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Salvini=1, Sea Watch=2 ! Où la Traite négrière.2 ne lâche rien & progresse [2]

| Italie Vs Traite négrière.2 | Questions à Jacques Borde |

« Gouverner, c’est prévoir », disait Émile de Girardin, journaliste & homme politique français ! C’est aussi agir ! Visiblement, c’est dans ce registre que l’administration Conte & tout particulièrement le vice-président du Conseil & ministre italien de l’Intérieur, Matteo Salvini, ont le plus grand mal à être proactifs & efficaces. Tout particulièrement dans le dossier des navires-passeurs qui, du coup, se pointent à la queue-leu-leu à Lampedusa. Signe de cette incapacité à prendre des décision de bons sens (comme dirait l’allié de Matteo Salvini, Jordan Bardella), l’épisode du Sea Watch-3. Dans lequel la Traite négrière.2 a proprement damé le pion au ministre italien de l’Intérieur. Quant à espérer que le pacha du Sea Watch-3 finisse en prison, outre qu’il n’est que trop évident que Carola Rackete, activiste politique, n’attendait que ça, la justice (sic) italienne n’a même pas eu ce minimum de fermeté ! Une situation à la Catch 22 pour Matteo Salvini. Épisode 2.

| Q. Mais s’emparer d’un navire en haute mer n’est pas chose facile ?

Jacques Borde. Certes, ça n’est pas donné à tout le monde. C’est bien pour ça que ce genre d’opération n’est, généralement, confiée qu’à des hommes entraînés pour cela. Personnels aguerris qui ne manquant pas en Italie. Comme les Lagunari, par exemple.

Ensuite, une puissance maritime qui se respecte :

1- se doit d’avoir ce genre de capacité opérationnelle.
2- et s’en serve lorsque nécessaire.

Or, sur ce point, il semble étrange, voire incompréhensible, que le ministère italien de l’Intérieur soit autant à la peine dès qu’il s’agit de projeter à si peu de distance des côtés italienne une force d’intervention aussi modeste que celle nécessaire pour mettre à la raison un navire du tonnage du Sea Watch-3.

À rappeler, j’insiste sur ce point, que le Sea Watch-3 était une cible facile. Rien à avoir avec des bâtiments détournés par des pirates dotés d’armes de guerre. Comme, par exemple lors l’affaire de la prise d’otages du vraquier russe Université de Moscou, les 5 et 6 mai 2010 dans le Golfe d’Aden.

Dans ce cas précis, il aura fallu 22 minutes, montre en mains, aux commandos du destroyer Maréchal Chapochnikov pour régler le problème. Et, au petit matin du 6 mai 2010, les pirates étaient maîtrisés et désarmés. Abandonnés à bord d’un bateau de sauvetage (mais sans matériel de navigation), les pirates n’ont pu atteindre les côtes somaliennes et sont morts en mer. C’est ballot, je sais…

Les militaires russes ayant pris part à la libération de l’Université de Moscou ont, bien évidemment, été dûment décorés par le gouvernement russe. Bien sûr, je ne vous ai pas choisi cet exemple par hasard.

| Q. Je m’en doutais un peu.

Jacques Borde. Lorsque Sea Watch, l’ONG allemande, nous dit que « En quatorze jours, aucune solution politique ou juridique n’a été possible, l’Europe nous a abandonnés », elle est aussi dans le vrai.

Car cela signifie, désolé de le dire, que l’administration Conte, dans ce laps de temps, a été parfaitement infoutue de prendre une vraie décision. Et si la capitaine du Sea Watch-3 s’était tenue à distance, elle aurait été dispensée du court passage par la case prison, suite à l’étrange naumachie qui l’a opposé à Rome.

Preuve de cette impéritie chronique de l’appareil d’État italien, Salvini (encore lui) a dû encore s’emporter pour, qu’enfin, on exécute mollement des ordres simples : passer les menottes à une bonne femme taillée comme une crevette. Cf.« Qu’est-ce qu’ils attendent pour émettre un mandat d’arrêt ? ». Ce alors que le navire était à l’arrêt en face du port de Lampedusa.

Tout ça pour qu’une Giudice per le indagini preliminari (GIP)1 de province élargisse dès que possible Carola Rackete. Il faut dire que c’est ce qu’avait exigé Berlin !

Dans un premier temps, tout ce qu’ont osé faire les Italiens, c’est de monter « à bord pour contrôler les papiers du navire et les passeports de l’équipage ». Mais, semble-t-il, même pas ceux des clandestins. Faut pas pousser, non plus.

Que son pays, comme le déplore amèrement Salvini, « soit traitée par les organismes internationaux et par certains États comme un pays de deuxième division », c’est aussi parce qu’avec l’administration Conte, il persiste, sur le dossier migratoire en tout cas, à jouer en 2ème division. Et, là, avec le Sea Watch-3 et Carola Rackete d’y perdre – à terme, car la partie ne fait que commencer – une rencontre. Et pas n’importe laquelle.

Gloser sur « Ceux qui se foutent des règles » et qui « doivent en répondre, je le dis aussi à cette emmerdeuse de capitaine du Sea Watch, qui fait de la politique sur la peau des immigrés, payée par on-ne-sait-qui », ne sert pratiquement à rien, sauf à couvrir l’Italie de ridicule, tant que :

1- le Sea Watch-3 n’est pas sous séquestre. Ou plutôt sous saisie définitive.
2- sa capitaine n’est condamnée à une vraie peine de prison. Ce qui est, désormais, exclu.

De toute manière, à la vitesse de vaporetto à laquelle se font les choses dans le pays de César est de Dante, l’affaire aurait mis un temps certain.

| Q. Mais qu’y peut-il ?

Jacques Borde. Salvini ? Mais c’est avant qu’il fallait agir, pardi !

Là, le Capitano2 se défausse de sa propre incapacité à être proactif. Il suit le courant. En fait, Rome, sorte de bateau ivre, n’a aucune maîtrise de l’agenda et du calendrier.

Je vous fiche mon billet que si un navire chargé de cocaïne baguenaudait de la sorte à l’entrée de la baie de Monaco, comme l’a fait le Sea Watch-3 au large de Lampedusa avec sa livraison de clandestins, la principauté ne mettrait pas 48h00 à faire intervenir le groupe d’intervention ad hoc, pour faire cesser la plaisanterie.

Reprenons l’affaire du de l’Université de Moscou. Pfuit ! Deux jours ! Et les pirates au jus à mijoter définitivement sous le soleil…

Quant on veut, on peut.

| Q. Et, là, on pouvait quoi, selon vous ?

Jacques Borde. Les lois de la mer permettent tout à fait l’abordage et l’arraisonnement de vive force d’un navire-pirate.

Un groupe de Lagunari, ou tout simple groupe d’intervention, héliporté sur le Sea Watch-3 :

1- en prenait le contrôle.
2- le ramenait à son point de départ, à proximité ou dans les eaux territoriales libyennes.
3- livrait équipage et clandestins menottés aux Gardes côtes libyens. Pays où et aux dépends duquel a été commis l’acte de piraterie initial.
4- sabordait et coulait le Sea Watch-3.

| Q. Et, les politiques italiens présents à bord ?

Jacques Borde. S’assurer de leurs personnes, par la force si nécessaire. Ensuite les ramener en Italie. Ou les laisser débarquer en Libye pour ceux le souhaitant. À la condition expresse que les Libyens les acceptent.

| Q. Mais la capitaine du Sea Watch-3 a bien eu affaire à la justice ?

Jacques Borde. Oui. Par une Giudice per le indagini preliminari (GIP) de la Procura d’Agrigente. Saut qu’il n’est que trop évident que la cause immigrationniste cherchait à tout prix, à se faire des martyrs. Comme Carola Rackete l’avait elle-même dit : « Je suis prête à aller en prison pour cela et à me défendre devant les tribunaux s’il le faut parce que ce que nous faisons est juste ».

On a vu à quoi à servi cette farce judiciaire. Gageons que si Carola Rackete était menacée de pourrir un bonne quinzaine d’années dans une geôle tripolitaine, la Miss fanfaronnerait moins.

Là, en revanche, but atteint avec un feuilleton qui :

1- va se poursuivre d’une manière ou d’une autre.

2- va empoisonner l’actuelle administration pendant des années. C’est bien pour cela qu’il fallait agir en amont, et arraisonner le Sea Watch-3 dans les eaux internationales et l’y couler proprement.

Quant à la saisie-séquestre du Sea Watch-3, rappelons aussi que de précédents actes de saisie ont été proprement cassés en peu de temps. Et l »on vient de voir dans quel sens penchait la magistrature italienne.

| Q. À vous lire, tout ça n’est pas très folichon  ?

Jacques Borde. Non, effectivement. Et, pas de bol pour Matteo Salvini, le film3, 22 Minutes s’inspirant de cette affaire de piraterie du Golfe d’Aden, passe actuellement sur une (voire plus) chaîne TV… italienne. Une excellente opportunité pour les électeurs de M. Salvini de faire la différence entre les hommes de décision et d’action et ceux qui tournent un peu trop autour du pot – 16 jours, pour le Sea Watch-3 et sa capitaine – avant de se décider. Pour, finalement, arrêter brièvement une personne qui n’attendait que ça.

| Q. Quelque part, selon vous, Salvini n’est pas sorti d’affaire ?

Jacques Borde. Loin de là. Par ses trop grandes hésitations, Matteo Salvini vient d’échanger une situation simple : le Sea Watch-3, qu’il suffisait d’arraisonner et de retourner d’où il venait, puis le couler, pour une situation compliquée.

Je ne donne même pas une dizaine de jours à la gauche financiarisée immigrationniste pour lui coller un autre Sea Watch dans les pattes. Les Anglo-Saxons appellent ça une Catch 22 situation. En gros : une situation sans issue où l’on perd à tous les coups.

À moins que…

| Q. Quelque chose me dit que vous avez une idée derrière la tête ?

Jacques Borde. Évidemment. Salvini a noué, semble-t-il, de bons rapports avec les autorités libyennes. L’affaire, gérée intelligemment, et non tapageusement comme aime tant le faire Salvini, la Libye souveraine eût pu demander à l’Italie de lui livrer Carola Rackete pour ses actes de piraterie et traite humaine commis à ses dépends, afin que cette égérie de la cause immigrationniste soit jugée en Libye. Et selon le droit libyen.

La prochaine fois, espérons.

| Q. Mais, si comme vous le suggérez, Carola Rackete avait été livrée à la Libye, la capitaine du Sea Watch-3 aurait pu y être traitée de mauvaise manière ?

Jacques Borde. En Libye ? D’abord, permettez-moi de ne pas partager vos a priori simplificateurs sur les institutions et la justice libyennes. Ensuite, excusez-moi, en l’espèce je me serai fichu éperdument du sort personnel de Mme. Rackete, car, soyons clair :

1- Carola Rackete – ni d’ailleurs, ceux qui seront amenées à la suivre – ne fait pas partie de mes relations.
2- je ne suis pas de la même nationalité que cette dame.
3- je ne partage pas ses idées, que je juge nauséeuses et attentatoires aux droits humains.
4- je suis pour le principe du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Ici, le peuple libyen.
5- je suis fermement opposé à la traite humaine
6- par principe, je ne défends pas les criminels. Doxa personnelle qui s’appliquerait à mes proches et amis s’il se présentait, ça n’est pas à 65 ans passés que je vais changer mon fusil d’épaule.

Ça vous suffit comme raisons ? Ou je continue ?

Ah, oui ! Je suis aussi un fervent partisan de la peine de mort…

Notes

1 Syndiquée, semble-t-il à l’Associazione Nazionale Magistrati (ANM).
2 Surnom de Salvini.
3 Terriblement romancé, il est vrai.

 

A Propos Jacques Borde

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