Accueil / Verbatim / Petit état des lieux post estival ! Quid de la terreur takfirî ?

Petit état des lieux post estival ! Quid de la terreur takfirî ?

| Guerre Vs DA’ECH | Questions à Jacques Borde |

On prend les mêmes & on recommence ! Passée la victoire tant attendue de Mossoul & la réduction du saillant de Deir ez-Zor, rien de bien neuf ne s’est passé sur les fronts intérieurs & extérieurs du djihâd. Certains feux s’allumant même dans le sous-continent indien. Sans parler de ceux qui ne s’éteignent jamais, comme au Sahel. Quant à notre vieille Europe, bien que saignée à blanc par la terreur takfirî, elle persiste à suivre les vieilles lunes munichoises du droit de l’hommisme & du vivre ensemble. En résumé : Ben pas grand-chose ! Ce sont toujours les mêmes qui se tapent le (sale) boulot & encore les mêmes qui donnent des leçons aux premiers. Voire dérapent carrément dans le classique antisémite de la doxa takfirî.

| Q. Mais, ôtez moi un doute, Riyad est bien toujours notre allié contre le terrorisme ?

Jacques Borde. (Éclat de Rire) Dans la lutte que nous menons contre la terreur takfirî, vous voulez dire ? À voir. J’ai, comme vous je le suppose, noté les propos du président de la République, Emmanuel Macron, sur le sujet. Je ne peux que partager les préventions qui sont les siennes.

À propos de cette alliance, la persistance servile, sur l’air des lampions et sur tous les tons, de nos media mainstream perfusés à l’or golfique n’aura guère faibli. Mais, histoire de nous désintoxiquer un peu : prenons un instant une source sérieuse. Éric Denécé1, qui a pris soin de nous rappeler en quoi consistait la lutte contre le terrorisme made in Saudia, notamment le fait que l’administration Salmān, privilégiant sa via factis au Yémen, « a retiré en cette occasion la dizaine d’aéronefs qui participaient mollement aux bombardements contre l’État islamique, pour en déployer une centaine à sa frontière sud. Les Séoudiens affirment que leur coalition a largué 90.000 bombes pendant cette guerre qui dure depuis deux ans. Cela fait 123 bombes par jour, soit 5 par heure. Rien qu’en avril 2015, la coalition a conduit plus de 1.700 raids aériens, soit jusqu’à 80 certains jours ».

Et, comme le souligne encore Denécé « on aurait bien aimé voir ses moyens engagés contre DA’ECH »2.

Sans parler des fronts du djihâd africains…

| Q. Vous me disiez que, parfois, la lutte contre la terreur takfirî, ça peut aussi passer par des choses toutes simples ?

Jacques Borde. Oui, mais qui ne le sont, souvent, qu’en apparence.

| Q. Comment ça en apparence ?

Jacques Borde. Un exemple, alors :

En Irak, les choses bougent, lentement, mais elles bougent… Une croix vient d’être installée sur la route menant à la ville d’Alqosh, ville 100 % chrétienne autrefois et récemment libérée… En France, on conteste la présence d’une minuscule croix sur le portail d’un cimetière. Cherchez l’erreur !

| Q. Là, c’est donc un geste simple, quoi que fort. Pourquoi dire Non, alors ?

Jacques Borde. Parce qu’il ne faut pas se leurrer. Ce geste simple s’inscrit forcément dans un contexte géostratégique plus large et pas si simple que ça…

| Q. Que voulez-vous dire ?

Jacques Borde. La conclusion de la Bataille de Mossoul s’est aussi faite dans le déchaînement de lobbies et d’instances douteuses (pour ne pas dire instrumentalisées) glosant sur l’ampleur des pertes civiles – entendez celles imputées aux forces armées irakiennes et ses alliés, pas celles, tout aussi régulières, des forces aériennes occidentales classées, aussitôt, dans la liste sans fin de nos dommages collatéraux – lors de la reprise de la ville.

| Q. Et vous n’êtes pas d’accord ?

Jacques Borde. Non, évidemment. Simple question de bon sens :

1- l’avancée des forces irakiennes ;
2- le retour de Mossoul à sa mère-patrie ;
3- l’érection d’une Croix à Alqosh, auraient-ils été possibles sans l’écrasement massif d’autant de vermines takfirî ?

Donc, en toute logique, nous ne pouvons nous réjouir de ce qui s’est passé qu’en assumant tout ce qui s’est passé. À Mossoul et ailleurs !…

| Q. La Russie soutient que toutes les armes chimiques du gouvernement syrien ont bien été démantelées suite à l’accord de 2013, et dément que Damas aurait pu mettre en œuvre des armes chimiques depuis. Cette position russe n’est-elle pas embarrassante pour Paris empêtré dans des explications souvent contradictoires ?

Jacques Borde. Oui et non. Certes, l’emploi d’armes chimiques est pour l’administration Macron une ligne rouge. Comme l’a dit et répété le Quai d’Orsay : « Le président de la République l’a exprimé clairement ».

Au-delà, Paris et Moscou estiment bien « que de telles armes ont été employées en Syrie, notamment du gaz sarin lors de l’attaque du 4 avril 2017 à Khan Cheïkhoun » Les désaccord entre Moscou et Paris « portent sur la responsabilité de ces actes », précise le Quai, qui répète que la France souhaite toujours « travailler avec la Russie sur ces questions dans le cadre des enceintes internationales appropriées, et en particulier à l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC). Nous avons, la Russie, comme la France, le même intérêt à protéger le régime de non-prolifération chimique ».

Passée la langue de bois du régime de Paris vis-à-vis du régime de Damas, pour reprendre (et étendre) le vocabulaire à la mode dans les rédactions, avons-nous réellement un autre choix ?

| Q. Mais accuser, comme le font certains, les Occidentaux d’armer les terroristes, ça n’est pas un peu exagéré ?

Jacques Borde. (Rire) Oui, peut-être. Mais, ça n’est pas moi qui le dit. De leur propre aveu, la CIA et ses États liges régionaux ont bel et bien reconnu avoir envoyé armes et munitions à leurs obligés les Contras takfirî en Syrie. Et, plus précisément, c’est bien Al-Jayš as- Sūrī al-Hurr3 qui a reçu le gros de ces cargaisons d’armes.

Tlas Salama, chef militaire du Jayš al-Ossoud al-Charqiya, s’en est même félicité allant jusqu’à lancer à un journaliste de Reuters la phrase suivante : « Le soutien s’est élargi. Il est impossible que nous permettions à l’armée d’Assad et à ses alliés de prendre le contrôle de l’autoroute Bagdad-Damas. La livraison d’armes est quotidienne. Et il y a toute sorte d’armements, des missiles TOW, des véhicules blindés et des véhicules lourds ».

Salama parle même de l’intensification des programmes destiné d’entraînement de Syriens (prétendument) originaires de la province de Deir Ez-Zor.

Le genre de soutien inconscient que vient de remettre en question Donald J. Trump. Qui sait si la vraie raison de la vindicte que lui voue le controversé Sénateur John McCain4 ne vient tout simplement pas de là ?…

| Q. Peut-on dire que cela implique la coalition occidentale ?

Jacques Borde. Là, vous coupez les cheveux en quatre. Mais, là encore, pas besoin d’aller bien loin : c’est la coalition occidentalo-centrée qui nous en dit plus qu’elle devrait…

| Q. Comment ça ?

Jacques Borde. Simple : prenez les propres termes du Spokesman for Combined Joint Task Force, Operation Inherent Resolve, le colonel Ryan S. Dillon5. Que nous a-t-il sorti, en toute franchise ?

Que ses (sic) « forces étaient prêtes à se défendre au cas où les forces loyalistes du gouvernement (syrien) refusaient de quitter la région ». En clair, cela signifie que :

1- des groupes paramilitaires pro-US sont bien présents sur le sol syrien ;
2- ces groupes y sont, bien évidemment, présents sans y avoir été conviés par les autorités légales du pays ;
3- des groupes terroristes sont bel et bien formés et encadrés par des forces spéciales occidentales.
4- ces groupes ont l’intention de s’opposer les armes à la main aux forces régulières du pays en question, la Syrie, qui auraient dans l’idée de s’opposer à leur progression.

Car, très clairement (verbatim Dillon, en tout cas), ces miliciens takfirî pro-occidentaux ont vocation à chasser du territoire national syrien des troupes régulières syriennes. Troupes qui sont chez elles, a contrario de miliciens takfirî qui, pour la plupart, ne sont pas des régnicoles mais des mercenaires recrutés à l’étranger.

Voire des criminels de droit commun recrutés au Levant et/ou dans nos zones de non droit européennes.

Si, ça, ça n’est pas une implication directe de la coalition aux malheurs que connaît la Syrie, je me demande ce qu’il vous faut…

Au passage quelle ligne rouge faudrait-il tracer si (exemple hypothétique bien sûr) nous apprenions un jour que les cellules takfirî du Bataclan et de l’Hyper Casher avaient été formés à notre insu dans le Var par des équipes de l’Australian Special Air Service (SASR)6 infiltrés en douce sur le territoire national ?

Notes

1 Docteur ès Science Politique, directeur du Centre Français de Recherche sur le Renseignement (CF2R).
2 Atlantico .
3 ASL, Armée syrienne libre.
4 Fait grand cas de son passé militaire. On rappellera donc au lecteur que c’est en attaquant, lors de sa 23ème mission de bombardement, une cible 100% civile : la Centrale électrique d’Hanoï, que son appareil est abattu par un missile sol/air S-75 Dvina (code OTAN, SA-2 Guideline).
5 Le porte-parole de la Coalition.
6 Forces spéciales australiennes. Surnommés les Chicken stranglers (étrangleurs de poulets) et Snake eaters (mangeurs de serpents).

 

 

A Propos Jacques Borde

Consulter aussi

Le Poids des mots, le Choc des formules ! & après ?…

| Ordo rerum | Questions à Jacques Borde | Air du temps, les principaux acteurs …

Ce site utilise des cookies. En acceptant ou en poursuivant votre visite, vous consentez à leur utilisation .

Les paramètres des cookies sur ce site sont définis sur « accepter les cookies » pour vous offrir la meilleure expérience de navigation possible. Si vous continuez à utiliser ce site sans changer vos paramètres de cookies ou si vous cliquez sur "Accepter" ci-dessous, vous consentez à cela.

Fermer