Accueil / Verbatim / Paris & ses Returnees ! Ou l’Art de se tirer une balle dans le pied !… [1]

Paris & ses Returnees ! Ou l’Art de se tirer une balle dans le pied !… [1]

| Guerre Vs DA’ECH | Questions à Jacques Borde |

Pas plus que l’Europe des 28 (ou 27, peu importe) n’a été à la mesure de notre guerre contre la terreur takfirî, ses États-membres semblent, aujourd’hui, tout autant incapables de prendre le retour des soldats du califat dans les pays dont ils issus, pour ce qu’il est : à savoir la projection par DA’ECH & Al-Qaïda, d’une part non négligeable ce ce qui leur reste de combattants aguerris sur cet autre front du djihâd qu’est la velléitaire & vieille Europe. Ici, Bis repetita plagions encore (de mémoire toute relative) ce diplomate US expérimenté qui nous interpellait : « Vous avez aimé Beyrouth, vous aimerez Mog1 », & risquons-nous à dire : « Vous avez aimé Raqqa, vous aimerez Trappes2 » ! épisode 1.

| Q. Aucune forme d’entente en vue pour traiter le problème des revenants ou Returnees des fronts du djihâd syrien et/ou irakien pour les Européens que nous sommes, vous en déduisez quoi ?

Jacques Borde. À la lumière de ce qu’il en est, pour l’instant, je relève un point positif : le maintien par les Américains du site de Guantanamo comme structure de pointe dans la lutte contre la terreur takfirî.

Après tout, ne serait-ce pas une option à étudier comme structure d’accueil et de traitement (sic) de nos Fichés S ainsi que de nos revenants (Returnees) des fronts de Syrie et d’Irak que des les y expédier ? Même si, bien sûr, ma préférence va toujours à un traitement sur place, plus direct, par les autorités ad hoc irakiennes et syriennes.

| Q. Pas un peu gênant vis-à-vis de la Syrie ?

Jacques Borde. Pas le moins du monde. Je vous rappelle que, contrairement aux humeurs du Niais d’Orsay :

1- la Syrie, n’en déplaises aux pontifes onanistes du droit-de-l’hommisme, est toujours membre à part entière du concert des nations en tant qu’État-membre des Nations-Unies.
2- il existe bien des instances judiciaires valides, sises à Damas.
3- en l’espèce, les traités bilatéraux nous liant à Damas n’ont pas été abrogés et restent donc valides.

| Q. Quid des enfants, alors ?

Jacques Borde. Par enfants, je suppose que vous voulez parler, entre autres, des Returnees mineurs. Je ne suis pas spécialiste de ces questions. Je préfère donc vous citer ce passage repris d’un internaute sur Facebook :

« …c’est tendre comme de l’artichaut de s’apitoyer devant le retour des petits enfants de djihâdistes, en se disant que ces pauvres petits gamins, il faut les reprendre, ils sont très jeunes, entre trois et sept ans, pour la plupart, qu’ils sont les plus nombreux dans ceux qui vont rentrer de Syrie et qu’il faut leur donner une chance. C’est raisonner avec son cœur et si ça peut être louable, la réalité est tout autre. Trois à sept ans, c’est l’âge de l’imprégnation et des modèles identificatoires. L’âge où cet exemple des adultes proches est le plus puissant et entre le plus profondément, l’âge où se forme puissamment l’identité de l’enfant, où le bain culturel familial imprègne durablement les personnalités des petits. Il n’y a aucune raison objective, autre que sentimentale, de penser que nous ne risquons rien à accueillir des gamins de djihadistes de retour de Syrie, c’est même tout le contraire. Ils seront immanquablement, d’ici quelques années, à la recherche de leur histoire familiale, de leur périple, de leur tragédie, avec un risque non négligeable de les épouser et de les reproduire. Alors bien sûr, certains parleront de résilience, cette voie qui permet à un petit être en devenir, ou à un être victime d’un grave traumatisme, de trouver une sortie, de surmonter un destin. Oui et en pourcentage, ça concernera combien d’individus ? Peu et sans doute même, très peu. Si l’humanisme des élites modernes, consiste à accueillir et prendre soin de son futur bourreau, il y a peut être une limite au jeu de la roulette russe… ».

Que dire de plus ?

| Q. Donc, revenons à l’essentiel : selon vous, ces Returnees vont poser problème ?

Jacques Borde. Oh, que oui, la plupart d’entre eux en tout cas ! Comme l’a d’ailleurs souligné Gilles Kepel, qu’on soupçonnera difficilement d’idées radicales ou extrêmes, « Les contribuables n’ont pas particulièrement vocation à faire en sorte que des djihâdistes qui voulaient les tuer soient nourris, logés, blanchis et au chaud ». Autant de bombes à retardement, lâchés, libres comme l’air, dans les rues une fois leur peine (sic) effectuées.

Se pose, donc, la manière dont la France va gérer le retour de ces bombes à retard programmé, en particulier dans le milieu carcéral.

Or, rappelle Kepel, « Aujourd’hui, on a déjà plusieurs centaines djihâdistes en prison, et on ne sait pas très bien quoi en faire. Pendant toute une époque, ils ont été dispersés parmi les détenus de droit commun et se sont livrés à un prosélytisme très important. Puis l’administration les a regroupés dans des unités dédiées, qui sont devenues des sortes d’ENA du djihâd. Aujourd’hui, cette idéologie reste très présente dans les prisons françaises ».

Des propos qui nuancent fortement, lunaires, de la ministre de la justice, Nicole Belloubet, prétendant que « Lorsque nous sommes face à des détenus de ce type, il y a une évaluation de leur dangerosité, il y a un placement dans un quartier étanche. À leur sortie, il y a évidemment un suivi extrêmement strict par les Services de Renseignement territoriaux ».

Dès lors, selon Kepel, l’arrivée de ces nouveaux contingents de takfirî, « qui sont les durs des durs » et sont donc « auréolés de gloire » dans le milieu islamiste, va être un « facteur de déstabilisation qui nécessite une prise en compte importante de la part de l’administration pénitentiaire, et une réflexion de la justice. Or, pour l’instant, on n’est pas tout à fait au point ».

| Q. Mais que faire de ces terroristes takfirî comme vous les appelez, chez nous, je veux dire ?

Jacques Borde. S’en débarrasser, tout simplement !

Comme l’a dit Me. Gilbert Collard, « On joue à la roulette djihâdiste, il n’y a pas de solution si ce n’est mener une lutte d’élimination (…). Moi le djihâdiste je le tue (…) je n’ai aucune pitié pour ces gens là ! ».

D’accord à 200%. les Israéliens qui ont une longue expertise de ces choses-là parlent de Sikul memukad.

| Q. Quid ?

Jacques Borde. Ce qui deviendra la Sikul Memukad ou prévention ciblée3, si l’on se réfère à la terminologie officielle, a été mise en place à la suite de la Tragédie de Munich qui vit la disparition, dans des circonstances non entièrement encore élucidées à ce jour4, de l’équipe des onze athlètes israéliens venus participer aux Jeux Olympiques de 1972. Suite à ce drame, c’est bien le Ha’Mossad Ley’Modi’in u-lé Tafkidim Méyuh’Adim (MOSSAD) qui, sur instruction expresse du Premier ministre israélien de l’époque, Golda Meir, va mettre sur pied un groupe, issu de son service action, le Kidon, appelé la Colère de D[ieu]. Mission de ces hommes de l’ombre éliminer physiquement les responsables palestiniens impliqués5 dans la Tragédie de Munich.

| Q. Donc, chez les Israéliens, tout part de Munich, vous voulez dire ?

Jacques Borde. Oui et non, en fait. Pour être complet, il faut signaler que les Israéliens n’ont pas attendu les années 70 pour éliminer leurs adversaires. Dès juillet 1952, les SR israéliens procédèrent à des envois de courriers piégés. Il s’agissait de livres piégés remis, de la main à la main, aux cibles par des agents doubles.

Furent ainsi visés le patron des Renseignements militaires égyptiens pour Gaza, le colonel Mustafa Hafez, responsable aux yeux d’Israël des opérations de Fedayin dans cette zone. Mais également l’attaché militaire égyptien à Amman, le colonel Salah Mustafa, lui aussi impliqué dans l’envoi de Fedayin sur le front.

| Q. Depuis, ça a évolué, je suppose ?

Jacques Borde. Oui, beaucoup. Plus généralement, à ces fins de liquidation préventive, Tsahal a créé des unités spéciales opérant clandestinement, côté palestinien, dont le rôle est de mener des missions de reconnaissance et de Renseignement. Elles sont confiées à des Israéliens séfarades parfaitement à même de se faire passer pour des Palestiniens qui, s’infiltrant pour de courtes missions et habillés comme la population locale, d’où leur nom de Mist’Aravim, conduisent principalement des missions de repérage et de marquage de cibles. Et, parfois, des enlèvements et des exécutions6.

Aujourd’hui, la frappe est, le plus souvent, déléguée à des hélicoptères d’assaut, type AH-64D Apache, voire à l’Heyl Ha’Avir pour les plus lourdes qui sont, alors, menées à bien par des F-16C/D Falcon. Le tout étant d’agir vite. Les militaire appellent ça réduire la Boucle OODA7. Autrement dit, frapper vite et fort. Ce que font d’ailleurs nos militaires au Mali avec leurs Mirage 2000D.

Ah, oui, la Boucle OODA est aussi appelée Cycle de Boyd.

[à suivre]

Notes

1 Mogadiscio. Citation de mémoire & approximative : les noms de villes ne sont pas forcément les bons ; mais l’idée demeure…
2 Ou toute autre ville de votre choix.
3 Deviendra, parce qu’à l’évidence, la traque des responsables de la Tragédie de Munich était autant réactive que préventive.
4 Le rôle de la police et des autorités allemandes, notamment.
5 Réellement ou réputés tels.
6 En fait, pour des raisons assez faciles à comprendre, ces éléments arabes et/ou arabisants sont davantage nécessaires à des missions d’immersion qu’aux opérations de décapitation elles-mêmes.
7 Ou OODA Loop, en anglais. Concept inventé par le pilote de chasse John Boyd de l’US Air Force (USAF) en 1960 pour conceptualiser sa facilité à battre ses élèves lors de simulations de combats aériens, en itérant rapidement quatre processus : Observe, Orient, Decide & Act. En français : Observer, s’orienter, décider & agir.

 

A Propos Jacques Borde

Consulter aussi

Occident : Derrière le Kulturkampf, l’enracinement de l’antisémitisme ?

| Guerre Vs DA’ECH | Questions à Jacques Borde | L’Affaire Finkelkraut & les incessantes …

Ce site utilise des cookies. En acceptant ou en poursuivant votre visite, vous consentez à leur utilisation .

Les paramètres des cookies sur ce site sont définis sur « accepter les cookies » pour vous offrir la meilleure expérience de navigation possible. Si vous continuez à utiliser ce site sans changer vos paramètres de cookies ou si vous cliquez sur "Accepter" ci-dessous, vous consentez à cela.

Fermer