Accueil / Verbatim / Guerre des drones & Guerre des mots ! & Après ?… [1]

Guerre des drones & Guerre des mots ! & Après ?… [1]

| É-U / Iran | Géostratégie | Questions à Charlotte Sawyer & Jacques Borde |

La Guerre des drones & Guerre des mots qui prévaut désormais entre Washington – à quelques encablures des côtes… iraniennes & non celles des États-Unis, ne n’oublions – nous offre ces sonorités d’avant-guerre qui sont toujours aussi désagréables à entendre. Pris entre les provocations des xyloglottes du Deep State & sa retenue à lancer une guerre labellisée trumpienne, le président des États-Unis, Donald J. Teflon Trump, retient encore son bras. Le pourra-t-il encore longtemps ? Quant aux Perses, réputés roués & fins diplomates, les cartes qu’ils pourraient abattre pour faire baisser la tension sont de moins en moins évidentes. Épisode 1.

| Q. Lorsqu’on parle de gérer une crise : difficile de dialoguer de manière aussi indirecte que le font Washington et Téhéran, non ?

Jacques Borde. Certes, tout ne se passe pas comme cela se fait couramment entre d’autres locuteurs de tensions dialectiques. Mais, notons que :

1- ces deux-là (Iran, États-Unis) ne manquent pas d’expérience en la matière, c’est comme ça qu’ils communiquent depuis le début des années 80.
2- l’évolution du dossier Chosŏn Minjujuŭi Inmin Konghwaguk1-États-Unis, montre que le président des États-Unis, Donald J. Teflon Trump, se débrouille beaucoup mieux que ces prédécesseurs en de telles périodes de tension. Jusqu’à présent du moins. Touchons du bois.
3- entre Washington et Téhéran il reste encore des canaux.

Cette fois-ci, après avoir proprement shooté le Global Hawk US, le n°2 du Vezârat-é Omur-é Khârejé2, Abbas Araghchi3, un homme d’expérience4, a, dans un appel téléphonique « d’urgence » fait passer un message à Washington par le biais de l’ambassadeur suisse à Téhéran, qui représente les intérêts américains en l’absence de relations diplomatiques entre Téhéran et Washington depuis 1980.

L’Iran « ne cherche pas la guerre » a rappelé Araghchi, tout en mettant en garde « les forces américaines contre toute mesure inconsidérée dans la région » et réitéré que l’Iran défendrait « résolument son territoire contre toute agression ». Et, surtout, a fait passer des éléments contredisant la version du Deep State du déroulé des faits.

Charlotte Sawyer. Apparemment, le message a été reçu fort et clair à Washington, où Donald J. Teflon Trump, après avoir qualifié d’« énorme erreur » l’interception réussi du drone par la DCA iranienne, a subtilement botté en touche, évoquant la piste d’une erreur côté iranien. Ajoutant, avoir « … le sentiment que c’était une erreur faite par quelqu’un qui n’aurait pas dû [prendre cette décision]. J’ai du mal à croire que cela était délibéré ».

Jacques Borde. Une manière originale d’absoudre la direction géopolitique de la RI d’Iran de la responsabilité du tir. Plutôt, bien trouvé, je dirai.

| Q. Vous avez presque l’air rassuré par cet épisode ?

Jacques Borde. Oui et non, en fait. Non, parce que commencer à échanger des coups n’est pas franchement une très bonne nouvelle.

Oui. Parce qu’en dépit de la mauvaise réputation médiatique qu’on lui fait depuis son arrivée à la Maison-Blanche, le président des États-Unis, a parfaitement su gérer son affaire et faire retomber la tension.

Charlotte Sawyer. Il est donc a espérer que si l’administration Trump arrive à prendre langue durablement et discuter avec des interlocuteurs iraniens de l’expertise d’Abbas Araghchi, les choses pourraient aussi évoluer dans un sens positif comme cela a été le cas avec le Mexique et la Corée du nord.

| Q. Donc, tous les deux, vous êtes plutôt optimistes ?

Jacques Borde. N’exagérons rien. Mais, de toute évidence, Donald J. Teflon Trump, est davantage un homme de dialogue et, espérons, de paix que les fauteurs de guerre démocrates. Reste, pour Trump et son entourage, à éviter les pièges ne que manqueront pas de dresser devant lui les xyloglottes5 bellicistes du Deep State, œuvrant dans l’ombre.

Charlotte Sawyer. À noter que, par mesure de précaution, la Federal Aviation Administration (FAA)6 a interdit aux compagnies étasuniennes le survol de l’espace aérien contrôlé par Téhéran au-dessus du Golfe et du Golfe d’Oman, ce « jusqu’à nouvel ordre ».

Des restrictions ont été justifiées par une « augmentation des activités militaires et la tension politique croissante dans la région, qui représentent un risque pour les opérations de l’aviation civile américaine » accompagné d’un risque d’ « erreur d’identification ».

| Q. Inquiétant, non ?

Jacques Borde. Pas plus que ça. La FAA publie de manière très régulière ses NOTAM (Notices to Airmen) qui informent au niveau mondial les pilotes des conditions de vol et d’événements susceptibles de nuire à la sécurité aérienne.

Charlotte Sawyer. La FAA travaille de manière suivie avec le US Department of Homeland Security (DHS)7. Nous ne sommes plus en 1988, heureusement.

| Q. Pourquoi 1988 ?

Jacques Borde. Parce que le 3 juillet 1988, un bâtiment de guerre US, le USS Vincennes (CG-49) abattait de deux missiles mer/air, le vol 655 d’Iran Air. 289 victimes, toutes civiles, allaient perdre la vie ce jour-là.

Très précisément deux mer/air RIM-66 Standard/SM-2MR ont été tirés sur l’Airbus A300 qui était parti en retard de 27 minutes de l’aéroport de Bandar Abbas.

Et, à ce jour, ce sont bien les Américains qui sont les seuls à avoir ce type d’exploit à leur palmarès. 27 minutes=289 morts !

Charlotte Sawyer. À rappeler, gradation dans l’ubuesque, que le commandant du USS Vincennes (ainsi que son second), Will Rogers III, recevra discrètement, pour tout blâme, la plus haute décoration que l’US Navy puisse décerner à un officier de son rang. Vu le reste de sa carrière, on est en droit de se poser quelques questions. Mais, bon…

Jacques Borde. Si le sujet, vous intéresse, vous pouvez lire mon bouquin sur le sujet, Un crime de guerre américain – le Vol 655 Iran Air. Un peu daté, et à remettre à jour (j’y travaille).

Charlotte Sawyer. Dernière hypothèse, pour vous imprégner de la pensée contenue dans ce collector : aller le consulter à la Bibliothèque du Congrès des États-Unis. À noter, qu’à l’époque, Jacques fut le premier à mettre en avant que de deux missiles mer/air, avaient bel et bien été tirés par le USS Vincennes et non un seul.

| Q. Mais, diriez-vous que ce genre d’accrochage est fréquent dans cette partie du Golfe ?

Jacques Borde. À ce point ultime, c’est assez rare, heureusement. Les rencontres inopinées (ou les incidents sans suite) si je puis m’exprimer ainsi, sont assez fréquentes, en fait. Vous savez, cela fait plus de trente ans que nos molosses se flairent l’arrière-train, a peu d’encablures ou de miles. Alors…

Charlotte Sawyer. Oui. Encore récemment, un de nos drones armés MQ-9 Reaper a été visé par illuminé par une batterie sol/air iranienne. Par récemment, je veux dire, peu avant les incidents du Kokuka Courageous et du Front Altair.

Jacques Borde. Par ailleurs, à en croire le patron de l’Aerospace Force of the Army of the Guardians of the Islamic Revolution (AFAGIR), le brigadier-général Amir Ali Hajizadeh, le 21 juin 2019, en plus du drone, l’espace aérien iranien aurait également été pénétré par un P-8A Poseidon de la Navy.

« Avec le drone états-unien dans la région se trouvait aussi un avion américain P-8 avec 35 passagers à bord. Cet avion est entré dans notre espace aérien et on aurait pu l’abattre, mais nous ne l’avons pas fait », a affirmé Amir Ali Hajizadeh, cité par l’agence Tasnim.

| Q. Et, ça, ça vous semble crédible ?

Jacques Borde. Oui, tout à fait. Mais rien d’extraordinaire, en fait.

À évoluer aussi près des côtes iraniennes, il est fréquent de des appareils y pénètrent. Généralement, les échanges-radios entre contrôle aérien iranien et les appareils fautifs (sic) vous règlent ça aussitôt.

Je pense, en fait, que le brigadier-général, Hajizadeh fait allusion à un incident de ce type, dont il fait une présentation pro domo assez classique. Pas de quoi fouetter un chat. À corriger, pour être précis, la relation qu’en a fait Tasnim : le P-8A Poseidon8 étant un appareil militaire, on ne parle pas de ses « passagers », mais de son équipage.

| Q. Et, depuis, la tension : en baisse ? En hausse ?

Jacques Borde. D’une certaine manière, cow-boys et indiens ont plutôt rengainé leurs armes. C’est déjà ça.

Charlotte Sawyer. Côté administration présidentielle, Donald J. Teflon Trump a repris son ouvrage dialectique en direction des Iraniens, assurant le 22 juin 2019, que si les Iraniens renonçaient à leur programme nucléaire, il deviendrait leur « meilleur ami ».

« Nous n’allons pas laisser l’Iran se doter de l’arme nucléaire et quand ils auront accepté cela, ils auront un pays riche, ils seront tellement heureux et je serai leur meilleur ami. J’espère que ça va arriver », a lancé Trump à la presse, avant de prendre les airs pour Camp David.

« Mais si les dirigeants iraniens se comportent mal, ils vont passer une très mauvaise journée (…) Espérons qu’ils se montrent intelligents (…). Si on pouvait remettre l’Iran sur les rails de la reconstruction économique, ce serait fantastique ».

| Q. Et ça, ça vous inspire quoi ?

Jacques Borde. C’est la méthode Trump. Atypique et brut de fonderie. Je vous ferai remarquer que, bien que ça fasse encore rire certains, c’est comme ça que Trump a réussi à rencontrer, à deux reprises déjà, son homologue de la Chosŏn Minjujuŭi Inmin Konghwaguk, Kim Jong-un.

Charlotte Sawyer. Et qu’à ce jour, aucune guerre n’a été déclenchée par l’administration Trump, toujours aussi jacksonienne dans sa pratique de la chose internationale. Alors, pourvu que ça dure…

Notes

1 Ou République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord).
2 Ministère iranien des Affaire étrangères.
3 Qui dirigea le think tank Institute for Political & International Studies (IPIS). Sis à Téhéran.
4 Mais, à moins que ma mémoire me fasse défaut, non connu (directement) de ma modeste personne, contrairement à d’autres.
5 Adeptes de la langue de bois.
6 Soit l’agence gouvernementale chargée des réglementations & des contrôles concernant l’aviation civile aux États-Unis.
7 Créé officiellement le 27 novembre 2002 par le Homeland Security Act (Loi sur la sécurité intérieure) à l’initiative du président George W. Bush, en réponse aux attentats du 11 septembre 2001. Son objectif est d’organiser et d’assurer la sécurité intérieure du pays. Il regroupe 22 agences fédérales liées à la sécurité du pays, notamment la US Coast Guard, le Secret Service, la Federal Emergency Management Agency (FEMA, Agence fédérale des situations d’urgence), la Transportation Security Administration (TSA, Administration de sécurité du transport, le US Customs & Border Protection (CBP, à la fois les douanes & les gardes-frontières)…
8 Aussi désigné P-8 MMA pour Multimission Maritime Aircraft, avion de patrouille maritime & de lutte antisous-marine (PARTMAR) américain entré en service fin 2013. Il est dérivé de l’avion de ligne Boeing 737.

 

A Propos Jacques Borde

Consulter aussi

Terrorisme(s) intérieur(s) : Qui combat qui & comment ?

| É-U / Europe | Terrorisme  | Questions à Charlotte Sawyer & Jacques Borde | …

Ce site utilise des cookies. En acceptant ou en poursuivant votre visite, vous consentez à leur utilisation .

Les paramètres des cookies sur ce site sont définis sur « accepter les cookies » pour vous offrir la meilleure expérience de navigation possible. Si vous continuez à utiliser ce site sans changer vos paramètres de cookies ou si vous cliquez sur "Accepter" ci-dessous, vous consentez à cela.

Fermer