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Krieg ist krieg ! Business is business ! [1]

| Guerre Vs DA’ECH | Questions à Jacques Borde |

Alors, qu’in fine, assez peu de critiques ont éclairé la vente annoncée (12 Md$US, tout de même) de F-15QA made in USA à l’Al-Quwwāt al-Jawiyya al-Imārātiyya al-Qatariya (QEAF), des voix commencent à se faire entendre, y compris, la semaine dernière, dans les contre-allées du SIAE du Bourget, pour que Paris n’honore pas le contrat Rafale à destination de cette même QEAF. Une mise au point s’impose afin que cessent les coassements anti-français de ces corvidés médiatiques (mais pas seulement…). 1Ère Partie.

| Q. Dites donc, est-il vrai que les Occidentaux émettent des doutes quant à la mort de Baghdadi ?

Jacques Borde. Oui, beaucoup émettent des doutes quant à la disparition brutale et pyrotechnique du primus inter pares d’Al-Dawla al Islāmiyya fi al-Irāq wa al-Chām (DA’ECH)1, le calife Abou Bakr Rolex al-Baghdadi. Mais, pas que des Occidentaux, si vous le permettez.

| Q. Qui d’autre alors ?

Jacques Borde. Les Iraniens en premier. Et pas n’importe qui en Iran, vu qu’il s’agit d’un des patrons de la Nirouy-é Ghods2, le major-général Mohammad Réza Zahédi, qui, cité par Farsnews, a eu ces mots : « Apparemment, al-Baghdadi a été tué, ce qui est attesté par certains signes. Les sources russes, elles aussi, le confirment. L’entourage d’al-Baghdadi est en deuil et le pleure. Ces derniers temps, son nom est accompagné par les mots ‘douleur’ et ‘deuil’. Mais il faut encore attendre des preuves définitives ».

| Q. Et qu’en pensez-vous ?

Jacques Borde. Que Zahédi n’a pas tort. Des « preuves définitives » nous manquent diablement.

| Q. Ce qui signifie ?

Jacques Borde. Ce qui pourrait bien vouloir dire que Rolex al-Baghdadi n’est pas aussi mort que beaucoup sont tentés de le croire. Le calife (sic) pourrait avoir été exfiltré bien avant l’annonce de sa mort. Ce n’est là, bien sûr, qu’une hypothèse.

| Q. Mais exfiltré où donc ?

Jacques Borde. Je ne suis pas Mme. Irma ! Ensuite, vous pensez bien que si j’avais l’info en question, les premiers avertis seraient des organes d’État à même d’utiliser le plus concrètement une telle information. Nous sommes, et donc je suis, en guerre.

Ceci dit, il est évident que le front du djihâd où pourrait se projeter le plus utilement, ad usum da’echi évidemment, al-Baghdadi serait le front du djihâd cachemiri.

| Q. Bon, entrons dans le vif du sujet, vous pensez que notre diplomatie doit rester inchangée vis-à-vis du Qatar ?

Jacques Borde. En dépit de mes critiques, fondées et récurrentes, de nos amis (sic) qataris, je n’ai pas dit ça. Ce que je dis c’est que notre diplomatie doit être celle de nos intérêts.

Là, ce qu’on nous demande c’est de choisir entre le Qatar et l’Arabie Séoudite. Donc, quelque part, mettre notre nez dans des querelles de clochers, ou plutôt de minarets, entre les deux puissances du wahhabisme. Une affaire qui ne nous regarde en rien, désolé.

| Q. Que devons-nous faire alors ?

Jacques Borde. Pour plagier de Gaulle, Dans le Golfe, nous n’avons pas d’amis. Seulement des intérêts. Commerciaux principalement.

| Q. Donc, si je vous suis bien, surtout vendre nos Rafale aux Qataris ?

Jacques Borde. Bien sûr que oui. Le plus possible même.

| Q. Mais, ça n’est pas jeter de l’huile sur le feu ?

Jacques Borde. Non, pas du tout. Je vous fais remarquer plusieurs choses :

1- si nous maintenons ce contrat, et je ne vois aucune raison de nous y soustraire, les livraisons débuteront en 2018. Il est à espérer que les choses auront pris un tournure moins problématique que la tension qui prévaut actuellement entre nos deux lascars pétrogolfiques.
2- la brouille entre Riyad et Doha n’a pas tempéré les ardeurs exportatrices de la très sérieuse Defense Security Cooperation Agency (DSCA)3. DSCA qui, excusez du peu, a davantage de lumières en matière de géostratégie et de prises de risque au plan international, que les zozos médiatiques qui viennent (comme, c’est curieux) de se réveiller pour dire pis que pendre de la vente de Rafale appareils de combat made in France à la QEAF ;
3- a priori, ce sont les Séoudiens qui sont très remontés contre les Qataris. Pas l’inverse…

| Q. Ce qui signifie ?

Jacques Borde. Que, toujours a priori, c’est davantage l’amorce d’une via factis de la part de l’administration Salmān (l’Arabie Séoudite), qu’une posture proactive côté qatari, qui est à craindre.

| Q. Vous croyez ?

Jacques Borde. Bien sûr. Si vous mettez de côté les accusations de financement du terrorisme (sic) – qu’entre parenthèses le Qatar a en partage avec les autres membres du CCG4, Oman et Émirats arabes exceptés –, Doha a une géopolitique locale plutôt assagie comparée à d’autres. Si vous en doutez, voyez la boucherie ad usum saudi qui ensanglante le Yémen…

| Q. Qu’appelez-vous au juste une posture proactive ?

Jacques Borde. Que les Qataris prennent les devants.

| Q. Et, c’est possible ?

Jacques Borde. En théorie, oui. Mais votre question pose, en fait, deux problèmes :

1- géostratégiquement, ce genre de démarche est un classique polémologique. Et même un classique polémologique d’actualité. Le mois de juin qui vient de se terminer est le mois anniversaire de la Guerre des Six jours, celle qui a permis l’essor de Tsahal et de l’État hébreu en tant que première puissance militaire du Levant ;
2- militairement, beaucoup moins. Le Qatar n’a pas les moyens de mettre à genoux son voisin sur un coup de dés de l’ampleur des frappes aéroportés réussies par l’Heyl Ha’Avir Ve’Hahalal5 en 1967. L’Al-Quwwāt al-Jawiyya al-Imārātiyya al-Qatariya (QEAF)6 n’a pas assez d’avions de combat et l‘Al-Qūwāt al-ğawwiyyah al-Malakiyyah as-Suʿūdiyyah (RSAF)7, beaucoup trop. C’est aussi simple que ça…

| Q. C’est pour ça que les Qataris veulent des Rafale ?

Jacques Borde. Oui, pour partie. Des Rafale sous livrée qatarie rétabliront un certain équilibre des forces.

| Q. Mais au détriment de Riyad, ça n’est pas gênant ?

Jacques Borde. Pour qui ?

| Q. Pour les Séoudiens ?

Jacques Borde. Oui. Et après ? Nous ne sommes pas les garants de la suprématie du primus inter pares du CCG que je sache !

Qui plus est, rétablir une certaine parité entre eux devrait inciter le duo qui règne désormais en maître à Riyad – j’ai nommé, bien sûr, le roi Salmān Ibn-ʻAbd al-ʻAzīz Āl-Séʻūd, et son ministre de la Défense, Mohamed MBS Ibn-Salmān Āl-Séʻūd – à pondérer les ardeurs guerrières qui sont les siennes.

| Q. Mais vendre des armes au deux, car Riyad fait aussi partie de nos clients, ça n’est pas, quelque part, un contresens géostratégique ?

Jacques Borde. Non, pas tant que ça. Notamment si, comme je viens de vous le dire, mettre un peu les deux armées de l’Air en balance, permet d’empêcher Qataris et Séoudiens d’en venir aux mains.

Qui plus est, armer les deux camps, comme vous le suggérez n’a rien de bien nouveau comme posture…

| Q. Pour la France, vous voulez dire ?

Jacques Borde. (Éclat de rire) Oui, notamment. Vous voulez des exemples ?

| Q. Puisque nous y sommes ?

Jacques Borde. Bon. Prenez la famille du Mirage, elle a équipé les pays suivants :

1- Israël : commande de 72 Mirage IIICJ, 5 Mirage IIIB ainsi que 2 Mirage IIIR8 ;
2- Liban : 12 Mirage IIIEL (10 monoplaces et 2 biplaces) ;
3- Égypte : l’Al-Qūwāt al-Gawwīyä al-Misrīya (armée de l’air égyptienne) a été largement équipée en Mirage 5 par des commandes payées par des pays tiers : a) la Libye, qui signe un contrat pour 110 Mirage 5 ; dont 40 seront livrés ; b) l’Arabie Séoudite finance 32 Mirage 5, livrés en 1974 ;
4- Inde : la Bhāratīya Vayu Sēnā9 a aligné 46 Mirage 2000 H (n° KF101 à KF146) et 13 Mirage 2000 TH (n° KT201 à KT213).
4- Pakistan : 18 Mirage IIIEP, 13 Mirage IIIR, 3 Mirage IIIDP, et 64 Mirage 5 dans différentes configurations ont servi au sein de la Pāk Fizāʾiyah (PAF)10.

| Q. Et ces Mirage ennemis se sont affrontés ?

Jacques Borde. Directement ? Vous me posez une colle, il faudrait que je vérifie. En tout cas, ils ont servi lors des guerres opposant l’Inde et le Pakistan et Israël à l’Égypte. Ainsi, l’Égypte a engagé ses Mirage 5 lors de la Guerre du Kippour (1973), où ils ont conduit des missions d’attaque sur des positions israéliennes. Il semble qu’une quinzaine de Mirage 5 égyptiens ont été perdus, dont une bonne partie abattus en vol.

À noter, je devance là votre question, que si les pilotes égyptiens volent bien à bord de F-16, ils n’ont commencé à les toucher qu’après la paix conclue avec Jérusalem.

Les derniers (24) étant des F-16 C/D Block-52 commandés en 1999. Livrés seulement à partir en juillet 2015, en raison de l’embargo imbécile imposé par Barak Hussein Obama à la suite de l’heureux coup de force du 3 juillet 2013 qui a conduit à la destitution de Mohamed Morsi, pantin avéré du Jamiat al-Ikhwan al-Muslimin11.

[à suivre]

Notes

1 Ou ÉIIL pour Émirat islamique en Irak & au Levant.
2 Force de Jérusalem, une branche à part entière du Sêpah-é Pâsdâran-é Enqelâb-é Eslâmi (Corps des Gardiens de la révolution islamique). Force spéciale en charge des opérations extérieures dévolues aux Pâsdâran, commandée par le major-général Qassem Soleimani. Elle dépend exclusivement du Rahbar-é Enqelâb (guide de la révolution), l’Ayatollah Sayyed Ali Hossaini Khâmeneî (et non du président), un peu comme le Kidon du Mossad reçoit ses ordres du seul Premier ministre israélien (la ressemblance s’arrêtant là).
3 Agence US d’Exportation d’Armement.
4 Pour Conseil de coopération des États arabes du Golfe. Arabique ou Conseil de coopération du Golfe Arabique (CCG), il regroupe six pétromonarchies du Golfe Persique : Arabie Séoudite, Bahreïn, Émirats arabes unis (ÉAU), Koweït, Oman et Qatar.
5 Armée de l’Air israélienne, anciennement dénommée Sherut’Avir.
6 Qatar Emiri Air Force, Force aérienne de l’Émirat du Qatar.
7 Royal Saudi Air Force, armée de l’air séoudienne.
8 Commande signé en 1960.
9 Armée de l’Air indienne.
10 Ou Pakistan Air Force, Armée de l’Air pakistanaise.
11 Ou Association de la Confrérie des musulmans, autrement dit les Frères musulmans (FM).

 

A Propos Jacques Borde

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