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Canon à neige à La Mongie & Canon à eau à Paris : Quid de la Sécurité intérieure en Absurdie ? [1]

| France | Gilets jaunes | Questions à Jacques Borde |

Les manifestation récentes des Gilets jaunes ou, plutôt, les incidents qui se nouent en leur sein et/ou à leur périphérie, via ceux qu’on nomme les Black Blocs, viennent nous rappeler, qu’aux côtés de la violence takfirî, existent d’autres formes d’engagements & de terrorisme urbain, à peu près aussi mal appréhendées & gérées par les pouvoirs publics. Violence par ailleurs, observée de loin (La Mongie) par le chef de l’État. Version mise à jour d’un article consacré au Maintien de l’ordre & Affrontements de basse intensité. Épisode 1.

« Nous avons à faire avec des milices ultra radicalisées d’extrême-gauche que tout le monde connaît depuis les forums sur la mondialisation. Ils parcourent la planète pour se fixer sur les abcès. En Allemagne, les manifestations sont beaucoup plus violentes, sans compter les émeutes dévastatrices de Grande-Bretagne. Et souvenons nous des années de plomb en Italie, des Brigades rouges, de l’Armé rouge japonaise et d’Action Directe…Non, la seule question est; pourquoi on les laisse faire ? Pourquoi 90.000 flics sont incapable de juguler 1.500 personnes. Apparemment, tous les partis sont en train de demander un commission parlementaire. Car ils s’étonnent tous de cet État de fait. Dont, et surtout, des syndicats de police… Il n’est pas question pour moi d’incriminer les policiers, mais la stratégie cynique d’un gouvernement aux abois et stérile ».
Alain Attal, sur sa page Facebook.

| Q. Entrons dans le vif du sujet : quel regard portez-vous sur les groupes d’activistes type Black Bloc ?

Jacques Borde. D’un point de vue technique – je ne m’intéresse guère à leurs idées, désolé – il convient de leur reconnaître une technicité certaine des méthodes de guérilla urbaine. Ils sont très mobiles et réactifs. Et, parfaitement rodés depuis le temps face à un adversaire englué, lui, dans une stratégie et des tactiques dépassées à 99%.

Tant qu’ils ont affaire à des forces aux méthodes qui ont connu assez peu d’évolution, sauf en termes de protection des personnels et de l’usage des controversés LBD-40, disons qu’ils gardent la main et l’avantage.

| Q. Adversaire ? À qui pensez-vous ?

Jacques Borde. Aux États, dont le nôtre pardi. Une guerre, quelle que puisse être son intensité, basse, moyenne ou haute, doit être appréhendée de manière dynamique.

Prenons un exemple : les forces américaines qui débarquent en Normandie en 1944 n’ont plus rien à voir avec celles qui ont eu à subir le choc de l’aéronavale japonaise le 7 décembre 1941. Grand Dieu, à part quelques aménagements cosmétiques, pourquoi nos États combattent-ils un adversaire selon une praxis élaborée dans les années 80 ?

| Q. Donc vous les prenez au sérieux ?

Jacques Borde. Il ne faut jamais sous-estimer qui que ce soit. Oui, je les prends au sérieux. D’autant que les des Black Blocs, eux, n’ont jamais cessé d’évoluer et de progresser tactiquement. La question est, plutôt, de savoir, si les pouvoirs publics, eux, en font autant.

| Q. Quelles sont leurs limites ?

Jacques Borde. Les Black Blocs ? Pour l’instant, ceux auxquels nos forces de sécurité ont affaire semblent surtout être familiers, de par leurs confrontations, de nos polices européennes. Donc, des forces de l’ordre :

1- assez bridés dans leurs praxis opérationnelles. Étrangement, tous les vrais journalistes1 présents, le 16 mars sur les Champs Élysées, auront noté la quasi-disparition du LBD-40 pour combattre les Black Blocs. Pour quelles raisons obscures et difficilement avouables, serait-on en droit de penser ? À moins qu’il ne faille, là, parler d’un hidden agenda en bonne et due forme…
2- utilisant les mêmes méthodes depuis des années.

Donc, rien ne dit qu’ils garderaient, je parle des Black Blocs bien sûr, leur avance tactique face à des forces de l’ordre montant en gamme. Mais, ce qui n’est pas pour demain.

| Q. Donc, ils sont efficaces, selon vous ?

Jacques Borde. Dans le cadre actuel du maintien de l’ordre, tel que pratiqué dans la plupart des pays occidentaux, oui. Très efficaces même.

Mais vous noterez que cette efficacité est quasi nulle dans certains États nord-américains où, depuis peu, la police réagit très vite, très énergiquement et, est elle-même très mobile. Et où toute menace majeure peut déboucher sur la mise en œuvre d’armes à feu parfaitement létales.

Idem en Israël. Où, notamment, le Mishmar Ha’Gvul (MA’GAV, police des frontières israélienne) intervient avec des méthodes beaucoup plus musclées.

Sans parler d’un Renseignement intérieur prompt à étouffer les menaces dans l’œuf.

| Q. Mais c’est une forme de violence récente ?

Jacques Borde. Pas du tout, en fait. Même si c’est ce qu’essaient de nous faire croire des media (sic) aux ordres. Et, c’est bien ça le pire. Les origines des Black Blocs remontent aux Autonomes de Berlin-Ouest au début des années 1980.

Quant au terme de Black Bloc lui même, il nous vient de la STASI2 est-allemande qui surnommait ainsi les groupes d’anarchistes ou d’autonomes, cagoulés et vêtus de noir. La STASI a disparu. Pas les Black Blocs

Le Black Bloc gagnera en notoriété au fil des ans :

1- manifestations contre la 1ère Guerre du Golfe (1991).
2- 1999, Contre-sommet de l’OMC à Seattle.
3- manifestations contre les G8 à Gênes en juillet 2001.
4- Évian en 2003.
5- Heiligendamm en 2007.
6- Contre-sommet de l’OTAN à Strasbourg en avril 2009.

Donc difficile de prétendre qu’on a affaire à quelque chose qui nous surprenne vraiment.

| Q. Récemment, il y a eu des reproches assez sévères adressées au ministère de l’Intérieur ?

Jacques Borde. En France, oui, effectivement. Des CRS, il y a quelques temps déjà, ont fait plusieurs reproches à leur hiérarchie.

1- le fait que cette hiérarchie ne soit guère présente à leur côté. En première ligne, je veux dire.
2- des ordres d’encaisser sans bouger et de laisser faire jusqu’à l’absurde. Certains parlant même de mise en danger de la vie des personnels engagés sur le terrain.
3- l’interdiction de recourir à des armes comme les lance-grenades de 40 mm. Interdiction qui a été levée pour (tenter de) juguler le mouvement dit des Gilets jaunes, mais dans un cadre discutable et extrêmement dur à saisir.

Le choix le plus juste serait de mettre entre parenthèse le recours à ce type d’arme, dans la mesure où les Black Blocs n’ont pas droit aux tirs massif et peu discriminés de LBD-40.

| Q. Je vous vois soupirer…

Jacques Borde. Oui, pour deux raisons :

Primo. Ces reproches reflètent une bonne part de la réalité. Mais vous savez, je connais aussi des officiers qui savent être très prêts de leurs hommes. Évitons donc de généraliser.

Secundo. Une arme n’est jamais la panacée. Le 40 mm, pas plus que les autres. Certes, cette arme extrêmement précise entre les mains de personnels entraînés est une solution. Mais, elle peut aussi causer de gros dégâts. Et, surtout, son usage ne prendra tout son sens qu’associé à de nouvelles tactiques et de nouvelles règles d’engagement. Donc, pas demain la veille…

| Q. Que voulez-vous dire ?

Jacques Borde. Que, dans le cadre politique actuel, nos forces sur le terrain (CRS, Gendarmerie mobile, etc. peu importe) resteront cet élément entre le marteau et l’enclume sur lequel se défaussent ad aeternam les pouvoirs publics. Pas de vagues et, surtout, pas de victimes de l’autre côté ! C’est que ce l’on appelle le Syndrome Malik Oussekine. Qui, de toute évidence n’est pris en compte pour n’épargner que les Black Blocs et pas les Gilets jaunes qui, eux, souffrent d’une étrange exceptionnalité dans la rigueur.

| Q. Syndrome Malik Oussekine. C’est-à-dire ?

Jacques Borde. Le 6 décembre 1986 à Paris, en marge d’une manifestation étudiante contre le projet de réforme universitaire Devaquet, Malik Oussekine, étudiant franco-algérien à l’École supérieure des professions immobilières (ESPI), souffrant d’une sévère insuffisance rénale, décède après avoir été rattrapé et roué de coups par des Voltigeurs

| Q. Voltigeurs ?

Jacques Borde. Des policiers montés à deux sur une moto tout-terrain, l’un armé d’un bidule, grande matraque de bois dur, qui ont comme mission de « nettoyer » les rues après les manifestations. Ce corps de police fut dissous à la suite de l’affaire.

Une triste affaire qui résume bien les aléas du maintien de l’ordre…

| Que faut-il faire ?

Jacques Borde. Il n’existe jamais de solution miracle. J’ai moi-même un passé étudiant assez affirmé, disons. Le Bidule je connais ! Et de près. Rattrapé et neutralisé (sic), vous vous mettez en boule et attendez que ça passe. En règle générale, vous avez des bleus pour une bonne semaine. Bien répartis par un pro, cela vous laisse des courbatures qui vous tiennent à l’écart des manifs un certain temps. Malik Oussekine n’a pas eu de chance. Mais il est évident que les Voltigeurs n’avaient absolument pas d’intention homicide à son égard.

Les 40 mm c’est un peu la même chose. L’arme est précise mais : le stress, une mauvaise visée, un coup de doigt, comme disent les tireurs, et vous pouvez basculer dans le drame…

| Q. Et que fait-on, alors ?

Jacques Borde. C’est bien là le hic : rien ! C’est ce que disait déjà, en 2016, le lieutenant-colonel Stéphane Bras3, « En évitant le contact physique on évite les blessés du côté des forces de l’ordre et des manifestants, ça reste le principe majeur ». À l’exception des Gilets jaune, éborgnées par dizaines de dizaines…

Plus généralement, le problème c’est qu’aujourd’hui, on a, d’un côté :

1- des Black Blocs, parfaitement organisés, qui cherchent un affrontement dont ils connaissent parfaitement les codes et les limites imposées aux forces de l’ordre.
2- un État qui ne se résout pas à l’emploi de nouvelles praxis : le fameux Syndrome Malik Oussekine.

Et, au bout du bout :

1- d’un côté, des policiers, des gendarmes et des CRS que l’on préfère voir encaisser des coup de plus en plus rudes. Quitte à être brûlés vifs.
2- des Gilets jaunes sur lesquels, on n’hésite plus à lancer des BAC4 particulièrement rugueuses (sic) mais dont le rôle n’a jamais été d’encadrer et de réprimer des manifestations de rue de ce type.

Tout ceci pendant que :

1- des policiers épuisés, envoyés au casse pipe, se suicident par dizaine…
2- les Gilets jaunes se voient estropiés, mutilés et condamnés par centaines…
3- les Black Blocs et autres Antifas qui brûlent et pillent, sont épargnés depuis tant d’années…
4- les campagnes se meurent, que les Champs Élysées sont dévastés, que la tension est à son comble dans un pays qui sombre…
5- ton ministre de l’intérieur s’adonne à ses p’tites soirées coquines (sic)… et ton président fait du ski avec madame.

En un mot, comme en cent : bienvenue en Absurdie…

[à suivre]

Notes

1 RAI, RT, etc., à l’exclusion des zozos main stream de France-24, BFM-TV, entre autres…
2 Ou Ministerium für Staatssicherheit (MfS, ministère de la Sécurité d’État, dit STASI (abréviation de Staatssicherheit).
3 À la tête du Centre de Saint-Astier dédié à la formation des Gendarmes mobiles.
4 Brigades anti-criminalité.

 

A Propos Jacques Borde

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