Accueil / Verbatim / Myanmar : La Crise ARSA-Rohingyas, deux ans après !…

Myanmar : La Crise ARSA-Rohingyas, deux ans après !…

| Birmanie / Bangladesh | Géostratégie | Questions à Jacques Borde |

Il y a deux ans déjà, Al-Dawla al-Islāmiyya fi al-Irāq wa al-Chām (ISIS/DA’ECH)1, tentant d’ouvrir de nouveaux fronts du djihâd, a choisi le Myanmar (ex-Birmanie) comme cible de sa doxa génocidaire. Mal lui en a pris. La Birmanie, unie comme un seule homme, a fait la seule chose à faire face au terrorisme nazislamiste : l’extirper par le fer & le feu, sans la plus petite once de pitié & jusqu’au dernier élément, proxy ou sympathisant. Comme quoi, les hordes du Harakah al-Yaqin-ARSA, ont été battues à plate couture &, pour l’essentiel, physiquement éliminées ce qui est une excellente chose. Dommage collatéral de cette guerre sans merci, 1,1 million de Rohingyas, ont motu proprio pris le chemin de l’exil au Bangladesh voisin. Le pays d’origine, beaucoup font mine de l’oublier aujourd’hui, de la plupart d’entre eux. Où en est-on deux ans après ?

| Q. Vous parlez assez peu des Rohingyas de Birmanie…

Jacques Borde. Oui, rarement en fait. Ce dont je parle c’est de la manière dont Yangoon (ex-Rangoon) à su gérer la question tsunami migratoire/terrorisme avec une telle efficacité qu’elle a abouti au départ précipité (sic) de 1,1 millions de Rohingyas qui se trouvent actuellement dans quelques 34 camps de réfugiés autour de Cox’s Bazar, et/ou sous-districts bangladais de Teknaf et Ukhiya, sis à la frontière avec le Myanmar.

En toute franchise, le sort des Rohingyas eux-mêmes je m’en soucie assez peu. Comme le reste de la communauté internationale, d’ailleurs. Une raison à cela, malgré leur nombre, leur situation n’est pas un dossier géostratégique de première importance, en fait. Et, rappel à ceux que cela navrerait, ce blog n’est pas un blog humanitaire (sic) mais fait du RETour d’EXpérience (RETEX) sur des sujets de relations internationales, de géopolitique et de Défense, principalement…

| Q. Et, au point de vue humanitaire : que fait le Bangladesh ?

Jacques Borde. Son possible. C’est à dire pas grand-chose, en raison de son extrême pauvreté, est-il important de préciser.

Un accord visant à rapatrier 3.450 réfugiés Rohingyas a bien été élaboré, mais aucun de ceux faisant partie de la liste n’a eu l’idée saugrenue de se présenter. Prudence élémentaire, dirons certains.

Suite à deux tentatives manquées de rapatriement – en novembre 2018 et en août 2019, respectivement – les réfugiés rohingyas se sentent maintenant sans défense et livrés à eux-mêmes. La réalité pour la plupart d’entre eux. À rappeler que ces réfugiés rohingyas ne son guère aidés par les pétromonarchies golfiques, largement responsables de leur sort par leur soutien confirmé au terrorisme takfirî dont la branche locale, le Harakah al-Yaqin-ARSA2, a choisi l’aventure militaire face à l’État de droit birman.

| Q. Et rentrer ?

Jacques Borde. Certains espèrent retourner là d’où ils viennent, l’État de Rakhine, au Myanmar. Mais en l’absence de garanties de la part des autorités birmanes, il y a peu de chance que cela se fasse. Tant mieux. Je ne pense pas que le retour au statu quo ante soit la solution.

| Q. Et la communauté internationale, la vraie ?

Jacques Borde. Si vous me passez l’expression, elle s’en bat l’œil. Dacca a bien cherché l’aide et le soutien de la communauté internationale (sic) et des Nations-unies, espérant débuter le rapatriement des 1,1 millions de Rohingyas présents depuis juin 2018. Cependant, jusqu’ici, tous les efforts ont été vains – à part quelques chiches aumônes qui font surtout honte à ceux qui y ont consenti – pour parvenir à ce résultat.

| Q. C’est, techniquement parlant, si difficile que ça ?

Jacques Borde. Tout dépend de ce que vous entendez par « techniquement parlant ». Certes, par le passé, face à une crise similaire mais sans l’empreinte de DA’ECH, grâce à des efforts bilatéraux du Bangladesh et du Myanmar, et avec le soutien du Haut-Commissariat de l’ONU pour les réfugiés (UNHCR), il fut possible de procéder au retour volontaire et sûr de 200.000 réfugiés Rohingyas en 1978 et de 250.000 autres en 1992.

Presque tous étaient retournés dans l’État Rakhine, dans l’ouest du Myanmar, et ont pu récupérer maisons, terrains et propriétés. Donc, tout est, en théorie, possible. Sauf que…

| Q. Sauf que…

Jacques Borde. L’exil forcé des Rohingyas – qui, rappelons-le, dans leur majorité ne sont pas des citoyens birmans au sens classique du terme, mais descendent des colons bangladais projetés (au sens militaire du terme) par l’occupant britannique pour l’aider à tenir le pays et se sont sédentarisés sur des terres volées aux Birmans3 – n’est pas dû au hasard. Il résulte de la tentative armée du Harakah al-Yaqin-ARSA de s’emparer de l’État Rakhine et de l’épurer ethniquement de ses habitants birmans. Tuant, violant, massacrant et égorgeant. N’épargnant ni femmes ni enfants. Un peu comme leurs petits camarades Jound al-Khilafah4 avec les populations chî’îtes, yézidies et chrétiennes en Irak.

Noir dessein qui a été mis en échec par la volonté d’airain des autorités légales birmanes et ses courageuse forces armées : Tatmadaw5. Les Unlawful combatants6 du Harakah al-Yaqin-ARSA, ont reçu la leçon qu’ils méritaient et, par principe de précaution en quelque sorte, 1,1 million de Rohingyas ont préféré prendre, préventivement, la voie de l’exil.

So far, so good.

| Q. Exil définitif, vous pensez ?

Jacques Borde. En tout, cas pour le bien de la Birmanie, je l’espère sincèrement. Pour l’instant, les choses ne risquent pas de changer. En effet, les responsables Rohingyas ont avancé cinq requêtes en tant que conditions préalables à leur retour au Myanmar :

1- la reconnaissance de leur droit à être qualifiés d’ethnie Rohingya. Ce qui, pour Yangoon, est irrecevable.
2- la pleine citoyenneté au Myanmar, qui leur a été retirée. À juste titre, selon moi.
3- leur sécurité après le rapatriement.
4- le retour dans leurs maisons et sur leurs terrains. Ou prétendus tels.
5- la justice (sic) pour les crimes (sic) commis à leur encontre.

Des conditions ubuesques et, naturellement, inacceptables pour Yangoon. Les Rohingyas, par ailleurs, se souciant des crimes par eux commis comme de leur premier bol de riz.

| Q. À la fin, les Rohingyas sont-ils des Birmans ?

Jacques Borde. Oui et non. Certains le sont, mais l’essentiel, non.

C’est pour ça que la question de la citoyenneté des Rohingyas demeure au centre de cette crise qui dure depuis des décennies. Au travers de la promulgation de la Loi sur la citoyenneté birmane de 1982, Yangoon avait effectivement privé les Rohingyas de ce droit et les avait qualifiés d’étrangers vivant illégalement au Myanmar, ce qui, pour le plupart d’entre eux est, historiquement, la stricte vérité. Et, franchement, n’a pas de raison de changer.

Qui plus est, Yangoon a défini la liste des races nationales et/ou ethnies indigènes en déclarant licites seulement les 135 ethnies qui vivaient en Birmanie avant l’arrivée des Britanniques, en 1824. Ce qui semble la moindre des choses, patriotiquement parlant.

Bien sûr, en Birmanie, État de droit, les minorités telles que les Indiens, les Chinois, les Népalais, peuvent demander une citoyenneté de niveau inférieur, appelée citoyenneté associée. Elles sont toutes exclues du droit de pleine citoyenneté qui appartient aux véritables nationaux, membres des 135 ethnies historiques reconnues.

Toutefois, jusqu’ici, 40.000 Rohingyas étaient parvenus à obtenir la citoyenneté associée au Myanmar.

Au stade où nous en somme, une délégation birmane emmenée par U Myint Thu, Secrétaire aux Affaires étrangères birmanes, a visité les camps des Rohingyas à Cox Bazar les 28 et 29 juillet 2019.

Au cours de son séjour, U Myint Thu y a déclaré sans ambages que les Rohingyas « ne sont pas citoyens du Myanmar selon la Constitution », ce qui est une évidence « mais qu’ils pourraient dans tous les cas être légalement autorisés à résider dans le pays en vertu d’un permis, la National Verification Card », qui constituerait un pas en direction de l’obtention de la citoyenneté.

De leur côté, les responsables Rohingyas, dont certains ont des liens avérés avec le terrorisme armé, ont déclaré ne pas être convaincus par cette promesse sur la base de leurs expériences précédentes.

Là encore, so far, so good !

Compte tenu des méthodes et de la doxa remplaciste qui est la clef de voûte de la pensée takfirî, il est à espérer que les choses en restent là. Et le 1,1 million de Rohingyas au Bangladesh.

Charbonnier maître chez soi et, ainsi, les vaches des uns et des autres seront mieux gardées. Et les enfants birmans épargnés, désolé pour la gauche financiarisée esclavagiste, toujours à la recherche de main d’œuvre bon marché.

Notes

1 Ou ÉIIL pour Émirat islamique en Irak & au Levant.
2 Seule une minorité sont du cru.
3 Ou Arakan Rohingya Salvation Army (ARSA), mouvement terroriste takfirî lié à DA’ECH et dirigé par Ataullah Abou Ammar Jununi.
4 Ou Soldats du califat. Terme officiel de DA’ECH pour qualifier ses combattants armés. Vient en droite ligne de Jound al-Khilafah fi Ard al-Jazair, groupe armé terroriste salafiste, qui s’est fait connaître par l’assassinat d’Hervé Gourdel. A fait scission d’AQMI (officiellement en septembre 2014) et prêté allégeance à DA’ECH.
5 Ou Forces armées de la République de l’Union du Myanmar. Placées sous l’autorité du ministère birman de la Défense, elles se composent comme suit : Tatmadaw Kyee (armée de Terre), Tatmadaw Yay (marine), Tatmadaw Lei (armée de l’Air), Myanmar Yae Tat Phwe (police militaire), et des Na Sa Kha (Forces frontalières).
6 Traduite par combattant illégal, combattant ennemi ou encore combattant ennemi illégal. Défini dans le PATRIOT Act, ou plus précisément le Uniting & Strengthening America by Providing Appropriate Tools Required to Intercept & Obstruct Terrorism Act of 2001, pris sous la présidence de George W. Bush, qui permet de soustraire au droit commun les combattants armés capturés dans le cadre de la guerre contre le terrorisme.

 

A Propos Jacques Borde

Consulter aussi

Biarritz : Son Sable, ses plages & ses… gaffes !

| G7 Biarritz | Questions à Jacques Borde | Que diable, s’est-il passé à Biarritz, …

Ce site utilise des cookies. En acceptant ou en poursuivant votre visite, vous consentez à leur utilisation .

Les paramètres des cookies sur ce site sont définis sur « accepter les cookies » pour vous offrir la meilleure expérience de navigation possible. Si vous continuez à utiliser ce site sans changer vos paramètres de cookies ou si vous cliquez sur "Accepter" ci-dessous, vous consentez à cela.

Fermer