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États profonds dans les cordes : Un peu, beaucoup, ou plus ? [2]

| Kulturkampf / Deep State | Questions à Charlotte Sawyer & Jacques Borde |

Novembre 2020 sera assurément une date-clé dans l’affrontement des peuples Vs leurs États profonds (Deep State), Trump entamera-t-il ou pas un second mandat ? En attendant, les coups échangés sont de plus en plus violents. Que ce soit au levant, sur le front viral, Ou encore le front du suprémacisme africaniste. À rappeler, également, l’étonnante alliance anti-Trump unissant le marais démocrate & ces agences fédérales US, qui ont en mémoire ce qu’une administration peu leur infliger en matière de purge : remember the Halloween Massacre. Texte pour partie écrit avant l’affaire de Minneapolis. Épisode 2.

| Q. Quand vous parlez de Renseignements US soumis à des purges, vous voulez dire à vaste échelle ?

Jacques Borde. Oui. Contrairement au narratif démocrate qui semble oublier l’histoire de ses propres SR, ça a souvent bardé pour la CIA.

Outre qu’on a connu des plumes mieux trempées que la sienne pour tirer à boulets rouges sur les agissements de la CIA, l’égérie anti-Trump Nicole Bacharan1 ferait mieux de réviser ses gammes en matière de Renseignements US. Le pouvoir politique ne s’est jamais privé, lorsqu’il le jugeait nécessaire, de tirer les oreilles de ses spookies2. Ainsi, sous le mandat du très démocrate James Earl Jimmy Carter Jr., le Director of Intelligence, l’Amiral Stansfield Turner, mena (courant 1979) une purge sévère et brutale de la CIA qui renvoya dans leurs foyers 800 de ses cadres. Au siège de la CIA, on trouvera3 même un nom qui en dit long sur l’ampleur du traumatisme : Halloween Massacre.

Charlotte Sawyer. Terme venant rappeler d’autres opérations de nettoyage au sein de l’administration présidentielle. Eh, oui, Teflon Trump n’est pas le seul à couper des têtes :

Halloween Massacre n°2 : la réorganisation du cabinet du président américain Gerald Ford le 4 novembre 1975.

Halloween Massacre n°1 ou Saturday Night Massacre : remaniement réalisé par Richard M. Nixon, en octobre 1973 :

-Henry Kissinger y perd sa place d’Assistant to the President for National Security Affairs (APNSA, conseiller à la Sécurité nationale), au profit du général Brent Scowcroft. Kissinger gardera toutefois son poste de Secretary of State.
-William Colby y perd son poste de Director of Central Intelligence (DCI) et est remplacé par le, alors, ambassadeur (et futur président), George H. W. Bush.
-James Schlesinger perd sa place de US Secretary of Defense et est remplacé par Donald H. Rumsfeld, alors Secrétaire général à la Maison-Blanche. Rumsfeld sera lui-même remplacé par son adjoint Richard Bruce Dick Cheney, futur vice-président de George W. Bush.
-Rogers Morton sera remplacé également par Elliot Richardson en tant que secrétaire au Commerce.

Et je ne vous parle pas de l’affaire Valerie Plame…

| Q. Si, justement, parlez-nous en…

Jacques Borde. Valerie Elise Plame4 est un ancien officier de la CIA et l’auteur de mémoires incendiaires : Fair Game: My Life as a Spy, My Betrayal by the White House, revenant sur sa carrière et les événements qui ont conduit à son départ de la CIA. Son mari, Joseph Wilson, chargé d’affaires à l’ambassade des États-Unis à Bagdad, avait démenti la vente d’uranium par le Niger à l’Irak, et ainsi mis en difficulté l’administration Bush, qui en représailles avait dévoilé l’identité de son épouse, en tant qu’agent de la CIA.

Ce qui :

1- avait compromis plusieurs affaires en cours.
2- avait mis en danger plusieurs assets de la CIA. Dont certains sont morts.
2- était illégal et constitue, au passage, un crime fédéral.

| Q. La CIA n’est plus ce qu’elle était ? Oui ? Non ?

Jacques Borde. Disons que son étoile au firmament de la communauté du Renseignement ne brille plus du même éclat. Plus généralement, rappelons également quelques faits à propos de cette bonne vieille CIA.

1- La Centrale Intelligence Agency (CIA) fut créée en 1947 suite au National Security Act5, signé par le président Harry S. Truman. Ce décret établissait également le poste de Director of Central Agency (DCI), lequel assumai le rôle de direction au sein de la Communauté du renseignement. Le DCI servant aussi de Premier conseiller auprès du président des États-Unis pour toute question liée au Renseignement et à la Sécurité nationale. Enfin, il assumai les prérogatives de Directeur de l’Agence Centrale du Renseignement (CIA).
2- À partir d’avril 2005, conformément à l’Intelligence Reform & Terrorism Prevention Act de 2004, le poste de DCI est remplacé par ceux de Director of the Central Intelligence Agency (directeur de la CIA) et de Director of National Intelligence (DNI, directeur du Renseignement national). Qui statutairement n’est plus le chef de le CIA.

Difficile d’y voir autre chose qu’un signe de défiance.

Charlotte Sawyer. L’étonnant est bien de voir ainsi notre intelligentsia démocrate, surtout son aile gauche, par le passé à la pointe des critiques contre nos (17) agences fédérales de Renseignement US, leur trouver toutes les qualités possibles et imaginables du moment qu’elles tiennent tête au commander-in-chief Trump.

| Q. Autre sujet, à ce stade des manifs et émeutes aux États-Unis, diriez-vous, comme l’ont fait de nombreux intervenants sur des plateaux TV français, que Trump est raciste ?

Charlotte Sawyer. C’est le délire permanent d’intervenants peu crédibles, mais systématiquement invités, comme Nicole Bacharan, plume anti-Trump avérée.

| Q. Pour vous Mme. Bacharan manque de sérieux ?

Jacques Borde. Hélas ! C’est le moins qu’on puisse dire. À chacun de ses passage, cette dame multiplie les erreurs. Pour ne pas dire les forgeries. Même si c’est souvent par omissions (volontaires?).

Quelques exemples :

1- Nicole Bacharan, sur le volet de l’immigration, nous reparle inévitablement des « esclaves venus d’Afrique », migrants contre leur gré. Certes. Mais pourquoi cette dame qui se veut historienne ne nous parle-t-elle jamais des esclaves blancs d’origine irlandaise ou même britannique expédiés de force par la Couronne dans les colonies6.
2- autre exemple : Nicole Bacharan, lors d’un énième passage sur une de nos bonnes (sic) chaînes, s’indigne que Donald J. Trump ose critiquer les SR de son pays. Et notamment la… CIA.

Sans préciser que l’agence a toujours été sévèrement traitée par les présidents successifs, les chambres et les commissions en charge des Renseignements, qui passent ses directeurs, sous-directeurs et agents à la moulinette à de nombreuses occasions, ce depuis que l’agence existe.

| Q. Dites-donc, à ce propos, la CIA se trompe souvent ?

Jacques Borde. Oui. Et, parfois de manière peu défendable. Ainsi, au Levant, Nour al-Din al-Zenki, groupe qui avait décapité un enfant vivant, supposément faisant partie des modérés, s’était fait livrer des missiles par la… CIA. Tiens, au fait, qu’en pense dame Bacharan ?

Charlotte Sawyer. Mais, on trouve aussi des erreurs plus anciennes.

| Q. Comme ?

Jacques Borde. Comme lors de la Guerre du Kippour.

Ainsi, « La veille du déclenchement des hostilités, un rapport de la CIA estimait encore que les armées égyptienne et syrienne, malgré un regain d’activité certain, ne paraissaient pas préparer d’offensive militaire contre Israël ». Et si, de son côté, la Defense Intelligence Agency (DIA) concluait « à une reprise possible des hostilités », les dirigeants américains « lui préférèrent les analyses de la CIA » qui confirmaient les analyses de l’ami… israélien. Aller-retour, en somme…

L’incurie des SR états-uniens sera confirmée, le 12 septembre 1975, lorsque le New York Times publia de brefs extraits d’un rapport secret démontrant que « la communauté américaine du Renseignement n’avait pas su prévoir le déclenchement de la Guerre du Kippour ».

Charlotte Sawyer. Il existe, d’ailleurs une controverse à ce sujet aux États-Unis pour déterminer les responsables de cette erreur. Ray Cline, l’ancien directeur de la branche Renseignement du US Department of State et officier supérieur de la CIA, « estima que la responsabilité principale en incombait à Henry Kissinger, à la fois secrétaire d’État et chef du Conseil National de Sécurité, ce dernier ayant, selon lui, refusé d’accepter les conclusions des SR américains ».

Mais, toujours selon la même source, « Peut-être le secrétaire d’État espérait-il en réalité laisser se déclencher cette crise, afin de mieux la gérer par la suite, redorant ainsi le blason de la Maison-Blanche sali par l’affaire du Watergate ? ».

Dear Henry, pour sa part, reportera la faute sur les SR, faisant notamment état du fait que « nos rapports reflétaient ceux qui émanaient d’Israël ! ».

| Q. Et plus récemment, sous Trump, je veux dire ?

Jacques Borde. Là, le tracé peut s’avérer plus flou. Ainsi, la retentissante débâcle d’un groupe de mercenaires anti-Maduro, qu’il serait tentant de comparer au fiasco de la CIA lors de l’affaire de la Baie des cochons à Cuba, en 1961, est à examiner dans les détails Or, il semblerait plutôt qu’il s’agisse d’un nouvel échec de l’équipe de Juan Guaidó, et/ou d’une Société militaire privée (SMP) américaine nommée Silvercorp USA.

Si la volonté de renverser Maduro au sein de l’administration Trump n’est pas un mystère – notamment du fait de sa guerre économique féroce contre la population vénézuélienne –, il semble peu probable qu’elle soit à l’origine de cette calamiteuse opération.

Charlotte Sawyer. À s’étonner du traitement médiatique assez modeste de cette affaire. Alors, si pas Trump : la main de notre Deep State dans les caleçons de Silvercorp ? Ce qui expliquerait que l’affaire ait si peu motivé le cloaca mediatica maxima !…

Notes

1 Essayiste franco-américaine, se veut la spécialiste des relations franco-américaines, auteur de nombreux essais dont : Faut-il avoir peur de l’Amérique ? ou Du sexe en Amérique. Une autre histoire des États-Unis. Titres assez révélateurs de l’intérêt (sic) de son travail.
2 Espions.
3 Récupérera en fait, pour être précis.
4 Épouse Wilson, connue sous les noms de Valerie Plame, Valerie E. Wilson et Valerie Plame-Wilson.
5 Ou Décret sur la Sécurité nationale du territoire.
6 Pourtant assez bien traité par Hollywood, mais de manière très anti-française. Cf. Unconquered (Les Conquérants d’un Nouveau monde) de Cecil B. DeMille (1947) et The Last of the Mohicans (Le Dernier des Mohicans) de Michael Mann (1992). Le second de manière allusive.

 

A Propos Jacques Borde

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