Accueil / Verbatim / Le Gambit des Trois Lunes : jusqu’où ira Erdoğan ? [3]

Le Gambit des Trois Lunes : jusqu’où ira Erdoğan ? [3]

| Guerre Vs DA’ECH | Questions à Jacques Borde |

Avec la stupidité (désolé, je ne trouve pas d’autre mot), qu’on leur connaît, le cloaca mediatica occidental & ses lecteurs de prompteurs1 lobotomisés au droits-de-l’hommisme & au padamalgam, ont, débâcle des Hêzên Sûriya Demokratîk (HSD) kurdes oblige, découvert que l’Orient compliqué, comme disait le général, n’était pas ce clip obscène & pro-wahhabî que leur radios & chaînes nous déversaient depuis que la haine sectaire takfirî a choisi de s’abattre – avec quelques aides occidentalo-centrées tout de même – sur la malheureuse Syrie. Avec sidération (c’est comme stupéfaction, mais en plus chic), ce déversoir d’idées usées, comme il en existe pour les eaux souillées de nos usages quotidiens, a même découvert que la répartition des rôles (méchants, gentils, etc.) qu’il nous imposait depuis l’essor de la crise syrienne laissait passablement à désirer. Last but least, nos étroits du bulbe mondialistes ont même commencé (mais pas plus, ne rêvons pas) à comprendre que le Türkiye Cumhurbaşkanı, Reccep Tayyip Erdoğan, n’était pas ce personnage de scénario hollywoodien qu’ils croyaient avoir percé à jour. Comme quoi, même aux imbéciles… Épisode 3.

« Ce totalitarisme islamiste a tenté ses premières expériences de guerre asymétrique par le terrorisme et la propagande victimaire. Il explose maintenant en multiples ramifications un peu partout dans le monde en suivant toujours la même stratégie : terreur par les attentats suicides, les voitures et les camions- béliers, les couteaux et les poignards suivies de propagande victimaire et de revendications, avancées par étapes. C’est cette même victimisation qu’utilisait Hitler lorsqu’il prétendait, exactement comme les islamistes aujourd’hui que les juifs étaient un peuple génocidaire qui se préparer à exterminer ou à asservir les peuples ».
Charles Rojzman, sur Causeur.fr.

| Q. Le thème de la trahison des frères d’armes kurdes égrené sur à peu près tous les plateaux TV…

Jacques Borde. Vrai et faux, en fait. Mais trahir, est aussi vieux que les textes mésopotamiens et la trahison a été traité par des auteurs aussi anciens que Sun Zu.

Donc, quid novi sub solem ? Nada !

Sans faire la fine bouche, on rappellera que des Méos aux Yekîneyên Parastina Gel (YPG)2, en passant par la Derecha recalcitrante3 d’Amérique centrale et les Chî’îtes du sud de l’Irak à l’issue de la 1ère Guerre du Golfe, les militaires américains – qui, en tant que bons petits soldats de leur commander-in-chief, sont avant tout là pour obéir aux ordres – ont laissé tomber comme de vieilles chaussettes 99,99% de leurs alliés, protégés, proxys au cours de leur histoire militaire.

Ça n’est pas joli-joli, je vous l’accorde, mas ça porte un nom : géopolitique !

Que cela navre effectivement quelques têtes galonnées, certes, mais n’allons pas en faire tout un plat. En fait, c’est surtout – chez les militaires et les politiciens – une manière de se donner le beau rôle. Alors que tous, et je dis bien tous, savaient comment l’affaire kurde allait se terminer. C’est du discours, de la dialectique bien rodée. Et remonte loin…

| Q. Dialectique bien rodée, vous pouvez développer ?

Jacques Borde. Les militaires US sont comme tous les militaires, ils font la guerre. Une activité nécessaire même si Sun Zu nous explique que la meilleure d’entre les guerres est celle qu’on gagne sans combattre. Donc en poussant certains des ennemi à trahir leur propre camp et/ou en changer, nécessité géopolitique faisant loi.

Ce que nos amis étasuniens font généralement beaucoup mieux que les autres, quoi qu’ils aient fait sur le terrain, c’est de se donner le beau rôle, même quand les choses tournent au bizarre ou au vinaigre. C’est exactement ce qui se passe maintenant dans la nord de la Syrie.

| Q. Mais, ça ne marche qu’une fois ?

Jacques Borde. Le fait de trahir ses alliés ? Vous voulez rire. Aux States, ça a commencé avec les tribus amérindiennes qui avaient fait le choix des Insurgents contre la Couronne. L’esclavagiste Washington les a poignardé dans le dos de belle manière. Et, depuis, ça n’a jamais arrêté !

Il est donc absurde, comme l’a fait Laurence Nardon, de parler de « vision à court terme » pour qualifier l’attitude de Donald J. Teflon Trump, à propos des Hêzên Sûriya Demokratîk (HSD)4. Le truc a marché et remarchera tout aussi bien au prochain coup de grisou international.

De plus, répétons-le, sortis des lieux de la branchitude (des berges du Potomac, de Sloane Square ou de Saint-Germain-des-Près) :

1- les Kurdes n’ont aucun ami au Levant, à part eux-mêmes. Et encore…
2- les Kurdes sont divisés entre eux.

Dialectique, vous dis-je.

| Q. De la part de qui ?

Jacques Borde. De la part des militaires d’abord. Au Pentagone, on sait aussi faire de la com. Et depuis un bon bout de temps déjà.

Par exemple, prenez le film Soldat bleu5, supposé nous éclairer sur la brutalité des guerres indiennes, il se termine par une citation du général Nelson Appleton Miles, condamnant un massacre (de Sioux Lakotas si ma mémoire est bonne).

Émoi dans les chaumières étasuniennes ! Trooper et humaniste ce brave Miles.

Sauf que, eh oui, Miles est un des plus grand massacreurs d’Indiens que le Nord-ouest a connu. C’est lui, avec le général Oliver O. Howard, qui écrasa les Nez Percés qui vont finir en déportation dans une de ces réserves-mouroirs ou vont être épurées ethniquement, une à une et sans état d’âme, les Premières nations amérindiennes.

Désolé de le dire, mais j’ai, quelque part, l’impression que ce cher général (4 stars) Joseph Leonard Votel, qui s’est fort ému de la méthode Trump, est, quoi qu’il en dise, plus proche de Miles que de Mère Théresa.

Car, d’une certaine manière, Votel, qui au poste qu’il occupait ne pouvait ignorer totalement le (mauvais) sort qui attendait ses petits camarades de (grand) jeu syrien, est-il si fondé que cela à donner des leçons militari et orbi ?

| Q. Que voulez-vous dire par là  ?

Jacques Borde. Que :

1- quand on a été patron du US Central Command6 de mars 2016 à mars 20196, on est forcément dans le secret des dieux ? Et concernant le sort des Yekîneyên Parastina Gel (YPG) et Yekîneyên Parastina Jin (YPJ)7, dans celui de l’Oval room.
2- Votel a, sachant ce qu’il savait, un peu vite rendu son tablier de boss du CentCom, le 28 mars 2019, juste après la chute de Baghouz, la dernière place forte d’Al-Dawla al-Islāmiyya fi al-Irāq wa al-Chām (ISIS/DA’ECH)8. S’il tenait tant que ça à ses frères et sœurs kurdes, pourquoi être parti si tôt ?
3- or, Votel – est-ce là le fond de l’affaire ? – n’a jamais été très turkish friendly. Il s’était vivement opposé au Türkiye Cumhurbaşkanı9 Erdoğan, lors du du coup d’État le visant. Erdoğan l’accusant carrément, publiquement dans un discours le 29 juillet 2016, d’être « assis aux côtés des comploteurs », après que Votel eût reproché à Ankara d’avoir arrêté des contacts du Pentagone.

Des contacts du Pentagone en zonzon ! Quel sans-gêne ces Turcs tout de même !…

| Q. Pour finir, la manifestation anti-Zemmour devant les locaux de CNews

Jacques Borde. Fors, la nausée initiale, ceci, l’organisateur de ce happening devant les locaux de CNews s’appelle Elias Imzalène :

1- Fiché S.
2- ancien assigné à résidence par l’a-justice française.
3- fondateur du site de diffusion de la doxa takfirî sur le sol français Islam info !

Que fait donc encore cet individu en France ? N’y a-t-il pas de tribunal militaire irakien ou syrien à qui l’expédier ?

Par ailleurs, encore une fois, se confirme que le LBD40 est réservé à une seule catégorie de manifestations et de manifestants : celle où se rendent les Giles jaunes.

En son temps, le général parlait de chienlit…

| Q. Très français, non ?

Jacques Borde. Même pas. C’est assez européen, plutôt européiste. On subit, accepte, tolère, sans quasiment réagir. Et parmi ces pays à se vautrer dans veulerie munichoise, les pays d’Europe du Nord ne sont pas mal non plus. La Suède au premier rang d’iceux.

| Q. Vous n’avez pas l’impression de stigmatiser toujours les mêmes personnes ?

Jacques Borde. Absolument pas. J’ai la plus grande admiration pour le combat que mène Zineb El Rhazoui contre ce qu’elle appelle le « fascisme ilslamqiue ». Sans parler de la lutte héroïque que mène l’Al-Jayš al-’Arabī as-Sūrī (AAS)10, contre toutes les formes de terrorisme nazislamiste.

Quant à la Suède, je vous signale que d’après le New York Times qu’on ne peut certainement pas qualifier de journal de droite ou d’Islamophobe, en Suède :

1- 51% des attaques antisémites sont commises par des musulmans.
2- 25% par des militants de gauche.
3- et 5% par des militants extrême-droite.

Voilà, voilà !

Notes

1 Au siècle derniers prospérait une espèce aujourd’hui quasiment disparue : le journaliste !…
2 Unités de protection du peuple.
3 Essentiellement des milices d’extrême-droite.
4 Ou Forces démocratiques syriennes (FDS) en français.
5 Film américain de Ralph Nelson, sorti en 1970. Le film renvoie au Massacre de Sand Creek (Colorado), le 29 novembre 1864, par 700 hommes de la Cavalerie du Colorado. Les soldats assassinèrent beaucoup de femmes et d’enfants, prirent une centaine de scalps et commirent de nombreux viols et mutilations, sexuelles notamment.
6 Remplacé à son poste par le général des Marines, Kenneth Franklin Frank McKenzie Jr.,.
7 Unités de protection de la femme.
8 Ou ÉIIL pour Émirat islamique en Irak & au Levant.
9 Ou Président de la République de Turquie.
10 Armée arabe syrienne.

 

A Propos Jacques Borde

Consulter aussi

Le Kulturkampt takfirî une forme de guerre ? Mais aux yeux de qui ?…

| Guerre Vs DA’ECH | Questions à Jacques Borde | D’une manière plutôt démonstrative & …

Ce site utilise des cookies. En acceptant ou en poursuivant votre visite, vous consentez à leur utilisation .

Les paramètres des cookies sur ce site sont définis sur « accepter les cookies » pour vous offrir la meilleure expérience de navigation possible. Si vous continuez à utiliser ce site sans changer vos paramètres de cookies ou si vous cliquez sur "Accepter" ci-dessous, vous consentez à cela.

Fermer