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Asie terre du djihâd & du… Grand jeu

| Myanmar Vs DA’ECH | Questions à Jacques Borde |

Enkystées dans leur vision simpliste & droit-de-l’hommiste de la crise au Myanmar, tant la vieille Europe que les instances (dites) internationales n’ont rien compris aux enjeux. En clair, le basculement du grand jeu en Asie où le feu du djihâd servira des intérêts supérieurs au sien. L’ayant, en revanche, parfaitement compris, tant Tadmadaw que Daw Aung San Suu Kyi ont décidé de purger, au plus vite le pays de toute forme de terrorisme takfirî &,prudemment, de refermer la porte derrière eux. Sage décision. Quand ferons nous de même ?

« Quand tu veux protéger ton pays de la peste Islamiste, tu es exclu du club des « Bien-pensants »…. ».
Daw Aung San Suu Kyi.

| Q. Vous faites bien peu de cas des accusations d’épuration ethnique portées contre l’État birman ?

Jacques Borde. Oui, effectivement, je récuse même carrément le terme. Et ce pour trois raisons essentielles :

Primo. Les Rohingyas ne sont pas l’objet d’une quelconque vindicte les visant en tant que minorité religieuse. Comme le rappelle Philippe Raggi, c’est du Story telling, rien de plus. En effet, « …que constate-t-on ? Que ces deux autres minorités musulmanes du Myanmar n’ont aucun souci d’intégration et qu’elles ne font pas l’objet de discrimination et de mépris de la part du pouvoir et/ou de la population du Myanmar, qu’il n’y a pas de conflit de la nature dont sont partie prenante les Rohingyas. Ainsi, présenter ce qui s’y passe sous l’angle d’une minorité musulmane opprimée du fait seul qu’elle professe l’Islam ne tient pas la route »1.

Secundo. Militairement parlant, le terme même d’épuration ethnique (sic) est particulièrement exagéré. Même les sources les plus hostiles à Yangon ne parlent que d’un maximum de 10.000 morts2 à imputer aux forces birmanes. Ce qui pour quelques semaines de combat n’aurait rien de bien excessif face à un adversaire aussi résolu et féroce que le Harakah al-Yaqin-ARSA.

Tertio. C’est motu proprio que les Rohingyas ont pris le chemin de l’exil. Des populations fuyant les combats, c’est, hélas, un phénomène récurrent en temps de guerre. Quant au porte-parole du Haut-Commissariat aux réfugiés (HCR), Joseph Tripura, il a évité d’utiliser le terme d’épuration ethnique et parlait de près de « …Rohingyas arrivés au Bangladesh depuis le 25 août » 2017…

| Q. Donc, vous maintenez votre analyse sur la Birmanie. Y compris sur les réfugiés rohingyas ?

Jacques Borde. Plus que jamais. Car, arrêtons de prendre des vessies par des lanternes et, gardons la tête froide…

| Q. Que voulez-vous dire ?

Jacques Borde. Simplement ceci : bien que dramatique, l’exode des Rohingyas doit être ramené à ce qu’il est : un déplacement de populations, certes massif, mais pas le drame humanitaire que décrivent certains, qui seraient mieux inspirés de s’intéresser à ce que nos amis Séoudiens font subir aux Yéménites…

| Q. Ça n’est pas de la même ampleur ?

Jacques Borde. Aucun rapport. Les Rohingyas n’encourent aucun risque majeur – sauf celui de se faire racketter ou recruter de force par l’ARSA, si les proxies de DA’ECH arrivent à imposeur leur loi sur les camps de réfugiés – une fois passés au Bangladesh. Noter, par ailleurs, que Daw Aung San Suu Kyi n’a pas exclu l’idée de leur retour ? Pour peu que les génocidaires takfirî du Harakah al-Yaqin-ARSA actuellement à l’œuvre dans l’État de Rakhine cessent d’y semer la terreur et la mort.

Par ailleurs, à l’issue de sa visite du camp de Kutupalong, le Premier ministre bangladais, Cheikha Hasina Wazed, avait tenu à rassurer : « Nous avons la capacité de nourrir les 160 millions de Bangladais, nous avons donc assez pour nourrir 700.000 réfugiés ».

Rappelons également que les dispendieuses pétromonarchies, par ailleurs largement responsables (par leur aide au terrorisme takfirî) des malheurs actuels des Rohingyas, ont largement les moyens de leur venir en aide. Ainsi que d’organiser durablement leur installation au Bangladesh d’où ils sont originaires.

| Q. Vous ne faites pas de parallèles avec des causes comme la Catalogne ou le Pays Basque ?

Jacques Borde. (Soupir) Non, absolument pas, il n’y a aucun rapport. Même si vous prenez des groupes comme l‘Euskadi Ta Askatasuna (ETA)3, qui sont les cas extrêmes de violence politique organisés en Europe :

1- leur logiques étaient, certes, identitaires mais pas exclusives ;
2- leur discours était un discours d’indépendance nationale. Finalement comme les Catalans, mais avec un volet de violence armée.

A contrario de la mouvance terroriste takfirîr rohingya, comme Al-Yaqin-ARSA, les nationalistes catalans, irlandais ou basques :

1- ne commettent pas de pogroms ;
2- n’ont aucun hidden agenda d’épuration ethnique en rayon ;
3- ne veulent voler les terres de personnes mais, simplement, recouvrer une emprise politique sur les leurs ;
3- sont bien les incontestables nationaux ou régnicoles des terres qu’ils revendiquent ;
4- et, c’est bien là l’essentiel, ne sont pas des alliés ou des proxies de la terreur takfirî.

Et last but not least, ne s’inscrivent plus4 dans des phénomènes de déstabilisation globale.

| Q. Que voulez-vous dire ?

Jacques Borde. Qu’il est trop clair que le soulèvement spontané des Rohingyas de Birmanie n’en est pas un. En effet, l’utilité intrinsèque de leur via factis à ce moment précis n’a pas de sens.

Face à l’efficacité et la détermination de Tatmadaw, leur entrée en guerre, même asymétrique, était perdue d’avance. En revanche, elle correspond parfaitement à des enjeux régionaux dépassant largement les Rohingyas eux-mêmes :

1- basculement5 d’Al-Dawla al Islāmiyya fi al-Irāq wa al-Chām (DA’ECH)6 dans cette partie de l’Asie ;
2- réchauffement, vu d’Islamabad (mentor avéré de la terreur takfirî est-il utile de préciser) du dossier cachemiri ;
2- réchauffement, toujours vu d’Islamabad, du dossier afghan ;
4- repositionnement géostratégique du Pakistan, notamment vis-à-vis des Ouïghours de Chine et de la Chine plus généralement ;
5- volonté cachée (hidden agenda) de l’administration Trump de faire monter la pression le plus près possible de Kuala Lumpur (Malaisie) qui est, désormais, la plaque tournante des finances de la terreur takfirî.

| Q. L’Asie, nouveau front du djihâd selon vous ?

Jacques Borde. C’est tout à fait ça. Les jeux étant (dans les grandes lignes) faits au Levant, où les tensions, si elles ne disparaissent pas redeviennent progressivement régionales, le Grand jeu bascule en Asie. La nature géostratégique a, que voulez-vous, horreur du vide.

Pour jouer, c’est-à-dire : déstabiliser, renverser quelques tables, nouer de nouvelles alliances, etc., il vous faut des combattants, des proxies et des mèches qui s’allument.

| Q. La Birmanie, pour vous, est une de ces mèches ?

Jacques Borde. Quelque part, oui. Allumer la mèche des Rohingyas et du Al-Yaqin-ARSA, c’est aussi, voire avant tout, rallumer le feu sous la marmite du Bangladesh. Donc, possiblement, occuper les Indiens. Ou du moins les contraindre à avoir, géostratégiquement parlant, plusieurs fers au feu.

Pourquoi, croyez-vous que les Américains arment de plus en plus les Indiens ?

| Q. Et Rangoun, dans tout ça ?

Jacques Borde. Que nous a dit Daw Aung San Suu Kyi ? Vouloir « protéger [son] pays de la peste Islamiste ».

C’est exactement, ce que Tatmadaw et elle font : éteindre la mèche au Myanmar, sceller au plus vite la frontière et protéger leurs administrés. C’est leur devoir. C’est le devoir de tous les Birmans.

À côté de ça, l’essentiel c’est le Grand jeu. Et les rôles principaux y ont pour noms : Delhi, Islamabad, Washington et Pékin, bien sûr. Le reste c’est de la cosmétique régionale. Guère plus…

Notes

1 Raggi .
2 Chiffre, à l’évidence, grandement exagéré et peu crédible.
3 Pour Pays basque & liberté en basque.
4 C’était, pour partie, le cas dans la Guerre froide opposant l’Est à l’Ouest.
5 Par quels moyens et avec quelles complicités ? Les nouveaux fronts du djihâd ne sont pas vraiment à la porte à côté…
6 Ou ÉIIL pour Émirat islamique en Irak & au Levant.

 

A Propos Jacques Borde

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