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L’Après-Harpon : Sidération + Incompétence = Rien, nada, niente !… [3]

| Guerre Vs DA’ECH | Questions à Jacques Borde |

De quoi l’Affaire Harpon – pourtant l’équivalent des Affaires Philby & autres au Royaume-Uni pour nos SR – est-elle le révélateur, de ce côté-ci du Channel ? À la teneur des propos alambiqués de ceux qui nous gouvernent, on se le demande. Et encore, il y a le verbe & les actes. Ainsi, les propos d’estrade – sur l’hydre qui… – du président de la République ont immédiatement été contredits par les limites étroites posées à l’action de l’État par le procureur de la République de Paris François Molins. Alors, après la sidération & l’incompétence : Rien, nada, niente ? Probablement ! Épisode 3.

« Face au terrorisme islamiste nous mènerons le combat sans relâche (…). Attaquer la racine, le terreau sur lequel prospère le terrorisme islamiste et ses vocations mortifères est tout aussi vital (…). Nous ne l’emporterons que si notre pays qui est venu à bout de tant et tant d’épreuves dans l’histoire se lève pour lutter contre cet islamisme souterrain qui corrompt les enfants de France (…). Faisons bloc sans relâche, contre l’islamisme, contre ces idéologies mortifères qui ne reconnaissent ni nos lois ni notre Droit ni notre façon de vivre ».
Emmanuel Macron, président de la République française.

| Q. En ce moment, c’est un peu Haro sur Casta, tout de même. Justifié, selon vous ?

Jacques Borde. Oui, et non.

Oui. Christophe Castaner a tout fait pour accéder au ministère de l’Intérieur. Il faut bien qu’il assume un bilan qui, quelque part, est forcément, le sien.

Non. majoritairement, les politiques n’ont jamais pris au sérieux les attentats takfirî. Or, ceux-ci, pour la vague non directement liée à la guerre civile algérienne, ont commencé avec le Gang de Roubaix1 en 1996, proche d’Al-Qaïda. Jean Louis Debré, ministre de l’Intérieur de l’époque, avait, alors, déclaré que ce n’était qu’une bande voleurs ! Bon, les SR ont eu une approche plus réaliste. Heureusement…

| Q. Quid des premières annonces ?

Jacques Borde. Elles déçoivent au plus au point.

Certes, le Procureur de la République de Paris, François Molins, a bien annoncé ce qu’il appelle assez emphatiquement un « durcissement » (sic) de la politique pénale en matière de terrorisme. Mais, tout en rejetant, d’entrée, l’idée, pour les Fichés S notamment, d’une détention préventive hors de toute procédure pénale. Car, dixit Molins : « On ne peut pas détenir quelqu’un avant qu’il ait commis une infraction », car, « C’est le socle de l’État de droit ».

Au passage, c’est pourtant ce qu’on fait les États-Unis avec leurs ressortissants d’origine japonaise à partir de 1942.

Alors, à quoi bon.

Pourtant, selon Molins, si la menace risque de durer, c’est que la France va être confrontée « à un moment ou à un autre, au retour d’un grand nombre de combattants français et de leurs familles ». Désormais, le parquet de Paris va « criminaliser » ces dossiers, annonce Molins, « Les accusés seront passibles de vingt ans de prison pour les faits commis avant la loi du 21 juillet, et trente ans pour les faits commis après ».

Quant on connaît la propension de nos magistrats à donner raison aux criminels et à accabler les victimes, tout ceci n’a rien de bien rassurant.

D’ailleurs, Molin a du mal à trouver les mots justes pour justifier son « durcissement » en matière de terrorisme.

| Q. Que dit-il au juste ?

Jacques Borde. Qu’à l’entendre, « Il s’agit de protéger la société en laissant ces individus plus longtemps en prison. (…). Lorsqu’on tombe sur des individus imprégnés par cette idéologie mortifère, les maintenir enfermés n’est peut-être pas la mission la plus noble, elle a au moins l’impérieuse vertu de protéger la société ».

Comme dirait l’autre, c’est le minimum syndical. C’est sûr, Molins n’est ni de Gaulle, ni Churchill.

Rapidement, le procureur national antiterroriste a confirmé le scénario terroriste takfirî de l’attaque de la Préfecture de police de Paris. Le géopolitologue Alexandre del Valle estime par voie de conséquence que cela « va nous discréditer auprès de nombreux pays ».

Plus précisément, cela va notablement augmenter le discrédit qui est déjà le nôtre en matière de lutte contre la terreur takfirî. Ce depuis des années.

| Q. Détenir des personnes, de manière préventive, légal ? Arbitraire ? Voire même faisable ?

Jacques Borde. L’arbitraire peut devenir légal. Nous sommes en guerre ou supposés l’être.

Qu’ont fait les États-Unis de l’importante communauté nippo-étasunienne à partir de Pearl Harbor ? Ils les ont mis massivement (et temporairement) derrière des barbelés.

| Q. Carrément ?

Jacques Borde. Oui.Techniquement, entre le 7 et le 11 décembre 1941, le FBI va procéder à l’arrestation arbitraire de 1.370 Nippo-américains. Le 2 janvier 1942, le Joint Immigration Committee affirme dans un rapport que « les Japonais ethniques sont totalement inassimilables » et que leur loyauté va à l’Empereur du Japon. Largement faux, d’ailleurs.

Ceci pour dire que ne rien faire – ou quasiment rien – ne saurait être un argument ni une solution. Tropisme munichois, on trouve toujours d’excellentes raisons pour en faire le moins possible.

| Q. Beaucoup de paroles et très peu d’actes. C’est ça, pour vous ?

Jacques Borde. Hélas, oui ! Est-ce donc ainsi que Macron compte démontrer sa fermeté face à l’hydre islamiste (sic) ? Concrètement, beaucoup de policiers ne signalent pas leurs collègues islamisant « de peur d’être taxés d’islamophobie ».

| Q. Mais la manifestation de soutien à Harpon a, finalement, été interdite ?

Jacques Borde. Comme vous le dites : finalement !

Le fait que les autorités aient hésité avant de l’interdire est le fait majeur de ce scandale et c’est ce qu’en retiendront les nazislamistes et tous ceux qui soutiennent et approuvent la doxa takfirî. Encore plus clairement : c’est quand qu’on met Adama Traoré en prison ?

| Q. Le fait que Castaner soit toujours en place agite beaucoup l’opposition, vous en pensez-vous quoi ?

Jacques Borde. Primo, comme je vous l’ai déjà dit, il est difficile de remplacer quelqu’un dont personne ne veut le poste. Le débat n’a, en fait, que peu d’intérêt proportionnellement au dossier.

Secundo, le problème est, en fait, plus profond et dépasse la personne de Castaner.

| Q. Que voulez-vous dire par là ?

Jacques Borde. Je vous le répète : comme l’a souligné Jean-Dominique Merchet, sur C-dans-l’air (8 octobre 2019), à propos du ministre français de l’Intérieur, Christophe Castaner2, objet de toutes ces supputations :

« Être le copain du président, c’est l’assurance vie totale. Qu’est-ce qu’il faudrait de plus pour qu’il démissionne ? (…) Nous avons installé un principe d’irresponsabilité des élites dirigeantes qui est insupportable. Les oppositions, à juste titre, surfent là-dessus ».

Ne nous leurrons pas : dans ce grand corps malade qu’est la sécurité intérieure, les choses n’ont pas – quoi qu’en dise le pouvoir politique, largement responsable de cet état de fait – vocation à bouger. Comme disent les Chinois : le poisson pourrit toujours par la tête !

Un exemple : face à une machine tournant à vide beaucoup de policiers hésitent à signaler leurs collègues « de peur d’être taxés d’islamophobie »…

| Q. Et ?…

Jacques Borde. Vous imaginez en 1940, dans la même Préfecture de police, des flics qui auraient renoncé à dénoncer des agents de la 5e Colonne3 de peur d’être taxés d’antinazis. Eh bien, nous en sommes là !

| Q. Vous êtes sûr de ce que vous avancez ?

Jacques Borde. Hélas, oui. Information révélée par le Parisien : des policiers, sous couvert de l’anonymat, évoquant des pressions (sic) sur des membres de la DRPP4 pour ne rien révéler des alertes passées sur le comportement de Harpon. Quelques-uns en avaient fait état à la Crim, refusant que leurs propos soient consignés sur procès-verbal5.

Pourtant, Mickaël Harpon, l’auteur de l’attaque au couteau qui a fait quatre morts, fréquentait une mosquée salafiste à Gonesse, dirigée par un Imam Fiché S. Ce lieu de culte ne pouvait pas échapper à la vigilance des SR. Pourquoi l’information n’est-elle jamais remontée jusqu’à son service ? L’oubli (sic) est étonnant vu :

1- l’habilitation Secret-défense dont disposait ce terroriste avéré.
2- son lieu de travail, la DRPP, centre névralgique de la lutte… antiterroriste nazislamiste.

À rappeler que Harpon, disposait de l’adresse de chaque fonctionnaire de police – certains d’entre eux étant des taupes infiltrées, en surveillance, dans les mosquées salafistes. Tous ces renseignements étaient stockés sur une clé USB qui contenait, également, une vidéo de propagande d’Al-Dawla al-Islāmiyya fi al-Irāq wa al-Chām (ISIS/DA’ECH)6.

Sans parler de « son souhait de ne plus avoir certains contacts avec des femmes », « sa justification » des attentats de Charlie Hebdo en 2015, « son changement d’habitude vestimentaire depuis quelques mois », dixit, le procureur au Parquet national antiterroriste, Jean-François Ricard.

Boucle bouclée en quelque sorte.

Notes

1 Responsable d’une série de vols à main armée en 1996 dans la région lilloise,avec pour but de financer le djihâd à travers un réseau international organisé par Fateh Kamel depuis Montréal. Le groupe est également à l’origine d’un attentat à la voiture piégée qui a échoué deux jours avant le sommet du G7.
2 Auteur de ces propos : Harpon n’a « jamais présenté de difficulté comportementale », ni « le moindre signe d’alerte ».
3 L’expression 5e Colonne désigne les partisans cachés au sein d’un État ou d’une organisation d’un autre État ou d’une autre organisation hostile. Expression initialement utilisée lors d’une allocution radiodiffusée par le général Emilio Mola y Vidal, membre de l’état-major des forces nationalistes espagnoles en 1936 pendant la Guerre d’Espagne, en parlant des partisans nationalistes cachés au sein du camp républicain.
4 La Direction du Renseignement de la Préfecture de police.
5 Pratique assez courante, en fait.
6 Ou ÉIIL pour Émirat islamique en Irak & au Levant.

 

A Propos Jacques Borde

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