lundi , 23 octobre 2017
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Apartés onusiens ! Entre psychodrames & Grands jeux…

| ONU | Géostratégie | Questions à Jacques Borde |

La rentrée n’est pas que celle des petit enfants à la maternelle. Il y a aussi celle des plus grands à… l’ONU. Passage & cercle obligé, ou plutôt convenu, des grands (& moins grands) de ce monde. Lieu où se posent, ou du moins l’espère-t-on, les bases des relations entre les États souverains de par le vaste monde. À bien y regarder, le cru septembre 2017 y aura été aussi acre que les précédents. Mais faut-il vraiment s’en étonner ?

| Q. Inquiétants ces discours devant l’ONU ?

Jacques Borde. Oui et non. Il y a les discours, qui sont des postures plus ou moins obligées. Puis les actes.

En fait, comme ses prédécesseurs, Donald J. Trump, a fait son boulot : faire part des griefs de Washington qui sont une sorte de catalogue international qui va servir à organiser les relations bilatérales avec les uns et les autres.

Le mode déclamatoire étant, peu ou prou, celui de Bush, dans un discours lu, relu et validé par les Leathernecks, les anciens Marines si vous préférez, qui dominent l’actuelle administration : le US Secretary of Defense, le général (Ret) James Mad Dog Mattis1, le White House Chief of Staff, le général John Francis Kelly2.

| Q. Les relations bilatérales. Y compris avec Téhéran ?

Jacques Borde. Oui, tout à fait.

| Q. Qui vont s’articuler comment ?

Jacques Borde. Il y a nécessairement plusieurs moutures à l’étude.

Mais, l’intéressant sur ce dossier est, surtout, ce qu’en a dit le Premier ministre israélien, Binyamin Nétanyahu3, dans la mesure ou il a présenté au président américain un plan détaillé (sic) pour « amender » l’accord nucléaire iranien.

« Il existe une volonté américaine d’amender l’accord, et j’ai présenté différentes manières de le faire », a déclaré Nétanyahu à l’issue de sa rencontre d’une heure avec Trump. « J’ai présenté certains moyens d’action pour le faire ». Passage attendu et incontournable de son intervention, Nétanyahu a rendu hommage à l’administration Trump, qui considérerait, tout comme lui, que l’accord était « terrible », et même serait « le pire accord de l’histoire ».

Et donc, et c’est là la phrase qui compte le plus : que in fine l’Accord 5+1 doit être soit modifié, soit démantelé.

| Q. Et, à ce propos, Nétanyahu fait allusion à quoi précisément ?

Jacques Borde. Essentiellement, ou plutôt principalement, à la clause dite du coucher de soleil, qui permet à Téhéran d’enrichir des quantités illimitées d’uranium une fois que l’accord prendra fin, d’ici une dizaine d’années.

« J’ai déjà dit que le plus grand problème n’est pas que l’Iran contrevienne à l’accord – ce qui serait déjà mauvais – mais c’est encore plus problématique que l’Iran s’en tienne à l’accord », a précisé Nétanyahu. En respectant l’Accord 5+1, Téhéran sera « d’ici peu, capable de produire un arsenal nucléaire industriel. Par conséquent, je ne balaie pas la question de l’application [de l’accord], je dis simplement qu’elle ne traite que d’un seul problème ».

Mais, a tenu a préciser le Premier ministre israélien, Israël « n’a pas de préférence » entre la modification et l’annulation de l’accord, tant que ses « aspects problématiques » sont supprimés. Le fait même que l’administration US parle de « modifier » ou « de déchirer l’accord » quand il sera à nouveau examiné en octobre 2017 est « une bonne chose », a ajouté Nétanyahu…

| Q. Et concrètement, ça va donner quoi ?

Jacques Borde. Que, comme le pense le Premier ministre israélien si Washington cherche à renégocier les termes de l’Accord 5+1, les autres puissances mondiales suivront. Or, Trump a prévenu que les États-Unis quitteraient l’accord si l’Agence internationale de l’Énergie atomique (AIEA) montrait de la « faiblesse » dans sa surveillance. Notamment, si l’AIEA ne demandait pas et n’obtenait pas d’accès aux sites militaires iraniens soupçonnés d’héberger des activités nucléaires illicites. « Nous n’accepterons pas un accord faiblement appliqué ou surveillé de manière inadéquate », a indiqué Trump dans un communiqué adressé à la réunion annuelle de l’agence à Vienne.

Bon, traduisez ça en bon français, ce que veut l’administration Trump c’est son accord avec Téhéran. Pas un 5+1, mais un 1+1

| Q. Et, c’est possible ?

Jacques Borde. Ça peut l’être.

Vous savez, les Iraniens sont de redoutables négociateurs. Si Américains et Iraniens s’assoient autour d’un table, ce sera long. En fait, l’enjeu pour les Téhéran, c’est qu’on n’en revienne pas au statu quo ante des sanctions pures & dures.

Après tant qu’on cause…

| Q. Sans que les Israéliens ne bougent ?

Jacques Borde. Je n’ai pas dit ça. Jérusalem continuera sa guerre de l’ombre avec Téhéran. Motu proprio. Et avec l’expertise de ses Services de Renseignements (SR). Elle a été très efficace jusqu’à présent.

| Q. Pas seulement, Nétanyahu a vivement contesté la présence iranienne au Levant ?

Jacques Borde. Certes. Mais, ça n’est pas le même dossier. Là il s’agit de tout ce qui touche à l’arc chî’îte.

Arc chî’îte qui, du point de vue hiérosolymitain, a le tort insigne d’être aux frontières mêmes de l’État hébreu. Donc, là, le Premier ministre israélien a assuré que son pays ne permettrait jamais à l’Iran de s’implanter de façon permanente en Syrie.

« Israël se défendra avec toute la force de nos armes et toute la puissance de nos convictions (…). Nous agirons pour empêcher l’Iran d’établir des bases militaires permanentes en Syrie, pour ses forces aériennes, navales et terrestres. Nous agirons pour empêcher l’Iran de fabriquer des armes mortelles en Syrie ou au Liban destinées à être utilisées contre nous, et nous agirons pour empêcher l’Iran d’ouvrir de nouveaux fronts terroristes contre Israël le long de notre frontière nord (…). De la Mer Caspienne à la Méditerranée, de Téhéran à Tartous , un rideau iranien descend sur le Moyen-Orient », a argumenté Nétanyahu.

| Q. Ça n’a pas l’air de vous inquiéter ?

Jacques Borde. Pas plus que ça, en fait. Vous savez, les tambours de guerre ne cessent de résonner entre ces deux-là depuis (grosso modo) 1982.

En fait, depuis cette date, Jérusalem n’a pas vraiment varié dans sa posture géostratégique : tout geste interprété comme une menace potentielle contre Israël et sa population vaut à Téhéran, ou plutôt à ses liges du Hezbollah, des frappes immédiates et résolues.

Qu’il s’agisse de livraisons d’armes non conformes – entendez des missiles sol/sol de génération trop récentes – des positions de combattants du Hezb. Ou du Hizb as-Sūrī al-Qawmī al-Ijtimā`ī (PSNS)4 d’ailleurs, Tsahal ne variera pas d’un iota sur ce point.

| Q. Qu’est-ce qui pourrait changer ça ?

Jacques Borde. Ce que Jérusalem demande à tous les acteurs géostratégiques du Levant :

1- sa reconnaissance en tant qu’État du peuple juif ;
2- un état de paix et non de guerre ;
3- l’arrêt du soutien à ses ennemis historiques palestiniens. Et encore pas complètement en fait…

| Q. Que voulez-vous dire ?

Jacques Borde. Que Jérusalem respecte à la lettre son traité de paix avec l’Égypte. Sans trop se formaliser des relation du Caire avec les différentes entités de pouvoir palestiniennes. Qu’il s’agisse de Ramallah ou même de Gaza. Ou règne, pourtant, le Harakat al-Muqâwama al-‘islâmiya (Hamas)5.

| Q. Est-ce pour cela que Nétanyahu a aussi dit qu’il n’avait rien contre les Iraniens ?

Jacques Borde. Oui. Mais c’est vrai ! C’est un peu l’aspect schizophrène des relations Jérusalem-Téhéran. Les Juifs ne sont pas anti-iraniens. Pas plus que les Iraniens ne sont antisémites.

Après, il a tout le reste. À commencer par l’arc chî’îte

Notes

1 Contrairement aux fantasmes colportés par les Démocrates et leurs relais divers et variés, Mattis est considéré comme un intellectuel par ses pairs, notamment en raison de sa bibliothèque personnelle comptant plus de 7.000 volumes. Il a toujours avec lui, lors de ses déploiements, un exemplaire des Pensées pour moi-même de Marc Aurèle. Le major-général Robert H. Scales le décrit comme « … l’ un des hommes les plus courtois et polis que je connaisse ».
2 Ancien patron du US Southern Command (USSOUTHCOM). Soit le 3ème général à intégrer l’administration Trump. Lui aussi, un technicien à un poste où il aura, de toute façon, des comptes à rendre à Trump.
3 Commence véritablement sa carrière politique en chapeautant le Yonathan Institute for the Study of Terrorism (portant le nom de son frère, le seul mort israélien du raid d’Entebbe) et qui avait pour but de sensibiliser l’opinion publique sur les questions de sécurité qui touchent Israël.
4 Parti social national syrien, connu aussi sous le nom donné par la France de Parti populaire syrien, PPS, ou de Parti saadiste ou encore au Liban de Parti nationaliste.
5 Ou Mouvement de résistance islamique. L’acronyme signifie également zèle en arabe.

 

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