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Canon à neige à La Mongie & Canon à eau à Paris : Quid de la Sécurité intérieure en Absurdie ? [2]

| France | Gilets jaunes | Questions à Jacques Borde |

Les manifestation récentes des Gilets jaunes ou, plutôt, les incidents qui se nouent en leur sein et/ou à leur périphérie, via ceux qu’on nomme les Black Blocs, viennent nous rappeler, qu’aux côtés de la violence takfirî, existent d’autres formes d’engagements & de terrorisme urbain, à peu près aussi mal appréhendées & gérées par les pouvoirs publics. Violence par ailleurs, observée de loin (La Mongie) par le chef de l’État. Version mise à jour d’un article consacré au Maintien de l’ordre & Affrontements de basse intensité. Épisode 2.

« Le ministre de l’Intérieur n’est pas à la hauteur. Castaner doit avoir le courage et la décence de démissionner. La France est humiliée chaque week-end. Les commerçants souffrent. Emmanuel Macron et Édouard Philippe sont les pires DRH de France ».
Lydia Guirous1, porte-parole des Républicains (LR).

| Q. Quid du tour de table du chef de l’État avec des intellectuels ?

Jacques Borde. Intellectuels ! Je vous laisse la responsabilité du qualificatif, tant le champ lexical de ce terme est ouvert. Au-delà, sans prendre à aucun moment la défense des casseurs [à 99.99% issus de la mouvance islamo-gauchiste antisémite, semble-t-il, voir nos questions sur le sujet ci-dessous, NdlR], entendre Emmanuel Macron, nous parler à propos des Gilets jaunes « d’individus qui ne se reconnaissent dans aucun collectif » et de « tyrannie de la minorité » a quelque chose d’assez cocasse. Surtout au regard des vrais chiffres et des conditions qui ont porté Macron-candidat à la tête du pays.

En fait, le sujet, je veux dire cette rencontre, ne présente aucun intérêt.

| Q. Plus dans vos cordes, alors : le Premier ministre, Édouard Philippe, vient de réhabiliter (sic) l’usage de l’engin. Vous-même, vous êtes opposé à l’usage des LBD40 ?

Jacques Borde. Oui, tout à fait. Je rejoins là Dominique Rizet, consultant police-justice de BFM-TV, et tout à fait apte à se prononcer sur ces matériels, qui évoquant les « blessures extrêmement graves » engendrées par les LBD, souligne que « Les LBD ne sont pas adaptés au maintien de l’ordre. Ce sont des armes que les BAC utilisent dans les banlieues et qui devraient rester dans les banlieues ».

Ou, éventuellement, contre les Black Blocs. Mais dans un cadre très précis. Là, avec le feu vert assez peu discriminé donné par le Premier ministre, Édouard Philippe, je crains le pire…

| Q. Et les autres mesures annoncées pour gérer le problème des casseurs ?

Jacques Borde. Bof. Mais on verra à l’usage.

À noter toutefois que le préfet de Région Nouvelle-Aquitaine Didier Lallement, reste celui qui est parfaitement incapable, depuis 18 semaines d’affilée, de gérer la situation des manifs de Bordeaux !!!! Et, l’administration Macron lui confie le fardeau des manifs à Paris ! À rappeler, pour n’oublier personne, que cette région est sous la tutelle de la droite centriste juppéiste !…

| Q. Vous vous attendez à un surcroît de violence ?

Jacques Borde. Oui. Ce qu’on nous présente comme des dispersions immédiates (sic), va impliquer plus de contacts. Une part de risque qu’il faudra assumer, a prévenu le délégué national CRS du syndicat Alliance, Johan Cavallero, qui nous dit : « Plus de contact ça veut dire plus de violences, parce qu’il va falloir interpeller et les gens ne vont pas se laisser faire. Donc les collègues useront de la force nécessaire et voilà. Mais ensuite, il faudra accepter des images où il y aura des charges de CRS pour interpeller les auteurs de troubles. Il y aura peut-être plus de blessés de part et d’autre parce qu’on va aller au contact et les gens ne vont pas se laisser interpeller ».

En fait, ce qui m’inquiète le plus, c’est contre qui s’exerceront ces violences policières. Si c’est contre les Black Blocs, pourquoi pas ? Sur des Gilets jaunes un peu agités, cela me semble peu défendable. À force de jouer avec le feu, on va avoir des morts2 !…

| Q. Sinon, beaucoup s’interrogent sur la nature même des Gilets jaunes. Notamment ceux se référant au sionisme comme une forme de racisme, c’est vraiment un de leurs thèmes de référence ?

Jacques Borde. J’ai lu ça. Pour certains d’entre eux, la réponse est indiscutablement oui. Mais il ne faudrait pas généraliser. À noter que c’est la position, plus ou moins officielle de nombre d’adversaires et/ou ennemis de l’État hébreu – pays, entités, comme la controversée Conférence de Durban notamment, organisations, peu importe. Ça n’a rien de nouveau, en fait. Le 10 novembre 1975, l’Assemblée générale des Nations-unies adoptait la Résolution 3379 se concluant ainsi : « …Considère que le sionisme est une forme de racisme et de discrimination raciale ».

Argument qui, aura quelque poids, jusqu’à ce que l’ONU se prononce dans le sens absolument contraire.

Vous me direz que tout ça semble assez simple. Sauf que…

| Q. Sauf que ?

Jacques Borde. Les résolutions onusiennes ne nous tombent pas de l’empyrée comme une volée de grêlons. La 3379 n’échappe pas à cette règle. Et, ceux qui s’y réfèrent, oublient de trop citer le texte qui la place dans un contexte régional et international bien précis. Après ça, à chacun de se faire son opinion.

| Q. À propos de précisions, justement…

Jacques Borde. La 3379 fut adoptée par 72 voix pour, 32 absentions et 35 contre.

Elle stipule, lisez bien, que « Prenant note également de la résolution 77 (XII), adoptée par la Conférence des chefs d’États et de gouvernements de l’Organisation de l’unité africaine, à sa douzième session ordinaire, tenue à Kampala, du 28 juillet au 1er août 1975, qui a estimé « que le régime raciste en Palestine occupée et les régimes racistes au Zimbabwe et en Afrique du Sud ont une origine impérialiste commune, constituent un tout et ont la même structure raciste, et sont organiquement liés dans leur politique tendant à la répression de la dignité et l’intégrité de l’être d’humain » (…). Prenant note également de la Déclaration politique et de la Stratégie pour renforcer la paix et la sécurité internationales et renforcer la solidarité et l’assistance mutuelle des pays non alignés, adoptée à la Conférence de ministres des Affaires étrangères des pays non-alignés tenue à Lima, du 25 au 30 août 1975, qui a très sévèrement condamné le sionisme comme une menace à la paix et à la sécurité mondiales et a demandé à tous les pays de s’opposer à cette idéologie raciste et impérialiste »

Pour aboutir au fameux : « Considère que le sionisme est une forme de racisme et de discrimination raciale ».

| Q. Et vous disiez que l’ONU s’est prononcé dans le sens contraire ?

Jacques Borde. Oui, tout à fait.

La Résolution 46/86 de l‘Assemblée générale des Nations-unies, elle, a été adoptée le 16 décembre 1991. Par elle est révoquée la Résolution 3379 de novembre 1975. Cette révocation a été adoptée par un vote de 111 voix pour, 25 contre et 13 abstentions.

Là encore, il importe de la resituer dans son contexte. Sa révocation constituait l’une des conditions mise par Jérusalem pour sa participation à la Conférence de Madrid de 1991 qui a ouvert la voie aux discussions de paix qui conduisirent aux Accords d’Oslo de 1993 et au Traité de paix israélo-jordanien de 1994, qui, lui, fonctionne plutôt bien. Idem pour la paix avec l’Égypte.

On notera que le libellé de la Résolution 46/86 est l’un des plus courts dans l’histoire des Nations-unies : « L’Assemblée générale décide d’abroger la décision contenue dans sa résolution 3379 du 10 novembre 1975 ».

C’est le président des États-Unis, George H. W. Bush, qui avait lui-même présenté la résolution en ces termes : « Le sionisme n’est pas une politique ; c’est l’idée qui a conduit à la création d’un foyer pour le peuple juif, à l’État d’Israël. Et assimiler le sionisme avec le péché intolérable revient à déformer l’histoire et oublier la terrible détresse des Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale et, en fait, tout au long de l’histoire. Assimiler le sionisme au racisme revient à rejeter Israël lui-même, un membre en règle des Nations-unies. Cette organisation ne peut prétendre rechercher la paix et en même temps défier le droit d’Israël d’exister. En révoquant inconditionnellement cette résolution, les Nations-unies rehausseront leur crédibilité et serviront la cause de la paix ».

Pour être complet sur ce sujet, rappelons que, le 21 juin 2004, à l’occasion de l’ouverture de la 1ère Conférence des Nations-unies sur l’antisémitisme, le secrétaire général du machin3, Kofi Annan soulignait que « Force est de reconnaître que les actions de l’Organisation des Nations-unies en matière d’antisémitisme n’ont pas toujours été à la mesure de ses idéaux. Il est déplorable que l’Assemblée générale ait adopté en 1975 une résolution dans laquelle elle assimilait le sionisme au racisme et je me félicite qu’elle soit depuis revenue sur sa position ».

| Q. Bon. Et pensez-vous que la 3379 soit ce à quoi se réfèrent les Gilets jaunes ?

Jacques Borde. Lorsque certains d’entre eux parlent de sionisme et de racisme ? Aucune idée, je ne suis pas dans leur tête. Je ne peux même pas vous garantir qu’ils en aient entendu parler. À mon avis, là, c’est du cas par cas.

Les attendus des Conférences de Durban sont beaucoup plus récents. Mais la conférence à, aussi, été vivement critiquée pour son manque de sérieux et ses a priori anti-israéliens systématiques. Personnellement, Durban, je n’en ferai pas une référence sérieuse.

Après, comme je vous l’ai dit, à chacun de se faire son opinion.

| Q. Finissons par une question toute bête : les Gilets jaunes, pour vous : de droite ou de gauche ?

Jacques Borde. Les deux, et ni l’un ni l’autre, mon colonel ! Quant à se demander comment il faudrait qualifier ceux qui se ruent dans nos rues pour y causer les dégâts que l’on a pu constater. Black Blocs & tutti quanti, on rappellera que ce sont aussi des socialistes-nihilistes, Auguste Blanqui4, Alphonse Toussenel5 avec son Les Juifs, rois de l’époque (1845), et Gustave Tridon6, suivis de Georges Vacher de Lapouge7, qui ont développé le concept de l’antisémitisme politique et racial et inventé celui de la supériorité de la race aryenne, autres principes de base retenus dans le nazisme. Mais pas seulement.

À propos de Blanqui, Olivier Ypsilantis écrit qu’il « juge que travailleurs manuels et intellectuels sont victimes d’une minorité juive, rapace et usurière. Et il s’en prend à Rothschild. L’antisémitisme n’est pas central dans cette pensée éclectique ; pourtant, son influence sur l’antisémitisme de gauche va s’avérer considérable. Blanqui dote l’antisémitisme d’un caractère révolutionnaire, comme une forme de révolte contre la démocratie bourgeoise, parlementaire, et contre la pensée libérale »8.

Là, nous sommes loin du néo-poujadisme, assurément de droite, dont beaucoup accablent les Gilets jaunes. À se demander ce que ceux qui accordent autant de liberté de manœuvre aux Black Blocs ont eux-mêmes dans la tête.

Notes

1 Auteur de Allah est grand, la République aussi (2014).
2 Il y en a déjà eu. Mais, semble-t-il, pas du fait de heurts directes entre forces de maintien de l’ordre et manifestants.
3 Nom que le général de Gaulle donnait, à raison, aux Nations-unies.
4 Ou Louis-Auguste Blanqui, dit Auguste Blanqui, né le 8 février 1805 à Puget-Théniers (Alpes-Maritimes) et mort le 1er janvier 1881 à Paris, est un révolutionnaire socialiste français, souvent associé à tort aux socialistes utopiques. Il défend pour l’essentiel les mêmes idées que le mouvement socialiste du XIXe siècle. L’historien Michel Winock le classe comme un des fondateurs de l’extrême gauche française qui s’oppose aux élections démocratiques, les considérant comme « bourgeoises », et qui aspire à l’« égalité sociale réelle ».
5 Socialiste utopique et disciple de Fourier. Il fut rédacteur en chef du journal La Paix. Il exerça une influence certaine sur Édouard Drumont qui lui rend hommage dans son livre La France juive, mais aussi sur les boulangistes, le Marquis de Morès, Pierre Biétry et, à droite, l’Action française.
6 Auteur du Molochisme juif, sous-titré Études critiques & philosophiques, écrit en prison en 1867 et publié en 1884,. Certains antisémites de la fin du siècle tels Édouard Drumont se revendiqueront de son influence.
7 À prendre en compte, notamment, ses liens avec Hans F. K. Günther (1891-1968), théoricien völkisch des races européennes, des articles à Die Sonne, revue völkisch et eugéniste. De même, jusqu’en 1934, il entretient une correspondance avec Ludwig Schemann, dont il a fait la connaissance lors de son adhésion à la Gobineau-Vereinigung en 1898. Enfin, il est en relation constante avec le Nordischer Ring, organisation mystico-raciste fondée en 1926 par Paul Schultze-Naumburg.

 

A Propos Jacques Borde

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