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Le Gambit des Trois Lunes : jusqu’où ira Erdoğan ? [2]

| Guerre Vs DA’ECH | Questions à Jacques Borde |

Avec la stupidité (désolé, je ne trouve pas d’autre mot), qu’on leur connaît, le cloaca mediatica occidental & ses lecteurs de prompteurs1 lobotomisés au droits-de-l’hommisme & au padamalgam, ont, débâcle des Hêzên Sûriya Demokratîk (HSD) kurdes oblige, découvert que l’Orient compliqué, comme disait le général, n’était pas ce clip obscène & pro-wahhabî que leur radios & chaînes nous déversaient depuis que la haine sectaire takfirî a choisi de s’abattre – avec quelques aides occidentalo-centrées tout de même – sur la malheureuse Syrie. Avec sidération (c’est comme stupéfaction, mais en plus chic), ce déversoir d’idées usées, comme il en existe pour les eaux souillées de nos usages quotidiens, a même découvert que la répartition des rôles (méchants, gentils, etc.) qu’il nous imposait depuis l’essor de la crise syrienne laissait passablement à désirer. Last but least, nos étroits du bulbe mondialistes ont même commencé (mais pas plus, ne rêvons pas) à comprendre que le Türkiye Cumhurbaşkanı, Reccep Tayyip Erdoğan, n’était pas ce personnage de scénario hollywoodien qu’ils croyaient avoir percé à jour. Comme quoi, même aux imbéciles… Épisode 2.

« Juste au cas où vous avez des cauchemars à propos de Trump… Clinton, Bush et bien d’autres avant lui. Cela dit, tout cela ne serait pas possible si les Kurdes syriens – qui croyaient les promesses de l’administration Obama et qui n’ont rien appris de l’Histoire – n’avaient trahi en premier lieu leur propre gouvernement central (Damas) qui avait commencé à les armer contre DA’ECH. Joue avec le feu et tu finis brûlé ».
Giorgio Damiani, sur sa page Facebook:

| Q. Quid de la France sur ce qui se passe dans le nord de la Syrie ?

Jacques Borde. S’il fallait rédiger quelques définitions pour l‘Encyclopédie des synonymes, je crois que Niais d’Orsay équivaudrait, à la fois, à Honte, bassesse et stupidité. Pierre Robin qui nous a pondu un excellent papier sur le sujet, nous aura rappelé deux choses indispensables :

Primo. À propos du Türkiye Cumhurbaşkanı2, le très naqshbandi3 Reccep Tayyip Erdoğan, « … dont je me souviens quelles louanges on lui tressait vers 2011 (début de la crise syrienne) dans les rédactions des « grands » media et les milieux politiques franco-occidentaux pour son « Islam de marché » moderne et tout, Erdoğan qui était donc le bon musulman face à l’infâme Bachar, eh bien Erdoğan est aujourd’hui le grand méchant du film médiatique parce qu’on s’est aperçu que c’était finalement un Grand Turc bien ottoman à l’ancienne ».

Secundo. « Accessoirement, l’Armée Syrienne Libre (ASL), qu’on nous présentait depuis des siècles, de Libé à BFM, comme rassemblant de valeureux combattants du Droit et de la Liberté, vient de confirmer ce qu’elle était vraiment depuis le début, à savoir un ramassis d’Islamistes franchisés turc et d’auxiliaires d’Erdoğan, prêts à ravager et épurer leur propre pays, bref de faire DA’ECH à la place de DA’ECH ».

Entre mode médiatique et alignement stipendié, on ne sait plus très bien comment qualifier le comportement de notre intelligentsia et de nos experts de plateaux TV.

Dans ce triste registre des lâchetés convenues occidentalo-centrées, je me demande, d’ailleurs, si on déterrait quelques sentencieux propos de Mohammed Sifaoui, que j’ai trouvé très confus (et faux-cul, pour tout vous dire) face à Éric Zemmour, on ne tomberait pas sur des postures inattendues vis-à-vis de la racaille takfirî pur porc, au Levant. À cette époque où il était de bon ton médiatique de crier haro sur le président Assad, ce me semble Sifaoui affichait des positions beaucoup plus contestables que celles dont il nous honore aujourd’hui.

Car, d’une manière générale, pour l’avoir beaucoup regardé à l’époque, Sifiaoui, qui donne aujourd’hui beaucoup de leçons à autrui, en ces temps obscurs où il était de mise de s’émerveiller des exploits de Jabhat an-Nusrah li-Ahl ach-Chām4 ne se démarquait guère de la ligne générale défendue par ses confrères et les media mainstream.

Par ailleurs, à part le fait d’être arabophone, je n’ai pas connaissance de titres universitaires qui fassent de M. Sifaoui un islamologue ou un spécialiste de théologie musulmane.

À noter la bonne prestation sur le dossier syrien de la part de Nicolas Bay sur CNews – dans une ambiance très DA’ECHo-compatible (sic) de la part du présentateur et des autres intervenants, à l’exception notable de Charles Pellegrini, que je salue ici –. On voit là toute l’utilité du voyage organisé par Thierry Mariani en Syrie, il y a peu.

| Q. En quoi avez-vous trouvé Sifaoui confus ?

Jacques Borde. Notamment, lorsque Zemmour lui a parlé de l’Ijtihad. Bizarre qu’un expert aussi acéré (du moins à l’entendre…) de l’Islam n’ait pas rebondi sur ce sujet – pour faire court à propos de l’Ijtihad : l’effort de réflexion conduit par les doctes musulmans – et choisi, a contrario, de rester sur le terrain de l’invective et des approximations. Bon, évidemment, n’est pas Charles Saint-Prot qui veut. Mais, c’est dommage : quelle belle occasion de débat perdue.

À cette confusion fort mal maîtrisée par quelqu’un qui – in fine, à ce qu’il en fait montre – ne connaît pas grand-chose à l’Islam, il convient désormais d’ajouter les derniers propos qu’aurait tenu Sifaoui à l’endroit de Zemmour :

« Éric Zemmour aime tellement la France qu’il aurait accepté d’être un petit juif berbère dans une grottes pendant les enfumades de Bugeaud. il aime tellement la France quand elle est acariâtre qu’il aurait accepté d’être un petit juif dans les trains en partance pour les camps ».

Là, je ne suis peut-être qu’un benêt-béret-basque lambda, mais tout ça, ça suinte étrangement l‘antisémitisme takfiro-DA’ECHien de base. Chassez le naturel, ne reviendrait-il pas au grand galop ? À espérer que Sifaoui l’imprécateur de plateau – si ces propos odieux sont bien les siens – revienne dessus ; ou, mieux s’en excuse. Mais, à l’impossible, nul n’est tenu…

| Q. À propos de baudet, Il est aussi de bon ton diplomatique de faire de François Hollande le responsable de toutes nos erreurs vis-à-vis de Damas ?

Jacques Borde. Faux, archi-faux, bien sûr. Il semble bien que Emmanuel Macron ait ajouté huit spots militaires aux bases déjà implantées par Hollande, en Syrie.

Or, toutes sont illégales au regard du droit international. C’était le hidden agenda élyséen visant à obtenir le démantèlement de la Syrie et le départ de son président, le Dr. Bachar el-Assad.

Quant au Conseil de Défense élyséo-macronien, nul ne sait s’il a été informé à temps de l’accord, négocié par l’armée russe sur sa Base aérienne d’Hmeimim, entre l’Al-Jayš al-’Arabī as-Sūrī (AAS)5 et les Yekîneyên Parastina Gel (YPG)6, les forces paramilitaires kurdes liées aux Partiya Karkerên Kurdistan (PKK)7.

| Q. Et, c’est gênant ?

Jacques Borde. Ça pourrait l’être. En effet :

1- le PKK – et, sur ce point précis, Erdoğan n’invente rien – reste classé comme comme terroriste par la majeure partie de la communauté internationale, dont l’Australie, le Canada, les États-Unis, la Nouvelle-Zélande et l’Union européenne (UE), le Royaume-Uni, etc. ! Mazette ! Y aurait-il de bons et de mauvais terroristes en ce vaste monde ?
2- des personnels (notamment) français ont assisté durant trois ans, sans être autorisés à bouger le petit doigt, aux crimes contre l’humanité perpétrés par des éléments kurdes contre les Assyriens chrétiens et les Arabes musulmans au Nord-Est de la Syrie. Ce dans une partie de la Syrie ne faisant même pas partie des terres évoquées dans le Traité de Sèvres.

L’embêtant est que ces personnels n’ont même pas été repliés lorsque, le 6 octobre 2019, la Maison-Blanche a informé la France de l’imminence de la via factis turque, laquelle a débuté le 9 octobre 2019.

Aujourd’hui, en l’absence des forces US, des personnels français seraient8, s’il en reste encore, pris entre deux feux :

1- d’une part la Türk Silahli Kuvvetleri (TSK)9.
2- d’autre part les ex-alliés kurdes – l’essentiel des Yekîneyên Parastina Gel (YPG), est-il utile de rappeler – ralliés à la République arabe syrienne, que la France n’a jamais épargné.

Notes

1 Au siècle dernier prospérait une espèce aujourd’hui quasiment disparue : le journaliste !…
2 Ou Président de la République de Turquie.
3 Soit membre de haut vol de la Tariqa naqshbandiyya, une des quatre principales confréries soufies. Elle tire son nom de Khwaja Shâh Bahâ’uddîn Naqshband, qui est considéré comme son maître, bien que ne l’ayant pas fondée. Abû Ya’qûb Yûsuf al-Hamadânî, né en 1140, et ‘Abd al-Khâliq al-Ghujdawânî, né en 1179, sont les fondateurs des principes de cette voie soufie. Le soufisme compte 41 branches initiales de confréries soufies, dont 40 tirent leurs secrets spirituels de Ali ibn-Abi Talib, le gendre du prophète. Les Soufis expliquent ce fait par cette tradition prophétique (hadith) rapportée par Tirmidhi où Mahomet dit : « Je suis la cité de la science et Ali en est la porte ». L’initiation d’Ali a été faite par le dhikr (évocation, mention, rappel, répétition rythmique, du nom de Dieu) Lâ ilâha illa-llâh, en français : Je témoigne qu’il n’y a pas de divinité autre que Dieu (tawhid).
4 Ou Front pour la victoire du peuple du Levant, ou de manière abrégée Front al-Nosra.
5 Armée arabe syrienne.
6 Unités de protection du peuple.
7 Parti des travailleurs du Kurdistan.
8 Au moment où était effectué cet entretien.
9 Armée de terre turque.
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A Propos Jacques Borde

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