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COVID-19 Vs Jeux de guerre & Armées : Qui prend le dessus ?

| Défense | COVID-19 |Jacques Borde |

Les militaires ont-ils été pris de court par le COVID-19 ? En tout cas, les manœuvres militaires de l’année 2020 ont bel & bien été massivement impactées par le Coronavirus. D’où cette question éminemment philosophique : Les jeux de guerre (en grandeur nature) sont-ils compatibles avec les virus type COVID-19, Ebola, etc. ?

La chose militaire s’accommode d’à peu près tout. En effet, les militaires ont l’art, la manière et les process comme on dit aujourd’hui, de se déployer à peu près sous tous les temps, latitudes et climats et de faire face en ces circonstance à pas mal d’aléas.

Ce avec parfois des surprises. Ainsi, lors de la Guerre des Falklands1, les troupes britanniques eurent l’avantage de se retrouver dans l’Atlantique Sud avec le même environnement que celui de leurs manœuvres2 en Norvège ou du côté des Orcades : de la routine en quelque sorte pour les paras, marines, commandos, SAS et SBS de sa Gracieuse majesté. Tempo, en revanche, qui sera assez peu apprécié par beaucoup d’appelés argentins n’ayant jamais connu un climat aussi pourri de leur vie…

Mais qu’il pleuve, tonne ou vente, l’ami bidasse – voir la vie dans les tranchées lors de la trop négligée Guerre de Sécession et celle de 14-183 – est rarement totalement arrêté dans ses projections. Sauf que là, le Coronavirus aura semé une sacrée zizanie dans la plupart des manœuvres militaires qui devaient se tenir sur la planète.

Ainsi, Cold Response ’20, rien de moins que le plus gros exercice de l’année 2020 de l’OTAN programmé au septentrion de la riante (voir plus haut) Norvège a eu du plomb dans l’aile. Devant rassembler 15.000 hommes et femmes venant de neuf pays, l’exercice qui était déjà en route au 2 mars 2020 aura connu un coup d’arrêt brutal dans le déploiement des effectifs et la tenue de ses réjouissances. Le chef d’État-major des armées (CEMA) norvégien, le lieutenant-général Rune Jakopsen, annonçant le 11 mars 2020 que « la diffusion incontrôlable du virus a créé une situation nouvelle, qui a amené à décider une annulation contrôlée de l’événement ».

Une manière de dire : « Les p’tits gars, désolé, tout le monde rentre à la maison ».

Et, si au moment de l’annonce aucun militaire n’avait été détecté positif au COVID-19, par mesure de précaution, quelques 850 soldats se sont retrouvés en quarantaine sur une base près de Tromsø. Et l’arrivée de davantage d’unités a été bloqué.

Le même sort aura frappé Defender Europe’2020. Bagatelle qui aurait dû réunir entre la Pologne et la Baltique 37.000 hommes (principalement américains) venant de 11 pays. Dont l’Italie qui annonçait son retrait dès le 12 mars 2020.

À noter qu’au même moment, le général Jaroslaw Mika, patron des forces armées polonaises, était, lui, testé positif au Coronavirus. Mika rentrait d’Allemagne à bord d’un CASA C-295 avec plus d’une douzaine de personnes à bord, qui ont toutes été mises en quarantaine, y compris l’équipage.

« Le commandant se sent bien. Les procédures ont été efficaces et des mesures visant à minimiser le risque d’infection par le coronavirus ont été mises en place », avait rassuré son porte-parole, le lieutenant-colonel Marek Pawlak.

Quarantaine également pour le Lt. Gen. Christopher G. Cavoli, patron de l’US Army Europe (USAREUR), et son équipe. Pataquès qui va entrainer l’annulation pure et simple de Defender Europe’2020.

Même causes, mêmes effets à l’autre bout du monde.

Les exercices militaires conjoints devant se tenir entre la Daehanminguk Yuk-gun (ROKA)4 et des contingents de la US Forces Korea (USFK), où déjà des cas de COVID-19 avaient été relevés, ont contraint le Chairman of the Joint Chiefs of Staff5, le général Mark A. Milley, de reporter, puis d’annuler carrément l’exercice.

De son côté, le patron de l’USFK, le général Robert Bruce Abe Abrams, annonçait la mise en place de « bulles de protection » autour des bases étasuniennes sises en Corée.

Toujours en Asie, les manœuvres Cobra Gold, qui se tiennent annuellement en Thaïlande, ont été maintenues, du 24 février au 6 mars 2020, regroupant quelques 9.630 militaires de 29 pays, dont un contingent symbolique de la Zhōngguó Rénmín Jiěfàng Jūn (APL)6.

Mieux, les manœuvres Golden Dragon, prévues au Cambodge du 14 mars au 1er avril 2020, alignant, outre 2.700 militaires cambodgiens, 265 membres de l’APL, ont non seulement été maintenues, mais été annoncées comme « une manifestation de solidarité en un moment d’urgence ».

Au Levant, en revanche, les exercices prévus n’auront pas résisté longtemps à la menace virale et ont été annulés en cascade :

1- Juniper Cobra (annulé le 5 mars 2020), exercice de défense anti-missile américano-israélien.
2- Eagle Genesis, en Israël. Exercice aéroporté prévoyant la participation de 300 paras de 173rd Airborne Brigade US, venus d’Italie.
3- African Lion, qui prévu du 23 mars au 2 avril 2020 au Maroc, devait réunir 5.000 hommes en provenance de 16 pays, a été réduit à la portion congrue.

Seule exception de taille, l’US Air Force a maintenu son annuel Red Flag. Exercide de haute volée qui réunit dans le ciel du Nevada, des aéronefs d’armées de l’air occidentales venant se mesurer à ceux de l’Air Force.

Par ailleurs, la pandémie COVID-19, a eu aussi des retombées sur des opérations militaires en cours. Avec côté français, le risque de retarder et compliquer la relève de troupes déployées au Sahel.

À ce sujet, s’exprimant devant les Sénateurs, le ministre français des Armées, Florence Parly, a indiqué que le mandat des troupes actuellement engagées au Sahel « pourrait être prolongé d’un ou deux mois », ce alors que le rythme opérationnel de Barkhane ne faiblit pas, qui plus est dans des conditions éprouvantes.

De son côté, le président de la Commission sénatoriale des Affaires étrangères & des Forces Armées, Christian Cambon, a expliqué qu’il s’agirait ainsi de « préparer en quarantaine le départ du prochain contingent » et « d’éviter à ceux qui sont en opération actuellement de se contaminer, car ils peuvent à ce stade vraisemblablement échapper à l’épidémie ».

Autre aspect du COVID-19 est qu’il sollicite à outrance les forces armées des différents pays.

Ainsi, toujours en France, le Service de santé des armées (SSA) a rapidement activé cinq de ses huit (8) Hôpitaux d’instruction des armées (HIA) : Bégin (et son expertise dans les maladies infectieuses) et Percy en Île-de-France, Saint-Anne et Laveran en Provence-Alpes-Côte d’Azur (PACA), et Clermont-Tonnerre en Bretagne.

Hôpitaux qui disposent d’une capacité d’accueil d’une centaine de lits réservés aux patients COVID-19, dont 40 en réanimation.

En outre, le ministère des Armées a récemment mis à disposition cinq millions de masques chirurgicaux. Ces masques du SSA sont en cours d’acheminement vers un site de stockage de Santé publique France (SPF). Trois livraisons ont été effectuées entre le 18 et 20 mars 2020.

Par ailleurs, la Direction générale de l’armement (DGA) a également été mobilisée. Ainsi, son expertise dans le domaine épidémiologique est mobilisée pour tester plusieurs prototypes de masques proposés par les industriels. Les résultats des essais sont attendus dans les prochains jours. Leur mise en fabrication permettra de mettre à disposition de nouveaux masques pour les personnels, qui en ont le plus besoin.

Pour finir, on aura noté que si le président de la Chosŏn Minjujuŭi Inmin Konghwaguk7, Kim Jong-un, homme de caractère, n’a pas renoncé à ses derniers exercices balistiques, ce fut entouré de militaires de haut-rang, tous porteurs de seyants masques noirs.

Notes

1 Les guerres sont historiquement nommées du nom usité par le vainqueur. Même si l’usage est fort peu respecté. Les Français parlent donc généralement de la Guerre des Malouines.
2 D’où la grande utilité d’icelles.
3 La première pas assez étudiée en amont de la seconde. D’où la foultitude de fautes et d’erreurs commises par des officiers supérieurs plus à l’aise en loges qu’en première ligne. Un avant-goût de la Macronie, en quelque sorte.
4 Ou Armée de terre de la République de Corée.
5 Ou Chef d’État-Major des armées des États-Unis.
6 Ou Armée de libération du peuple chinois.
7 Ou République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord).

 

A Propos Jacques Borde

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