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Des 3 Lunes d’Erdogan au scalp de Qasim al-Raymi !:.. [1]

| Guerre Vs DA’ECH | Questions à Jacques Borde |

Assurément, &, là, Gilles Kepel a raison, entre les fins brutales du primus inter pares de DA’ECH, Al-Baghdadi, du Condettiere de Téhéran Soleimani & du boss d’AQPA, Qasim al-Raymi & le gambit tenté par Erdoğan, mais bloqué (en partie) par les initiatives russes & américaines, le curseur de la lutte contre la terreur sous toutes ses formes a été déplacé de manière significative & durable. À noter, en dépit des palinodies élyséennes, la quasi-disparition de l’échiquier syrien, voire du Levant, du régime de Paris (sic) – qui n’a toujours pas compris combien le régime de Damas (sic) avait repris la main – & paye ainsi l’infinie stupidité de ses choix. En sus, encore merci à Donald J. Teflon Trump pour son choix courageux d’avoir refusé – a contrario de ses prédécesseurs démocrates, idiots utiles du Deep State – de marquer son mandat par une guerre de plus au blason de l’hêgêmonthalassocratique étasunien. Lecteur, je te prie d’excuser les trop nombreuses fautes que tu rencontras. En effet, tant par lassitude que commodité, j’ai décidé de me passer du prétendu correcteur (orthographe & grammaire), visiblement écrit avec les pieds par des développeurs analphabètes. Épisode 1.

« Je pense que la priorité absolue est de bloquer l’islamisme ».
Hubert Védrine, ancien ministre des Affaires étrangères.

| Q. Comment Damas et Moscou ont-ils réagi face à l’agression menée par Ankara sur le sol syrien ?

Jacques Borde. Avec tous les moyens à leur disposition, semble-t-il. Clairement, l’Al-Jayš al-’Arabī as-Sūrī (AAS)1 n’a pas la même puissance de feu qu’Ankara. Quant aux Russes, s’étant fait shooter un de leurs appareils par les Turcs, aucun Turc n’avait payé de sa vie cette action. Seulement des proxys pro-Ankara. Ankara, tablant sur des réactions russes minimales, voire inexistantes, a donc tenté un coup de force.

Mais, les choses ont changé et des unités russes combattent même en première ligne avec le soutien, assez massif semble-t-il, des Vozdushno-Kosmicheskiye S’ily (VKS)2. Ce qui change passablement la donne.

Le 20 février 2020, à 15h04, la situation était la suivante :

1- Les terroristes takfirî, essentiellement des miliciens pro-occidentaux de Jabhat an-Nusrah li-Ahl ach-Chām3, soutenus par la Turquie ont lancé une offensive massive contre Nayrab. L’armée syrienne (AAS) a détruit un certain nombre de chars et de véhicules blindés… turcs impliqués dans cette agression à l’intérieur même du territoire syrien.
2- L’attaque est une offensive conjointe entre An-Nusrah, filiale syrienne d’Al-Qaïda, et la deuxième plus grande armée de l’OTAN, la Türk Silahli Kuvvetleri (TSK)4.
3- Les forces aériennes syriennes et russes mènent des frappes conjointes contre les attaques d’an-Nusrah et des forces turques près de Nayrab.
4- Les appareils de l’Al-Qūwāt al-Jawwīyä al-Arabiya as-Sūrī (FAAS)5 ont bombardé les positions turques à l’intérieur du camp de Mastouma entre Ariha et Idlib.
5- Les forces d’occupation turques subissent des tirs de missiles sol/sol à Sarmin. Il semble que l’AAS et les forces russes soient déterminées à humilier Erdogan et lecontraindre ainsi à revoir sa copie interventionniste.
6- à14:20, heure locale, la carte n’avait pas changé à Nayrab. L’AAS a détruit 3 chars turcs lors de l’attaque conjointe visant Nayrab. Visiblement, l’AAS élimine systématiquement tous les groupes terroristes qui ont attaqué les postes militaires syriens avec le soutien des forces turques sur Nayrab.
7- Le poste d’occupation turc à Qmenas qui avait tiré un missile air/sol contre un avion de chasse russe est maintenant complètement détruit.

| Q. Les Russes semblent mettre le paquet ?

Jacques Borde. Pour l’instant, oui.

Selon le site russe Avia.pro., les troupes d’élite de la 98ème Sivision aéroportée de la Garde seraient en première ligne dans la bataille d’Idlib. À leur actif, plusieurs centaines de terroristes modérés (sic) liquidés. De même plusieurs dizaines de véhicules blindés auraient été détruits.

| Q. Des engins turcs ?

Jacques Borde. De la TSK ? Difficile à savoir, Ankara a fait de gros efforts pour équiper les terroristes de Jabhat an-Nusrah li-Ahl ach-Chām de matériels roulants très récents. Y compris des MRAP…

| Q. Vous pouvez préciser ?

Jacques Borde. Bien sûr, des Mine Resistant Ambush Protected. Sans doute, mais à vérifier, des Kaya6, développé par le groupe turc Otokar, basés sur le châssis de l’Unimog 500. Mais aussi des engins plus légers comme le Cobra I et II. Là, lorsque les matériels sont made in Turkey, l’administration Erdoğan peut s’asseoir sur l’embargo sur les armes des Nations-unies. Avec une ou deux enveloppes à des Onusiens corrompus (pléonasme) : emballé et pesé !

| Q. Des réactions de la part d’Ankara ?

Jacques Borde. Aux ripostes russes et syriennes ? Oui, deux principales :

1- le blocus de la Flotte russe de la Mer Noire en interdisant le passage du Bosphore.
2- la mise en place une interdiction de survol de leur territoire par l’aviation militaire russe.

| Q. Au plan matériel, il y aurait donc une montée en puissance russe ?

Jacques Borde. Tout à fait. Très nette même.

On note, entre autres, le recours au redoutable lance-roquette multiple de type TOS-17, qui avait déjà été utilisé par l’AAS en 2015, près de Hama et en 2017 et près de Lattaquié. Là, où la donne a changé, c’est que les Russes seraient directement à la manœuvre.

Ce qui, en clair, veut dire que Moscou ne laissera probablement pas ses troupes sans une solide couverture aérienne. Y compris face à des frappes de F-16C/D de type Block 50 & 52 de la Türk Hava Kuvvetleri (THK)8.

| Q. Le TOS ?

Jacques Borde. Oui, c’est lance-roquette multiple à 24 tubes de 220 mm. Il est basé sur un châssis de char T-72, et a été utilisé pour la première fois en Afghanistan en 1988–1989. Il a été présenté au public pour la première fois à Omsk en 1999. Sa principale nouveauté est de tirer des munitions thermobariques.

| Q. Une nouveauté dans cette guerre ?

Jacques Borde. Oui et non.

Non, dans la mesure où, lors de combats autour de Palmyre, l’Al-Jayš al-’Arabī as-Sūrī (AAS) avait eu recours à l’utilisation d’armes thermobariques, qui font moins de dégâts aux bâtiments, notamment antiques, que les munitions classiques.

Oui, les Russes, là, sont derrière les batteries de TOS-1 et, cette fois-ci les cibles sont des soldats turcs.

| Q. Et, ça ne risque pas de faire réagir l’OTAN ?

Jacques Borde. Cela pourrait. Sauf que l’allié otanien turc n’est pas attaqué sur son sol. C’est lui, et lui seul, l’agresseur en cette affaire. Ses troupes combattant sur le sol de la Syrie. Pays souverain et membre à part entière des Nations-unies.

| Q. Arme thermobarique ?

Jacques Borde. Une arme thermobarique est une arme semi-conventionnelle, explosive, qui combine des effets thermiques, d’onde de choc et de dépression.

On appelle aussi ce type d’arme arme à surpression thermobarique ou High-impulse thermobaric weapons (HITs), fuel-air explosives (FAE ou FAX), bombes aérosols ou bombes à vide.

Depuis les années 2000, on les utilise comme armes tactiques de bas niveau (section et groupe de combat) et elles remplacent les lance-flammes. Montées sur un lance roquette, elles permettent notamment par un tir à l’entrée d’un abri (bunker en Tchétchénie, grotte en Afghanistan mais aussi bâtiment ou fortification, comme en Syrie) de tuer des hommes même loin en profondeur, grâce aux deux explosions induisant la surpression puis la dépression successives dont l’effet est particulièrement favorisé dans des espaces clos. Elles peuvent avoir des effets sur un volume de 83m3 et sont efficaces contre des abris défendus par des sacs de sable ou des ennemis équipés de gilets pare-balles, ou encore contre des ennemis abrités dans des véhicules blindés.

Les armes thermobariques sont également employées à l’occasion de conflits importants sous forme de bombes aéroportées de fort tonnage qui permettent un effet de zone très important par rapport à une bombe à fragmentation conventionnelle. Les plus importantes sont donc alors des Armes de destruction massive (ADM). Le TOS-1, c’est un peu entre les deux.

Une très, très mauvaise nouvelle pour les engins blindés et personnels de la Türk Silahli Kuvvetleri (TSK) engagés en Syrie.

| Q. Quelle est la tactique des Russes et des Syriens sur le terrain ?

Jacques Borde. Oh, du très classiques et très efficace, semble-t-il.

Face à l’offensive des terroristes takfirî soutenus directement par la TSK sur le front d’Idlib pour tenter de reprendre le village d’Al-Nayrab, position-clé qui permettrait à nouveau de couper l’autoroute Alep/Damas, les forces gouvernementales syriennes affirment que les forces pro-turques ont été repoussées. Un site de l’opposition syrienne a confirmé, que pour la première fois, un poste d’observation turc a été attaqué par l’Al-Qūwāt al-Jawwīyä al-Arabiya as-Sūrī (FAAS). En fait, concrètement :

Primo, les colonnes turques sont immédiatement matraquées et stoppées dès leur entrée en Syrie, où, je le rappelle, elles n’ont rien à faire.

Secundo, les forces spéciales russes, syriennes et, très probablement, des éléments de la Nirouy-é Ghods9, vont déloger les terroristes de Jabhat an-Nusrah li-Ahl ach-Chām et consorts. Tout ce petit monde progressant par capillarité.

Beaucoup de dégâts, et, semble-t-il, fort peu de prisonniers. C’est à espérer.

[À suivre]

Notes

1 Armée arabe syrienne.
2 Ou Forces aérospatiales russes. Créées le 1er août 2015 suite à la fusion de la Voïenno-vozdouchnye sily Rossiï (VVS, armée de l’Air) avec les Voïenno Kosmicheskie Sily ou (UK-VKS, Troupes de défense aérospatiale.
3 Ou Front pour la victoire du peuple du Levant, ou de manière abrégée Front al-Nosra.
4 Armée de terre turque.
5 Force aérienne arabe syrienne.
6 Roc en turc.
7 Aussi appelé Buratino.
8 Armée de l’Air turque.
9 Ou Force de Jérusalem, une branche à part entière du Sêpah-é Pâsdâran-é Enqelâb-é Eslâmi (en français Corps des Gardiens de la révolution islamique). Force spéciale en charge des opérations extérieures dévolues aux Pâsdâran, historiquement commandée par feu le major-général Qassem Soleimani. Elle dépend exclusivement du Rahbar-é Enqelâb (guide de la révolution), l’Ayatollah Sayyed Ali Hossaini Khâmeneî (et non du président), un peu comme le Kidon du Mossad reçoit ses ordres du seul Premier ministre israélien (la ressemblance s’arrêtant là).

 

A Propos Jacques Borde

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