Accueil / Verbatim / L’Après BARJAM (ou JCPoA) en quelques lignes…

L’Après BARJAM (ou JCPoA) en quelques lignes…

| É-U / Iran | Géostratégie | Questions à Jacques Borde |

À quoi peut bien jouer le président des États-Unis, Donald J. Teflon Trump, dans ses relations tumultueuses avec l’Iran – qui, par la force des choses, sont aussi celles avec l’encombrant & génocidaire allié séoudien ? Que vient y faire Paris en déplaçant – fort maladroitement & stupidement, d’ailleurs, quelques pions sur l’échiquier du Grand jeu – se prenant à jouer les entremetteuses à Biarritz ? Tels sont les thèmes sur lesquelles je travaillais en vue de mon entretien sur Nissan Shalom, radio niçoise1. Autant faire ce ce brouillon un entretien. Les Questions ci-dessous ne sont pas celles posées par Nissan Shalom

| Q. Vous me disiez qu’on a tout faux sur ce que veut Trump vis-à-vis de l’Iran ?

Jacques Borde. Oublions Vienne, l’accord sur le nucléaire iranien ou Joint Comprehensive Plan of Action (JCPoA)2 Barnāme-é Jāme-é Eqdāme Moshtarak (BARJAM) pour les Iraniens – signé à Vienne le 14 juillet 2015, par les pays du 5+1 (les cinq membres permanents du Conseil de sécurité : États-Unis, Russie, Chine, France, Royaume-Uni + Allemagne), ainsi que l’Union européenne (UE) et, bien évidemment, l’Iran.

Accord-cadre ayant pour but de :

1- contrôler le programme nucléaire iranien.
2- le démilitariser.
3- faire lever les sanctions économiques visant Téhéran.

Sauf, last but not least, faire de Téhéran le partenaire économique exclusif des États-Unis. D’où ce qui se passe aujourd’hui…

| Q. Comme l’Orient, compliqué, tout ceci ?

Jacques Borde. Oh, que oui. Alors, revenons à quelque chose de plus simple : les relations entre les hommes.

Il y a toujours eu – à espérer que Biarritz ait pu y changer trop de choses en si peu de temps, mais ce qui s’est passé à Abqaiq et Khourais laisse présager des avancées (sic) – un fossé, infranchissable à ce jour, séparant Washington de Téhéran, ou plutôt Donald J. Teflon Trump, et la dyarchie iranienne, soit le Rayis Jomhur-é Irān3, Ḥasan Rowḥâni4, et le Rahbar-é Enqelâb (guide de la révolution), l’Ayatollah Sayyed Ali Hossaini Khâmeneî :

Le premier, Trump, est un homme de deal, le truc qui se conclut à l’arraché et d’une poignée de main virile.

Les deux autres, Khâmeneî et Rowḥâni, sont des Perses roués, qui, dès que vous avez le dos tourné :

1- pinaillent.
2- font tout pour vous faire lâcher un peu plus, quitte à tout faire rater. C’est bien comme ça, et pas autrement, que les Iraniens n’ont jamais eu leurs S300 sol/airs made in Russia.
3- ne tiennent, la plupart du temps, que la part des engagements qui les arrangent.

Embarrassant, lorsque le sujet qui fâche est bien la mise en place d’un armement nucléaire, convenons-en.

C’est, en ça que le BARJAM/JCPoA pour Trump n’est pas un bon accord. Et, pour plagier dame Sibeth N’Diaye : « le BARJAM, c’est comme la meuf, il est dead ». Dead de chez dead, même. Il serait que Paris s’y fasse une fois pour toutes.

Si on veut qu’il y ait un jour une vraie paix au Moyen-Orient, il faut aller de l’avant et pas déterrer de vieux cadavres (l’Accord d’Oslo, notamment) ou retarder des obsèques. En l’espèce, celles du BARJAM/JCPoA.

| Q. Comment ?

Jacques Borde. Pour des raisons, en fait évidentes, si l’on y réfléchit bien, le JCPoA a – vu de Washington, mais en cette affaire qui compte vraiment si ce n’est l’hêgêmon thalassocratique étasunien ? – plusieurs défauts majeurs :

1- un bon deal pour Teflon Trump, c’est un deal, négocié et arraché par… Trump.
2- il a été négocié avec des gens que Trump n’a jamais rencontré par des gens que Trump n’a jamais tenu en haute estime.
3- les Iraniens, pas des gens du shake hand mais de rogue guys qui vous tirent le tapis de dessous les pieds, ne sont pas un monument de fiabilité.
4- c’est un traité multilatéral, ce que Trump supporte le moins dans les relations internationales.

| Q. Donc, rien n’est possible entre ces deux-là ?

Jacques Borde. Si, bien sûr. Un traité bilatéral, un deal É-U/Iran, que les autres, les 4+1 et la communauté internationale seront priés de ratifier sans y changer une virgule. Que cela vous plaise ou navre, le faiseur de pluie c’est Washington, donc : Trump !

Et c’est aussi pour ça que, quoi qu’il fasse et quoi qu’il dise, le président de la République a tout faux sur ce dossier…

| Q. Mais pourquoi Macron aurait si tort que ça ?

Jacques Borde. Deux choses, en fait.

Primo, à ce stade, filer ce « pognon de dingue » à l’Iran, ça n’est rien d’autre que de l’acharnement thérapeutique pour tenter de maintenir en vie quelques temps encore – au risque qu’entre-temps quelque-chose d’irréparable se produise dans les eaux du Golfe – un JCPoA qui est déjà dans la tombe.

Secundo, parce que Paris, Téhéran, Washnigton – ou plutôt Trump, Khâmeneî et/ou Rowḥâni, Macron – c’est un mec de trop sur la photo ! Ou, plutôt, ça n’est pas un deal au sens trumpien.

Sans compter, du point de vue français, la faute impardonnable de Macron à Biarritz…

| Q. Que voulez-vous dire ?

Jacques Borde. Un État souverain ne se laisse pas dicter son agenda et la liste de ses invités par une tierce puissance à ce qu’il organise sur son propre territoire.

Autrement dit, la venue de Moḥammad-Javâd Ẓarif, ministre en charge du Vezârat-é Omur-é Khârejé5, n’avait pas à nous être dictée au dernier moment. Que l’auteur de la pressante requête ait été Teflon Trump, n’y change rien. Dans des circonstances similaires, le général6 avait envoyé sur les roses son homologue étasunien. Et il avait raison.

| Q. Il ne fallait pas qu’il y ait aparté américano-iranien à Biarritz ?

Jacques Borde. Si, pourquoi pas ? mais pas comme ça. Croyez-moi, les rencontres en catimini et dans des endroits bizarres, j’en ai quelques-unes en magasin ! Là, on a eu Zarif débarquant d’un Boeing B747. On a connu moins ostentatoire et plus discret !…

Et vous savez comme je suis attaché au fait qu’il n’y pas de guerre entre qui ce ce soit dans le Golfe persique et au Levant, parce que les vraies guerres, oublions House of Cards, ça tue de vrais gens.

Agir, oui. Mais pas n’importe comment.

Quant à Trump, il ne joue pas, il ne feint pas. Simplement, il veut un deal. Ne serait-il pas plus intelligent de l’aider que de lui mettre des bâtons dans les roues. Détestable jeu des Munichois que sont les gens de Bruxelles. Des Munichois mais tout autant, si ce n’est plus, de parfaits imbéciles géopolitiques.

Notes

1 Je précise, car, comme l’a dit Eber Haddad, les radios régionales sont aujourd’hui un meilleur support de diffusion des idées que d’autres supports.
2 En français Plan d’action global commun (PAGC).
3 Président de la RI d’Iran.
4 Pour l’état civil, Hasan Fereydoun.
5 Ministère iranien des Affaire étrangères.
6 De Gaulle.

A Propos Jacques Borde

Consulter aussi

Lorsque la «Doxa remplaciste» s’approprie l’Histoire jusqu’à la France libre…

| France | Kulturkampf | Questions à Jacques Borde | Savoir Nommer le danger & …

Ce site utilise des cookies. En acceptant ou en poursuivant votre visite, vous consentez à leur utilisation .

Les paramètres des cookies sur ce site sont définis sur « accepter les cookies » pour vous offrir la meilleure expérience de navigation possible. Si vous continuez à utiliser ce site sans changer vos paramètres de cookies ou si vous cliquez sur "Accepter" ci-dessous, vous consentez à cela.

Fermer