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Futur de l’OTAN : Refonte en vue, ou Opération cosmétique ?

| É-U / Deep State | Questions à Jacques Borde |

Teflon Trump Vs Deep State. Les coups que se portent ces deux-là semblent n’avoir ni limites ni règles. Fort de ses succès économiques & du fait d’avoir été élu (a contrario de la majorité de têtes pensantes du Deep State), le premier fait avancer ce qui s’apparente de plus en plus à une authentique Révolution conservatrice. Dernier épisode en date : Trump, président décidément multitâche (sic), vient de proposer à Brasília de rejoindre l’OTAN. Offre qui a plus d’importance que n’en croient certains, l’organisation militaire de l’Alliance atlantique ayant toujours joué le rôle de force de projection de ce Deep State comprador toujours soucieux de faire faire le sale boulot par d’autres et/ou d’en partager les risques & la charge financière. Affaire d’une rare importance & à suivre de près.

| Q. La proposition d’adhésion de Brasilia à l’OTAN ?

Jacques Borde. Why not ? Lors de sa visite à Washington, le président brésilien, l’ex-capitão Jair Messias Bolsonaro, s’est vu proposer par Donald J. Teflon Trump, d’intégrer l’Alliance atlantique.

Cf. « Ainsi que je l’ai dit au président Bolsonaro, j’ai aussi l’intention de désigner le Brésil comme étant un allié majeur hors OTAN ou, peut-être, un allié majeur dans le cadre de l’OTAN. Il faudra que je parle à beaucoup de monde, mais peut-être bien un allié OTAN – ce qui fera beaucoup progresser la sécurité et la coopération entre nos pays ».

Une offre qui, n’en doutons pas, a des allures de bouleversement.

| Q. Et, c’est réalisable ?

Jacques Borde. Oui et non, en fait.

Faire du Brésil un membre à part entière de l’OTAN n’est pas, techniquement évident. Il faudra que :

1- les Alliés en acceptent le principe.
2- le processus d’adhésion étant interminable, que l’administration Bolsonaro soit durablement aux commandes.

Mais comme disait la bande-annonce d’une série bien connue : la Vérité est ailleurs ! Car, en revanche, il est plus qu’assuré que Brasilia obtienne le statut de « partenaire mondial de l’OTAN ».

| Q. Utile ?

Jacques Borde. Oui, plutôt. Pratique surtout. Le pragmatisme qui est, un peu la marque de fabrique de Donald J. Teflon Trump, et de son Secretary of State, Michael Richard Mike Pompeo1, à son sommet, pourrait-on dire.

Ce qui, pour les analphabètes géopolitiques qui se gaussent de Trump, a, déjà, été le cas d’autres pays éloignés de l’espace nord-atlantique : Afghanistan, Australie, Corée du Sud, Irak, Japon, Mongolie, Nouvelle-Zélande et Pakistan. On appelle ça un précédent.

Mieux encore pour nos déficients du bulbe germanopratins, l’OTAN a été rejoint, en 2018, par la… Colombie. Qui, à moins d’un aléa tectonique qui aurait échappé à mon attention, se trouve toujours en Amérique du Sud.

| Q. Je vous repose la question : utile à quoi ?

Jacques Borde. À ceci : le statut de « partenaire mondial » permet la participation du pays partenaire aux opérations conduites par l’OTAN. Ce qui explique – n’est-ce pas Mme. le Prime Minister of New Zealand2 Jacinda Ardern – dans les années 2000, l’envoi de troupes australiennes et néo-zélandaises en Afghanistan, sous l’égide de la Force internationale d’assistance à la sécurité (ISAF).

Ce type de participation se fait dans un cadre « politico-militaire » qui prévoit « d’associer les États contributeurs aux processus de planification et de génération de force, par l’intermédiaire du Centre de coordination internationale, situé au Grand Quartier général des Puissances alliées en Europe (SHAPE) », a d’ailleurs confirmé l’OTAN elle-même. « En règle générale, les forces militaires des partenaires qui participent aux opérations sont soumises aux mêmes conditions que celles ».

| Q. Un bon coup de Trump ?

Jacques Borde. Un très bon coup, même.

En une seule journée, Trump a obtenu ce après quoi courait toute administration US depuis des lustres : faire du Brésil un allié de poids.

| Q. Mais en quoi est-ce un bon coup de Trump ?

Jacques Borde. En ce sens que l’appartenance de Trump et de Bolsonaro a ce que l’on peut désormais appeler la Révolution conservatrice en marche, contribuera à rééquilibrer l’organisation militaire de l’Alliance atlantique dans un sens plus favorable aux intérêts des États-nations.

Merci Teflon Trump et Michael Richard Mike Pompeo !

| Q. Trump peut-il s’attendre à ce que certains États-membres rechignent ?

Jacques Borde. C’est plus que probable.

| Q. Et qui donc ?

Jacques Borde. En tête des mauvais coucheurs, je vois assez bien l’Allemagne. En raison du laxisme propre à l’administration Merkel, dès qu’il s’agit de s’engager militairement.

| Q. Que voulez-vous dire ?

Jacques Borde. Oh, simplement que la pondérale Bundeskanzlerin3 a toujours fui ses responsabilités en ce domaine. Son truc à elle, c’est plutôt : « Armons-nous et partez » que « suivez-moi les mecs ». Une lâcheté bien ordonnée de boutiquière près de ses euros. Ni une surprise, ni une nouveauté, hélas.

| Q. Mais les engagements pris par Berlin ?

Jacques Borde. (Éclat de rire) Vous plaisantez, j’espère ! Tenir parole n’a jamais été une vertu merkelienne.

| Q. Là, vous exagérez ?

Jacques Borde. Justement, non.

Lors du dernier du sommet de l’OTAN, à Bruxelles en juillet 2018, Angela D. Merkel avait pris – promis, juré, craché – l’engagement de porter le budget de la Bundeswehr non pas à 2% du PIB4, mais à 1,5% du PIB.

In fine, Berlin ne tiendra même pas cet engagement-là. C’était dans l’air depuis quelques semaine, ça vient d’être confirmé par le ministère allemand des Finances, le 18 mars 2019 : le budget qui sera affecté à la Bundeswehr passera de 1,37% en 2020, pour ensuite diminuer à 1,29% en 2022, puis à 1,25% en 2023.

Il y a une grosse semaine passée, flairant vraisemblablement une nouvelle défausse berlinoise, le secrétaire général de l’OTAN, le Norvégien Jens Stoltenberg, avait prévenu attendre « de tous les alliés, y compris l’Allemagne, qu’ils tiennent leurs promesses ».

Apparemment, c’est râpé !…

| Q. Quel rapport avec notre sujet ?

Jacques Borde. Celui-ci. Avec des mauvais payeurs comme Berlin, en revanche peu avare en leçons en tous genres, le camp des anti-Bolsanaro n’est guère crédible. Certes, Brasilia n’a pas une grosse cagnotte à mettre au pot commun, mais le Brésil a des hommes, des matériels. Ainsi qu’une honorable industrie de Défense. Donc, même si de choix drastiques devraient être faits : entre, d’un côté une girouette merkelienne (qui ment comme elle respire et qui, de toute façon, n’en fiche pas une rame) et un méritant capitão brésilien, les choix devraient pencher en faveur des propositions de Trump.

Notes

1 Ex-directeur de la CIA, élu républicain du Kansas, siégeait à la Commission du Renseignement au Congrès sortant et a participé à la Commission d’enquête sur l’attaque du consulat des États-Unis à Benghazi, en septembre 2012, où l’ambassadeur Christopher Stevens et trois autres Américains ont été tués.
2 Et en maori : Te Pirimia o Aotearoa.
3 Chancelière fédérale.
4 Comme Berlin (comprendre Merkel en personne) s’y était engagé en 2014.

 

 

A Propos Jacques Borde

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