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Christchurh : Tuerie suprémaciste ou 1er Attentat globalisé ? [2]

| Guerre Vs DA’ECH | Questions à Jacques Borde |

Si personne ne nourrissait de doutes quant à l’occurrence d’actes de violence extrême, dans le courant de l’année 2019, pour ainsi dire personne ne s’attendait à ce que : 1- cette violence explose à l’autre bout du monde, en Nouvelle-Zélande ; 2- elle soit le fait de suprémacistes autoproclamés de (pour l’un d’entre eux, en tout cas) nationalité… australienne, un des rares pays au monde qui a su juguler les vagues migratoires qui frappent l’Europe. Premiers éléments de réflexion sur une tragédie amenée à faire date & sur laquelle les Européens que nous sommes auraient tout intérêt à faire, une fois n’est pas coutume, un RETEX sérieux. Épisode 2.

« Les Chrétiens, et accessoirement les Juifs, doivent être des personnes de seconde zone, des gens sans importance. Quand ils sont tués en masse dans des attentats terroristes, souvent contre des églises, aux Philippines (20 morts après une bombe dans une église), au Nigéria (120 Chrétiens massacrés et 143 maisons détruites depuis le mois de février), en Égypte ou ailleurs, comme cela s’est passé il y a encore 3 ou 4 jours, on en fait abstraction dans les journaux télévisés, on ne s’en émeut pas – même le Pape est inaudible – on n’organise pas de rassemblements à Paris ou ailleurs en Europe, aux États-Unis, au Canada ou encore en Nouvelle-Zélande, on ne signe pas de pétitions, on s’abstient de protester et… on n’éteint pas la Tour Eiffel ! Quand des Juifs sont tués par des terroristes, même topo ! Quand c’est en Israël c’est presque tout le temps présenté dans les médias comme ‘mérité’ – ils sont d’ailleurs tout de suite affublés du qualificatif, ô combien péjoratif de la part de pays coloniaux, de ‘colons’, même si ce sont des bébés de 6 mois ou qu’ils résidaient à Tel-Aviv, et dans tous les cas, c’est excusé ou même justifié… Mais si des Musulmans sont tués par le terrorisme à 20.000 km de Paris, ce qui est aussi abominable que n’importe quelle autre tuerie et je m’en suis moi-même ému, là c’est le branle-bas de combat, les rassemblements, l’étalage démesuré d’émotions, la description dans les moindres détails avec les actes d’héroïsme ‘qui vont avec’, les condamnations unanimes et retentissantes par les plus hautes autorités des pays occidentaux en plus de… la sempiternelle extinction des lumières de la Tout Eiffel !!! Apparemment tous les morts ne se valent pas, et ça c’est inadmissible ».
Eber Haddad, sur sa page Facebook.

| Q. Que sait-on précisément des auteurs de la tuerie ?

Jacques Borde. Encore peu de choses, en fait. A été identifié le dénommé Brenton Tarrant (28 ans), inculpé depuis, auteur d’un texte (73 pages) assez confus, contenant, outre ce que je vous ai dit à propos de Rotherham, des références à :

1- Donald Trump, « défenseur de la cause blanche ».
2- Anders Breivik, le Norvégien, auteur de la tuerie d’Utøya..
3- Emmanuel Macron, « ex-banquier mondialiste, capitaliste, anti-Blancs ».
4- Marine Le Pen, « une chiffe molle incapable, quasi nationaliste, une figure peu controversée dont l’idée la plus brave et la plus inspirée était une possible déportation des migrants illégaux », à la tête du « Front national (…) un parti de miliciens nationalistes civiques, complètement incapables de créer un réel changement et sans plan viable pour sauver leur nation ».

Un engagement à la fois haineux et globalisé, si l’on peut dire.

À souligner l’extrême stupidité des auteurs et commanditaires (s’il en est) de ce crime. De toute évidence, la mosquée de Christchurch n’était pas une mosquée salafiste (sic). Elle n’était donc pas – à considérer les motivations plus que probables des auteurs de cette attaque terroriste – une cible correspondant à ce que l’on commence à comprendre de leurs buts de guerre. ISIS/DA’ECH aurait parfaitement pu cibler ces deux lieux de culte comme non-takfirî.

| Q. Et Renaud Camus responsable (sic) du passage à l’acte de Tarrant ?

Jacques Borde. C’est du grand n’importe quoi.

Là, laissons la parole à Renaud Camus pour qui, a contrario, Tarrant n’a pu être inspiré que « par des gestes tels qu’ils ont été perpétrés sur le sol national depuis quatre ou cinq ans ». « Ce qui ressemble le plus à son crime, ce sont les attentats terroristes qui ont été commis en France (…). Je ne vois pourquoi il serait plus inspiré par moi que par des actions qui ressemblent directement à celle qu’il a commise ».

| Q. Et la théorie du grand remplacent, d’inspiration… nazie selon certains. ?

Jacques Borde. De l’onanisme. En fait, la défense pavlovienne des tenants de la doxa gauchiste trop heureux en cette affaire de détourner l’attention de leur propre antisémitisme.

Le grand remplacement, lui, est une théorie lancée par l’intellectuel, pas plus de droite que de gauche, Renaud Camus1, qui en fait le titre d’un ouvrage qu’il publie en 2011.

Quant au nazisme, selon l’historien de l’immigration Gérard Noiriel, les textes alarmistes du style du grand remplacement annonçant la fin de la « race » et de la « civilisation » existent depuis la fin du XIXe siècle. Plus précisément, d’après l’historien Laurent Joly, c’est Maurice Barrès qui a inventé le « mythe du “grand remplacement” vers 1900 ». Pour les ignorants ou les gens brouillés avec les dates, rappelons leur qu’Adolf Hitler est né le 20 avril 1889. « Vers 1900 », donc l’aquarelliste contrarié avait… 11/12 ans !

Et, pour en finir sur ce point, Renaud Camus n’a jamais été nazi !…

| Q. C’est bizarre cette référence à la France ?

Jacques Borde. Bizarre, oui. Mais pas si étonnant que ça. Répétons-le, nous vivons dans un monde globalisé. Alors, pourquoi la France ? Brenton Tarrant étant venu dans le pays de Voltaire, prenons l’affaire par l’autre bout de la lorgnette, pourquoi ne pas y faire référence ?

Tarrant avait-il un affect particulier pour la France ? À ce stade, difficile à dire. Notez que Australiens, Néo-Zélandais et Français – acteurs du grand jeu, tous trois – ont un passé commun de combattants en Afghanistan. En fait, si l’on se réfère à la lutte contre Al-Dawla al-Islāmiyya fi al-Irāq wa al-Chām (ISIS/DA’ECH)2, Australiens, Néo-Zélandais et Français ont une relation basée sur quelque-chose de solide et de relativement connu du grand public. Brenton Tarrant en savait-il quelque-chose ? Je note que dans un pays où se procurer du matériel de guerre – à ne pas confondre avec des armes détenues à titre sportif – n’est guère commode, le bonhomme aura réussi :

1- à mettre la main sur des explosifs, qui fort heureusement n’ont pas été activés.
2- éventuellement les faire passer d’Australie en Nouvelle-Zélande.

| Q. Brenton Tarrant a un passé militaire ?

Jacques Borde. Aucune idée, là encore.

Pour le reste, à savoir sur ce point précis que les Special Air Service Regiment (SASR)3 et New Zealand Special Air Service (NZSAS)4 se sont taillés une redoutable réputation dans leur rôle dans la lutte contre le terrorisme.

| Q. Pourquoi ?

Jacques Borde. Pour leurs commandos de chasse particulièrement accrocheurs et efficaces. À cela une raison, la pensée militaire française en matière de lutte contre-insurrectionelle est au cursus des militaires australiens et néo-Zélandais : David Galula5 et Roger Trinquier6, pour ne citer qu’eux.

Quant à Paul Aussaresses, j’ai un doute.

| Q. Paul Aussaresses : celui de la Guerre d’Algérie ?

Jacques Borde. Oui. Mais limiter Paul Aussaresses à son seul rôle lors de la controversée Bataille d’Alger est, désolé de le dire, beaucoup trop réducteur.

| Q. Que voulez-vous dire ?

Jacques Borde. Simplement ceci, Paul Aussaresses :

1- pendant la 2ème Guerre mondiale, participe au programme Jedburgh qui va coordonner les opérations de résistance armée dans les territoires occupés.
2- participe à la création du 11e Choc, le bras armé du SDECE (l’ancêtre de la DGSE/DGSI).
3- prend part à la Guerre d’Indochine puis à la Guerre d’Algérie. À propos de la seconde, et pour clore le sujet, Paul Aussaresses a admis, en 2000, y avoir eu recours à la torture.
4- enseigne les techniques de contre-insurrection à Fort Bragg (É-U), avant d’être promu colonel et d’être nommé à la Section française de l’état-major international de l’OTAN.
Et, effectivement, de nombreux membres des Special Air Service Regiment (SASR) et New Zealand Special Air Service (NZSAS) ont été en formation à Fort Bragg.

Décidément, nous avons beaucoup à apprendre de cette partie du monde.

À commencer, d’ailleurs, par Jacinda Ardern, qui lorsque le gouvernement suprémaciste-africaniste sud-africain a lancé, son processus de nettoyage ethnique à grande échelle des fermiers blancs, s’est opposée à toute condamnation de ce projet par le parlement néo-zélandais.

Notes

1 Né le 10 août 1946 à Chamalières. La guerre contre l’Axe hitlérien s’étant terminé le 8 mai 1945.
2 Ou ÉIIL pour Émirat islamique en Irak & au Levant.
3 Les forces spéciales de l’Australian Defence Force (ADF), calqué sur le Special Air Service britannique (SAS).
4 Les forces spéciales de la New Zealand Army, la NZAS a été créée le 7 juillet 1955 sur le modèle du Special Air Service britannique (SAS).
5 David Galula (1919- 11 mai 1967), officier et penseur militaire français, théoricien de la contre-insurrection. De retour d’Algérie où il a participé aux opérations militaires françaises, Galula s’installe aux États-Unis où il théorise une approche renouvelée de la contre-insurrection. Les travaux ont fortement influencé la communauté militaire américaine qui considère l’officier comme le principal stratège français du XXe siècle. « Le Clausewitz de la contre-insurrection », selon le général (CR) David King Petraeus. Galula est d’ailleurs l’une des trois références mentionnées dans le manuel de contre-insurrection de l’armée américaine, Headquarter Department of the Army, FM3-24 MCWP 3-33.5: Insurgencies & countering insurgencies (mai 2014).
6 Roger Trinquier (20 mars 1908-11 janvier 19861) officier parachutiste, ayant participé à la Guerre d’Indochine, à la crise de Suez et à la Guerre d’Algérie. En tant que membre de l’état-major de la 10ème Division parachutiste (10e DP) de Massu, il prend part, dans un rôle de premier plan, à la Bataille d’Alger en 1957. Commandeur de la Légion d’honneur, titulaire de 14 citations dont 10 à l’ordre de l’armée,Trinquier est l’auteur de plusieurs ouvrages, dont La Guerre moderne (La Table Ronde, 1961), il est un des théoriciens de la guerre subversive et sera abondamment cité dans les écoles de guerre, en particulier la School of Americas (Panama) et Fort Benning (É-U). La Guerre moderne de Trinquier est l’un des manuels de la guerre contre-insurrectionnelle, soulignant l’importance du Renseignement, de la guerre psychologique et du volet politique des opérations armées. Il a été abondamment cité par le général britannique Frank Kitson, qui a travaillé en Irlande du Nord et est l’auteur de Low Intensity Operations: Subversion, Insurgency & Peacekeeping (1971).

 

A Propos Jacques Borde

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