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Plantage Jupito-régalien aux Antilles ?

| Guerre Vs DA’ECH | Questions à Jacques Borde |

Jamais l’adage voulant qu’on juge un arbre à ses fruits n’a été autant d’actualité. Pas de chance pour Emmanuel Macron, déjà au plus bas dans l’estime & le crédit que lui portent les Français, le drame – attendu donc largement anticipable (sic) – qui s’est abattu sur les Antilles françaises a montré que des postures jupitéro-bonapartistes à des marqueurs comme le Pont d’Arcole, il y a bien un abîme. Des caméras dans la Cour du Louvre ne font pas un Pharaon. Encore que ces derniers aient su marquer l’Histoire. Y compris par leur sagesse à gérer les crises. À la suite du match nul de Qadesh1, Ramsès II & le roi hittite Hattusili III, signent à la fois un pacte de non-agression, un pacte d’assistance mutuelle & même des clauses mutuelles d’extraditions de réfugiés : le Traité éternel ou Traité d’argent, le nom même de Qadesh (si ma mémoire est bonne) n’y figurant pas.
Quel rebond, notre jupitérien Macron saura-t-il trouver suite à son Qadesh antillais ? Il est, évidemment trop tôt pour le dire. Mais la résilience tranquille du pouvoir élyséen aura aussi à gérer les affres d’une commission d’enquêtes…

| Q. Macron, enfin, aux Antilles, vous en pensez quoi ?

Jacques Borde. Trop tard, trop peu. Comme l’a amèrement souligné une amie sur Facebook : « …Son départ aux Antilles, correspond pile poil aux manifs qui vont se dérouler à Paris ».

Propos, certes, peu affables. Mais au grand jeu médiatique, qui se met à l’abri et de quoi ? Et l’argument, pour discutable qu’il soit, se répand comme une traînée de poudre.

| Q. Quel regard portez-vous sur les événements de Saint-Martin et de Saint-Barth ?

Jacques Borde. Celui d’une brouillonne incompétence de la part de nos pouvoirs publics bien à la peine pour assurer la continuité des services de l’État.

Ce que le député d’opposition Éric Ciotti a appelé « défaut d’anticipation », estimant qu’« on aurait du mieux prépositionner des forces, des unités de sécurité civile pour protéger les populations, des militaires »2.

Certains des hauts fonctionnaires en place choisissant tout simplement de tirer leur révérence pour aller de mettre à l’abri, abandonnant ainsi leurs administrés à leur triste sort.

Des personnels qui doivent se féliciter de (si mal) servir la France. En Chine notamment, certains auraient déjà été passés par les armes pour crime contre le peuple.

Idem pour notre compagnie nationale de transport aérien qui, si certains faits se vérifient, se serait comportée non pas comme un acteur responsable du secteur mais comme le chef de file du Crime aérien organisé. Ni plus ni moins.

| Q. Vous parlez de juger des responsables ?

Jacques Borde. Évidemment. Cela se fait, vous savez. Comme les Italiens qui ont jugé et dûment condamné le commandant du Costa Concordia, Francesco Schettino, derrière les barreaux aujourd’hui.

Pourquoi ceux qui, sur les drames de Saint-Martin et de Saint-Barth, ont ainsi failli, devraient-ils s’en tirer à si bon compte ?

| Q. Il y aura bien une commission d’enquête ?

Jacques Borde. Cela semble acquis.

Interrogé le 11 septembre 2017 sur France-2, le ministre de l’Intérieur, Gérard Collomb, n’a pas exclu d’accéder à la requête de l’opposition, déclarant que « Sur les commissions parlementaires, nous nous sommes pour l’évaluation et donc nous acceptons volontiers une commission parlementaire. Ils verront combien les équipes étaient mobilisées ».

Effectivement, nous verrons bien…

| Q. Quelles lacunes vous choquent précisément ?

Jacques Borde. D’abord, quelques éléments factuels. De quoi parle-t-on exactement ?

Comme l’a rappelé une amie sur Facebook : « … Saint-Martin est une petite île d’un peu plus de 600 kilomètres carrés – un dixième du Finistère – peuplée par seulement 35.000 habitants ! Que La superficie de la Floride représente un tiers de celle de la France pour 20 millions d’habitants ! En d’autres termes, l’État Français a été mis à genoux par un ouragan ayant frappé l’équivalent d’une petite ville hexagonale comme Alfortville là où les USA assurent, dans l’ordre, la gestion d’une crise impliquant l’équivalent d’un tiers de la population française ».

| Q. Mais quels types de lacunes, iriez-vous souligner ?

Jacques Borde. La listes est longue comme le bras. Une qui me vient immédiatement à l’esprit : le Premier ministre, Édouard Philippe, a répondu à ceux qui se demandaient pourquoi une évacuation aérienne de Saint-Martin n’a pas été mise en place avant la venue de l’ouragan, arguant que la chose était « impossible ».

Or, c’est entièrement faux. En effet, le 106th Rescue Wing (106th RQW)3 de l’Air National Guard de l’État de New York a bien évacué 1.300 Américains de Saint-Martin en un temps record.

Sinon, parlons plutôt de désastre et non pas de lacunes

| Q. Désastre ou incompétence ?

Jacques Borde. Les deux en fait.

Au point où nous en sommes, 700 gendarmes et/ou CRS auraient été dans l’incapacité matérielle d’assurer la sécurité d’un territoire aussi restreint. Rappelons aussi qu’à Saint-Martin, la France n’a sous son égide que, territorialement, 63% de l’île.

À se demander s’il ne faudrait pas refiler le bébé à des gens plus déterminés à régler ce type de situation dégradée : Na Sa Kha4, ou une bonne vieille Marine Expeditionary Unit (MEU)5. Après tout les seconds ne sont pas loin. Je ne sais trop qui sont les fainéants (sic) dont nous parle le chef de l’État. Mais question courage et efficacité, le bilan n’est pas brillant dans nos Antilles françaises abandonnées de beaucoup.

À noter que le BPC Mistral (L9013), notre principal outil de projection n’était toujours pas sur zone au moment où ces lignes étaient écrites.

| Q. Dites-moi, le constat général n’est pas très rassurant ?

Jacques Borde. Non. C’est le moins qu’on puisse dire. Sur ce sujet le propos de Laurent Ozon sont plus qu’éclairant.

Que nous dit-il ? Que « Les pillages qui suivent les catastrophes dans les sociétés multi-ethniques démontrent que la peur de la police est leur seul ciment. Lorsque dans ces moments, l’armée ou la police perdent leurs moyens, on mesure la sincérité des liens générés par le vivre-tous-ensemble. Le contrat social ne peut suffire à faire tenir ensemble des peuples sans un État policier et un contrôle serré des citoyens. Lorsque l’État s’affaiblit, la société révèle sa véritable nature. Nous en avons une fois de plus l’évidente démonstration. On peut le regretter mais c’est ainsi. Le destin des sociétés multi-ethniques est de devenir des sociétés liberticides et étatistes ».

| Q. Mais qu’en est-il réellement de la sécurité ou de l’absence de sécurité ?

Jacques Borde. Je ne suis pas sur place. Mais le le porte-parole du gouvernement, Christophe Castaner, commentant le sujet, a indiqué qu’« Il y avait 11 pharmacies, 8 ont été détruites, 3 pillées par des gens qui, face à la panique, ont fait ce qu’ils n’auraient jamais fait à aucun autre moment ».

Je note donc que l’État français n’est pas à même d’assurer la sécurité basique d’une zone aussi limitée que celle couverte par une douzaine de pharmacies. Inquiétant tout de même.

La question n’étant évidemment pas une question de personnels, mais d’ordres et de règles d’engagements. Donc de responsabilités étatiques non assumées.

Ou comme l’a résumé une amie : « En Floride – qui représente un tiers de la France en superficie et population – gestion ultra-professionnelle de la crise par Trump. À Saint-Martin, Macron et le gouvernement français incapables de prendre en charge l’équivalent d’une petite ville hexagonale de 35.000 habitants ».

| Q. Quelle leçons immédiates doit-on en tirer ?

Jacques Borde. Primo. Que nos capacités de projection sont dans un état dramatique. Que nous ne savons ni les gérer ni les mettre en œuvre.

À noter que les deux îles en question étant de zones de forte densité touristique, nos autres petits camarades de l’Union – dont la seule excuse est qu’ils attendaient que les pouvoirs publics français fassent leur travail – n’ont guère fait mieux que nous.

Secundo. Il s’agit bel et bien d’un fiasco français avant tout. À Saint-Martin, les autorités néerlandaises ont mieux anticipé et mieux réagi. Comme quoi…

| Q. En est-on certain ?

Jacques Borde. C’est, en tout cas, ce qu’a affirmé l’ex-ministre socialiste de l’Outre-mer, Victorin Lurel, qui a souligné « ce qui a été fait dans la partie néerlandaise de l’île, avec des soldats, l’armée qui est dans tous les quartiers et qui contrôle (…). Ça n’est pas le cas dans la partie française ».

Croire que cela serait dû au fait que Saint-Martin est bien un État constitutif du Koninkrijk der Nederlanden6, au même titre, peu ou prou, qu’Aruba, Curaçao, et les douze provinces, et pas seulement une ancienne excroissance coloniale serait évidemment parfaitement illusoire.

Tertio. Ce qui doit être déduit de cette triste expérience, c’est aussi l‘inadéquation totale de notre modèle de sécurité énergétique. Comme l’a rapporté Challenges, « L’Europe concentre 91% de la production mondiale d’électricité par éoliennes offshore »7.

Il s’agit là clairement d’une aberration stratégique majeure : loin de nos côtes, ces sites de production ne sont, de fait, absolument pas protégés. Si nous sommes dépassés, au bout d’une semaine, par le fait que 8 des 11 pharmacies de Saint-Martin soient toujours hors d’état de fonctionner, comment pouvons-nous espérer garantir la sécurité minimale de nos sites offshore à la merci de la moindre attaque ennemie ?

Un peu comme si nos centrales nucléaires étaient non gardées et dépourvues de murs d’enceinte…

Notes

1 Bataille de Qadesh, elle a eu lieu aux environs de 1274 av. J.-C. A opposé les deux plus grandes puissances du Moyen-Orient de l’époque : l’empire hittite de Muwatalli et le Nouvel Empire égyptien de Ramsès II. Cette bataille, qui oppose deux modèles militaires accomplis, s’est déroulée aux abords de Qadesh (Syrie). À ce sujet, Wikipédia note que « Son résultat est discuté parce qu’il semble indécis. Bien qu’ayant commencé à l’avantage des Hittites, elle se solde par un renversement de situation en faveur des Égyptiens, mais il est parfois considéré que les Hittites sont vainqueurs si on tient compte des gains territoriaux obtenus après le conflit ».
2 Grand Jury LCI/RTL/Le Figaro (10 septembre2017).
3 Dépend de l’Air Force Special Operations Command (AFSOC) et est basé sur Francis S. Gabreski ANG Base.
4 Gardes-frontières birmans.
5 Auparavant appelée Marine Amphibious Unit (MAU), la plus petite force opérationnelle air-sol de Marines (MAGTF) du US Marine Corps (également abrégé en Marinesou par le sigle USMC). Chaque MEU est une force expéditionnaire rapidement déployable et prête pour une réponse immédiate pour n’importe quelle crise.
6 Royaume des Pays-Bas.
7 Challenges n°532 (7 septembre 2017).

 

A Propos Jacques Borde

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