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Libye-Irak : L’Initiative (militaire) échapperait-elle aux Occidentaux ?

 | Guerre Vs DA’ECH | Questions à Jacques Borde |

C’est peu de dire que la manière qu’ont les Occidentaux de combattre le terrorisme est loin de faire l’unanimité passé de l’autre côté de la Méditerranée. Du Caire à Bagdad en passant par Damas, notre manque (voire absence, pour certains) d’entrain à mouiller la chemise (seules les forces spéciales d’une poignée de puissances ont su aller au charbon) a beaucoup déçu & déçoit. Sont-ce là les (seules) raisons qui ont poussé le maréchal Haftar à aller nettoyer – motu proprio & avec ou sans mentor – le cloaque tripolitain ? Il est trop tôt pour l’affirmer avec certitude. Du côté de Bagdad, las de nos foireux atermoiements droits-de-l’hommistes, nous a été proposé de s’occuper (sic), à notre place de nos Returnees du djihâd. La main serait-elle en train de passer ?

| Q. De l’eau dans le gaz entre Washington et le Caire ?

Jacques Borde. Ça se pourrait bien. Deux éléments sans rapport entre eux vont effectivement dans ce sens.

Primo. Le Caire viendrait de dire non au projet américain visant à créer un OTAN arabe avec ses alliés arabes clés. Riyad et quelques autres.

L’Égypte aurait annoncé sa décision en ce sens aux États-Unis et à d’autres participants à ce pacte d’« alliance pour la sécurité du Moyen-Orient », et ce quelques jours avant la tenue d’une réunion à Riyad, ce dimanche (14 avril 2019).

Secundo. Pas plus le Pentagone que le président des États-Unis, Donald J. Teflon Trump, ne sont enchantés par l’actuelle offensive du maréchal Ḫalīfa Bilqāsim Ḥaftar1, contre le pouvoir tripolitain.

Or, pour passer à l’offensive, il est évident que Ḥaftar a dû aligner du monde. Ce qui veut clairement dire qu’il n’a pu dégarnir en toute quiétude ses troupes stationnées à la frontière libyo-égyptienne qu’avec le plein accord du président égyptien, ‘Abdu l-Fattāḥ Sa‘īd Ḥusayn Khalīl as-Sīssī, qui commence à se sentir des ailes dans ce no man’s land régional.

| Q. Pourquoi ce quant-à-soi de la part des États-Unis  ?

Jacques Borde. Pour une simple raison, les Américains ne sont pas à l’origine de cette offensive. Certaines mauvaises langues sur les rives du Potomac, y voient, comme précédemment pour la Libye, la main de Paris et de Londres. Via factis franco-britannique qui a semé la mort et le chaos dans ce pays. Mais on ne prête qu’aux riches.

| Q. Vous y croyez ?

Jacques Borde. Pas trop. Un élément m’inquiète cependant, concernant les Britanniques…

| Q. Lequel ?

Jacques Borde. Les F-35B Lightning II de la Royal Air Force (RAF) vont effectuer leur premier déploiement, dans le cadre, officiellement, d’une mission d’entraînement (sic). Un nombre encore non dévoilé de ces appareils va effectuer un détachement de deux mois sur la Base aérienne d’Akrotiri (Chypre)2, d’où décollaient les appareils britanniques engagés au sein de la coalition internationale intervenant au-dessus de l’Irak et de la Syrie.

Or, c’est sous le couvert de manœuvres aériennes que Paris et Londres avaient prépositionné le dispositif qui servira à attaquer la Libye jusqu’à son effondrement. Plus précisément, le parc aérien que Londres et Paris avaient prévu pour leur exercice conjoint Southern Mistral 2011.

Et, lors des vrais-faux bombardements de Barzeh & de Him Shinshar (en Syrie), c’est toujours à partir d’Akrotiri que la Royal Air Force avait engagé quatre chasseurs-bombardiers Tornado GR4 et quatre Eurofighter Typhoon, le tout accompagnés d’un ravitailleur. Les Tornado auraient tiré, c’est du moins la version officielle, huit missiles Storm Shadow, soit la version british de notre SCALP.

| Q. Et pourquoi Londres irait (re)fourrer son nez dans les affaires libyennes ?

Jacques Borde. Parce que les Brits sont probablement l’un des derniers peuples occidentaux à se ressouder vraiment en cas de guerre. Souvenez-vous des Malouines, la guerre (qui aurait parfaitement pu être évitée) de Margaret Thatcher. C’est dans les vieux pots !…

Quant à l’actuel Premier ministre, Theresa M. May, n’oubliez jamais qu’elle fut une aussi redoutable que discrète Secretary of State for the Home Department. Autrement dit la patronne du Renseignement intérieur britannique.

| Q. Sinon, pourquoi Le Caire se retirerait ainsi du projet ?

Jacques Borde. Celui de l’OTAN arabe. Parce que l’initiative, proposée initialement par l’Arabie Séoudite en 2017, vise à limiter l’influence régionale croissante de la Russie et de la Chine. Or, l’administration Sīssī tient à ses relations avec Moscou et Beijing. Sans parler de Téhéran.

Au moment où cet entretien se tient, l’ambassade d’Égypte à Washington et la Maison-Blanche n’ont pas réagi à ces informations.

| Q. Bagdad qui propose de juger nos djihâdistes contre de… l’argent, vous en pensez quoi ?

Jacques Borde. Plus précisément, 1,8 Md €. Excepté le fait que je trouve la somme un peu élevée, pourquoi pas ? L’offre en question est à étudier avec le plus grand sérieux. Quant à l’argent : eh bien, toute peine mérite salaire, non ? Négocions le prix et la prestation effectuée, tout simplement.

L’intéressant, c’est que l’Irak a calculé ce qu’il nomme « les coûts opérationnel » de l’affaire en se basant sur le précédent de Guantanamo, ce qui me semble être un paramètre raisonnable et négociable en matière de référence. Là nous ne parlons plus de nos prisons franchouillardes couveuses à terroristes takfirî.

| Q. Négociable en quel sens ?

Jacques Borde. Je suis plus que réservé sur trois points :

1- le fait que Bagdad se réserverait le droit de réclamer « plus d’argent pour couvrir les frais engendrés par leur détention ».
2- je pense que le modèle suivi devrait être davantage celui d’Abou Ghraïb que Guantanamo. Aucune raison d’épargner la vermine takfirî, nous ne parlons pas de simples voleurs de poules mais de terroristes et de combattants irréguliers. Ceux que nos amis américains appellent les Unlawful combatants3.
3- la prison est un lieu de vie. Nos amis irakiens pourraient faire sorte que celui-là soit un lieu de vie aussi courte que possible.

Ça sera de l’argent bien utilisé…. Faisons le chèque…!!!

| Q. Mais, vous ne craignez pas la torture ?

Jacques Borde. Parlons plutôt de sollicitations un peu poussées. Ces terroristes détiennent, pour la plupart des infos utiles à la lutte contre le terrorisme. Il semble essentiel qu’ils nous les communiquent…

| Q. Et les droits de l’hom…

Jacques Borde. Foutaises !

Faisons comme les États-Unis qui ont, de leur côté, développé l’exception juridictionnelle connue sous le nom d’Unlawful combatants tels que définis dans le PATRIOT Act, ou plus précisément le Uniting & Strengthening America by Providing Appropriate Tools Required to Intercept & Obstruct Terrorism Act of 20014, pris sous la présidence de George W. Bush, qui permet de soustraire au droit commun les combattants armés capturés dans le cadre de la guerre contre le terrorisme.

Nous pourrions également faire profiter de tout ça nos si encombrants Fichés S. N’ont-ils pas, par leurs activités scélérates interagi, ou contribué à interagir, sur la guerre menée par Al-Dawla al-Islāmiyya fi al-Irāq wa al-Chām (ISIS/DA’ECH)5, Al-Jayš al-Fateh (Armée de la conquête)6, etc., contre le peuple et la nation irakienne ?

D’une manière plus générale, je suis sûr que nos amis irakiens sauront calquer leur prestations sur des non-dits et des accommodements, disons, spéciaux. Surtout que, à en croire des sources locales, un « tribunal spécial » pourrait voir le jour pour traiter la fripouille nazislamiste. Donc, sur ce dossiers tous les espoirs restent permis…

Terminons sur je sujet en disant que ce qui pourrait être mis en place avec les autorités légales sises à Bagdad pourrait tout autant l’être avec celles sises à Damas !…

Notes

1 Promu à ce grade en septembre 2016 par le Parlement de Tobrouk.
2 Base permanente de la Royal Air Force (RAF), dont Jacques Borde nous avait parlé lors d’un précédent entretien, Akrotiri Sovereign Base Area a précédemment accueilli des Tornado GR4, engagés au-dessus de l’Irak depuis septembre 2014.
3 Traduite par combattant illégal, combattant ennemi ou encore combattant ennemi illégal.
4 Ou en français : Loi pour unir & renforcer l’Amérique en fournissant les outils appropriés pour déceler & contrer le terrorisme.
5 Ou ÉIIL pour Émirat islamique en Irak & au Levant.
6 Coalition articulée autour d’an-Nusrah li-Ahl ach-Chām (Front Al-Nosra), le bras armé d’Al-Qaïda en Syrie. Se compose, pour être complet, de : Ahrār ach-Chām (Mouvement islamique des hommes libres du Cham), Jund al-Aqsa (Les soldats de Jérusalem), Liwāʾ al-Haqq, Jayš al-Sunna, Ajnad ach-Chām et de la Légion de Cham.

 

A Propos Jacques Borde

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