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Bruits de bottes Jérusalem Vs Téhéran : Le Coup de dé du HAMAS…

| Guerre Vs DA’ECH | Questions à Jacques Borde |

On n’est jamais si bien trahi (sic) que par ses amis (ou supposés tels). En balançant publiquement Téhéran (même si c’était un secret de polichinelle) comme fournisseur officiel des missiles qu’il tire à foison sur Israël, le n°2 du HAMAS, Yahya Sinouar (finalement, assez fin manœuvrier) vient de rendre un bien mauvais service à un Iran déjà dans le collimateur de Teflon Trump. Comme on trahit toujours pour quelqu’un : au profit de qui Sinwar vient-il (encore une fois) de retourner sa veste ? & avec quelles conséquences pour le Proche-Orient tout entier ?

| Q. Peut-on dire que nous sommes à deux doigts d’un affrontement direct entre Jérusalem et Téhéran ?

Jacques Borde. Dieu nous en préserve, s’il le peut encore. Mais, oui, nous avons rarement été aussi prêts d’un choc direct entre ces deux puissances régionales que sont, à des degrés divers, l’État hébreu et la RI d’Iran.

| Q. Pourquoi maintenant plus qu’hier ?

Jacques Borde. Oh, pour des tas de raisons, in fine. La plus pressante, je dirais, réside dans les propos particulièrement inconscients de Yahya Sinouar qui, en tant que co-fondateur de l’appareil de sécurité du HAMAS, est le deuxième plus puissant personnage en son sein.

Figure historique des Katā’ib Izz al-Din al-Qassam (Brigades Ezzedine Al-Qassam)1 et membre de la direction du Harakat al-Muqâwama al-‘islâmiya (HAMAS)2, Sinouar ne parle pas pour ne rien dire. Je penses donc que ses propos ont été ciselés, pesés et tenus dans une intention bien précise :

1- impliquer directement Téhéran dans la prochaine Guerre de Gaza.
2- ou, à défaut, provoquer un affrontement direct entre Jérusalem et Téhéran.

Deux choses, que les Iraniens, comme les Israéliens d’ailleurs, ont toujours su éviter jusqu’alors.

| Q. Et qu’a dit Sinwar de si nouveau ?

Jacques Borde. Que l’Iran fournissait bien à aux Katā‘ib les engins sol/sol qu’elles tirent régulièrement sur Israël.

« L’Iran nous a fourni les roquettes, et nous avons surpris le monde entier quand notre résistance a ciblé Beer Sheva », a déclaré Yahya Sinouar en référence au week-end de violence début mai 2019, au cours duquel le HAMAS et le Harakat al-Jihâd al-Islami fi Filastīn3, avaient tiré près de 700 sol/sols de tous types sur Israël. « Sans l’Iran, la résistance en Palestine ne disposerait pas de ses capacités actuelles », a ajouté Sinouar .

| Q. Et, pour vous, ces propos sont délibérés ?

Jacques Borde. Oui, bien sûr. Ils ne sont inconscients que dans le sen où ils peuvent provoquer le pire. Mais, ils n’en restent pas moins, de mon point de vue, parfaitement délibérés et tenus à dessein.

| Q. Mais pourquoi. Ou pour qui ?

Jacques Borde. Ah, ah, je crois que vous poser la bonne question.

En fait, je crois que Sinouar vient, profitant de l’ego démesuré des Iraniens, de les projeter dans le coin du ring où il affronte Jérusalem.

| Q. Dans quel intérêt ?

Jacques Borde. D’abord, pour ne plus être seul dans ce coin du ring. Ce qui a été le cas, je vous le rappelle, pour les trois premières Guerres de Gaza. Les Iraniens ont toujours évité de mettre leurs propres doigts dans cet engrenage. Ce que Sinouar vient de faire à leur place. On n’est jamais si bien trahi que par ses amis…

Car, en citant directement Téhéran, le dirigeant du HAMAS implique directement les Iraniens dans sa guerre à lui.

| Q. Vu le contexte déjà tendu entre entre Téhéran et Jérusalem, ça change vraiment quelque-chose ?

Jacques Borde. Ça change tout, bien au contraire.

Sinouar n’est pas le premier quidam gazaoui venu, il parle en tant que n°2 de son organisation. Ce faisant, il mouille (sic) tout le monde : Téhéran, le HAMAS et, bien évidemment Jérusalem, dont rien ne nous dit que cette montée aux extrêmes entre bien dans son agenda du moment. C’est aussi comme ça que fonctionne la tension dialectique entre ennemis. Sinouar, ce faisant prend un risque, mais un risque calculé.

À ce stade, pour Jérusalem, deux options lui sont offertes sur un plateau : le droit de suite, et le linkage… la guerre approche.

| Q. Vous pouvez expliciter ?

Jacques Borde. Oui.

En raison des propos de Sinouar, les Iraniens ne sont plus des observateurs lointains, des fournisseurs supposés, ou tout ce que vous voudrez d’autre, mais bien des acteurs de premier plan – au même titre que les Katā’ib Izz al-Din al-Qassam et le Harakat al-Jihâd al-Islami fi Filastīn – de la confrontation armée entre Palestiniens et Israël. Et à ce titre le droit de suite qui permet à un pays attaqué de riposter, au-delà de son propre limes, aux attaques le visant est parfaitement applicable aux Iraniens.

Le souci pour les Iraniens est que les Israéliens – entre leurs F-15I Ram, leurs F-16I Soufa, leurs F-35I Adir et leurs sous-marins Dolphin – ont les moyens de punir (sic) leur pays, si opportunément balancé par le doulos4 Sinouar !…

Et, si le droit de suite ne suffisait pas, Jérusalem peut invoquer le linkage, cette forme de riposte à côté initiée, si ma mémoire est bonne, par les États-Unis à la Grenade pour punir les Soviétiques de leurs propres actions à l’autre bout du monde.

| Q. C’est plutôt risqué de le part du HAMAS ?

Jacques Borde. Pas tant que ça, en fait. Cela dépend des cartes que voudra abattre le Premier ministre israélien, Binyamin Bibi5 Nétanyahu, au choix :

1- frapper directement l’Iran, sur des sites liés notamment à l’activité nucléaire militaire iranienne (à ce stade, que celle-ci soit avérée ou pas, n’ayant plus aucune importance). Ce qui, au passage ravira l’administration Trump, ainsi dispensée de lancer la première guerre trumpiennne. Ce qu’elle a toujours réussi à éviter jusque là.
2- re-frapper Gaza, 4ème Guerre du genre. Ce qui pend au nez du HAMAS depuis des mois, de toute façon.
3- Frapper Gaza et l’Iran en même temps. Ce qui semble un peu hors de proportion.

À noter que l’hypothèse 1, dispenserait de mobiliser la Réserve israélienne, ce qui est toujours une mauvaise chose, au plan économique. Le personnel actuellement sous les drapeaux de l’Heyl Ha’Avir Ve’Hahalal6 suffisant amplement à la tâche

| Q. Mais, une 4e Guerre de Gaza, si elle se déclenchait, ça sera le prix fort à payer pour le HAMAS, les pertes seront énormes ?

Jacques Borde. Et, où avez-vous lu que Sinouar et ses petits camarades avaient le plus petit souci de leurs administrés ?

| Q. Et le Hezbollah pourrait être visé ?

Jacques Borde. Possible. Mais c’est moins sûr, en fait.

1- Sinwar ne nomme pas expressément le parti de Dieu comme fournisseur des missiles tirés sur Israël.
2- de jure, associer le Hezb et le Liban à cette via factis (Gaza, Iran, séparément ou ensemble) pourrait être préjudiciable diplomatiquement à Jérusalem. Un peu too much en quelque sorte.
3- quelque-part, le dossier du Hezbollah et des lignes rouges qu’il implique, est géré distinctement par les planificateurs de TSAHAL.
4- le Hezbollah s’est toujours gardé de se mêler des Guerres de Gaza. Ainsi, il n’a jamais ouvert de second front pour alléger la pression militaire israélienne. Autant éviter de lui donner une si mauvaise habitude.
5- le citoyen israélien est moins enclin à aller se battre au-delà de ses frontières qu’auparavant. Le Liban, c’est le Liban. Et beaucoup pensent que le statu quo à la frontière -nord est un moindre mal mais qui se suffit à même. A contrario, Gaza (et les groupes armés qui y règnent, parce que palestiniens) est toujours perçu comme un pium justumque bellum7. Une guerre licite, si vous préférez.

| Q. Dernière question : ça arrangerait qui, ces propos malencontreux de Sinwar ?

Jacques Borde. Une vraie rupture du HAMAS avec l’Iran serait fort appréciée du côté de Jérusalem. Après…

Sinon, soyons clair : le HAMAS se fiche comme d’une guigne des Iraniens. C’est leur soutien logistique qui les intéresse. Or, celui-ci, sanctions obligent, a commencé à décliner. Or, même si les Européens que nous sommes ont pris le pli de régler beaucoup des facture de l’administration gazaouie (donc du… HAMAS), le HAMAS a besoin de sponsors prêts à lui payer ses jouets.

Il est sans doute temps pour Sinouar et ses petits camarades de se rabibocher avec les oligarques golfiques du Conseil de coopération des États arabes du Golfe (CCEAG).

| Q. Avez-vous des éléments probants pour étayer pareille supposition ?

Jacques Borde. Non, pas directement.

En revanche, il est à relever que le HAMAS vient d’initier à Gaza une vaste campagne d’intimidation et de persécutions visant les Chrétiens gazaouis. Or, on sait très bien de quelles parties du Golfe persique partent les directives en ce sens.

Asinus fricat et is fecit cui prodest, en quelque sorte.

Notes

1 Anciennement Al-Moudjahidin al-Philistinisme, les Combattants palestiniens.
2 Mouvement de résistance islamique, l’acronyme signifie également zèle en arabe.
3 Ou Jihâd islamique palestinien (JIP).
4 Indicateur de police, balance, en argot parisien.
5 Surnom donné, tant par ses adversaires que ses partisans, à Binyamin Nétanyahu, et peu apprécié par celui-ci. Qui se consolera en se disant que feu le maître-espion, Rafaël Eitan Hanitman, plus connu sous le nom de Rafi Eitan, lors de son passage dans la Pal’Mach, suite à sa chute malencontreuse dans un trou d’égouts, reçut, à cette mémorable occasion, le surnom de Rafi, le puant. Surnom dont il ne réussira jamais à se défaire.
6 Armée de l’air israélienne, anciennement dénommée Sherut’Avir.
7 Guerre pieuse et juste pour les Anciens Romains. Donc conforme au droit, aux intérêts de Rome et ayant la faveur des dieux.

 

A Propos Jacques Borde

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