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Ça Tangue entre Ankara & Moscou… [1]

| Guerre de Syrie | Questions à Jacques Borde |

Ankara & Moscou, après les noms d’oiseaux d’usage, sont passés aux actes & s’affrontent de plus en plus directement autour d’Idlib, ville & région à 100% syriennes semblent vouloir l’oublier, Berlin & Paris (fauteurs de guerre européistes patentés que personne, à part eux-mêmes, n’a sonné en cette affaire). Fors iceux, Jusqu’où ira cette lice russo-turque ? Difficile de le dire. Mais, au-delà des paroles (imagées à l’excès) & les coups portés, tant le maître du Bosphore que celui du Kremlin ont conscience des enjeux. Y compris ceux qu’ils ont en commun. Alors… Épisode 1.

| Q. Vous avez vu le tabac de Trump en Inde ?

Jacques Borde. Oui. Deux grands peuples qui se tendent la main, c’est toujours positif généralement. Sauf pour la concurrence, évidemment.

| Q. Que voulez-vous dire ?

Jacques Borde. Trump en Inde : pas seulement pour faire du tourisme ou serrer des mains. Mais, bien à cause des enjeux géostratégiques & économiques que représente le sous-continent indien. Alors, à quand une version dédiée du F-16 à la place de nos Rafale ? Prenons les paris.

| Q. C’est sérieux ?

Jacques Borde. Très. Lockheed-Martin et Boeing se tirent la bourre pour place leur jouets dans ce qui serait alors le vrai contrat du siècle que Dassault et Paris ont toujours été infoutus de conclure.

Lockheed propose le F-21, qui incorporerait des éléments de ses appareils de 5ème génération F-22 Raptor et F-35 Lightning II. En fait, le F-21 serait une version dopée du F-16 Block 70/721, doté d’une version dédiée du radar AN/APG-83 Active electronically scanned array (AESA). Le premier client du F-16V Block 70/72 fut le Bahreïn. En fait Lockheed-Martin a rebaptisé son F-16V Block 70/72 « F-21 » pour son offre à la Bhāratīya Vayu Sēnā2. Un Super Viper indien, en somme.

Quant à Boeing, l’avionneur a sous le coude son F/A-18 Super Hornet. Voire, selon Flight Global, le F-15EX.

| Q. Et, au niveau des gros sous ?

Jacques Borde. À en croire Trump himself, le contrait à à venir avec Naī Dillī (Nouvelle Delhi) serait d’au moins 3 Md$US. Et les sites spécialisés parlent d’une vente massive d’avions de combat. À mon humble avis, ça devrait tourner autour d’une centaine d’appareils. Bye Bye Dassault !…

| Q. Ankara qui brandit menace sur menace ?

Jacques Borde. Oui. On commence à avoir l’habitude. Mais tout ça ne fonctionne plus beaucoup. À garder en mémoire, qu’il s’agit aussi d’une posture à destination des Turcs eux-mêmes. Comme le 5 février 2020, où devant le groupe parlementaire de l’AKP, le Cumhurbaşkanı3, Reccep Tayyip Erdoğan, avait averti que « Toute attaque, qu’elle soit terrestre ou aérienne, contre nos troupes ou contre les éléments amis avec lesquels nous travaillons recevra une réponse sans aucun avertissement quelle que soit son origine. Personne ne peut s’opposer à ce que nous exercions nous-mêmes notre droit de le faire étant donné l’incapacité à garantir la sécurité de nos troupes à Idlib ».

Le problème, c’est que, comme l’a rappelé la directrice de l’Information & de la presse du ministère des Affaires étrangères de Russie, Maria V. Zakharova, Idlib, c’est en… Syrie.

| Q. Dîtes-moi, plutôt sévères les pertes turques sur le front de Syrie ?

Jacques Borde. Effectivement : Indeed & so what ! À noter qu’au sujet de ces pertes turques, Maria V. Zakharova, justement, a rappelé que « Personne n’a invité la Turquie en Syrie, normal qu’ils aient des victimes ».

Quant on ne veut pas subir de pertes (sic), Bin, c’est simple, on reste chez soi. Comme disait l’autre : Krieg ist krieg ! Alors pas de Maman bobo, svp !…

| Q. Ankara qui transfère qui son système antiaérien ATILGAN à la frontière près d’Idlib, ça vous parle ?

Jacques Borde. Tout à fait. Assez logique. Face à la montée capacitaire de l’Al-Qūwāt al-Jawwīyä al-Arabiya as-Sūrī (FAAS)4, et l’appui accru des Vozdushno-Kosmicheskiye S’ily (VKS)5, il était logique que le Cumhurbaşkanı Erdoğan, adapte aussi son dispositif.

Nous risquons – assez vite, je le pense – de pouvoir juger des qualités intrinsèques des matériels en lice. Mais, la position adoptée par Ankara offre d’autres avantages…

| Q. Lesquels ?

Jacques Borde. Primo, le système ATILGAN d’Aselsan, qui est un Low Level Air Defense System, est équipé de missiles FIM-92 Stinger. C’est un système à courte portée et défensif. En toute logique, il sera positionné du côté turc de la frontière. Ce qui implique que pour le neutraliser, les frappes qu’elle soient syriennes ou russes se fassent en Turquie même. Et, donc, si cela se produit, Erdoğan de, très certainement, demander l’aide de l’OTAN !…

Secundo, système défensif, même s’il constitue une montée en puissance de la part des Turcs, l’ ATILGAN n’est pas, à proprement parler, une menace contre la présence russe.

| Q. On s’équipe pas mal dans le coin, dîtes-moi ?

Jacques Borde. Oui, période de tension, tout le monde casse sa tirelire. Chacun à sa mesure. Ainsi, Il y a quelques jours, la Nirouy-é Havei-é Jomhouri-é Eslami-é Iran (IRIAF)6 a reçu huit appareils de combat sortant de grande révision et de cure de modernisation : F-14A Tomcat, Mirage F-1BQ, F-4E Phantom II, Su-24 Fencer

Le matou perse, lui, inaugurait à cette occasion une nouvelle livrée.

| Q. Bon, côté turc, il y a aussi des menaces plus ou moins fantaisistes ?

Jacques Borde. Entre Turcs et Russes notamment. Ainsi, selon l’ambassadeur de Russie près Ankara, Alexei Erkhov, à Ankara donc, on appelle ouvertement à frapper les troupes russes de la manière la plus vive. Cf. « Nous allons construire des gratte-ciel à partir des crânes de vos militaires ».

Fantaisistes, mais assez historique tout ça, en fait.

| Q. Vous trouvez ?

Jacques Borde. C’est, et ça reste, de la tension dialectique. Ceux qui tiennent ce discours se réfèrent évidemment à la Tour des Crânes, érigé par les Turcs après la Bataille de Čegar à la périphérie de Niš (sur la route qui menait vers Istanbul) par Khursit Pacha, commandant turc de Niš dans la période 1809-1812.

Par ailleurs, les Bachi-bouzouk7, souvent utilisés pour collecter l’impôt de la Sublime porte – des irréguliers albanais dans les Balkans, la plupart du temps – étaient connus pour laisser des empilements de crânes humains sur leur passage.

Essentiellement utilisés pour terroriser, ou tenter de, les peuples conquis, les Bachi-bouzouk ont aussi pris part au siège de Vienne et à la chute de Constantinople.

| Q. Diriez-vous que cette posture dialectique est de bonne guerre ?

Jacques Borde. Bof ! Oui et non. Effectivement, ça peut impressionner. Mais je doute que ça marche beaucoup avec les Russes qui en ont vu et entendu d’autres. Par ailleurs, que cela soit simplement verbal ou suivi des faits, il faut toujours se méfier de tout ce qui est excessif.

Ainsi, on rappellera que l’ampleur de la répression que les Turcs firent subir aux Bulgares, au cours de l’insurrection d’avril 1876, indigna le monde entier. Et provoqua la Guerre russo-turque de 1877-1878.

Le truc des crânes, c’est pareil.

En érigeant la Tour des Crânes à Niš, les Turcs escomptaient que le monument (sic) soit un avertissement aux peuples des Balkans. Icelui, cependant, n’a pas joué ce rôle. Au contraire, il a été un incitant pour la libération de ces peuples balkaniques.

Terminons en disant que les Jeunes-Turcs eurent, notamment, recours aux Bachi-bouzouk pour massacrer près de 30.000 chrétiens Arméniens à Adana en avril 1909. Mais, comme incantation, il y a plus sérieux.

| Q. Comme ?

Jacques Borde. Toujours lors de son discours devant les parlementaires de son parti, le 5 février 2020, Erdoğan avait ostensiblement désigné sous l’expression « d’éléments amis » les membres des milices turkmènes ayant de facto rejoint le Hayat Tahrir al-Chām (HTS)8, En principe, on ne revendique jamais de lien d’autorité sur ses proxys, afin de ne pas avoir à en assumer les actes. Or, le HTS, ça n’est pas rien pour les Russes. Il a bel et bien assassiné 4 officiers du Fédéralnaïa Sloujba Bézopasnosti Rossiyskoï Fédératsii (FSB)9 à Alep, le 1er février 2020.

Apparemment, Vladimir V. Poutine, n’a pas apprécié.

Notes

1 Ou F-16 Viper ou F-16V, le bestiau possède un radar à antenne active, un ordinateur de mission avancé et un Center Pedestal Display (affichage de suivi de terrain) qui remplace les indicateurs analogiques au centre du poste de pilotage.
2 Armée de l’air indienne.
3 Ou Président de la République de Turquie.
4 Force aérienne arabe syrienne.
5 Ou Forces aérospatiales russes. Créées le 1er août 2015 suite à la fusion de la Voïenno-vozdouchnye sily Rossiï (VVS, armée de l’Air) avec les Voïenno Kosmicheskie Sily ou (UK-VKS, Troupes de défense aérospatiale.
6 Armée de l’air islamique iranienne.
7 Ou bachibouzouk (du turc başıbozuk, littéralement « sa tête ne fonctionne pas ») cavalier mercenaire de l’Empire ottoman, avec un armement non standardisé, et en pratique très léger, et une discipline faible. Comparés, de manière exagérée, aux hussards, qui étaient beaucoup plus disciplinés au XVIIe siècle dans l’armée autrichienne, ou à d’autres corps de guerriers irréguliers ou supplétifs.
8 Ou Organisation de Libération du Levant, formé le 28 janvier 2017 par la fusion de six groupes rebelles islamistes syriens : le Front Fatah ach-Chām (ex-Al-Nosra), le Harakat Nour al-Din al-Zenki, le Front Ansar Dine (Front des partisans de la religion), le Liwāʾ al-Haq (Brigade du Droit), Jayš al-Sunna (Armée de la tradition) et Jayš al-Ahrar (Armée des hommes libres).
9 Ou Service fédéral de sécurité de la Fédération de Russie, Федеральная служба безопасности Российской Федерации, ФСБ).

 

A Propos Jacques Borde

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