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Des 3 Lunes d’Erdogan au scalp de Qasim al-Raymi !:.. [3]

| Guerre Vs DA’ECH | Questions à Jacques Borde |

Assurément, &, là, Gilles Kepel a raison, entre les fins brutales du primus inter pares de DA’ECH, Al-Baghdadi, du Condettiere de Téhéran Soleimani & du boss d’AQPA Qasim al-Raymi & le gambit tenté par Erdoğan, mais bloqué (en partie) par les initiatives russes & américaines, le curseur de la lutte contre la terreur sous toutes ses formes a été déplacé de manière significative & durable. À noter, en dépit des palinodies élyséennes, la quasi-disparition de l’échiquier syrien, voire du Levant, du régime de Paris (sic) – qui n’a toujours pas compris combien le régime de Damas (sic) avait repris la main – & paye ainsi l’infinie stupidité de ses choix. En sus, encore merci à Donald J. Teflon Trump pour son choix courageux d’avoir refusé – a contrario de ses prédécesseurs démocrates, idiots utiles du Deep State – de marquer son mandat par une guerre de plus au blason de l’hêgêmon thalassocratique étasunien. Lecteur, je te prie d’excuser les trop nombreuses fautes que tu rencontras. En effet, tant par lassitude que commodité, j’ai décidé de me passer du prétendu correcteur (orthographe & grammaire), visiblement écrit avec les pieds par des développeurs analphabètes. Épisode 3.

« La criminalité des rues est à plus de 80% d’origine étrangère. Le jour où il s’agira de Suédois, je le dirai aussi mais c’est rarement le cas ».
Xavier Raufer, criminologue.

| Q. Mais pourquoi dénoncer de manière aussi récurrente ce que vous appelez le droit-de-l’hommisme ou la repentance ?

Jacques Borde. Parce que ce sont des médiamensonges éhontés et des forgeries ad usum la gauche financiarisée esclavagiste, qui plus est. Ce qui est un comble. Or, on notera que, les faits sont têtus :

1- la traite négrière par les Européens a duré trois (3) siècles environ. On en parle toujours, et on continue de culpabiliser les Blancs.
2- la traite négrière par les Arabo-musulmans a duré plus de 1.000 ans. On n’en parle presque pas (sujet tabou). Tabou d’autant plus nauséeux que l’esclavage des Noirs persiste encore de nos jours dans certains pays tous… ô surprise arabo-musulmans.
3- certains royaumes africains (Ashanti, Dahomey, Sokoto, Bornou…) se sont enrichis grâce à la traite négrière. Ce, dans le cadre d’une logique économique peu contestée à l’époque. Ces royaumes vendaient leurs captifs aux négriers européens et arabes. Autre sujet tabou.
4- cette traite par les seuls Arabes et les Turcs de plus de 1.000 ans n’a pris fin définitivement que par la prise d’Alger par les… Français en 1830. Sujet hyper-tabou.
5- la colonisation et les protectorats européens ont aboli l’esclavage en Afrique et dans les pays arabes, et on dit que la colonisation était un crime.
6- et quant cette traite humaine connaît des projections en Europe, dans 99% des cas c’est au domicile de diplomates pétromonarchiques. Donc, re-grrrrosse surprise, arabo-musulmans.

Conclusion : que reproche-t-on le plus aux Blancs ? D’avoir pratiqué l’esclavage pendant un temps… Ou de l’avoir aboli et d’avoir imposé son abolition aux autres ?

| Q. Diriez-vous que la position d’Ankara vis-à-vis des Unlawful combatants manque de clarté ?

Jacques Borde. Je dirais que, comme bien souvent dans l’histoire d’un conflit, la position des uns et des autres a évolué.

Certes, Ankara a accordé une étonnante liberté de manœuvre à Jabhat an-Nusrah li-Ahl ach-Chām1, puis à Al-Jayš al-Fateh (Armée de la conquête)2. Mais, quelque part, à peine plus que la… France ! Mais la position des Turcs a fini par évoluer, notamment en raison des attentats nazislamistes sur le territoire turc, ce à partir de 2015.

Mais dans les faits, Hayat Tahrir al-Chām (HTS)3 a toujours conservé la mainmise sur ce territoire. Désormais considéré comme une « organisation terroriste » par Ankara, HTS a profité de la fin du califat d’Al-Dawla al-Islāmiyya fi al-Irāq wa al-Chām (ISIS/DA’ECH)4, pour récupérer un certain nombre de ses combattants. Et, il aura fallu l’offensive récente de la Türk Silahli Kuvvetleri (TSK)5 pour voir les Turcs mettre leur grain de sel dans cette zone disputée. Mais sans cesser d’utiliser leurs proxys takfirî. Y compris en leur fournissant du matériel de plus en plus lourds.

En fait, Orient compliqué oblige, « Il existe aujourd’hui des liens établis entre HTS et les services de renseignements turcs du MIT et rien de ce qui se passe dans cette zone ultrasensible n’échappe à leurs oreilles », nous a rappelé le Pr. Fabrice Balanche, maître de conférences à l’Université Lyon-2 et spécialiste de la Syrie.

Par ailleurs, selon le New York Times, Baghdadi se trouvait à Baricha depuis plus de trois mois. Une éternité, en termes de lutte antiterroriste.

« Il est donc difficile d’imaginer que HTS n’ait pas su qu’Al-Baghdadi se cachait dans la zone et que les Turcs n’en étaient pas informés », analyse, non sans raison, Fabrice Balanche.

Last but not least, la résidence où a été retrouvé (sic) Baghdadi appartient à Abou Mohamad Salamé, membre éminent de Tanzim Hurras ad-Din6, organisation issue de Hayat Tahrir al-Chām (HTS). Or, Al-Jayš al-Fateh (Armée de la conquête), dont faisait partie HTS, « a été entraînée en Turquie et alimentée en armes et en combattants par Ankara », rappelle encore Fabrice Balanche.

Fâcheux, non ?

| Q. Tous ces éléments, ça a dû en agacer plus d’un, non ?

Jacques Borde. Ça aurait dû. Mais, en fait, ça dépend.

Paris – ce qui se comprend vu les relations ambiguës de l’administration française, avec ses propres proxys takfirî – a plutôt essayé de regarder ailleurs. Comme lorsque des navires affrétés par les Turcs débarquent des armes en Libye. Bizarrement, notre aéronavale embarquée (nos si terrrribles Rafale) semble bien incapable de les arrêter. Du coup, c’est le maréchal Ḫalīfa Bilqāsim Ḥaftar7, aux chiches moyens aériens, qui les envoie par le fond. Comme quoi, quand on veut, on peut !..

Côté étasunien, les remarques ont été plus acerbes et incisives.

Ainsi, l’ancien Special Presidential Envoy for the Global Coalition to Counter the Islamic State of Iraq & the Levant8, Brett H. McGurk (mais qui a démissionné en décembre 2018 pour protester contre la décision de Trump de retirer le premier contingent de forces spéciales US de Syrie), a vivement réagi, estimant, dans une tribune au Washington Post que « La Turquie doit nous fournir des explications (…). Baghdadi n’a pas été retrouvé dans ces régions traditionnelles dans l’est de la Syrie ou dans l’ouest de l’Irak – mais simplement à quelques miles de la frontière turque, et dans la province d’Idleb, qui a été protégée par une dizaine d’avant-postes militaires depuis le début de l’année 2018 ».

In fine, Ankara nous refait le coup des proxys jetés sous notre nez. Mais cette fois-ci en Libye.

| Q. Les Américains jouent pas mal les abonnés absents depuis quelque temps ?

Jacques Borde. Oui, c’est vrai, ils font preuve d’une certaine retenue. Mais, c’est logique, Donald J. Teflon Trump, est en pleine campagne électorale. Pas question d’en faire plus pour le moment. Après !…

| Q. Sinon, vous persistez à dire que Washington n’a pas trahi ses alliés kurdes ?

Jacques Borde. Tout à fait, je maintiens.

Parler des Hêzên Sûriya Demokratîk (HSD)9 comme d’alliés sûrs et durables des Américains, comme le disent certains, est grandement exagéré. Les Kurdes ont été des alliés de circonstance des États-Unis, des assets, pour combattre un ennemi du monde occidental (du moins théoriquement), DA’ECH, qui était aussi l’ennemi des Yekîneyên Parastina Gel (YPG)10, la franchise locale des HDS. L’alliance n’allait pas plus loin.

Qui plus est, à partir du moment où le PKK – maison-mère des HDS est-il utile de rappeler – continuait ses attentats en Turquie, l’administration Trump – petit détail, juste en passant, la Turquie fait toujours partie de l’OTAN – n’avait d’autre choix que de considérer que les États-Unis n’avaient plus rien à faire aux côtés des YPG et devaient se désengager. En fait, Trump avait pris la décision il y a des mois, mais avait différé la mise en acte de sa décision en raison des éléments du Deep State infectant les Républicains.

En fait, comme l’a noté Guy Millière, pour Dreuz.info, « Trump n’a trahi personne : si les YPG et le PKK avaient voulu se comporter en alliés des États-Unis, ils auraient dû passer un accord de non-belligérance avec la Turquie. Ils ne l’ont pas fait et ont au contraire trahi la confiance que les États-Unis auraient pu placer en eux »11.

| Q. Baghdadi et tutti quanti au tapis, ça aide : pas du tout, un peu, beaucoup ?

Jacques Borde. Beaucoup, évidemment.

Ainsi, note Antoine de Lacoste, « La mort d’Abou Bakr al-Baghdadi constitue incontestablement une belle victoire pour Donald Trump. En l’annonçant, et avant de décrire l’opération, il a remercié pêle-mêle l’Irak, la Syrie, la Turquie, la Russie et les Kurdes (…). Notons au passage que c’est la première fois que Trump parle de la Syrie en tant que pays souverain. C’est une évolution sémantique intéressante ».

Et, pour une fois, je suis plutôt d’accord avec le Pr. Gilles Kepel, directeur de la chaire Moyen-Orient Méditerranée à l‘École normale supérieure (ENS), lorsqu’il nous confie : « Je ne crois pas que DA’ECH ait la capacité de fonctionner de la même façon qu’avant. L’organisation a été très profondément détruite en Irak et en Syrie ».

Alors, puisque nous manquons autant de cojones, qu’on laisse donc Bagdad et Damas en finir avec eux.

Notes

1 Ou Front pour la victoire du peuple du Levant, ou de manière abrégée Front al-Nosra.
2 Coalition articulée autour d’an-Nusrah li-Ahl ach-Chām (Front Al-Nosra), le bras armé d’Al-Qaïda en Syrie. Se compose, pour être complet, de : Ahrār ach-Chām (Mouvement islamique des hommes libres du Cham), Jund al-Aqsa (Les soldats de Jérusalem), Liwāʾ al-Haqq, Jayš al-Sunna, Ajnad ach-Chām et de la Légion de Cham.
3 Ou Organisation de Libération du Levant, formé le 28 janvier 2017 par la fusion de six groupes rebelles islamistes syriens : le Front Fatah ach-Chām (ex-Al-Nosra), le Harakat Nour al-Din al-Zenki, le Front Ansar Dine (Front des partisans de la religion), le Liwāʾ al-Haq (Brigade du Droit), Jayš al-Sunna (Armée de la sunna) et Jayš al-Ahrar (Armée des hommes libres).
4 Ou ÉIIL pour Émirat islamique en Irak & au Levant.
5 Armée de terre turque.
6 Ou Les Gardiens de la Religion.
7 Promu à ce grade en septembre 2016 par le Parlement de Tobrouk.
8 Ou envoyé spécial du président près la Coalition mondiale contre l’État islamique.
9 Ou Forces démocratiques syriennes (FDS) en français.
10 Unités de protection du peuple.
11 In Dreuz.info.

 

A Propos Jacques Borde

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