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L’Immigration : Bien ou Mal ? Demandez donc à ceux qui la subissent… [2]

| Éco & Défense | Questions à Jacques Borde |

L’Immigration : Un Bien ou un Mal ? Les avis sont & resteront toujours partagés. Si, vous vous ralliez à l’analyse qu’en fait Alain de Benoist dans son article L’Immigration, Armée de réserve du capital, paru dans Éléments, vous douterez, comme moi & d’autres, de son intérêt du point de vue de la Res publica. Il est un autre aspect de l’immigrant, ou plus précisément, de l’étranger dont un parle assez, voire pas du tout : l’autre, est-il un bien ou un mal pour la sûreté de l’État & sa Défense. la question ne date pas d’hier : la majorité des Barbares qui surent prendre le dessus sur Rome, furent – temporairement, de Vercingétorix à Arminius – aux plus définitifs tombeurs de l’Urbs, d’anciens liges, auxiliaires, feudataires, etc. ! Alors : l’étranger : un bien ou un mal pour la société où il se pose, passe ou s’implante ? Épisode 2.

« Allez, fils de la Grèce, délivrez la patrie, délivrez vos enfants et vos femmes, les sanctuaires des dieux de vos pères et les tombeaux de vos aïeux : c’est la lutte suprême ».
Péan, entonné par les Grecs lors de la Bataille de Salamine. Rapporté par Eschyle (Les Perses).

| Q. La nationalité par la Green Card, ça n’est pas un peu une corruption de l’idée même de nationalité ?

Jacques Borde. Non, pas du tout. Plutôt un retour aux sources mêmes de la démocratie, la vraie, l’athénienne.

| Q. Comment ça ?

Jacques Borde. À Athènes, le rôle grandissant de la classe sociale des thètes, citoyens pauvres dont étaient issus les rameurs et les épibates, provoquera des bouleversements politiques dans la cité grecque – principalement à Athènes mais aussi dans dans d’autre cités des ligues – où ces hommes étaient le rouage essentiel des succès militaires de la thalassocratie athénienne. Investis d’un rôle militaire important, les thètes ont, à raison, réclamé et obtenu des droits politiques supplémentaires et, ainsi, vu leur rôle social croître dans la démocratie athénienne. C’est officiellement en raison leur comportement héroïque, lors de batailles navales d’importance, qu’Athènes fera des rameurs de ses trières1, des citoyens de plein droit.

Plus généralement, on perçoit là toute la clairvoyance des stratèges athéniens qui ont su développer leur flotte, instrument de leur puissance, en n’employant à bord que des hommes libres rémunérés, gages de dévouement, discipline et motivation lors des combats. Ce n’est que dans la seconde partie de la Guerre du Péloponnèse, lorsque Athènes ne parvint plus à soutenir son effort de guerre et se contraint à utiliser des étrangers, voire des prisonniers de guerre pour armer ses navires, que l’efficacité de sa flotte chute et cède aux forces adverses.

S’abaisser à mettre n’importe qui sous ses bannières de combat, comme beaucoup y songent aujourd’hui, serait une erreur tragique à ne pas commettre.

| Q. Statistiquement, un État a-t-il besoin de ses (sic) étrangers pour sa Défense ou sa sécurité ?

Jacques Borde. En fait, cela dépend des périodes et des cas.

L’infanterie lourde hoplitique de Sparte – oubliez le peu historique, pour ne pas dire franchement comique, 300 – a joué un tel rôle au sein du dispositif militaire perse, qu’Alexandre finira par faire exécuter les Spartiates ayant servi en son sein comme traîtres à la cause hellénique.

Pour le reste, la plupart des armées ont toujours eu recours à des unités non-régnicoles. Essentiellement pour leur maîtrise de techniques peu ou mal maîtrisées, ou des tâches subalternes comme la… police. Mais aussi pour des raisons géostratégiques, dans le cadre d’alliances entre puissances. Dans l’Empire romain, des corps entiers de cavalerie lourde, les Clibanarii sarmates par exemple, furent intégrés dans l’armée impériale. Certains Clibanarii ont même servi sur le Mur d’Hadrien, comme en témoignent leurs graffitis. Plus tôt, le fameux Spartacus eut une jeunesse d’auxiliaire thrace combattant pour la République.

| Q. Spartacus. Donc pas toujours un gage de fidélité, l’étranger sous une bannière qui ne soit pas la sienne ?

Jacques Borde. Au-delà des mercenaires, dont l’assurance était soldée et qui pouvaient vous laisser tomber à tout moment, se pose la question d’une fidélité plus politique. La question ne date pas d’hier : la majorité des Barbares qui surent prendre le dessus sur Rome furent d’anciens liges, auxiliaires, feudataires, etc., avant d’être les tombeurs de l’Urbs.

Précédemment, des vainqueurs temporaires de Rome, servirent leur ennemi. De Vercingétorix à Arminius, pour les plus connus. Leur connaissances des techniques de guerre de leur, désormais, ennemi, explique pour partie leurs succès. Comme celui de Vercingétorix lors du siège de Gergovie, en 52 av. J.-C., où les forces gauloises coalisées surent repousser victorieusement les assauts des légions du divin César, qui assiégeaient l’oppidum de Gergovie, à proximité de la cité arverne de Nemossos.

Quant à Arminius2 (vers 17 av. J.-C. et vers 21 ap. J.-C.), connu également en Allemagne sous le nom de Hermann le Chérusque, c’est le chef de guerre de la tribu des Chérusques connu pour avoir anéanti trois légions romaines au cours de la seule Bataille de Teutobourg, une des plus sévères défaites infligées aux Romains. Fils du chef de guerre Segimerus, otage élevé à Rome comme un citoyen romain, il devint membre de l’Equester ordo (ordre équestre). De retour en Germanie, il devient l’homme de confiance du gouverneur Publius Quinctilius Varus tout en fomentant, en parallèle, une rébellion. Il finit par être assassiné par des Germains qui craignant son pouvoir et son autoritarisme. Le mythe associé de l’épée brandie par Arminius et, par la suite, d’autres chefs légendaires germains puis allemands3, viendrait du fait que Hermann le Chérusque avait conservé comme arme personnelle son épée longue de cavalerie d’excellente facture. Très probablement une Spatha4 mais pas sûr à 100%.

| Q. Et, maintenant ?

Jacques Borde. Il est établi que la plupart des commandants militaires des groupes salafistes algériens avaient – outre leur passé d’Afghans : comprenez qu’ils avaient combattu les Russe là-bas – servi dans les rangs de l’armée algérienne. Une excellente école par elle-même. Et ad minimo 80% des moudjs algériens de la Guerre civile avaient fait leur service militaire dans l’armée de leur pays.

| Q. Sait-on combien d’anciens militaires algériens ont pu passer par DA’ECH ?

Jacques Borde. Aucune idée. Comme ses consœurs du Maghreb, l‘Armée Nationale Populaire (ANP) a vu certains de ses hommes passer à Al-Dawla al-Islāmiyya fi al-Irāq wa al-Chām (ISIS/DA’ECH)5. Mais nettement moins que l‘Al-Jayš al-’Arabī as-Sūrī (AAS)6, qui a subi une véritable saignée lors des deux premières années de la guerre.

Mais, actuellement, je ne pense pas que le risque réel que représentent ces hommes soit pour ce côté-là de la Méditerranée.

| Q. Et, alors, pour qui sont-ils un danger potentiel ?

Jacques Borde. Pour être projeté efficacement sur un front extérieur de djihâd surtout si ce front est dormant, il vaut mieux en maîtriser la langue.

Autrement dit, ces hommes représentent un risque majeur, comme tous les autres Jound al-Khilafah7 francophones en provenance du Maghreb, pour les pays où le français est la langue véhiculaire, usuelle et administrative. Soit dans l’ordre, cessons de nous voiler la face : la France, la Belgique et la Suisse romande.

| Q. Se pose aussi la question du retour du service national, militaire, je veux dire ?

Jacques Borde. J’y suis totalement opposé ? C’est une totale fumisterie, né dans les méninges vieillissantes d’officiers de cour ou de plateaux TV, se cherchant, de toute évidence, un fromage, une forme de pantouflage sur le dos des contribuables.

Jean-Dominque Merchet a fait un sort, dans ses propos et écrits, à ce service militaire d’opérette.

Plus généralement, former à vaste échelle des combattants, cela veut tout simplement dire former des combattants qui, le moment venu, auront la possibilité de se retourner contre nous.

Ça n’est évidemment pas par hasard que je vous ai parlé d’Arminius, officier germanique des Auxiliae de Varus, qui écrasa pas moins de trois légions de ses anciens camarades.

Pourquoi ?

Arminius par sa citoyenneté romaine avait reçu une formation militaire romaine ad hoc lui permettant de tromper méthodiquement le commandant adverse et d’anticiper les réponses tactiques de l’armée romaine.

Vous voulez qu’on reproduise le même schéma avec nos jeunes de cités de Charia et nos gentils migrants projetés sur nos côtes par les navires-pirates du Crime organisé immigrationniste ?

| Q. Un risque académique ou réel ?

Jacques Borde. Allez donc dire ça aux Russes : ils vont parleront de leurs DEUX Guerres de Tchétchénie et des TROIS Batailles de Grozny qui vont avec. Toutes conduites face à des combattants recrutés, entraînés et armés localement, pour leur immense majorité.

Souvenez-vous que le premier président de la République tchétchène (1991-1996), Djokhar M. Doudaïev était un ancien général de l’armée de l’Air soviétique, médaillé de l’ordre de Lénine. Plus de 90% des cadres boïeviki8 sont passés par les académies de guerres soviétique et beaucoup avaient aussi servi en Afghanistan.

En plus n’oubliez pas qu’une guerre menée sur le sol français, aura des chances plus qu’élevées de ne pas se circonscrire à ce seul cadre et aux seuls terroristes takfirî présents sur le sol français.

La guerre, quelque part, c’est une souche virale en constante évolution.

| Q.Comment ça ?

Jacques Borde. En 1995, la Tchétchénie toujours, après la fin de la guerre conventionnelle en juillet 1995 :

1- la guérilla tchétchène va continuer à attaquer les troupes fédérales russes.
2- le djihâd est déclaré à la Russie par le mufti d’Itchkérie, Akhmad Kadyrov, et des volontaires étrangers débarquent en masse dans le pays, la plupart venant des républiques à forte majorité musulmane du Caucase (comme le Daghestan).

Bon l’avantage (sic) pour la France, c’est qu’avec les Jound al-Khilafah projetés en amont par Al-Dawla al-Islāmiyya fi al-Irāq wa al-Chām (ISIS/DA’ECH), par le biais des filières migratoires de la gauche financiarisée esclavagiste, le gros des troupes ennemies sera déjà sur place.

Et, si en plus, par l’entremise d’un service militaire réactivé, nous formions nous-mêmes une partie des cadres takfirî, ce sera le bouquet.

| Q. Tout ceci n’est-il pas une question de contrôle, ou plus simplement de police ?

Jacques Borde. Quelque part, oui. Mais quid lorsqu’il n’y a plus de contrôle et que la police ne fais, tout simplement, plus son travail.

| Q. Très théorique, tout ça, non ?

Jacques Borde. Alors, deux exemples pour vous convaincre du contraire :

1- en Tunisie, le ministre des Affaires religieuses, Ahmed Adhoum, s’exprimant sur la découverte d’une importante quantité d’explosifs (sic) par la police dans la mosquée Al-Ghofrane de la Cité El-Intileka, n’a rien trouvé de mieux à dire que « l’existence d’explosifs dans une mosquée ne signifie pas qu’elle est hors de contrôle ». Vu comme ça…
2- au Royaume-Uni, combien de Sharia zones, où la police britannique corrompue jusqu’à la moelle non seulement ne met plus les pieds mais où, en outre, elle a abandonné les rues à une Sharia police. En fait, des gangs de rues nazislamistes faisant régner la terreur takfirî.

« Si vous aimé Beyrouth, vous adorerez Mogadiscio », avait lancé, en décembre 1992, l’ambassadeur américain au Kenya, Smith Hempstone, lors du débarquement US en Somalie.

À cette aune, comment apprécierons-nous Grenoble échappant à tout contrôle ?

Notes

1 Du grec ancien τριήρης / triếrês. Galère de combat antique, développée à partir de la pentécontère.
2 Caius Julius Arminius, pour les Romains. Arminius meurt en 21 ap. J.-C., assassiné par des opposants au sein de sa propre tribu, estimant qu’il devenait trop puissant. Tibère aurait refusé l’offre d’un noble chatti d’empoisonner Arminius, déclarant : « Ce n’est pas en secret, par trahison, mais ouvertement et par les armes que le peuple de Rome se venge de ses ennemis ».
3 L’épée Gram de Sigurd (Siegfried). Des études récentes identifient le personnage Sigurd-Siegfried à Arminius (et de manière plus incertaine de Frieda ou d’une femme libre), vainqueur lors de la Bataille de Teutobourg des légions de Varus en l’an 9, étirées lors de la traversée de la Forêt de Teutberg en un « long serpent cuirassé » ayant pour insigne une tête de dragon.
4 Mot grec, Spathê, à l’origine pour désigner l’épée longue romaine. Le mot survit dans le grec moderne en σπάθη et σπαθί. Le mot latin est devenu en français épée, en catalan espasa, en portugais et en espagnol espada, en italien et en roumain spada, et en albanais shpata. Le mot anglais spade vient du latin spat(h)ula, diminutif de spatha.
5 Ou ÉIIL pour Émirat islamique en Irak & au Levant.
6 Armée arabe syrienne.
7 Ou Soldats du califat. Terme officiel de DA’ECH pour qualifier ses combattants armés. Vient en droite ligne de Jound al-Khilafah fi Ard al-Jazair, groupe armé terroriste salafiste, qui s’est fait connaître par l’assassinat d’Hervé Gourdel. A fait scission d’AQMI (officiellement en septembre 2014) et prêté allégeance à DA’ECH.
8 Du russe Boïeviki, terme péjoratif pour combattants, employé pour désigner un combattant illégal. Surtout associé aux rebelles indépendantistes de Tchétchénie et des autres républiques du Caucase (Daghestan notamment). Par extension le terme sera couramment usité par les Tchétchènes eux-mêmes.

 

A Propos Jacques Borde

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