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& Vous M’reprendrez ben un ‘tit terroriste pour le dessert ?…

 | Guerre Vs DA’ECH | Questions à Jacques Borde |

Si la guerre peut, parfois, être comparée à un jeu, c’est bien du Grand jeu dont on parle. Mais si les pièces y sont plus nombreuses qu’aux échecs (invention indo-européenne & non sémito-arabe, soit dit en passant), lorsqu’on les perd, c’est pour de vrai. Les morts ne se relèvent pas & les blessés avec difficultés. Tout ceci pour dire que les avertissements que le président des États-Unis, Donald J. Teflon Trump, n’a, depuis plusieurs mois, de cesse de lancer aux Européens – & tout particulièrement aux Français – doivent être pris avec beaucoup de prudence & de sérieux. Ainsi, à jouer les Tartarins au Levant, comme il le fait depuis quelques temps, le président de la République française, Emmanuel Jupi Macron, devrait y réfléchir à deux fois avant de bouger ses pions. Aucune erreur, aucun écart ne lui sera pardonné, que l’acteur soit Américain, Syrien ou… Turc.

« Le 2 août 1934, Hitler est proclamé le chef suprême du Reich, à la fois président et chancelier, avec plus de pouvoirs que n’en eurent jamais les Hohenzollern. Est-ce pour un tel résultat que des millions de jeunes Français ont pris les armes le 2 août 1914 ? Quinze cent mille d’entre eux sont-ils tombés en vain (…) ? Maintenant, c’est fait. Hitler a pris et réuni tous les pouvoirs entre ses mains à la date qui fut celle de la mobilisation. Rappelez-vous seulement que, de 1930 à 1933, on refusait, en France, de croire à la victoire des nazis et que, pour leur barrer la route, on faisait confiance à Hindenburg. Tant d’erreurs ne peuvent avoir bonne fin ».
L’Action française (3 août 1934).

| Q. Trump qui menace de relâcher les djihâdistes, c’est crédible ?

Jacques Borde. Plus ou moins, j’en ai peur. Effectivement, embringué dans des discussions avec les velléitaires Européens que nous sommes, le président des États-Unis, Donald J. Teflon Trump, y est allé de son coup de semonce rituel pour, disons, faire monter la sauce. Là, nous sortir, par media US interposés, que « Nous détenons de milliers de djihâdistes de DA’ECH et nous souhaitons que l’Europe les reprenne. Si elle ne les prend pas, nous devrons probablement les relâcher en Europe ». Ce alors que « nous avons tous pour obligation de les empêcher de revenir sur le champ de bataille ».

Et, de remettre le couvert en précisant, par ailleurs, que les États-Unis et leurs partenaires détenaient « sur le terrain » en Irak et en Syrie « 2.500 militants de l’État islamique » originaires des pays européens. « Nous voulons que l’Europe les récupère lorsqu’ils rentrent en Europe: en France, en Allemagne, et dans d’autres endroits ».

| Q. Ça représente beaucoup de monde ?

Jacques Borde. Cela dépend de qui l’on parle exactement, en fait.

Plus tôt dans la journée, le US Special Representative for Syria Engagement & the Special Envoy for the Global Coalition to Defeat (ISIL), James F. Jeffrey, avait cité un chiffre inquiétant lors d’un briefing pour la presse. À l’entendre l’administration américaine estime qu’environ 15.000 Jound al-Khilafah1 d’Al-Dawla al-Islāmiyya fi al-Irāq wa al-Chām (ISIS/DA’ECH)2 continueraient d’opérer en Irak et en Syrie.

À en croire encore les Américains, les Hêzên Sûriya Demokratîk (HSD)3, auraient, eux, sous le coude plus de 10.000 Jound al-Khilafah et assimilés dont 8.000 venus d’Irak et de Syrie et/ou 2.000 étrangers venus de plus de 50 pays, y compris plusieurs centaines d’Européens. Auxquels, s’ajoutent 70.000 femmes et enfants des terroristes takfirî, dont 10.000 associés aux 2.000 étrangers.

Chiffres tombant en cascades et plus épouvantables les uns que les autres…

Troisième source, si vous prenez Romain Caillet, islamologue et spécialiste de la mouvance djihâdiste, ce dernier ne souhaite pas confirmer ou contredire le chiffre avancé par Donald Trump, « d’autant plus qu’on ne sait pas s’il parle seulement d’hommes, ou il tient compte des femmes et des enfants ».

Pour lui, il est évident que les Américains, s’ils ne restent pas en Syrie, font, là, savoir aux Européens « qu’il vaut mieux rapatrier leurs ressortissants plutôt que les laisser s’évader ou tomber entre les mains de pays hostiles à certains membres de l’UE ».

| Q. Pourquoi les Européens que nous sommes semblons-nous si embarrassés ?

Jacques Borde. Parce que d’abord, comme le souligne Romain Caillet « Les autorités françaises naviguent à courte vue dans ce “dossier des djihâdistes”. Ils [les Français] pensent que Trump ne fera pas ce qu’il dit, et ils n’ont pas de plan B ».

| Q. À votre mine, je vous sens un peu dubitatif ?

Jacques Borde. Oui, effectivement. Comme disait une série télévisée bien connue : « la vérité est ailleurs ». Enfin, c’est à craindre.

| Q. Plus précisément…

Jacques Borde. Des sources autres qu’étasuniennes – russes notamment, mais pas seulement – ont fait état de l’arrivée d’Unlawful combatants4, dont le nombre serait encore à préciser, projetés en… Libye à partir d’Idlib (Syrie).

Comme la route est longue et que les Occidentaux présents sur place sont les seuls à avoir les moyens de projeter ces combattants par voie aérienne sur une telle distance la question à se poser est : qui a fait quoi ?

À bien examiner les faits, deux choses sont à noter :

1- le coup de sang de Donald J. Teflon Trump, tendrait à exempter les États-Unis de cette initiative pour le moins inconsciente.
2- jusqu’à présent, le locataire de la Maison-Blanche fait des efforts désespérés pour se désengager du mieux possible des fronts extérieurs où son pays est engagé.

Être derrière cette projection d’Unlawful combatants d’Id’Idlib vers la Libye, reste, certes, tout à fait dans les cordes des Américains. Je veux dire techniquement parlant. Et crier au feu est une technique de pyromane vieille comme le monde. Géostratégiquement, en revanche, agir de la sorte serait à l’opposé de la pensée à la fois de Trump, mais aussi de son US Secretary of State, Michael Richard Mike Pompeo5, qui, lui, a résolument les yeux rivés sur l’Iran.

| Q. Mais, techniquement, il reste qui pour mettre en place une telle folie ?

Jacques Borde. Hypothétiquement parlant, les deux larrons qui ont déjà foutu le bordel en Libye : Londres et Paris.

À noter que lors de la Guerre de Libye, les forces françaises ont parfaitement su projeter au sud de Tripoli – merci, les prodigieux C-160NG Transall de notre armée de l’Air – des combattants irréguliers présumément libyens qui ont pu prendre à revers l’armée libyenne. Et, faire basculer le cours de la guerre.

Pour l’instant, ce ne sont là que des hypothèses. Je parle, là, des terroristes projetés d’Idlib, sous contrôle exclusif de milices pro-occidentales, vers le Sud Tripolitain. À noter, cependant que les Brits ont, semble-t-il, totalement renoncé à leurs enjeux libyens.

| Q. De quoi sommes nous sûrs, alors ?

Jacques Borde. Que les récents contingents terroristes takfirî arrivés en Libye ne sont pas venus en stop. Surtout qu’il semblerait bien qu’ils soient arrivés avec une partie de leurs armements et équipements. Donc une projection non exempte de légèreté, si l’on peut dire. Mais, c’est à souligner, réalisable sans le soutien étasunien.

| Q. Les Israéliens ?

Jacques Borde. Pas à leur agenda de propager ainsi la lèpre nazislamiste. Donc hypothèse farfelue et à exclure.

| Q. Et les Syriens ?

Jacques Borde. Ces départs se sont faits à partir de zones et de spots hors de contrôle de l’Al-Jayš al-’Arabī as-Sūrī (AAS)6, et des ses alliés.

| Q. Une dernière question : les Français resterons-ils seuls en Syrie ?

Jacques Borde. Vous voulez dire sans les Américains ? Ça n’est pas à exclure. Mais la gageure serait extrêmement difficile à tenir. N’oublions pas, qu’alors, nous ne serions pas tous seuls. Face à nous, ce ne sont pas les acteurs militaires et paramilitaires qui manquent.

Dans le désordre :

1- l’Al-Jayš al-’Arabī as-Sūrī (AAS).
2- le Nirouy-é Ghods7.
3- le Hezbollah libanais.
4- le Hizb as-Sūrī al-Qawmī al-Ijtimā`ī (PSNS)8.

Plus ceux que j’oublie.

Et, last but no least, le dernier acteur de ce Grand jeu au Levant : les Turcs. Probablement, l’un des plus à craindre si les chose devaient déraper.

| Q. Mais Français et Turcs appartiennent tous deux à l’OTAN…

Jacques Borde. Et, vous croyez que ça arrêtera les Turcs ?

Les Turcs, eux :

1- sont sur place. La profondeur stratégique ne leur manquera pas.
2- disposent d’un Hinterland sur lequel s’appuyer.
3- ont des moyens militaires imposants :Türk Hava Kuvvetleri (THK)9, Türk Silahli Kuvvetleri (TSK)10, etc., de quoi calmer des ambitions franco-élyséennes qui ne reposeraient alors que sur des contingents de forces spéciales nécessairement beaucoup moins nombreux. Et qui seraient vite dépassés.

Quant à la volonté de s’en servir, comme l’a rappelé Romain Caillet : le président turc, Reccep Tayyip Erdoğan, « n’a pas hésité à abattre un avion russe, rappelle. Je ne pense pas qu’il tremblera face à des soldats français. Si les Américains se retirent de Syrie, je ne donne pas cher la peau des soldats français ».

Mais, bon, nous n’en sommes pas encore là ! Enfin, je crois…

Notes

1 Ou Soldats du califat. Terme officiel de DA’ECH pour qualifier ses combattants armés. Vient en droite ligne de Jound al-Khilafah fi Ard al-Jazair, groupe armé terroriste salafiste, qui s’est fait connaître par l’assassinat d’Hervé Gourdel. A fait scission d’AQMI (officiellement en septembre 2014) et prêté allégeance à DA’ECH.
2 Ou ÉIIL pour Émirat islamique en Irak & au Levant.
3 Ou Forces démocratiques syriennes (FDS) en français.
4 Traduite par combattant illégal, combattant ennemi ou encore combattant ennemi illégal. Défini dans le PATRIOT Act, ou plus précisément le Uniting & Strengthening America by Providing Appropriate Tools Required to Intercept & Obstruct Terrorism Act of 2001, pris sous la présidence de George W. Bush, qui permet de soustraire au droit commun les combattants armés capturés dans le cadre de la guerre contre le terrorisme.
5 Ex-directeur de la CIA, élu républicain du Kansas, siégeait à la Commission du Renseignement au Congrès sortant et a participé à la Commission d’enquête sur l’attaque du consulat des États-Unis à Benghazi, en septembre 2012, où l’ambassadeur Christopher Stevens et trois autres Américains ont été tués.
6 Armée arabe syrienne.
7 Ou Force de Jérusalem, une branche à part entière du Sêpah-é Pâsdâran-é Enqelâb-é Eslâmi (en français Corps des Gardiens de la révolution islamique). Force spéciale en charge des opérations extérieures dévolues aux Pâsdâran, commandée par le major-général Qassem Soleimani. Elle dépend exclusivement du Rahbar-é Enqelâb (guide de la révolution), l’Ayatollah Sayyed Ali Hossaini Khâmeneî (et non du président), un peu comme le Kidon du Mossad reçoit ses ordres du seul Premier ministre israélien (la ressemblance s’arrêtant là).
8 Parti social nationaliste syrien, connu aussi sous le nom donné par la France de Parti populaire syrien (PPS), ou de Parti saadiste ou encore au Liban de Parti nationaliste.
9 Armée de l’Air turque.
10 Armée de Terre turque.

 

A Propos Jacques Borde

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