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Grand jeu : & Ankara, l’air de rien, revient nous dire Coucou !

| Guerre Vs DA’ECH | Questions à & Jacques Borde |

Pas à pas, le maître du Bosphore (& d’un peu plus…) avance ses pions. Ni fou, ni excentrique, mais, en revanche, bel & bien… Soufi naqshbandi, Reccep Tayyip Erdoğan, poursuit toujours le même but : faire de la Turquie nettement plus que ce que veulent bien lui accorder les autres acteurs du Grand jeu. Le Türkiye cumhurbaşkanı1, vient donc se rappeler à notre bon souvenir en faisant savoir à Washington, le faiseur de pluie au Levant & ailleurs, son peu d’entrain à voir se pérenniser aux portes de son Hinterland, le Rojava espéré des proxys de l’Amérique que sont les Hêzên Sûriya Demokratîk (HSD)2. Au bon moment, à vrai dire. En effet, du coté de Ninive (Irak) – donc pas loin d’Erbil, asset économique de Washington & ses pétroliers – le bras-de-fer entre l’armée irakienne & les miliciens d’Hachd al-Chaabi (PMU)3, nécessitant une bonne part de l’attention de l’administration Trump. L’Orient plus compliqué que jamais, en somme !…

« DA’ECH, Al-Qaïda, PKK – vous verrez l’ombre de l’Occident derrière toutes ces organisations. Elles toutes trouvent refuge en Occident. Où est le FETÖ4 ? Également en l’Occident. Elles reçoivent un soutien matériel très sérieux ».
Reccep Tayyip Erdoğan.

| Q. Dites-donc, il nous fait quoi, en ce moment le Soufi Erdoğan, en matière de censure et de répression ?

Jacques Borde. (Sourire) Un bon point, vous reconnaissez l’appartenance du Türkiye cumhurbaşkanı, Reccep Tayyip Erdoğan, à la tariqa Naqshbandiyya5. Donc parler de répression, au sens classique du terme n’a pas de sens en ce qui concerne Erdoğan qui, patiemment, pose les fondements d’une Turquie nouvelle et résolument mystique.

En d’autres termes, Erdoğan ne se contente pas de supprimer : il remplace. Qu’on soit d’accord, ou pas, avec ces changements imposés, en apparence à la seule pointe de la baïonnette, est une autre chose.

Toutes ces incantations droits-de-l’hommistes au ras des pâquerettes (et sans intérêt), plus stupides les unes que les autres en ce qui concerne Erdoğan, deviennent lassantes, à la fin. Nier l’intelligence de l’adversaire n’est jamais un bonne chose. Relisons Sun Zu, que diable ! À noter qu’actuellement, la fosse d’aisance européiste bruxello-centrée fait exactement la même erreur avec le Premier ministre britannique, Alexander Boris de Pfeffel Johnson6 : le tenir en basse estime géopolitique et géostratégique.

| Q. Faisons l’âne : ça fonctionne comment votre Naqshbandiyya ?

Jacques Borde. La tariqa Naqshbandiyya se base sur une Silsila, ou chaîne initiatique, la reliant au prophète. Selon les maîtres soufi Naqshbandi, cet héritage spirituel a été transmis à Abou Bakr As-Siddiq (le Véridique, le 1er Calife) de cœur à cœur lorsque lui-même et l’Imam Suyuti in al-hawi li-l-Fatawa étaient cachés dans une grotte durant l’Hégire. Dans cette grotte, indique le Coran (Sourate 9, 40), descendit sur eux la Sakîna – ou Shekinah, en hébreu – qui est selon René Guénon est « la « présence réelle » de la Divinité ». L’initiation (Bay’a) de Abou Bakr s’est faite par la récitation par trois fois de Allahou Allahou Allahou Haqq (Dieu est Vérité).

| Q. Excusez-moi, mais tout ceci ça un sens, géostratégiquement parlant, je veux dire ?

Jacques Borde. Plus que vous le croyez. Dans le bouleversement qu’a connu l’Irak avec l’irruption d’Al-Dawla al-Islāmiyya fi al-Irāq wa al-Chām (ISIS/DA’ECH)7, a été oublié le rôle majeur du général Ezzat Ibrahim al-Duri.

Or, après la mort ignominieuse de Saddam Hussein, le 30 décembre 2006, al-Duri prend sa succession en tant que secrétaire général du Parti Ba’ath arabe & socialiste et officialise, le même jour, la création de, ô hasard et stupéfaction pour beaucoup, d’Al-Jayš Rajal al-Tariqa al-Naqshbandiyya (JRTN)8, qui, en 2014, s’allient avec… Al-Dawla al-Islāmiyya fi al-Irāq wa al-Chām (ISIS/DA’ECH).

Évidemment, tout ceci n’ayant rien à voir avec le fait que ces deux-personnages clés du Grand-jeu au Levant, Erdoğan et al-Duri, soient tous deux des soufi Naqshbandi !…

Foutaises occidentalo-centrées, comme toujours.

| Q. Bon, et que reproche-t-on aujourd’hui à Erdoğan ?

Jacques Borde. En ce moment, deux choses, expliquant largement que la bien-pensance européiste dise autant de mal de lui.

Primo, Erdoğan, a menacé de lancer « très bientôt » une nouvelle opération contre les Yekîneyên Parastina Gel (YPG)9 soutenus par Washington (mais aussi quelques nigauds d’Européens) qui, de son côté, a averti qu’une telle initiative serait « inacceptable ».

Rappelant qu’Ankara avait déjà lancé deux offensives depuis 2016 contre les positions des YPG, Erdoğan a lancé que « Si Dieu le veut, le processus que nous avons commencé (…) va entrer dans une nouvelle phase très bientôt ».

| Q. Une raison à cette poussée de fièvre ?

Jacques Borde. Oui, le Grand jeu comme d’habitude, une bonne petite tension dialectique, histoire de se jauger. Avec le risque, bien sûr que ça dérape pour de vrai.

Car, ces déclarations interviennent alors que des négociations serrées entre Ankara et Washington en vue de créer une « zone de sécurité » séparant la frontière turque de certaines positions des YPG achoppent sur plusieurs points, notamment la profondeur de ladite zone.

Ces derniers jours, la Turquie a plusieurs fois affirmé que si les propositions américaines n’étaient pas « satisfaisantes », elle lancerait une opération en Syrie pour mettre en place cette « zone de sécurité » de façon unilatérale et davantage à son goût.

| Q. Une répons à Washington, je suppose ?

Jacques Borde. Oui, évidemment.

Le 27th US Secretary of Defense, Mark Thomas Esper10, qui s’exprimait peu avant le président turc, avait averti que toute « incursion unilatérale » contre les combattants kurdes serait « inacceptable ». « Ce que nous allons faire, c’est empêcher des incursions unilatérales qui seraient contraires aux intérêts que nous partageons », a ajouté Esper.

Secundo, les Européens qui, par ailleurs, n’ont guère voix au chapitre font dans l’indignation. Sélective, bien sûr.

Ainsi, on nous rappelle que le Pen Club, dans une enquête de 2018 (… bonjour l’actualité), nous expliquait que dans la foulée du coup d’État (raté) güleniste :

1- deux-cent (200) media avaient dû mettre la clé sous la porte.
2- plus d’une centaine de journalistes avaient, eux, fait l’objet d’enquêtes et de poursuites.
3- et 5.822 universitaires avaient été bannis de 118 universités.

| Q. Mais pourquoi ces vagues successives dans la répression ?

Jacques Borde. Mais, parce que Reccep Tayyip Erdoğan, adepte de la Tariqa naqshbandiyya, comme je vous l’ai dit, ne se contente pas de couper des têtes, il les remplace par les siennes. Concrètement, de nouvelles promotions, d’officiers, de fonctionnaires, d’universitaires, etc., prennent la place de ceux qui sont dégagés. Au fur et à mesure.

Un peu comme le Spoil system étasunien, mais plus sèchement (sic). Et plus efficacement, sans doute.

Notes

1 Ou Président de la République de Turquie.
2 Ou Forces démocratiques syriennes (FDS) en français.
3 Ou Popular Mobilisation Unit/Unité de mobilisation populaire. À composition majoritairement chî’îte, mais pas à 100% comment le soutiennent beaucoup de sources occidentales.
4 Ou Gülen Hareketi ou Gülen Cemaati. L’appellation PDY/FETÖ est celle choisie par l’administration Erdoğan. Ou Hizmet (le Service), le mouvement de l’imam turc réfugié aux États-Unis, Fethullah Gülen. À peu près aussi fréquentable que le reste de la vermine takfirî.
5 Une des quatre principales confréries soufies. Elle tire son nom de Khwaja Shâh Bahâ’uddîn Naqshband, qui est considéré comme son maître, bien que ne l’ayant pas fondée. Abû Ya’qûb Yûsuf al-Hamadânî, né en 1140, et ‘Abd al-Khâliq al-Ghujdawânî, né en 1179, sont les fondateurs des principes de cette voie soufie. Le soufisme compte 41 branches initiales de confréries soufies, dont 40 tirent leurs secrets spirituels de Ali ibn-Abi Talib, le gendre du prophète. Les Soufi expliquent ce fait par cette tradition prophétique (hadith) rapportée par Tirmidhi où Mahomet dit : « Je suis la cité de la science et Ali en est la porte ». L’initiation d’Ali a été faite par le dhikr (évocation, mention, rappel, répétition rythmique, du nom de Dieu) Lâ ilâha illa-llâh, en français : Je témoigne qu’il n’y a pas de divinité autre que Dieu (tawhid).
6 Dit Boris Johnson, qui est (souvent) présenté comme un excentrique sorti du néant mais est issu d’une vielle famille de la haute société britannique. Donc, avant tout un homme du sérail.
7 Ou ÉIIL pour Émirat islamique en Irak & au Levant.
8 Ou Armée des hommes de la Naqshbandiyya.
9 Unités de protection du peuple.
10 Précédemment 23rd Secretary of the Army (2017-2019), lieutenant-colonel à la 101st Airborne Division (les Screaming Eagles), a servi en Irak (1990–1991), titulaire de la Bronze Star & du Combat Infantryman’s Badge, notamment.

 

A Propos Jacques Borde

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