Accueil / Verbatim / Biarritz : Son Sable, ses plages & ses… gaffes !

Biarritz : Son Sable, ses plages & ses… gaffes !

| G7 Biarritz | Questions à Jacques Borde |

Que diable, s’est-il passé à Biarritz, où le n°1 de la diplomatie iranienne, le Dr. Moḥammad-Javâd Ẓarif, aura fait sa visite surprise (sic) au G7, sans, semble-t-il, que la prestigieuse assemblée soit mise dans la confidence ? À ainsi jouer perso, même si un accord préalable (voire une demande de l’administration Trump à ce sujet) entrait en jeu, Jupi Macron joue, une fois encore, les apprentis-sorciers. Quoi qu’il se passe (ou pas) entre Américains & Iraniens à Biarritz, c’est bien le président de la République française, qui sera tenu pour responsable du peu de résultats qui ne peut que sortir de ce genre de pataquès. À moins d’une initiative inattendue du faiseur de pluie qu’est l’hêgêmon thalassocratique étasunien, qui, évidemment aurait, alors, été le seul à en tirer un bénéfice géopolitique ? On a longtemps dit que nos amis américains étaient de grands enfants. De toute évidence, là, le locataire de l’Élysée, vient de leur piquer le rôle.

« Une analyse superficielle de l’invitation surprise faite au ministre iranien des Affaires étrangères de venir dialoguer à Biarritz, en marge du G7, avec son homologue français, pourrait conduire à attribuer un satisfecit à la diplomatie macronienne. Ce serait une erreur. Macron, certes, s’agite et discute beaucoup. Avec tout le monde et avec chacun. Son ambition de créer les conditions d’un nouveau multilatéralisme est connue. Elle est supposée s’inscrire dans la continuité de la politique non alignée gaullienne. Mais l’indépendance ne se décrète pas. Elle se prouve et s’impose. Elle se prend. Or, tout indique que ce mini coup de théâtre est, en réalité, le fruit d’une stratégie établie non pas à Paris, mais à Washington. Décidé par juste raison à entamer une désescalade dans la crise iranienne, tout en maintenant la pression sur Téhéran par les sanctions et le blacklistage, et sur les capitales occidentales par l’inacceptable chantage extra-territorial, arme américaine de contrôle de l’Europe qui relève du plus scélérat chantage, Trump a parfaitement compris l’usage qu’il pouvait faire d’un président français égocentré et narcissique dans la reprise d’un dialogue avec un régime iranien par ailleurs demandeur. C’est donc par délégation du président américain, missionné et mandaté pour cela par l’administration US, qu’agit le président de la République flatté de se voir reconnu sans comprendre qu’il est marionnettisé. Macron saura profiter de cette séquence pour tenter de se crédibiliser sur notre scène intérieure. Il n’est pourtant que le petit télégraphique de Trump ».
Jean-François Touzé.

| Q. Que pensez-vous de l’arrivée impromptue de Moḥammad-Javâd Ẓarif, à Biarritz ?

Jacques Borde. En fait, tout dépend du contexte. Sinon, c’est assez drôle, si l’on y pense : il y a une surveillance très pointue de l’espace aérien autour de Biarritz et, là, Moḥammad-Javâd Ẓarif se pointe comme une fleur sans être invité.

Je vous rappelle que notre belle administration nous prépare ce Biarritz depuis six mois. Une fois de plus, on nous prend, encore, pour des truffes…

| Q. C’est-à-dire ?

Jacques Borde. Soit, l’affaire a été convenue en amont entre le président de la République française, Emmanuel Jupi Macron, et le président des États-Unis, Donald J. Teflon Trump, afin de permettre des échanges entre Washington et Téhéran. Et, là, l’initiative, si elle avait été menée plus intelligemment et de manière plus gaullienne – on se se fait pas dicter ses convives et son agenda quand on est la puissance invitante, et pas de manière aussi cavalière, ça porte un nom : souveraineté nationale – tout en estimant que le dialogue entre parties vaut toujours mieux que la via factis.

Soit, sur une lubie élyséenne de plus, Macron, a décidé d’imposer au G7 la présence de Moḥammad-Javâd Ẓarif, et y faire la retape de son point de vue [celui de Macron, NdlR] sur le dossier iranien. Ce qui ne se fait évidemment pas davantage. En clair, c’est de la voyoucratie géopolitique de bas étage.

Si la rencontre entre Zarif et le Drian était programmée, même au dernier moment. L’us diplomatique eût voulu que les participants au G7 Biarritz en soient aussitôt informés.

| Q. Vous semblez douter de la première version ?

Jacques Borde. Oh, pas plus que ça, tout est possible. Mais, je crains que le président de la République française :

1- aveuglé par son ego. Quasiment une maladie, au niveau clinique, en ce qui le concerne.
2- largué par ses médiocres connaissances géopolitiques et géostratégiques. N’oubliez jamais que Macron n’est jamais qu’un petit banquier de seconde zone.
3- peu aidé par le personnel, de plus en plus dépassé et incompétent, du Niais d’Orsay.
4- encore moins au fait des usages internationaux – et, là, ça n’est pas madame, petite enseignante de niveau très moyen de province, qui va le sortir des ronces – voir le format arthurien (sic) de la table du G7 qui confine au grotesque. On n’est ni au cinéma ni dans une partie de poker.

Ait, en cette affaire, si bien sûr, je le répète, il ne s’agit pas d’un coup entendu par avance avec Trump, commis un impair géopolitique assez calamiteux.

| Q. Vous croyez que c’est à ce point ?

Jacques Borde. Je l’appréhende, en tout cas. Du coup, dixit l’Élysée qui ouvre bien grand son parapluie, une rencontre était bien prévue avec le ministre de l’Europe & des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, mais le ministre iranien « ne devrait pas rencontrer » les Américains. On aurait eu l’air futé, si d’aventure, Trump nous avait fait son show avec Moḥammad-Javâd Ẓarif, au détour d’un couloir.

Je vous rappelle que le président américain a déjà dû démentir le fait que les pays du G7 se soient mis d’accord sur un message commun à transmettre à l’Iran.

« Je n’ai pas discuté de cela », a assuré Trump aux journalistes. contredisant ainsi l’hôte du sommet, Emmanuel Macron, qui avait prétendu avoir été chargé par ses partenaires d’« une communication commune » sur le dossier. « Nous allons adresser notre propre message, mais, vous savez, je ne peux pas empêcher les gens de parler. S’ils veulent parler, ils peuvent parler ».

Là, j’ai peur que l’arrivée (si non-négociée) de Moḥammad-Javâd Ẓarif, style : « Coucou, les mecs, c’est moi », ne soit la goutte d’eau qui fasse déborder, d’ici peu, le vase des relations franco-étasuniennes. Il y a des gens, là-bas, à commencer par le Deep State, qui sauront s’en souvenir à un moment donné.

| Q. Et, a contrario, qu’est-ce qui vous fait dire que ça pourrait être un coup monté entre Paris et Washington ?

Jacques Borde. D’abord, parce que c’est une manœuvre osée. Et entre Trump et Macron, pourquoi pas ? Entre deux maverick comme ces deux-là, tout est possible…

Pourquoi en arriver là, me direz-vous ? Parce qu’inviter, en amont, le ministre en charge du Vezârat-é Omur-é Khârejé1, eût pu faire capoter la venue de Donald J. Teflon Trump, tant l’Iran est la bête noire :

1- de l’opposition démocrate.
2- des durs du camp républicain.
3- du Deep State, qui veille au grain sur les rives du Potomac.
4- du US Secretary of State, Michael Richard Mike Pompeo2, adversaire déclaré des Iraniens.
5- de l’Assistant to the President for National Security Affairs (APNSA), John R. Bolton, à peu près d’accord sur rien avec son boss.

Là, Donald J. Teflon Trump, la diplomatie étant un jeu d’apparence et de faux-semblants, pourra la jouer : « Oooops, mais il m’a fait quoi le Frenchie »3. Et de se contraindre (sic), l’air faussement gêné, à des apartés et des rencontres impromptues. L’important c’est qu’elles se tiennent d’une manière ou d’une autre.

Je ne vous dis pas que j’ai vu pire dans ma vie avec l’Orient compliqué…

| Q. Et saura-t-on le mot de la fin de cette histoire ?

Jacques Borde. Pas nécessairement. D’expérience, je peux vous dire que beaucoup de choses ne sortent pas des lieux, et alcôves diplomatiques, où elles se tiennent…

Des fois, oui. Des fois, non. C’est selon…

| Q. En revanche, le message inventé de toutes pièces, c’est bien une bourde ?

Jacques Borde. Oui. Souhaitant, depuis plusieurs mois, jouer l’honest broker avec Téhéran, Macron (et son équipe diplomatique, si ce mot a ce sens vus les zozos) s’est bien planté.

En fin de matinée, une source diplomatique (sic) confiait à l’AFP que les dirigeants du G7 avaient « convenu de mandater » le président Macron pour mener le dialogue avec Téhéran, et que ce dernier aurait eu pour mission « d’adresser un message » à Téhéran.

Explosif, mais, surtout, très surprenant, Paris et Washington défendant des positions totalement antagonistes ce dossier.

Donald J. Teflon Trump, ayant qui plus est déjà reproché à plusieurs reprises à son homologue de vouloir parler au nom des États-Unis sur ce sujet.

| Q. L’AFP aurait-elle…

Jacques Borde. L’AFP, vous plaisantez ! Fonctionnant sur mode psycho-rigide qui aurait fait prendre l’Agence TASS de l’époque soviétique pour une bande de hippies sous acide, l’AFP ne sort pas de l’ornière pour elle tracée par l’empyrée.

En plus, quelques minutes plus tôt sur LCI, Emmanuel Macron avait confirmé qu’il y aurait bien une « communication commune » du G7 au sujet de l’Iran.

Face à la réaction de Washington, le président de la République a, donc, opéré un virage à 180 degré sur les deux sujets :

1- assurant n’avoir pas reçu « de mandat formel du G7 » pour discuter avec Téhéran.
2- laissant d’autre part planer le doute sur une éventuelle déclaration commune, les participants au G7 Biarritz devant « continuer à agir chacun dans son rôle ».

| Q. Diriez- vous qu’il y ait eu imbroglio entre Trump et Macron concernant quant à ce message à envoyer à l’Iran ?

Jacques Borde. Très nettement, j’ai l’impression que côté Trump, il n’y a pas d’imbroglio (sic). Sur ce point précis, c’est Macron qui s’embrouille les pédales tout seul et fait les choses n’importe comment et à contre-temps.

D’ailleurs, au lendemain de la visite surprise du chef de la diplomatie iranienne à Biarritz , Teflon Trump, n’a pas accablé Macron, tout au contraire, confiant aux media qu’il avait été bien mis au courant de l’initiative élyséenne et de la venue de Moḥammad-Javâd Zarif. Et de préciser que c’est Emmanuel Macron qui lui en avait parlé en lui demandant son accord.

« J’ai été au courant de tout ce qu’il faisait et j’ai approuvé », a indiqué Trump, interrogé sur l’initiative française.

Dans le même temps, le président américain faisait savoir urbi et orbi :

1- qu’il ne voulait pas rencontrer le ministre iranien.
2- que le temps n’était pas encore venu pour ce genre de rencontres.
3- qu’il ne souhaitait évoquer un contact potentiel entre un membre de la délégation US au G7 et le n°1 du Vezârat-é Omur-é Khârejé.

| Q. Comment analysez-vous cet épisode des relations US-Iran ?

Jacques Borde. Jeu, set et match pour président des États-Unis, Donald J. Teflon Trump. En effet :

1- officiellement, Trump n’est pas à l’initiative de cet épisode hétérodoxe survenu à Biarritz. Il va être difficile pour l’opposition démocrate et les durs de son propre camp, de lui mettre le truc sur le dos.
2- affirmant n’avoir pas eu l’intention de rencontrer qui que ce soit, Trump ne ternit pas sa réputation de président et de commander-in-chief.
3- que dans un avenir encore à préciser, ce genre de rencontre pourrait se faire.
4- traduit en langage courant, lancer : ne pas « souhaiter évoquer un contact potentiel entre un membre de la délégation US au G7 et Moḥammad-Javâd Ẓarif », signifie, tout au contraire, qu’Américains et Iraniens ont bien pris langue à un moment donné.

D’un point de vue strictement français, l’affaire est beaucoup moins glorieuse.

| Q. Comment ça ?

Jacques Borde. Un chef d’État étranger n’a pas à dicter au nôtre son agenda géopolitique.

Confronté à une demande étasunienne de cet ordre, le général avait envoyé sur les roses le locataire de la Maison-Blanche. C’est à la France de décider qui elle reçoit, quand et pourquoi. Tenir la chandelle diplomatique et jouer ainsi le petit télégraphiste, que ce soit de Washington ou de Téhéran, n’est pas une posture digne de notre histoire.

O tempora, o mores ! De Gaulle reviens !…

Notes

1 Ministère iranien des Affaire étrangères.
2 Ex-directeur de la CIA, élu républicain du Kansas, siégeait à la Commission du Renseignement au Congrès sortant et a participé à la Commission d’enquête sur l’attaque du consulat des États-Unis à Benghazi, en septembre 2012, où l’ambassadeur Christopher Stevens et trois autres Américains ont été tués.
3 Comprendre : si ça se passe mal : c’est la faute aux Français.

 

A Propos Jacques Borde

Consulter aussi

Sainte Greta-des-zéoliennes & du GIEC ! De l’Icônisme aux forgeries…

| Guerre Vs DA’ECH | Questions à Jacques Borde | Le talent, dit un dicton, …

Ce site utilise des cookies. En acceptant ou en poursuivant votre visite, vous consentez à leur utilisation .

Les paramètres des cookies sur ce site sont définis sur « accepter les cookies » pour vous offrir la meilleure expérience de navigation possible. Si vous continuez à utiliser ce site sans changer vos paramètres de cookies ou si vous cliquez sur "Accepter" ci-dessous, vous consentez à cela.

Fermer