Accueil / Verbatim / DA’ECH : Lorsque les Périls glissent vers l’Asie [2]

DA’ECH : Lorsque les Périls glissent vers l’Asie [2]

| Myanmar Vs DA’ECH | Questions à Jacques Borde |

Tel l’Hydre de l’Antiquité, DA’ECH n’a de cesse de voir ses têtes repousser. Dernier avatar engendré par la doxa takfirî : des excroissances en Inde & en Birmanie. Métastases qui ont aussitôt provoqué les réactions énergiques & salvatrices tant de Delhi que de Yangon. Corollaire de ces tensions asiatiques : les réactions, hélas, toujours aussi imbéciles qu’indignées de nos media mainstream soumis à l’or corrupteur des sponsors de la terreur. 2ème Partie.

« La mobilisation de la bien-pensance pour les musulmans opprimés en Asie me rappelle son indifférence pour les chrétiens d’Orient ».
Michel Kleer.

| Q. Et vous ne trouvez pas le discours des autorités birmanes vis-à-vis des Rohingyas un peu froid ?

Jacques Borde. Froid ? Mais par rapport à quoi au juste ? Face aux itérations onanistes de nos droit-de-l’hommistes, oui, je vous l’accorde, chacun voit midi à sa porte. Mais, encore une fois, qui a voulu la crise ? Yangon ? Ou l’aile militaire1 de populations résolument non nationales ?

| Q. Il n’y avait pas d’autre solution que la solution militaire ?

Jacques Borde. Ah, oui. Et laquelle ?

Rappelons que tant Harakah al-Yaqin-ARSA que DA’ECH, qui ont ouvert les hostilités, ne sont pas des enfants de chœur mais des groupes terroristes d’une rare férocité.

Les autorités birmanes ont d’ailleurs confirmé les informations selon lesquelles le chef dHarakah al-Yaqin-ARSA, Ataullah Abou Ammar Jununi2, aurait bien préparé son coup en conjonction avec les Services de Renseignements (SR) pakistanais et Al-Dawla al Islāmiyya fi al-Irāq wa al-Chām (DA’ECH)3. Tout État, celui du Myanmar comme les autres, a la responsabilité d’assurer l’ordre public et de protéger les populations du terrorisme. C’est strictement ce qui a été fait. Et dans un temps record.

Les guerres courtes sont toujours les meilleurs qui soient. Que voulait-on à la fin ? Que le Myanmar s’enfonce dans un drame similaire à celui qui a frappé et frappe encore des pays comme l’Afghanistan, la Syrie ou l’Irak ?

Quant aux Rohingyas, puisque c’est à eux que vous pensez, il est à noter que, particulièrement inquiet de la présence de terroristes takfirî parmi les réfugiés, Dacca4, tout État musulman qu’il soit, les a prudemment parqués à la frontière.

| Q. Au fait que doit-on dire : État d’Arakan ou État de Rakhine ?

Jacques Borde. État de Rakhine, bien évidemment. Je vous rappelle que les Rohingyas ne sont pas à proprement des nationaux ou des régnicoles du Myanmar. Mais, majoritairement, des allogènes venus du Bengale Oriental ayant migré massivement en Birmanie pendant la période coloniale britannique pour y servir l’occupant. Seule, une infime minorité, mais le sujet est controversé, trouverait son origine de l’État dit de l’Arakan.

| Q. C’est pour cette raison que les Rohingyas ne sont pas considérés comme des nationaux ?

Jacques Borde. Oui, bien sûr. Le Myanmar les considère comme des clandestins venus du Bangladesh et leur refuse la citoyenneté même si cela fait des décennies que nombre d’entre eux vivent dans le pays.

C’est le cas des clandestins dans la plupart des pays du monde, je vous le rappelle.

L’autre problème est que les Rohingyas posent de gros d’assimilation au pouvoir birman. Et ce depuis toujours.

| Q. Que voulez-vous dire ?

Jacques Borde. Plusieurs choses.

Primo, les Rohingyas ont une propension assez poussée à faire le jeu de l’occupant.

1- de 1824 à 1826, lors de la première guerre entre l’Empire britannique et la Birmanie, les Rohingyas se firent, sans aucune vergogne, les supplétifs zélés et féroces de l’armée britannique5 ;
2- après la 2ème Guerre mondiale, ils remettent le couvert et soutiennent de nouveau Londres face aux Birmans ;
3- en revanche, l’étonnant c’est qu’ils ne font pas grand étalage de leur rôle dans la Résistance face à l’Empire du Soleil levant.

Ou comme l’a excellemment résumé Philippe Raggi : « Les Britanniques ayant utilisé les Rohingyas dans la répression contre les Birmans, que ce soit lors de la conquête de ce qui allait devenir le Raj britannique ou au moment de l’indépendance birmane »6.

User, comme le font certaines instances internationales, du terme d’Arakan pour parler de l’État de Rakhine est, quelque part, étrange. C’est un peu comme si l’ONU se mettait à parler du Califat d’al-Andalous à propos de l’Espagne au prétexte que DA’ECH l’a remis à la mode.

Secundo. Leur discours identitaire, déjà difficilement acceptable pour Yangon, se fait en conjonction avec des activités à la fois terroristes et d’accaparement d’une partie du territoire birman.

Reprenons encore une fois le discours DA’ECH à propos d’al-Andalous. Paris ou Bruxelles ont-ils validé des attentats de Barcelone au motif qu’ils s’inscrivaient dans le discours de conquête territoriale du terrorisme takfirî qui est avéré concernant l’Espagne ? Non, bien sûr. Alors pourquoi les Birmans devraient-il accorder aux terroristes de l’ARSA ce que Madrid, Paris, Londres, Bruxelles, etc., refusent à ceux de DA’ECH ? Un peu de bon sens, enfin !

| Q. Peut-être parce que les Rohingyas se revendiquent aussi comme Birmans ?

Jacques Borde. Prenons pour hypothèse, et seulement pour hypothèse, qu’ils le sont. Alors :

1- si Birmans, pourquoi ont-ils des revendications de type national ?
2- être Birman (ou Français) ne vous autorise pas à verser dans le terrorisme : voie qu’ont choisi motu proprio les gens de Harakah al-Yaqin-ARSA. Si tel était le cas, tous les activistes de la Bande à Baader, des Brigate rosse (BR), d’Action directe (AD) devraient être libérés sur le champ et leurs casiers judiciaires remis à zéro. Sans parler de nos terroristes takfirî ;
3- tout activiste de DA’ECH titulaire d’un passeport espagnol, français, britannique, etc., est donc légitimement fondé à réclamer tout ou partie du territoire du pays où il vit.

| Q. Last but not least, Rangoon a rejeté l’appel au cessez-le-feu de l’Arakan Rohingya Salvation Army (ARSA), qu’en pensez-vous ?

Jacques Borde. Sage décision. Car, comme l’a rappelé un porte-parole de Daw Aung San Suu Kyi, « Notre politique n’est pas de négocier avec les terroristes ». Ce qui, rappelons-le, est la politique officielle de la plupart des pays en guerre contre la terreur takfirî...

| Q. Et le fait que l’ARSA parle de trêve humanitaire ?

Jacques Borde. (Soupir). C’est de l’habillage, du discours. Officiellement, les groupes terroristes rohingyas, certes, nous disent, la larme à l’œil, qu’il s’agit de permettre aux organisations humanitaires de venir en aide aux réfugiés.

Or, soyons clairs :

1- c’est l’ARSA qui a choisi, de manière délibérée et calculée, de mettre l’État de Rakhine à feu et à sang. Pas Yangon7 qui n’a fait que riposter aux pogroms des alliés de DA’ECH sur son propre territoire ;
2- le front du djihâd syrien nous a démontré à plusieurs reprises que ce à quoi servaient ces trêves (dites) humanitaires, permettre aux organisations terroristes de souffler, de refaire du gras pour mieux reprendre les hostilités une fois requinquées ;
3- la majorité des réfugiés ne sont d’ores et déjà plus au Myanmar mais au Bangladesh, la trêve en question n’aurait donc aucun effet sur leur sort.

C’est beau de mentir. Mais c’est plus efficace de le faire intelligemment.

Et donc, non c’est non ! Le Myanmar et Daw Aung San Suu Kyi ont décidé de régler ce problème du terrorisme takfirî une fois pour toutes. Saluons ici leur courage.

| Q. Que pouvons-nous faire alors ?

Jacques Borde. Je vais plutôt vous dire que nous devons ne pas faire :

1- répéter les erreurs commises avec la Syrie et laisser la Contra musulmane s’installer durablement.
2- empêcher Tatmadaw faire son job.

Et, a contrario, laisser les forces birmanes mener une guerre courte et efficace pour éradiquer l’ARSA et les premiers éléments de DA’ECH déjà sur place. Ensuite, comme disaient les Anciens Romains : Vae victis.

| Q. Ça n’est pas un peu excessif tout de même ?

Jacques Borde. Deux choses pour vous répondre :

Primo. Encore une fois, il s’agit de savoir ce que nous voulons : la propagation sans fin de la terreur takfirî ou son éradication pure et simple.

Secundo. Revenir à une forme de realpolitik est bien ce à quoi nous assistons sur d’autres théâtres d’opération.

Alors, pourquoi pas en Birmanie ?

Notes

1 Ou plutôt terroriste.
2 Élevé en… Arabie Séoudite.
3 Ou ÉIIL pour Émirat islamique en Irak & au Levant.
4 La capitale du Gônoprojatontri Bangladesh (République populaire du Bangladesh).
5 Et sont considérés, à juste titre, comme des traîtres par les patriotes birmans.
6 Raggi .
7 Nom véritable de la capitale. Rangoon/Rangoun vient de la mauvaise prononciation de Yangon de la part des Britanniques.

 

A Propos Jacques Borde

Consulter aussi

Le Poids des mots, le Choc des formules ! & après ?…

| Ordo rerum | Questions à Jacques Borde | Air du temps, les principaux acteurs …

Ce site utilise des cookies. En acceptant ou en poursuivant votre visite, vous consentez à leur utilisation .

Les paramètres des cookies sur ce site sont définis sur « accepter les cookies » pour vous offrir la meilleure expérience de navigation possible. Si vous continuez à utiliser ce site sans changer vos paramètres de cookies ou si vous cliquez sur "Accepter" ci-dessous, vous consentez à cela.

Fermer