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Affaire Romano : Péripétie ou « Rainbow Warrior » pour Conte ? [1]

| Corne d’Afrique / Italie | Géostratégie  | Question à Jacques Borde |

Redorer son blason politique sur des fronts extérieurs est un truc vieux comme Hérode. Ça n’a pas toujours grand intérêt, comme lors de la Guerre des Malouines qui a coûté si cher au contribuable britannique & sa tête à la junte argentine. Ou ça peut sauver la peau de certains : l’hélicoptériste Bell, proche du dépôt de bilan, sauvé par la Guerre du Viêt-Nam. Ça peut aussi virer à la cata ! Voir le plantage de Paris lors de l’Affaire du Rainbow Warrior : terriblement mal montée (sur ordre du pouvoir politique socialiste), exécutée à la va-vite & donc très mal terminée (1 mort…). Qu’en sera-t-il pour la rocambolesque affaire Romano : 1- Péripétie vite oubliée ? 2- Rainbow Warrior (sans victime) de la squadra Conte ? 3- Coup de maître des Chebabs en voie de Talibanisation ? Épisode 1.

| Q. Quel regard portez-vous sur l’Affaire Romano ?

Jacques Borde. Un regard étonné, je l’avoue. Mais blasé aussi. En France, on a tellement abusé de ce petit jeu. Je veux dire mélanger ainsi libération d’otages et cuisine politicienne, c’est tellement facile. Mais, si mes infos sont à jour, resterait pour Rome à récupérer le Père Pierluigi Maccalli, de la Société des Missions africaines (SMA), qui travaillait aux côtés du peuple Gourmantché. Âgé alors de 57 ans, il était depuis 11 ans au service de la population de Bomoanga, à la frontière avec le Burkina Faso, dans une région infestée par les terroristes takfirî nazislamistes.

Vingt mois sont passés depuis son enlèvement au Niger. Mais son sort semble beaucoup moins intéresser la gauche financiarisée italienne. Faut dire un prêtre catholique venant en aide à des familles abandonnées… Quelle idée !

Du coup, lorsque l’actrice Ornella Vanoni se fend sur Twitter de son – « Se Silvia Romano era così felice, convertita, sposata per sua scelta, ma perché l’avete liberata ? » ; je traduis : « Si Silvia Romano était si heureuse, convertie, mariée, de son propre choix, mais pourquoi l’avez-vous libéré ? ». – On comprend les questionnements de beaucoup d’Italiens.

Un brin taquin, j’ajouterai : Libérée de quoi, au juste ?

| Q. Est-ce si important ?

Jacques Borde. Cela me gène sur les bords si cette affaire s’avérait être un raté assez similaire, géopolitiquement parlant, à l’Affaire du Rainbow Warrior1. Ratage magistral des SR militaires français s’en allant envoyer par le fond du port d’Auckland le Rainbow Warrior, flagship de l’ONG gauchiste Greenpeace, qui s’intéressait de trop près aux essais nucléaires français.

Montée de bric et de broc, sans travail analytique sérieux en amont, l’affaire finira en eau de boudin et les opératifs de la Direction générale de la Sécurité extérieure (DGSE)2, pour partie, derrière les barreaux, n’ayant pas démonté assez vite. Et, de toute façon, dans le collimateur des SR néo-zélandais.

À rappeler que les agents français, peu discrets électroniquement (sic), eurent à opérer littéralement sous les grandes oreilles de l’ELINT néo-zélandaise, pendant lointain de l’Accord UKUSA, et, de ce fait, écoutant TOUT ce qui passait à leur portée, dont une partie des communications des barbouzes françaises s’effectuant… en clair !

| Q. Et, en l’affaire Romano, les SR italiens ?

Jacques Borde. Eux, ont fait le boulot proprement, efficacement et sans bavure. Rien à redire à leur action. Leurs hommes sont allés récupérer Silvia Romano dans un endroit peu accueillant pour les Occidentaux : la Somalie des, entre autres, Chebabs ? Ou plus précisément le ‘Ḥarakat ash-Shabāb al-Mujāhidīn’ (HSM)3. Tout sauf une promenade de santé.

L’autre question étant de savoir à qui aurait été refilé la supposée rançon de 4 M$US…

| Q. Supposée ! On ne sait pas ?

Jacques Borde. Avec exactitude, non. Dans la mesure où, pour l’instant, le ministro degli Affari esteri & della Cooperazione internazionale4, Luigi Di Maio, nie tout simplement son existence.

Cf. « Bien sûr, il ne faut pas se donner les réponses comme il convient. Je veux dire qu’il est légitime de se poser des questions, mais la première question que je me pose est pourquoi si un terroriste qui est interviewé et dit une chose, sa parole vaut-elle plus que l’État italien ? Il n’y pas eu de rançon, sinon je devrais le dire ».

Donc, ce que tout le monde craint c’est que ces 4 millions de dollars supposément (pour l’instant) payés par l’État italien pour la rançon de Silvia Romano serviront au ‘Ḥarakat ash-Shabāb al-Mujāhidīn’ pour financer de nouvelles activités terroristes.

C’est, d’ailleurs, ce qu’a indiqué un de leurs porte-paroles, Ali Dhere, dans un entretien à La Repubblica : « Cet argent », a-t-il expliqué, « en partie servira à acheter des armes, dont nous avons de plus en plus besoin pour faire avancer le djihâd, notre guerre sainte. Le reste servira à gérer le pays : à payer les écoles, à acheter la nourriture et les médicaments que nous distribuons à notre peuple, à former les policiers qui maintiennent l’ordre et font respecter les lois du Coran ».

Quant à la conversion à l’Islam de Silvia Romano, Ali Dhere d’affirmer que « D’après ce que je sais, Silvia Romano a choisi l’Islam parce qu’elle a compris la valeur de notre religion après avoir lu le Coran et prié ».

Nous sommes donc, à ce stade du dossier, confrontés à deux versions des faits :

1- celle de Luigi Di Maio : aucun Euro n’a été versé.
2- celle de Ali Dhere : cette rançon « en partie servira à acheter des armes ».

Pour l’instant, la seule chose qui pourrait s’avérer sûre et indiscutable, c’est que l’un des deux ne dit pas tout à fait la vérité.

| Q. Pourquoi, pourrait ?

Jacques Borde. Parce que dans ce genre d’affaire, il est fréquent que le trésorier-payeur, si je puis m’exprimer ainsi, ne soit pas l’État d’origine de l’otage. C’est pour ça qu’il existe des intermédiaires spécialisés dans ce genre d’arrangements. Cela permet commodément de nier tout versement. Is fecit, cui non prodest.

Parfois, ce sont des États tiers qui jouent ce rôle. En l’espèce, la Turquie possiblement. Mais, quelque soit le modus operandi, racheter ou faire racheter est un politique particulièrement détestable en ces zones ou les enlèvements sont monnaie courante.

Donc, lorsque la présidente de Fratelli d’Italia (FdI), Giorgia Meloni, rappelle, à juste titre, que « L’Italie doit donner au monde le signal clair qu’il n’y a pas d’intérêt à enlever nos concitoyens » ; on peut douter, qu’en l’espèce, un quelconque message de fermeté ait pu passer auprès des Chebabs.

| Q. Et à part ça, en quoi l’affaire est-elle si gênante pour l’administration Conte ?

Jacques Borde. Parce qu’elle ne peut être séparé d’un contexte général peu favorable et sous le regard inquisiteur d’une opposition ayant l’œil à tout.

À l’aéroport militaire de Ciampino, Silvia Romano, a été accueillie par le Presidente del Consiglio dei Ministri5, Giuseppe Conte, et son ministro degli Affari esteri & della Cooperazione internazionale, Luigi Di Maio. Romano est apparue rayonnante, en excellente santé, ce qui est bien pour elle mais est extrêmement rare pour des otages détenus plus d’un an d’affilée. Et, surtout, affublée d’une ample Jilbab6, d’excellente facture, plus portée par les femmes de la bonne société somalienne que par les pauvresses enchaînées que sont généralement les otages, ou les esclaves fréquentes en la région.

| Q. Un peu surprenant, donc ?

Jacques Borde. Je ne vous le fait pas dire. Assez surprenant également la montre Cartier à 8.236 €, identifiée par certains, qu’aurait eu au poignet, à son arrivée à Ciampino, Silvia Romano. À moins, bien sûr, qu’il s’agisse d’une copie. Mais même un copie7 dans un pays aussi pauvre que la Somalie…

Par ailleurs, toute l’Italie aura noté le comportement de Conte et Di Maio, si empressés à l’arrivée de Silvia-Aïcha Romano. Eux qui furent, précédemment, si absents aux funérailles de ce policier assassiné à Naples.

L’embarrassant pour l’administration Conte est donc ce zèle à se bousculer pour accueillir en grandes pompes une supposée et controversée otage, semblant plus que satisfaite de son sort, et sa glaciale absence, lorsque la veuve d’un policier tombé, lui, au champ d’honneur s’effondrait en pleurs sur le cercueil de son mari.

Or, Silvia-Aïcha Romano aurait admis qu’en Somalie elle n’était retenue de force par personne et se serait convertie à l’islam motu proprio. Ni contraintes physiques ni violences. Et que fait l’État italien ? Il aurait lâché – à qui, au fait ? – 4 millions d’euros pour la faire revenir en Italie ?

Vittorio Sgarbi, un des principales pointures médiatiques de l’opposition de dire à propos de Silvia Romano que « si elle s’est converti à l’Islam radical, elle doit être arrêtée ».

Parallèlement, 30/40 % des petites entreprises italiennes n’ouvriront plus, des entrepreneurs s’ôtent la vie par désespoir, pas de 600 €, pas de Cassa integrazione. Sur 25 suicides en Italie ces deux derniers mois, 14 étaient ceux d’entrepreneurs ruinés attendant désespérément une aide de cet État omniprésent aux côtés de Silvia-Aïcha Romano.

| Q. Sa tenue en a choqué plus d’un…

Jacques Borde. Oui, la fameuse Jilbab. « C’est comme si un Juif, après deux ans de prison dans les LAGER, revenait habillé en nazi ». Des phrases comme celle-ci, libre à vous d’en penser ce que vous voulez, sont devenues virales sur la Toile.

| Q. C’est quand même anecdotique, non ?

Jacques Borde. Justement, peut-être pas. À examiner des photos de Unlawful combatants8 du ‘Ḥarakat ash-Shabāb al-Mujāhidīn’ (HSM) sur la Toile – et, là, je veux dire celles que eux-mêmes postent – on ne peut qu’être surpris pas la similitude des tenues militaires de ces mêmes Chebabs avec la coupe et de la couleur de la Jilbab arborée en permanence par Silvia-Aïcha Romano, depuis son retour en Italie.

Avec en boucle la même lancinante question : « Mais, si la Belle a épousé SON ravisseur et s’est converti à l’Islam : de QUOI a-t-elle été libérée exactement ? ».

Ou encore, plus embarrassant : « Donc Mlle. Silvia Romano s’est convertie à l’Islam, et comme prix, notre État a payé 4 M€ pour la rançon, le fait encore plus grave est qu’ils ont financé directement le terrorisme. Est-ce qu’on se rend compte ? ».

Le souci pour l’administration Conte est, qu’en l’espèce, elle a ouvert une Boite de Pandore dont rien ne dit que le court terme lui permettra de la refermer…

[À suivre]

Notes

1 Désigne le sabotage du navire-amiral de Greenpeace, ainsi que ses suites médiatiques, politiques et judiciaires. Le navire, à quai en Nouvelle-Zélande, était paré à appareiller pour l’Atoll de Moruroa afin de protester contre les essais nucléaires français. L’opération fut commanditée par le ministre de la Défense français, Charles Hernu, avec l’autorisation explicite du président de la République française, François Mitterrand (selon le témoignage de Pierre Lacoste, patron de la DGSE). L’opération fit un mort : Fernando Pereira, photographe.
2 Aussi appelée Sécurité extérieure (SE), service de Renseignement extérieur de la France depuis 1982, succédant au Service de documentation extérieure & de contre-espionnage (SDECE).
3 Ou Mouvement des jeunes combattants, groupe takfirî somalien créé en 2006 lors de l’invasion éthiopienne. Nom généralement résumé en Chebabs.
4 Ou ministre des Affaires étrangères & de la Coopération internationale.
5 Ou Premier ministre italien.
6 Ou habit traditionnel porté par les femmes musulmanes de la Corne de l’Afrique.
7 Ad minimo, une bonne centaine d’euros. Soit un bon paquet de Qat, pour ceux familiers des us locaux.
8 Traduite par combattant illégal, combattant ennemi ou encore combattant ennemi illégal. défini dans le PATRIOT Act, ou plus précisément le Uniting & Strengthening America by Providing Appropriate Tools Required to Intercept & Obstruct Terrorism Act of 2001, pris sous la présidence de George W. Bush, qui permet de soustraire au droit commun les combattants armés capturés dans le cadre de la guerre contre le terrorisme.

 

A Propos Jacques Borde

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