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Le Kulturkampf remplaciste est-il aussi une «drôle de guerre» ? [1]

| Guerre Vs DA’ECH | Questions à Jacques Borde |

Parfois, à se repasser les événements, comme :1- les arrivées, les uns à la suite des autres, des navires-passeurs des ONG-pirates proxys de la doxa remplaciste wahhabî. 2- l’obligeance de la Marine militare italienne qui, au lieu de repousser de ses eaux territoriales, les navires en question, se fait un devoir de les accompagner (du moins le Alex) jusqu’à l’entrée du port de Lampedusa, on en vient à se demander si, pour certains, la guerre qu’ils livrent à Al-Dawla al-Islāmiyya fi al-Irāq wa al-Chām (ISIS/DA’ECH), ne serait pas davantage une forme, à peine plus aboutie, de jeu vidéo, ou de ce qu’on a appelé en 39-40 la Drôle de guerre1. Peu de rapports, en tout cas avec le combat sans merci que nous sommes supposés mener contre DA’ECH. Épisode 1.

« Moins 80 % d’immigrés entrés par la mer en moins entre 2017 et 2018. La volonté d’État face à la déferlante migratoire, cela fonctionne. Encore un effort, Capitano Salvini. Organisez maintenant une remigration juste, humaine mais totale, et l’Italie de ce début de siècle aura montré la voie à l’Europe comme elle le fit si bien dans la première moitié du précédent ».
Jean-François Touzé.

| Q. Vos 5e colonnes takfirî, parlons franc, ça n’est pas un peu du cinéma ?

Jacques Borde. Non, ce qu’on nomme traditionnellement les 5e colonnes ont toujours existé. C’est du pré-positionnement. À peu près toutes les entités à vocation guerrière ou paramilitaire, ou même de renseignement, y ont recours. Ça fait partie de la boite à outils.

Là, je vous parle de ISIS/DA’ECH, mais, durant la Guerre froide, les SR occidentaux, la CIA principalement mais pas seulement, avaient essaimé en Europe ce que l’on a appelé des réseaux Stay behind. Au fond, DA’ECH ne fait que reprendre à son compte une vieille recette.

| Q. Mais, pourquoi ?

Jacques Borde. Mais, parce que ça fonctionne, pardi.

| Q. Ces réseaux Stay behind, à quelles fins ?

Jacques Borde. En février 1948, après le coup de Prague, un échec retentissant pour l’agence, la CIA va systématiser ses préparatifs en vue d’une invasion communiste. Le 18 juin 1948, le National Security Council (NSC) adopte la Résolution NSC 10/2, chargeant l’Office of Special Projects d’établir un programme d’actions clandestines. L’Office of Policy Coordination (OPC) est également créé par la Résolution NSC 10/2 et devient le service-action de la CIA, jusqu’au regroupement des deux organisations en 1950.

En fait, la CIA souhaitait pouvoir compter sur la présence de réseaux de résistance bien armés et bien organisés. Tirant les leçons de l’expérience de la 2ème Guerre mondiale, où l’Office of Strategic Services (OSS) connut quelques déboires. L’OPC ne veut pas avoir à armer ses partisans après une occupation, en faisant appel aux techniques aléatoires du parachutage et d’infiltration a posteriori d’agents en territoire ennemi, d’où l’idée d’implanter dans les pays menacés d’invasion communiste, des capacités de résistance et de sabotage qui entreraient en œuvre après une éventuelle arrivée des Rouges.

Finalement, en 2018-2018, DA’ECH ne fait pas autre chose.

Frank Wisner, le directeur de l’OPC, est chargé par le US Department of Defense (DoD) d’établir un réseau Stay-behind en Europe occidentale et d’organiser des réseaux de résistance en Europe de l’Est.

En juillet 1951, les activités sont transférées, sur l’initiative du général Eisenhower, au Coordination & Planning Committee (CPC). En schématisant, le CPC et la CIA se répartissent les rôles : le CPC gérant les réseaux dans les pays de l’Alliance atlantique et la CIA les organisant dans les pays neutres. Ou répertoriés comme tels. Parfois beaucoup plus efficaces que chez des membres éminents de l’OTAN.

Implantées dans seize pays d’Europe de l’Ouest, ces cellules visaient à combattre une éventuelle occupation militaire par le bloc de l’Est, se tenant prêtes à être activées en cas d’invasion par les forces du Pacte de Varsovie. La plus célèbre de ces cellules, et la première à avoir fait l’objet de révélations, est le réseau italien Gladio.

| Q. Tout l’OTAN était impliqué ?

Jacques Borde. Une bonne partie, en tout cas. Des réseaux Stay behind ont existé dans douze nations de l’OTAN :

  • Allemagne de l’Ouest, Belgique, Danemark, Espagne, France, Grèce, Italie, Portugal, Luxembourg, Pays-Bas, Portugal, Turquie.

Et dans quatre pays neutres :

  • Autriche, Finlande, Suisse, Suède.

Ils étaient composés, selon les pays, de quelques dizaines à quelques centaines de personnes, selon les cas.

L’existence de ces cellules ne sera révélée au grand public par les media qu’en 1990, bien que l’ancien directeur de la CIA, William E. Colby, ait, dès 1978, décrit la genèse de ces groupes dans ses Mémoires. Mais qui a lu les Mémoires de Colby2 ?

| Q. Vous, je suppose ?

Jacques Borde. Oui. Mais ça fait un bout de temps. Un peu comme l’indispensable La Nébuleuse, le Terrorisme du Moyen-Orient de Xavier Raufer. Mes déménagements m’ont fait perdre l’un comme l’autre. Si vous pensez à moi à Noël prochain !…

| Q. Pensez-vous, alors, qu’il existe des réseaux, ou des éléments, de type Stay behind, de notre côté de la Méditerranée ?

Jacques Borde. Oui, bien sûr. DA’ECH ne s’est jamais caché d’utiliser les flux migratoires que nous recevons comme une déferlante comme vecteurs de projection de ses Jound al-Khilafah3.

Se servir de ce qui s’offre à vous est un marqueur du terrorisme takfirî. Les gens de feu Oussāma Bin-Mohammed Bin-Awad Bin-Lāden et d’Al-Qaïda ne se sont pas échinés à débaucher pilotes et appareils de chasse, ils ont, plus simplement, fait de longs-courriers Boeing des bombes volantes.

| Q. Mais concrètement, un élément de 5e colonne takfirî, ça ressemble à quoi ?

Jacques Borde. À pas mal de choses, en fait.

Tenez, un ex-policier de 47 ans a été condamné, le 8 juillet 2019 à Paris, à six ans d’emprisonnement et incarcéré. Très précisément, le Tribunal correctionnel a reconnu Mamadou N’Diaye coupable d’association de malfaiteurs à visée terroriste et d’escroquerie. Il a été jugé coupable notamment d’avoir adhéré à la cause d’Al-Dawla al-Islāmiyya fi al-Irāq wa al-Chām (ISIS/DA’ECH)4, entre 2014 et 2016, et d’avoir cherché des noms de personnes radicalisées dans des fichiers de police.

Ça c’est bien le travail d’une taupe takfirî implantée dans le tissu sécuritaire de l’ennemi.

| Q. En parlant de quelqu’un d’inséré dans le dans le tissu sécuritaire de son pays, il semble qu’Elisabetta Trenta, n’a plus beaucoup la cote auprès des Italiens. L’affaire du Alex, je suppose ?

Jacques Borde. Oui, largement, mais pas seulement.

Certes, Elisabetta Trenta, ministro 5 Stelle della Difesa5, a géré de manière calamiteuse, mais aussi partisane, les différentes affaires de navires-passeurs immigrationnistes se projetant – vous noterez que j’utilise, évidemment à dessein, un terme militaire – dans les eaux territoriales de Lampedusa.

Tout ceci avec une rare insouciance et un manque de professionnalisme qui a fait réagir l’establishment militaire :

1- Alex, observé de toutes parts, est arrivée sans encombre à Lampedusa. Autrement dit, Mare nostrum, Trenta regnante, est une passoire.
2- pire, quand Alex a forcé le blocus, il y avait des navires de la Marina militare à proximité.
3- qui au lieu d’empêcher Alex de passer et de lui bloquer la route, conformément au droit maritime et aux instructions du ministre italien de l’Intérieur.
4- l’ont escorté jusqu’à Lampedusa.

Acte gravissime, pour beaucoup de ses compatriotes qui demandent désormais sa tête. Si Trenta avait fait preuve de compétence à son poste ministériel, la boulette aurait pu passer. Mais :

1- ses compétences en matières militaires avoisinent le zéro absolu. Hervé Morin6, comparé à la Trenta, c’est Monsieur de Turenne7.
2- elle a su se mettre à dos la majorité de ses interlocuteurs en uniformes par des bourdes et déclarations sans queue ni tête.
3- membre de l’aile-gauche de 5 Stelle, elle ne doit son poste qu’à la cuisine électorale romaine. Popote qui, en raison des enquêtes d’opinion les plus récentes, commence à sentir le réchauffé.
4- son caractère et, disons-le franchement, son peu d’intelligence politique, ont fait que son peu d’affect pour la chose militaire et les militaires eux-mêmes est un secret de polichinelle.
5- elle a contre elle les deux personnalités montantes que sont Salvini et Giorgia Meloni.

En un mot comme en cent : Elisabetta Trenta a la tête sur le billot et la presse n’attend plus que le coup de hache.

| Q. Sinon, faut-il aller au-delà de ce que propose Salvini ?

Jacques Borde. Oui. Les propositions du ministre italien de l’Intérieur sont notoirement insuffisantes.

C’est d’ailleurs ce qu’a rappelé la présidente de Fratelli d’Italia (FdI), Giorgia Meloni, en soulignant que « … la confiscation ne suffit pas. Pour donner un message clair et fort aux autres ONG, prêtes à enfreindre à plusieurs reprises nos frontières, le navire doit être coulé (ou démoli)  (…). Un autre débarquement, une autre blague. Il est désormais clair que le signal que les ONG veulent donner, c’est que tout le monde est libre d’entrer illégalement en Italie sans subir aucune conséquence. Avec la complicité de la gauche habituelle immigrationniste et de parlementaires irresponsables qui incitent à désobéir aux lois de l’État. Une seule solution à cette dérive : un Blocus Naval européen au large des côtes libyennes pour empêcher les bateaux de partir et mettre fin aux les morts en mer. Il suffit de perdre du temps, il en va de la crédibilité de notre nation ».

Par ailleurs, il semblerait que les services compétents aient mis la main sur des enregistrements embarrassants entre les ONG impliquées dans la traite négrière.2 en stand by en Méditerranée et des éléments du Crime organisé immigrationniste dans les spots de regroupements de clandestins. Naturellement, le ministre italien de l’Intérieur a demandé aux magistrats spécialisés de ces questions de se saisir de l’affaire et de tirer les choses au clair.

On verra bien ce qu’il en sortira. ..

[À suivre]

Notes

1 Nom donné à la période du début de la 2ème Guerre mondiale qui se situe entre la déclaration de guerre par le Royaume-Uni et la France à l’Allemagne nazie le 3 septembre 1939 et l’offensive allemande du 10 mai 1940 sur le théâtre européen. L’origine de l’expression drôle de guerre est revendiquée par le journaliste Roland Dorgelès, mais pourrait provenir d’une mauvaise compréhension de l’expression phoney war, confondue avec funny war. Elle s’applique au front occidental, où les hostilités se réduisaient à quelques escarmouches après l’offensive de la Sarre.
2 Honorable Men: My Life in the CIA (30 ans de CIA), Paris, presses de la Renaissance, 1978, ISBN 2-85616-089-1.
3 Ou Soldats du califat. Terme officiel de DA’ECH pour qualifier ses combattants armés. Vient en droite ligne de Jound al-Khilafah fi Ard al-Jazair, groupe armé terroriste salafiste, qui s’est fait connaître par l’assassinat d’Hervé Gourdel. A fait scission d’AQMI (officiellement en septembre 2014) et prêté allégeance à DA’ECH.
4 Ou ÉIIL pour Émirat islamique en Irak & au Levant.
5 Ministre italien de la Défense.
6 Assez affligeant ministre de la Défense dans le gouvernements Fillon 1 et 2.
7 Henri de La Tour d’Auvergne (Sedan, 11 septembre 1611-Salzbach, 27 juillet 1675), vicomte de Turenne, Maréchal de France en 1643 et maréchal général des camps et armées du roi en 1660, il fut l’un des meilleurs généraux de Louis XIII puis de Louis XIV. Figure populaire, stratège de grand talent, gloire militaire du Grand Siècle par excellence. Populariré réduite outre-Rhin, en raison de sa campagne rude (sic) en Palatinat en 1674, plus généralement connue sous le nom de Ravage du Palatinat.

 

A Propos Jacques Borde

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