisez tout ce qu’a pu dire le général (2S) Vincent Desportes2, notre armée est à l’os et se disperse beaucoup trop. Comment ?

1- Vigipirate, notamment, consume lentement et inutilement nos moyens militaires limités. Dans un pays disposant d’autant de fonctionnaires (et militaires, nos gendarmes) dédiés à la sécurité intérieure3, il faut un seuil d’incompétence étatique himalayen (ou plutôt jupitérien) pour arriver à aussi peu de résultats.
2- nos maigres forces n’ont, suivons l’exemple du retrait choisi par Trump, plus rien à faire sur des fronts extérieurs comme l’Afghanistan, l’Irak ou la Syrie.

Je l’ai dit et vous le redis, si OPEX il doit encore avoir, concentrons-nous sur la Bande Sahélo-saharienne (BSS) où, si nous nous privilégions non pas une stratégie de coup d’épingles mais une Stratégie d’anéantissement peu ou prou similaire à celle de Tatmadaw en Asie, nous pouvons espérer engranger des succès majeurs et durables.

Mais, nous en sommes loin.

| Q. Pourquoi ?

Jacques Borde. Prenez, le dialogue national (sic) initié par l’administration Macron sur des thèmes de société et de gouvernance majeurs. En a a été exclu, par avance et de manière totalement arbitraire, la problématique de la peine de mort. Pourtant déterminante lorsqu’on parle du terrorisme nazislamiste et la manière d’y faire face.

| Q. Délicat, vis-à-vis de Bruxelles ?

Jacques Borde. Alors, il faut savoir ce que l’on veut : tuer l’ennemi takfirî au Sahel, à coupe de drones, de bombes, d’artillerie, etc., mais l’épargner sur le sol national.

Puisque la vie des terroristes takfirî semble avoir plus d’importance que celles de nos compatriotes, aux yeux de ceux qui nous dirigent, alors nommons ceux que nous combattons (sic) à la mesure de notre doxa. En clair, cessons d’user du terme DA’ECH, pour qualifier notre adversaire. En effet, Al-Dawla al-Islāmiyya fi al-Irāq wa al-Chām (ISIS/DA’ECH)4 étant de son propre aveu, un… État, il conviendrait, dès lors, de lui appliquer la réciprocité qui est la règle de base des relations internationales : DA’ECH tue les nôtres, alors tuons les siens. Mais, légalement, en remettant en vigueur la peine de mort !…

| Q. Mais comment appeler DA’ECH, alors ?

Jacques Borde. Oh, comme on voudra : terroristes, combattants armés, Contras5 au Levant, les méchants, les pas-gentils, etc. ! Quitte à être ridicules, autant l’être jusqu’au bout.

| Q. Et, puisque nous y sommes : à propos de Strasbourg quid des responsabilités des uns et des autres ?

Jacques Borde. Outre son auteur, successivement :

1- Al-Dawla al-Islāmiyya fi al-Irāq wa al-Chām (ISIS/DA’ECH), en tant que source d’inspiration de 99% des Fichés S.
2- quelque part aussi l’État, vu que pour son malheur et le nôtre en quelque sorte, il a la responsabilité de notre sécurité au quotidien et qu’il a été, une fois encore, dans l’incapacité de l’assurer. Le fait que le job ne soit pas aisé n’y changeant rien.
3- les phénomènes migratoires de masse et, forcément par là, tous ceux qui y ont contribué, de près ou de loin. Car, comme l’avait confié Abouna6 Najib Michael à Frédéric Pons, à propos de l’aveuglement de notre Vieille Europe, « des flots de musulmans radicaux sont arrivés en Europe à la faveur de ces migrations clandestines »7.
4- comme pour tous les autres qui ont précédé, tous ceux qui ont fait preuve de complaisance, voire de complicité, avec la terreur takfirî.

| Q. Et, là, vous pensez nécessairement à quelqu’un, non ?

Jacques Borde. Ce, qu’à titre personnel, je pense n’a pas une grande importance. Mais, ici, comment ne pas rappeler ce que le lieutenant-général Michael T. Flynn8, ex-Assistant to the President for National Security Affairs, avait dit sur Al-Jazeera à propos du rôle de l’administration US précédant celle de Trump : « Washington a fait exprès de ne pas stopper l’émergence de l’État islamique (…). Je pense qu’il s’agit d’une décision volontaire ».

| Q. Jusqu’où ?

Jacques Borde. Là, est aussi la question.

Pour Maria Saadeh, député indépendante syrienne, « Un plan organisé de l’extérieur depuis dix ans s’est déclenché en 2011, aidé, financé, manipulé par des fonds venus du Golfe, notamment d’Arabie Séoudite »9.

| Q. De quelle manière plus précisément ?

Jacques Borde. Citons encore Maria Saadeh qui nous parle de « l’apparition soudaine d’armes et d’argent dans les mains de certains groupes de la rébellion le confirme. Oui, il y a eu un plan destiné à fracturer la société civile » syrienne10.

Lorsque Mgr. Ignace Joseph III Younan évoque la question, il note que « … la Syrie comme l’Irak », ont été « sacrifiés sur l’autel de l’opportunisme géopolitique. Les leaders européens ont laissé la Méditerranée aux mains des Américains, dont l’objectif était non de protéger les droits de minorités, mais de faire plaisir aux émirats pétroliers »11.

Et, pour le cas, « les livraisons d’armes aux rebelles, entre 2012 et 2014, ont été le carburant qui a accéléré la combustion de la Syrie et activé le génocide des minorités, notamment chrétiennes »12.

| Q. Et, selon vous, tout ceci a pavé le lit de la terreur takfirî  ?

Jacques Borde. Oui, sans aucun doute. Le diable est toujours dans ce genre de détails, vous savez. Laissez-moi vous donner deux exemples :

1- en Syrie d’abord : toutes les grandes manifestation d’opposition (sic) en 2011, avait un point en commun : elles démarraient toujours après la grande prière du vendredi. Jamais après la messe.
2- en France ensuite : l’immense majorité des manifestations de soutien à l’opposition (sic) syrienne, puis celles aux groupes armés takfirî, se terminerons toujours par des violences de rue (voitures brûlées notamment) et des appels au meurtre contre nos compatriotes juifs. Et, dans les cas les plus extrêmes, par des Après-midis de Cristal les visant ainsi que leurs biens.

| Q. Revenons à la Birmanie. À vos yeux, ce pays est bien un modèle à suivre ?

Jacques Borde. Un arbre se juges à ses fruits. Donc, apparemment, oui. Tout baigne ! Tatmadaw, merci à elle, a assuré le job.

Conceptuellement, il y aurait quelque-chose d’aberrant, d’effrayant même, à ne pas se pencher de manière analytique sur la seule stratégie qui a fait ses preuves dans le traitement de la terreur takfirî. Et ce, en si peu de temps.

Maintenant, gageons qu’au-delà des postures indignées de certains et la courte vue de notre exécutif la rapide guerre de Yangoon contre le très DA’ECHien Harakah al-Yaqin-ARSA a dû plus que mobiliser les esprits militaires de la planète. Le contraire serait étonnant, non ?

| Q. Il n’y a pas eu de menaces de la part de la mouvance takfirî depuis la défaite de l’ARSA ?

Jacques Borde. Si, bien sûr. « Le traitement barbare infligé à nos frères musulmans ne restera pas impuni » avait affirmé un communiqué d’ Al-Qaïda, selon SITE Intelligence Group spécialisé dans la surveillance des activités en ligne des groupes extrémistes.

« Le gouvernement de la Birmanie va goûter ce qu’il fait goûter à nos frères musulmans (…). Nous appelons nos frères combattants au Bangladesh, en Inde, au Pakistan et aux Philippines à se rendre en Birmanie pour aider nos frères musulmans et entreprendre les préparatifs nécessaires pour résister à cette oppression » avait ajouté Al-Qaïda.

À ce jour, les émules takfirî ont préféré en rester là. Touchons du bois.

Notons, par ailleurs, que Yangoon a reçu le soutien des capitales de la région pour son traitement ô combien efficace de la question du terrorisme takfirî.

Comme quoi !…

Notes

1 Ou Arakan Rohingya Salvation Army (ARSA), mouvement terroriste takfirî lié à DA’ECH et dirigé par Ataullah Abou Ammar Jununi.
2 Ex-patron du Centre de doctrine d’emploi des forces (CDEF), ancien directeur de l’École de guerre (ex-Collège interarmées de Défense), Professeur associé à Sciences Po. Paris, diplômé de l’United States Army War College (équivalent US du Centre des hautes études militaires de l’armée de Terre).
3 Sans parler de l’expertise majeure de nos SR, malheureusement utilisés en dépit du bon sens.
4 Ou ÉIIL pour Émirat islamique en Irak & au Levant.
5 Historiquement, les groupes armés pro-US combattant le pouvoir sandiniste au Nicaragua.
6 Père (au sens de religieux) en arabe.
7 In Le Martyre des Chrétiens d’Orient, Portraits & témoignages, Frédéric Pons, p.133, Calmann-Lévy, 2017, ISBN. 978-2-7021-5891-3.
8 Ancien directeur, de 2012 à 2014, de la Defense Intelligence Agency (DIA, Agence du Renseignement militaire), répond aux besoins du président des États-Unis, du US Secretary of Defense, du Joint Chiefs of Staff (JCS, Comité des chefs d’état-major interarmées).
9 In Le Martyre des Chrétiens d’Orient, Portraits & témoignages, Frédéric Pons, p.30032, Calmann-Lévy, 2017, ISBN. 978-2-7021-5891-3.
10 In Le Martyre des Chrétiens d’Orient, Portraits & témoignages, Frédéric Pons, p.334, Calmann-Lévy, 2017, ISBN. 978-2-7021-5891-3.
11 In Le Martyre des Chrétiens d’Orient, Portraits & témoignages, Frédéric Pons, p.300, Calmann-Lévy, 2017, ISBN. 978-2-7021-5891-3.
12 In Le Martyre des Chrétiens d’Orient, Portraits & témoignages, Frédéric Pons, p.300, Calmann-Lévy, 2017, ISBN. 978-2-7021-5891-3.

 

A Propos Jacques Borde

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