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Fin de Soleimani, le Condottiere de Téhéran : & Ensuite ? [1]

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Qu’on l’ai haï ou détesté (au choix) : très certainement, le meilleur chef militaire non-occidental des Orients Proche & Moyen de ces trente dernières années, celui qui fut, de si longtemps, le patron (déjà remplacé) du Nirouy-é Ghods1, le major-général Qassem Soleimani, n’a pas vu le coup venir & Son passage à l’aéroport de Bagdad lui aura été fatal. N’en doutons pas, dans l’Histoire militaire de l’Orient compliqué, une page majeure vient de se tourner & Téhéran de perdre un homme-clé. Après… Épisode 1.

| Premières frappes possibles ?…
« Le détroit d’Ormuz est un point crucial pour l’Occident et un grand nombre de navires de guerre américains le traversent (…). Des cibles américaines dans la région ont été identifiées par l’Iran depuis longtemps (…). Quelque 35 cibles américaines dans la région, ainsi que Tel Aviv sont à notre portée ».
Général Gholamali Abuhamzeh, responsable du Sêpah-é Pâsdâran-é Enqelâb-é Eslâmi2, repris par Reuters.

| Du pour & du contre.
« Du strict point de vue national américain, si le général iranien Qassem Soleimani est bien à l’origine de l’attaque contre l’ambassade US à Bagdad, Donald Trump a eu parfaitement raison de le faire éliminer. Dans le cas contraire, ce sera une faute de plus au passif de l’Amérique aux courtes vues et aux desseins ténébreux. Dans tous les cas, du seul point de vue européen, tout ce qui attise le feu dans cette région du monde est d’autant plus une menace pour nos intérêts vitaux que notre impuissance du moment nous contraint de n’être que spectateurs des tempêtes qui se lèvent ».
Jean-François Touzé, sur sa page Facebook.

| Faute analytique.
« Penser que tuer Soleimani, c’était comme de tuer Al-Baghdadi, c’était une erreur ! Dans le chî’îsme, on est dans une logique d’émulation des troupes, surtout lorsqu’une icône tombe en martyr ».
Pr. Amélie Chelly, chercheur au CNRS spécialiste de l’Iran sur Franceinfo.

| N’en doutez pas !…
« Il n’y a aucun doute sur le fait que la grande nation d’Iran et les autres nations libres de la région prendront leur revanche sur l’Amérique criminelle pour cet horrible meurtre ».
Rayis Jomhur-é Irān3, Ḥasan Rowḥâni.

| Plus que jamais…
« Pour continuer sur la voie du général Soleimani, nous lèverons son drapeau sur tous les champs de bataille. La détermination de la sanction appropriée infligée à ces assassins criminels… sera la responsabilité et la tâche de tous les résistants du monde entier ».
Sayyed Hassan Nasrallâh, secrétaire général du Hezbollah, sur Al-Manar.

| Quitte ou double…
« … Parce qu’il [Trump] sait aussi le traumatisme qu’a laissé dans la psyché américaine la prise d’otages à l’ambassade des États-Unis de Téhéran, en 1979, ces 444 jours de détention des diplomates et du personnel américain, il y a 40 ans. La perspective de voir cela se reproduire en Irak après le premier assaut donné contre l’ambassade américaine à Bagdad, sans que le gouvernement irakien n’empêche les milices chî’îtes d’accéder à la « zone verte » a sonné comme un signal d’alarme à la Maison-Blanche où l’on se souvient que l’irruption dans la campagne des otages américains avait coûté sa réélection à Jimmy Carter. Mais c’est aussi le pari le plus risqué de Donald Trump. En 2016, il a gagné en faisant campagne contre les guerres extérieures et en remportant ainsi les trois états clés du Michigan, de la Pennsylvanie et du Wisconsin, trois états désindustrialisés où la jeunesse blanche s’était largement engagée en Afghanistan et en Irak, avec beaucoup de morts… Le problème, c’est de savoir maintenant si le « quitte ou double » qu’il a tenté en tuant Qassem Soleimani va lui permettre de l’emporter sans nouvelles pertes ou, au contraire, si l’engrenage qu’il a enclenché avec des Iraniens qui n’ont désormais plus rien à perdre, enrayera sa réélection. Il a ouvert la boîte de Pandore ».
Pr. Gilles Képel4, sur La Dépèche du Midi.

| Modus operandi.
« Al Baghdadi, Soleimani,… Trump nous prouve que la déradicalisation, ça marche ».
Didier Long, sur sa page Facebook.

| Tromperie sur la marchandise.
« … terrorisme à l’encontre d’un général ‘principal rempart à DA’ECH, Al Nusrah et Al-Qaïda. (…) l’assassinat de Soleimani renforcera la résistance contre les États-Unis et Israël »5.
Moḥammad-Javâd Ẓarif, ministre en charge du Vezârat-é Omur-é Khârejé6.

| Pari à risque.
« Le général Qassem Soleimani a tué ou gravement blessé des milliers d’Américains ces dernières années. Il avait l’intention d’en tuer beaucoup d’autres… mais il s’est fait attraper ! Il était directement ou indirectement responsable de la mort de millions de gens, dont de très nombreux manifestants tués sur le territoire iranien. Même si Téhéran ne l’avouera jamais, Soleimani suscitait la haine et la peur dans le pays. Les Iraniens ne sont pas tristes, comme le pouvoir tente de le faire croire. Il aurait dû être éliminé depuis longtemps ».
Donald J. Teflon Trump.

| Raison garder ?…
« Ceux qui accusent Trump de prendre le risque d’une guerre en exécutant Soleimani devraient avoir à l’esprit qu’il est de toute façon impossible sur la longue durée d’éviter une guerre avec un ennemi dont l’obsession et le but affirmé est de vous détruire à moins d’accepter in fine de se laisser détruire ».
Didier Long, sur sa page Facebook.

| Pour & contre !…
« “Le président va débuter une guerre avec l’Iran car il n’a aucune capacité de négociation. Il est faible et inefficace”. Voilà comment Donald Trump réagissait aux tensions entre les États-Unis et l’Iran en 2011, lorsque Barack Obama était président. Huit ans plus tard, le milliardaire est devenu l’homme le plus puissant du monde mais ses actes ressemblent à ce qu’il dénonçait auparavant. Un raid américain sans précédent a effectivement été lancé sur ordre de Trump, dans lequel le général iranien Qassem Soleimani a été tué vendredi à Bagdad. La situation actuelle est-elle comparable avec celle de 2011, lorsque Trump multipliait les reproches à l’égard d’Obama, l’accusant d’attaquer l’Iran pour être réélu ? En attendant que les historiens donnent leur avis sur la question, les anciens tweets du président font le bonheur de ses détracteurs ».
Marie Christine van Gerven, sur sa page Facebook.

| Ligne rouge.
« La ligne rouge a été franchie, et cette attaque complètement disproportionnée de Washington a un effet rassembleur en Iran (…). Désormais, des groupes de différentes sensibilités font front commun face à l’ennemi américain ».
Emmanuel Dupuy, président de l’Institut prospective & sécurité en Europe (IPSE), auprès de Franceinfo.

| Soutien appuyé.
« … L’autre solution, c’est de laisser une grande partie du Moyen-Orient tomber sous la sphère d’influence d’un pays de fondamentalisme islamiste et anti-démocratique. C’était la moins mauvaise option ».
Johan Van Overtveldt (N-VA), ancien ministre fédéral, sur Dhnet.be.

| Inconscience totale.
« La région de l’Irak et de l’Iran est déjà une poudrière, Trump a décidé d’y mettre le feu… encore une fois! Stratégie unilatérale aventureuse! Mépris pour les populations civiles! Mépris pour la paix! Les va-t’en-guerre se réjouissent ».
André Flahaut (PS), ancien ministre belge de la Défense, sur Dhnet.be.

[À suivre]

Notes

1 Ou Force de Jérusalem, une branche à part entière du Sêpah-é Pâsdâran-é Enqelâb-é Eslâmi (en français Corps des Gardiens de la révolution islamique). Force spéciale en charge des opérations extérieures dévolues aux Pâsdâran, historiquement commandée par feu le major-général Qassem Soleimani. Elle dépend exclusivement du Rahbar-é Enqelâb (guide de la révolution), l’Ayatollah Sayyed Ali Hossaini Khâmeneî (et non du président), un peu comme le Kidon du Mossad reçoit ses ordres du seul Premier ministre israélien (la ressemblance s’arrêtant là).
2 Ou Corps des Gardiens de la révolution islamique.
3 Président de la RI d’Iran.
4 Spécialiste de l’islam et du monde arabe contemporain, professeur à Paris Sciences & Lettres (PSL), dirige la chaire Moyen-Orient Méditerranée à l’École normale supérieure (ENS).
5 En V.O et in extenso : « The US’ act of international terrorism, targeting & assassinating General Soleimani – THE most effective force fighting Daesh (ISIS), Al Nusrah, Al Qaeda et al – i s extremely dangerous & a foolish escalation. The US bears responsibility for all consequences of its rogue adventurism ».
6 Ministère iranien des Affaire étrangères.

 

A Propos Jacques Borde

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