Accueil / Verbatim / DA’ECH : Lorsque les Périls glissent vers l’Asie [1]

DA’ECH : Lorsque les Périls glissent vers l’Asie [1]

| Myanmar Vs DA’ECH | Questions à Jacques Borde |

Tel l’Hydre de l’Antiquité, DA’ECH n’a de cesse de voir ses têtes repousser. Dernier avatar engendré par la doxa takfirî : des excroissances en Inde & en Birmanie. Métastases qui ont aussitôt provoqué les réactions énergiques & salvatrices tant de Delhi que de Yangon. Corollaire de ces tensions asiatiques : les réactions, hélas, toujours aussi imbéciles qu’indignées de nos media mainstream soumis à l’or corrupteur des sponsors de la terreur. 1ère Partie.

« Blood and destruction shall be so in use And dreadful objects so familiar That mothers shall but smile when they behold Their infants quarter’d with the hands of war;
All pity choked with custom of fell deeds: And Caesar’s spirit, ranging for revenge, With Ate by his side come hot from hell, Shall in these confines with a monarch’s voice
Cry  »Havoc », and let slip the dogs of war; That this foul deed shall smell above the earth With carrion men, groaning for burial’ ».

« Le sang, la destruction seront des choses si communes, et les objets effroyables deviendront si familiers, que les mères ne feront plus que sourire à la vue de leurs enfants déchirés des mains de la guerre.
Toute pitié sera étouffée par l’habitude des actions atroces : et conduisant avec elle Até, sortie brûlante de l’enfer, l’ombre de César promènera sa vengeance, criant d’une voix puissante dans l’intérieur de nos frontières : Carnage ! et alors seront lâchés les chiens de la guerre, jusqu’à ce qu’enfin l’odeur de cette action exécrable s’élève au-dessus de la terre avec les exhalaisons des cadavres pourris, gémissant après la sépulture ».
Marc-Antoine, Scène 1, Acte 3, Julius Caesar, William Shakespeare.

| Q. Que pensez-vous du débat autour du retrait de son Prix Nobel à Aung San Suu Kyi ?

Jacques Borde. C’est une vaste fumisterie. Ni plus, ni moins. Je ne suis pas d’ailleurs vraiment surpris que notre presse caniveau vespérale et droit-de-l’hommiste s’en fasse le relais et serve, ainsi, la soupe aux éléments de la terreur takfirî au Myanmar. Ou la Birmanie comme l’appelait le colonisateur.

Asinus asinum fricat

| Q. vous soutenez donc Aung San Suu Kyi ?

Jacques Borde. Ça n’est pas le sujet, désolé. Prenons les choses par le début. Traditionnellement, je n’ai jamais été un soutien affiché d’Aung San Suu Kyi.

| Q. Tiens, et pourquoi ?

Jacques Borde. Oh, c’est simple à comprendre :

Primo. C’est à la Birmanie et aux Birmans de choisir leur voie politique.

Secundo. J’ai toujours eu quelque prévention envers la dame en raison des liens que cette membre de la haute société (par ailleurs fille du héros de l’Indépendance, le Bogyoke1 Aung San) entretenait avec le Foreign Office.

Ceci posé, il se trouve que, dans le vaste chantier de recomposition politique qui voit tous les vrais Birmans préférer la concorde aux périls, Daw Aung San Suu Kyi est ministre des Affaires étrangères, conseillère spéciale de l’État et porte-parole de la Présidence. Une position qui fait d’elle une sorte de chef de gouvernement de facto. Ce aux côtés des immenses acteurs de la vie politique birmane que sont les congrégations (sic) bouddhistes et Tatmadaw, l’establishment militaire.

Arrivée ainsi à la tête de Pyidaungzu Thammada Myanma Naingngandaw2, Aung San Suu Kyi mérite donc, en plus de son parcours personnel (qui n’a pas été, à proprement parler, une vallée de rose, et a justifié qu’elle reçoive le Prix Nobel de la paix) un minimum de respect. Chose que nos plumitifs germanopratins semblent oublier. Brûlant ce qu’ils ont adoré au premier motif leur passant par la tête.

| Q. Que reproche-t-on exactement à Aung San Suu Kyi ?

Jacques Borde. Tout simplement, de faire son travail et ne ne pas faiblir face aux périls.

Depuis son arrivée aux affaires, notons qu’Aung San Suu Kyi a eu une action raisonnable et raisonnée au poste – quelque part entre le marteau et l’enclume, dirons certains – qui est le sien. À temps difficiles, tous les acteurs politiques du pays, au lieu de s’écharper inutilement, ont joué le jeu et opté pour la concorde nationale. Ça n’était ni aisé, ni évident.

Tous ? Non, en fait, les Rohingyas et, encore plus, les factions politiques armées rohingyas ont, une fois encore, fait le choix de la division et de la via factis. Pourquoi ce choix ? Pourquoi à ce momen-là ? Et, plus encore sur ordres de qui ?

Quelque part, faut-il même se surprendre de cet enchaînement criminel ?

Suite à la reprise des hostilités par le très islamiste Harakah al-Yaqin – mais qui se présente aux yeux complaisamment extatiques des media et lobbies perfusés à l’or golfique – sous son cache-sexe d’Arakan Rohingya Salvation Army (ARSA) – et recevant le Premier ministre indien, Narendra D. Modi, au palais présidentiel de Naypyitaw le 6 septembre 2017, Aung San Suu Kyi a clairement mis en cause le terrorisme international. Les deux parties ont publié un communiqué commun dénonçant « la violence extrémiste dans l’État de Rakhine et spécialement la violence contre les forces de sécurité et la manière dont les vies des civils ont été affectées ».

| Q. Mais les violences actuelles ?

Jacques Borde. Il se trouve que, fait connu, les Birmans sont d’excellents soldats. Leur armée, Tatmadaw, est, à la fois efficace, rugueuse et peu portée aux, disons-le, aux introspections causales si typiques de nos plumitifs vespéraux. Plumitifs dont il est à parier qu’ils ont surtout été exaspérés par la rencontre entre Aung San Suu Kyi et Narendra D. Modi. Le second étant issu du Bhāratīya Janata Party (BJP)3. Pas vraiment la tasse de thé de nos bobos parisiens.

Or, que se passe-t-il dans cette partie de l’Asie ?

Au sein de la communauté musulmane rohingya, connue depuis toujours pour ses tropismes irrédentistes et ses brusques sursauts de violence, depuis des mois, des factions armées avec à leur tête l’Arakan Rohingya Salvation Army (ARSA), ont :

1- préparé la via foedi (préférée au dialogue) avec Yangon ;
2- bel et bien choisi de s’allier à Al-Dawla al Islāmiyya fi al-Irāq wa al-Chām (DA’ECH)4 ;
3- accueilli une partie de ses cadres ;
4- et, brutalement, choisi d’attaquer une bonne trentaine de postes de police.

| Q. Oui, que s’est-il passé au juste ?

Jacques Borde. Le 25 août 2017, Harakah al-Yaqin-ARSA et ses sicaires takfirî ont lancé 25 attaques simultanées contre des postes de police et des casernes dans l’État de Rakhine, sur la côte birmane.

Opération d’envergure qui était organisée avec des éléments issus du Jamaat-ul-Mujahideen5. Groupe qui a officiellement fait allégeance à DA’ECH et rassemblant autour de lui :

1- les Moudjahiddin indiens d’Al-Jihad et Al-Ouma ;
2- le Students’ Islamic Movement of India (SIMI)6 ;
3- le Lashkar-e-Toiba (LeT)7 ;
4- le Ḥarkat al-Jihād al-Islāmi (HuJI)8.

Vivier dont il est notoire qu’il a été financé par les canaux habituels de la terreur takfirî : Arabie Séoudite, Pakistan, Turquie et, c’est à noter, la Revival of Islamic Heritage Society (RIHS), une fondation koweïtie.

Que croyez-vous qu’il arrivât ?

Tant Tatmadaw Kyee9 que Na Sa Kha10, qui ne font pas les choses à moitié, ont lâché leurs chiens de guerre11 sur les zones d’où opéraient les terroristes takfirî de l’ARSA et, depuis peu, des éléments de DA’ECH.

Combats qui ont entraîné un exode massif des Rohingyas vers le Bangladesh voisin. Plus de 700.000 personnes, désormais, disent les sources. À qui ils convient d’ajouter 27.000 bouddhistes et hindous, fuyant les pogroms des factions armées rohingyas.

| Q. Militairement, où en est-on ?

Jacques Borde. Actuellement, l’ARSA a tellement encaissé de coups qu’elle a opté pour une interruption unilatérale de ses opérations militaires (sic). À se demander, connaissant les accointances douteuses de nos media mainstream avec les sponsors historiques de la terreur takfirî, si ça n’est pas cet échec des terroristes rohingyas qui n’est pas la vraie raison de leur ire subite envers Daw Aung San Suu Kyi, qui a réagi en dénonçant l’« iceberg de désinformation » à propos de la crise que connaît son pays.

| Q. Là, c’est bien d’une guerre dont nous parlons ?

Jacques Borde. Oui, une guerre en bonne et due forme, avec ses heurs et ses malheurs. L’Islam politique (pour utiliser une appellation plutôt soft) à la manœuvre au sein des Rohingyas nous bourre allègrement le mou en essayant de se faire passer pour d’innocentes victimes. Ce conflit, répétons-le, a été :

1- voulu ;
2- préparé ;
3- déclenché.

Le problème, c’est que le perdant, ils ont mis en branle leurs lobbies et relais médiatiques pour tenter d’en limiter les dégâts. Sans doute eut-il été plus intelligent d’y penser avant. Héraclite nous en avertit : « Polémos est le père de tous ».

[à suivre]

Notes

1 Major-général.
2 République de l’Union du Myanmar.
3 Ou Parti du peuple indien, droite nationaliste hindoue. Considéré comme l’aile politique du Rashtriya Swayamsevak Sangh (RSS, Organisation patriotique nationale).
4 Ou ÉIIL pour Émirat islamique en Irak & au Levant.
5 Assemblée des combattants.
6 Ou Mouvement des étudiants islamiques d’Inde.
7 Ou Armée des pieux.
8 Ou Mouvement du djihâd islamique.
9 Armée de Terre birmane.
10 Gardes-frontières birmans.
11 Marc-Antoine, Scène 1, Acte 3, Julius Caesar, William Shakespeare.

Aung San Suu Kyi, ARSA, Tatmadaw, DA’ECH, Birmanie, Narendra D. Modi,

A Propos Jacques Borde

Consulter aussi

Le Poids des mots, le Choc des formules ! & après ?…

| Ordo rerum | Questions à Jacques Borde | Air du temps, les principaux acteurs …

Ce site utilise des cookies. En acceptant ou en poursuivant votre visite, vous consentez à leur utilisation .

Les paramètres des cookies sur ce site sont définis sur « accepter les cookies » pour vous offrir la meilleure expérience de navigation possible. Si vous continuez à utiliser ce site sans changer vos paramètres de cookies ou si vous cliquez sur "Accepter" ci-dessous, vous consentez à cela.

Fermer