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L’Immigration : Bien ou Mal ? Demandez donc à ceux qui la subissent… [1]

| Éco & Défense | Questions à Jacques Borde |

L’Immigration : Un Bien ou un Mal ? Les avis sont & resteront toujours partagés. Si, vous vous ralliez à l’analyse qu’en fait Alain de Benoist dans son article L’Immigration, Armée de réserve du capital, paru dans Éléments, vous douterez, comme moi & d’autres, de son intérêt du point de vue de la Res publica. Il est un autre aspect de l’immigrant, ou plus précisément, de l’étranger dont un parle assez, voire pas du tout : l’autre, est-il un bien ou un mal pour la sûreté de l’État & sa Défense. La question ne date pas d’hier : la majorité des Barbares qui surent prendre le dessus sur Rome, furent – temporairement, de Vercingétorix à Arminius – aux plus définitifs tombeurs de l’Urbs, d’anciens liges, auxiliaires, feudataires, etc. ! Alors : l’étranger : un bien ou un mal pour la société où il se pose, passe ou s’implante ? Épisode 1.

« Qui sait si l’inconnu qui dort sous l’arche immense
Mêlant sa gloire épique aux orgueils du passé
N’est pas cet étranger devenu fils de France
Non par le sang reçu mais par le sang versé ».
Quatrain tiré du poème Le volontaire étranger, Pascal Bonetti, 1920.

| Q. Vous avez vu Trenta qui dit à la Lega que le blocus naval est un « acte de guerre » ?

Jacques Borde. (Éclat de rires) Effectivement, Elisabetta Trenta, ministro 5Stelle della Difesa1, a stricto sensu raison sur ce point. À cela près que cette incrimination à laquelle elle se risque n’a de valeur, et même de sens, qu’entre États à couteaux tirés et/ou entre lesquels existe ou preéxistait une situation de crise ou d’attrition militaire. Voire, pire, un état de guerre ouverte. Ce qui n’est pas le cas entre Tripoli et Rome, en tant qu’entités disant le droit.

Dès lors, l’appliquer sans plus d’explication comme le fait Trenta sur la situation qui nous préoccupe est une outrance sémantique d’une rare niaiserie qui nous rappelle le peu de connaissance qu’à le ministro 5Stelle della Difesa des questions militaires.

Ici, rappelons-le nous parlons de Tripoli et de Rome qui entretiennent des relations diplomatiques normalisées et d’un blocus :

1- appliqué de manière sélective et non totale.
2- ne visant que les navires-pirates à la solde du Crime organisé immigrationniste, se livrant à la traite négrière.2. Eux-mêmes combattus par les… Libyens.
3- épargnant les navires se livrant au commerce licite avec la Libye.
4- en entente avec les Gardes côtes libyens.

Toutes choses n’ayant rien à voir avec les précédents en matière de blocus naval.

| Q. Vous avez des exemples de vrais blocus navals ?

Jacques Borde. Un surtout : celui du Détroit de Tiran qu’imposa l’Égypte nassérienne, en 1967, à Israël. Blocus qui était total et visait tous les bâtiments à destination et en partance d’Eilat.

Le Blocus du Détroit de Tiran fut, juridiquement, l’élément (casus belli) invoqué, de juste droit, par Jérusalem pour le déclenchement de la Guerre des Six Jours.

Rappelons que le Détroit de Tiran est composé d’étroites bandes de mer, sur environ 13 km de large, formées par le Sinaï (Égypte) à l’ouest et la Péninsule Arabique (Arabie Séoudite) à l’Est. Il sépare le Golfe d’Aqaba de la Mer Rouge. Il doit son nom à l’île de Tiran, située à son entrée Sud, et sur laquelle la Multinational Force & Observers (MFO)2 au Sinaï a établi un point d’observation afin de garantir la liberté de navigation du détroit.

J’aimerai bien que Mme. Trenta nous explique le rapport avec la situation actuelle.

Ça n’est certainement pas en nous sortant de telles sornettes que son parti, 5Stelle, risque de remonter dans les sondages et les urnes. Remarquez, la dame a d’autres soucis en tête. Le premier étant de répondre à l’accusation d’être l’instigatrice du vote 5Stelle en faveur de la Bundesminister der Verteidigung (BMVg)3, Ursula G. von der Leyen, au poste de présidente de la Commission européenne.

| Q. Vieux débat, l’immigration rapporte-elle ou coûte-t-elle à l’État ?

Jacques Borde. Vieux débat, en effet. Je préférerai d’ailleurs le mot de collectivité, au sens large du terme. Car un État peut fort bien tirer des avantages pour ses service, ses entreprises – enfin certaines d’entre elles – sans que la collectivité s’y retrouve pour autant. À ce titre, je vous conseille la lecture de l’article L’Immigration, Armée de réserve du capital, paru dans Éléments et signé Alain de Benoist. Le sujet y est traité de manière approfondie.

Il est d’autres éléments (sans rapport avec celui d’Alain de Benoist) à également prendre en considération. Du moins dans cet entretien :

Primo, l’endroit, géographiquement parlant, ou se produit, et s’installe, la migration. Assurément, être mineur polonais dans le Nord de la France, soit catholique et travailleur acharné chez la Fille aînée de l’Église, ça n’est pas être colon Rohingya (bangladais, en fait dans la plupart des cas) projeté en une Birmanie colonisée de vive force par l’occupant britannique, pour l’aider à y exercer spoliations et exactions sur les populations locales.

User des antagonismes communautaires et/ou tribaux est une vieille ficelle du colonisateur : voir le rôle dévolu aux tribus amérindiennes dans les alliances et contre-alliances du Canada aux 13 colonies d’Amérique jusqu’après leur indépendance.

Secundo, le contexte géopolitique et géostratégique de cette migration. Qui peut, par exemple s’intégrer dans un contexte économique particulier. Comme les besoins en matériel humain de la gauche financiarisée moderne. Notamment en Europe, mais aussi en Californie latifundiaire.

Tertio, le statut ou le rôle dévolu à cet arrivant. Et, ici, nous aborderons, un aspect de la migration généralement ou pas traité : le migrant a-t-il vocation à prendre part à la défense et à la sécurité du pays où il arrive et s’installe ?

| Q. Donc, d’abord, tout dépend du pays où se produit une migration ?

Jacques Borde. Oui, sur le plan économie en tout cas. La dernière analyse de Steven Camarotta, directeur de recherche au US Center for Immigration Studies, a comparé le coût pour les contribuables américains des millions d’étrangers en situation irrégulière installés aux États-Unis au cours de leur vie, et le coût théorique de leur déportation.

D’après les recherches des National Academies of Sciences, Engineering & Medicine, le coût des étrangers illégaux pour les contribuables américains au cours d’une vie est d’environ 746,3 Md$US. Par comparaison, le coût d’une seule expulsion est d’environ 10.854 $US par étranger illégal, selon les chiffres de 2016. Donc, l’expulsion de tous les étrangers en situation irrégulière dans le pays représenterait une économie d’environ 622 Md$US au cours d’une vie.

Cela signifie, surtout, que l’expulsion d’étrangers en situation irrégulière coûte six fois moins cher que ce qu’il en coûte aux contribuables américains pour subventionner les millions d’étrangers en situation irrégulière qui vivent aux États-Unis.

| Q. Donc, si je vous comprends bien : expulser, ça fonctionne ?

Jacques Borde. Parfaitement même.

L’an dernier, l’administration Trump a expulsé plus de 256.000 étrangers illégaux des États-Unis. Si l’on suppose que le coût des expulsions n’a pratiquement pas changé depuis l’administration Obama, cela signifie que les expulsions de l’an dernier, à elles seules, ont coûté environ 2,8 Md$US.

Par rapport aux 116 Md$US annuels que la Federation for American Immigration Reform (FAIR) estime que l’immigration illégale coûte aux contribuables, les expulsions effectuées l’an dernier ont donc été plus de 40 fois moins coûteuses.

Ajoutons à ces critères strictement financiers, ceux qui suivent !

1- il y a plus de 925.000 étrangers en situation irrégulière, qui travaillent, et donc prennent le travail d’un Américain. Ou, fait totalement occulté par les media cosmopolites et immigrationnistes, d’un étranger régulièrement installé.
2- environ 2% de ces étrangers en situation irrégulière ont au moins une condamnation pénale.
3- Environ 60% de ces étrangers illégaux viennent du Mexique, du Salvador, du Honduras et du Guatemala.

Évidemment, il va sans dire que dans un État moderne et bien régulé, le migrant illégal est automatiquement et de manière pérenne tout à fait exclu des fonctions inhérentes à la Défense et à la sécurité. À quelques exceptions près.

| Q. Vous considérez le contexte géopolitique et géostratégique d’une migration comme important ?

Jacques Borde. Déterminant, très souvent.

Ainsi, comme l’a noté notre confère italien, Giulio Virgi. « … compte tenu de la forte pression exercée par les ONG allemandes en Méditerranée, on peut supposer que cette ‘stratégie anti-italienne’ bénéficie du soutien des cercles de pouvoir » merkelien, « Quant à ces ONG, nous constatons de leur part, une violation flagrante des lois de l’État italien (…). En fait, leur objectif n’est sans doute pas de transporter des personnes désespérées des centres d’accueil des migrants en Libye, mais de modifier les lois adoptées par le parlement italien pour limiter les flux d’immigration clandestine (…). Alors que le gouvernement allemand s’apprête à prendre une série de mesures restrictives à l’encontre des migrants en situation irrégulière, le ministre allemand de l’Intérieur, Horst Seehofer, s’est prononcé en faveur de la levée de la politique de fermeture du port italien. Cette situation a surpris beaucoup de monde parce que Seehofer a longtemps été considéré comme sympathisant avec Salvini et partisan de la politique italienne de lutte contre les flux de migrants illégaux (…). Après de féroces batailles aux élections européennes et lors de nominations à des postes de responsabilité dans l’UE, il ne serait pas exclu que de véritables méthodes de guerre hybride soient utilisées contre le gouvernement italien, qui implique ONG et migrants qui n’en seraient que des instruments qui ne soupçonnent même pas le rôle qui leur est réservé »4.

| Q. Vous parliez d’exceptions à propos des fonctions inhérentes à la Défense et à la sécurité ?

Jacques Borde. Oui, d’abord les corps militaires ou paramilitaires réservés à de non-régnicoles. En fait, il en existe quatre bien historiquement établis et ancrés dans la tradition militaire, dont nous pouvons parler :

1- la Pontificia Cohors Helvetica5, la force militaire chargée de veiller à la sécurité du pape et du Vatican. Elle est la dernière Garde suisse encore existante. Créée le 22 janvier 1506 sur l’ordre du pape Jules II, elle est la plus petite armée du monde avec 110 militaires. La Cohors est fondé sur l’enrôlement volontaire, historiquement parmi les hommes de nationalité suisse et célibataires, originaires des cantons de Fribourg, Zurich et de Lucerne, puis d’Uri et d’Unterwald. De nos jours, être citoyen suisse de confession catholique romaine, les futurs gardes suisses doivent être diplômés d’un CFC ou d’une école secondaire du deuxième degré (maturité ou baccalauréat suisse), avoir effectué l’école de recrues et être incorporé dans l’Armée suisse au service actif..
2- la Compagnie des Carabiniers du Prince (de Monaco), l’unité compte 119 officiers et hommes aux ordres du commandant Gilles Convertini, elle est l’unité militaire de la force publique monégasque placée sous le commandement du colonel Tony Varo, commandant supérieur de la Force publique. Pour l’intégrer, on peut être Monégasque mais aussi Français.
3- la Bandera espagnole. Ou Legión Española, se compose des unités suivantes : la Brigada de la Legión Rey Alfonso XIII6 (aussi appelée BRILEG), le Tercio Don Juan de Austria 3e, le Tercio Alejandro Farnesio 4e, le Tercio Gran Capitán 1re, le 2e Tercio Duque de Alba. La BRILEG fait partie de la Force d’action rapide de l’armée de Terre espagnole et se compose des bataillons Juan de Austria et Alejandro Farnesio ainsi que d’un certain nombre d’autres unités. La Legión Española, autrefois appelée Tercio de Extranjeros (le bataillon des étrangers), fut créée suite aux efforts du lieutenant-colonel d’infanterie José Millán-Astray. Les résultats désastreux de l’armée dans les colonies nord-africaines au début du XXe siècle, entraînèrent des troubles en métropole. Millán-Astray en arriva à la conclusion que le pays avait besoin d’une unité de soldats professionnels, avec une certaine dignité morale et un esprit de corps, qui serait comparable à la Légion étrangère française. De nos jours, le recrutement est majoritairement régnicole, plus un gros quart d’Hispanophones latino-américains. Parler espagnol étant une condition sine qua non pour intégrer la Legión.
4- la Légion étrangère est créée par l’Ordonnance du 9 mars 1831 par le roi Louis-Philippe, à l’instigation du maréchal Soult, ministre de la Guerre. Elle rassemble, à cette date, différents corps étrangers de l’Armée française, dont les Gardes suisses, issus de la paix perpétuelle signée après la Bataille de Marignan, le Régiment suisse de la Garde royale, et le Régiment Hohenlohe issu du 2e Régiment étranger des armées napoléoniennes.

L’engagement à la Légion est réservé aux hommes dont l’âge est compris entre 17 et 40 ans (dérogation possible) et a compté depuis sa création et jusqu’en 1963 plus de 600.000 soldats dont une majorité d’Allemands, suivi de trois fois et demie moins d’Italiens, puis de Belges, mais aussi de Français, d’Espagnols et de Suisses. De nombreuses autres nationalités sont représentées, comme les ressortissants des pays d’Europe de l’Est et des Balkans, majoritaires dans les années 2000. En 2019, c’est le prestige de ce corps d’élite qui suscite les candidatures. Cet attrait et, dans le passé, les soubresauts historiques (conflits mondiaux, crises économiques ou politiques), ont participé à un recrutement plus spécifique : Espagnols à l’issue de la Guerre d’Espagne, Allemands après 1945, Hongrois en 1956.

Ensuite, l’obtention de la Green card US, pour des personnes ayant pris par à la défense des intérêts américains. Généralement en Irak et en Afghanistan.

Là, c’est un peu similaire à ce à quoi donnait droit le passage par la Légion, devenir et être Français, non par le sang reçu mais par le sang versé.

[À suivre].

Notes

1 Ministre italien de la Défense.
2 Ou Force multinationale & observateurs.
3 Ou ministre allemand de la Défense.
4 Sputnik (15 juillet 2019).
5 Ou Garde suisse pontificale.
6 Ou Brigade de la Légion Rey Alfonso XIII.

 

A Propos Jacques Borde

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