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L’Après-Harpon : Sidération + Incompétence = Rien, nada, niente !… [1]

| Guerre Vs DA’ECH | Questions à Jacques Borde |

De quoi l‘Affaire Harpon – pourtant l’équivalent des Affaires Philby & autres au Royaume-Uni pour nos SR – est-elle le révélateur, de ce côté-ci du Channel ? À la teneur des propos alambiqués de ceux qui nous gouvernent, on se le demande. Et encore, il y a le verbe & les actes. Ainsi, les propos d’estrade – sur l’hydre qui… – du président de la République ont immédiatement été contredits par les limites étroites posées à l’action de l’État par le procureur de la République de Paris François Molins. Alors, après la sidération & l’incompétence : Rien, nada, niente ? Probablement ! Épisode 1.

En France, « … tout le monde a conscience du danger, mais tout le monde ne voit pas l’ampleur du phénomène de radicalisation (…). On a laissé pendant quarante ans cette idéologie mortifère se répandre partout. On a eu des alertes (…). maintenant on voit des militaires, des policiers radicalisés. Un jour, on trouvera peut-être un juge radicalisé, tout est envisageable (…). On ne se rend pas compte que cette problématique s’est diluée dans toute la société française ».
Marc Trévidic, ancien juge anti-terroriste, sur Europe-1 (8 octobre 2019).

| Q. Traoré sous les verrous, ça vous inspire quoi ?

Jacques Borde. (Soupir) Que vous dire ? Un immense éclat de rire ! Plus sérieusement, restons-en aux fais :

Adama Traoré, le gusse qui voulait organiser une manifestation de soutien à Mickaël Harpon, le 9 octobre 2019 à Gonesse (Val-d’Oise), a, finalement, été placé en garde à vue. Cet adepte de la doxa takfirî appelait à un rassemblement pour soutenir l’auteur de l’attaque terroriste de la Préfecture de police de Paris, qui, rappelons-le, a fait quatre morts. Tous policiers, donc fonctionnaire de la part régalienne (ou du moins ce qu’il en reste) de l’État de droit.

C’est à partir de mercredi, que le sieur Traoré a été entendu pour « menaces et actes d’intimidation sur une personne exerçant une fonction publique ou d’utilité collective, menaces de crime contre les personnes et outrage » et, depuis jeudi, pour « apologie du terrorisme ». Autrement dit, si Traoré avait voulu se soustraire à l’a-justice, voire passer à l’acte comme son petit camarade, il avait tout le temps de le faire. Nous ne sommes ni préventifs, ni préemptifs. Tout juste réactifs. Et encore…

Pas une grande surprise non plus, les terroristes takfirî de janvier 2015, comme l’a rappelé Pr. Alain Bauer1, avaient bénéficié d’une ahurissante facilité à se déplacer sur la durée. En fait, nous n’avons rien appris.

| Q. Macron a-t-il enfin désigné, nommé l’ennemi ?

Jacques Borde. Oui, s’il on veut. Sauf que, déjà, hydre islamiste, désolé : ça ne veut rien dire ! Nommer ne veut pas dire n’importe quoi. Tout au contraire.

Ensuite, derrière ce salmigondis élyséo-jovien indigeste, RTL et les sociétés de journalistes (sic) vont-elles présenter leurs plates excuses à Éric Zemmour ? Bien sûr que non. Si le président de la République est, in fine, le seul à pouvoir traiter pis que pendre les terroristes takfirî sans se faire traîner dans la boue, ou devant les tribunaux, tout ce cirque médiatique n’aura servi à rien.

Ensuite, comme le Pr. Alain Bauer l’a également dit sur leplateau de C-dans-l’air, les Français ont depuis un bon moment pris le pli de se mobiliser contre le terrorisme et de dénoncer aux autorités concernées les comportements et les situations non-conformes.

Là, désolé, ça n’est pas le Français lambda qui a fait défaut mais ceux-là mêmes en charge de la lutte antiterroriste. Pas de leur fait, et c’est important de le dire, mais du fait que la machine étatique est bloquée.

Là, Macron botte en touche et défausse son ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner…

| Q. Comment ça ?

Jacques Borde. Ce ne sont pas les Français – et au premier rang d’entre eux Éric Zemmour – qui ont failli, mais l’usine à gaz qu’est la Préfecture de police qui a, disons-le clairement, lamentablement foiré.

| Q. Castaner affirme qu’il n’a pas menti ?

Jacques Borde. C’est lui qui le dit !…

| Q. Par ailleurs, pourquoi Harpon n’a-t-il pas été abattu plus tôt ? Ce ne sont pas les policiers qui manquent à la Préfecture…

Jacques Borde. Ho, pour des tas de raisons, en fait. Prenons-les comme elles me viennent.

1- un assaillant, effet de sidération et de surprise, a toujours l’avantage. Là, en plus, c’était un collègue. Quelque part, un peu le simplet que tout un chacun croisait à la machine à café.
3- des études, du FBI notamment, ont montré qu’un agresseur à l’arme blanche (couteau, cutter, tournevis, etc.), garde l’avantage, y compris face à une homme armé, entre 3 et 7 mètres, si la cible est prise par surprise. Le temps de réaliser que le collègue de la machine à café n’est pas que ça : il est sur vous et vous, vous êtes mort ou blessé.
4- nous ne sommes pas aux États-Unis. Depuis plus de quarante ans, passés les plantons assurant l’accueil et la sécurité, les fonctionnaires de police travaillant ou auditionnant ne gardent pas leur arme à la ceinture. Qu’on soit pour ou contre, c’est comme ça. Or, une arme à plus d’un mètre de soi (tiroir, placard, chasuble, peu importe) ça n’est plus une arme, mais un kilo et quelque de ferraille.

En toute logique, Harpon n’a pu être arrêté que par un policier armé, décidé et, de toute évidence, pas sous l’effet de la même surprise que ses collègues assassinés. ET, par dessus tout gardant son sang-froid

Ajoutons que ce jeune fonctionnaire a parfaitement maîtrisé les règles d’engagement apprises depuis peu. Sans ça, il aurait probablement suivi les quatre premiers de ses collègues ad patres.

| Q. l’Islam toujours au centre du débat ?

Jacques Borde. Plus que jamais en tout cas.

Et, ça n’est pas moi qui le dit, mais cette étude de l’Institut Montaigne, « think tank » d’obédience libérale, publiée par le JDD, 29% des musulmans de France ont des valeurs opposées à celles de la République.

Dans le détail, comme le met en exergue le JDD, 29% des interrogés se sont déclarés « d’accord » avec l’affirmation suivante : « La loi islamique (Charia) est plus importante que la loi de la République ».

Soit toujours plus en diaspora (nous) que dans les pays qui combattent Al-Dawla al-Islāmiyya fi al-Irāq wa al-Chām (ISIS/DA’ECH)2, les armes à la mains : Syrie en tête.

Cette même Syrie à qui nous finissons, face à la via factis turque, par reconnaître des mérites qui sont les siens depuis le début…

| Q. Avec l’enquête qui avance, et les quelques éléments qu’elle nous apporte, le déroulé des faits semble toujours aussi surprenant ?

Jacques Borde. Oui, c’est le moins qu’on puisse dire. Comme l’a souligné, Pierre Duriot, sur sa page Facebook :

« Les derniers développements sur l’attentat de la Préfecture de Police de Paris ne manquent pas d’interpeller. On apprend que l’intéressé était converti, non pas depuis 18 mois, comme annoncé, mais depuis 2008, qu’il était bien en relation avec des mouvances politico-religieuses par le biais de la fréquentation d’une mosquée controversée, avec des relations controversées. Malgré cela il disposait d’une habilitation « secret défense », faisait l’objet d’une surveillance, plus ou moins et finalement plutôt moins que plus. Il ne s’agit plus d’un djihâdiste en liberté dans la nature et qui croise dans toute l’Europe, mais bien d’un fonctionnaire qui vient au boulot au même endroit tous les matins. Cela pose la question de qui surveille qui dans nos institutions ? Sur quels critères ? La confession musulmane met-elle à l’abri de la loi ordinaire par peur d’accusations d’islamophobie ? Si oui, dans quel intérêt pour le pays ? Pourquoi, M. Castaner a-t-il décrit, dans un premier temps un homme sans histoire ? Et pourquoi, malgré des indices nombreux, révélés dès les premières heures après l’affaire, une certaine presse et des responsables politiques ont-ils continué à nier l’évidence ? Il y a là un enjeu de sécurité majeur, dont pas grand monde ne semble se préoccuper, un peu comme si l’avenir de ce pays sous un autre système politique que Républicain était déjà quasiment acté ? Encore une fois, dans quel intérêt ou dans l’intérêt de qui ? ».

Il est à espérer que les commissions d’enquête vont, pour une fois servir à quelque-chose.

| Q. Castaner doit-il démissionner ?

Jacques Borde. Dans un État qui se respecte, il devrait. Mais sommes-nous encore dans ne État digne de respect ? Ainsi que le préfet de police. Qui, bien évidemment, n’en fera rien.

Comme l’a souligné Cendrine Blot : « Le ministre de l’Intérieur Castaner doit démissionner. Comment peut on en arriver là. Harpon se convertit à l’Islam et se radicalise. À moins de fermer les yeux ont voit un homme qui se radicalise. Ne plus serrer la main de ses collègues femmes aurait dû attirer l’attention.Le comble c’est que cet homme obtient une énorme responsabilité secret défense. L’islam radical s’infiltre partout jusqu’aux services administratifs de la police. nous citoyens français nous n’avons plus confiance en ce ministre laxiste. Nous avons à la tête de l’état dès irresponsables et des incompétents et peut être même des complices ».

Mais, il semblerait que le problème soit aussi ailleurs.

| Q. Comment ça, ailleurs ?

Jacques Borde. Il semble bien que peu de volontaires se bousculent au portillon pour postuler au titre de ministre de l’Intérieur. Christophe Castaner, quoi qu’en pense de lui, a toujours voulu occuper l’Intérieur.

Or :

1- le poste est à risque.
2- Castaner veut y rester.

En, outre – le plus important sans doute –, le maintien de Castaner à l’Intérieur est intimement lié à sa relation avec le chef de l’État.

| Q. Que voulez-vous dire par là ?

Jacques Borde. Très exactement ce qu’a souligné Jean-Dominique Merchet3 sur le plateau de C-dans-l’air, le 7 octobre 2019.

Que « Dans un système aussi monarchique que le nôtre, le fait d’être le copain du président, c’est l’assurance-vie totale. C’est comme ça que tout le monde le voit (…). On installe un principe d’irresponsabilité au vu et au su de tout le monde. Un principe d’irresponsabilité des élites dirigeantes qui est insupportable. Et, après les oppositions surfent, à juste titre là-dessus ».

| Q. Sinon, comment analysez-vous ce qui est, dans doute possible, un dysfonctionnement de l’appareil d’État ?

Jacques Borde. Il y a plusieurs grilles de lecture. Et certaines donnent froid dans le dos.

Si je suis ce que nous en dit Jean-Dominique Merchet, il nous rappelle que Macron lui-même n’a pas hésité (sur un autre sujet : la relation Paris-Moscou) à évoquer l’existence en France, d’un État profond4. Or, note Merchet : « Peut-être qu’il existe cet État profond au sein de la police ? Mais, dans ce cas-là, qu’est-ce qu’on attend du pouvoir politique ? Qu’il en prenne le contrôle. Qu’il vire les gens. Qu’il le casse cet État profond ».

| Q. Là, vous allez très loin…

Jacques Borde. Là, en l’espèce ce sont Jean-Dominique Merchet et Emmanuel Macron, qui vont très loin.

Ont-ils raison ? Ont-ils tort ?

Notes

1 Professeur de Criminologie appliquée, notamment au Conservatoire national des arts & métiers.
2 Ou ÉIIL pour Émirat islamique en Irak & au Levant.
3 Un de nos meilleurs spécialistes des questions de Défense, correspondant diplomatique et défense de L’Opinion, auditeur de l’Institut des hautes études de défense nationale (49e session).

4 ou Deep State.

Macron, Alain Bauer, Zemmour, Harpon, Traoré

A Propos Jacques Borde

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