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Trump & Macron : Rentrées difficiles…

| Guerre Vs DA’ECH | Questions à Jacques Borde |

Pour des raisons diamétralement différentes, voire opposées, Paris & Washington auront, chacun, eu une rentrée 2017 délicate. À noter l’intelligence de Donald J. Trump & d’Emmanuel Macron, qui auront choisi, en amont, de ne pas s’affronter. Rentrées Avec des soucis souvent communs aux deux primi inter pares. Notamment la présence à leurs côtés de bien approximatifs chefs de leur diplomatie : le US Secretary of State, Rex W. Tillerson d’un côté & Jean-Yves Le Drian. Tous deux présentant le même défaut : ne pas être très appliqués à suivre qui la ligne de l’Oval room, qui la ligne de l’Élysée

Q. Croyez-vous que Paris puisse mettre en place une aide militaire particulière pour épauler les nouveaux efforts américains en Afghanistan ?

Jacques Borde. Il est trop tôt pour le dire. De toute manière, la France, membre de l’OTAN, soutient déjà l’opération Resolute Support ce qui nous place aux côtés des autorités afghanes dans leur lutte inégale contre le terrorisme.

Par ailleurs, comme l’a rappelé le Quai d’Orsay, « Nous sommes également engagés à titre bilatéral auprès de nos alliés afghans en matière de coopération de sécurité et de défense, notamment dans les domaines du conseil et de la formation, dans le cadre du Traité d’amitié et de coopération signé en 2012 ».

Q. Faut-il en faire plus, selon vous ?

Jacques Borde. Non, je ne le crois pas. Il serait plus opportun de nos occuper de nos propres affaires.

Q. Vous n’êtes pas favorable à ce que nous soutenions les efforts de l’administration Trump ?

Jacques Borde. En Afghanistan ? Non absolument, pas. La politique interventionniste des États-Unis, qu’elle soit de Trump ou d’Obama, ne nous regarde pas et ne nous engage pas de manière automatique. Je vous l’ai dit, et vous le répète : nous n’avons rien à faire en Afghanistan.

Q. L’administration Trump commence à préciser ses intentions vis-à-vis de l’Iran. Pensez-vous que l’AIEA devrait faire des inspections surprises sur le sites militaires en Iran, comme le suggèrent certains ?

Jacques Borde. Que l’AIEA1 fasse déjà ce pourquoi a elle a été mandatée. Nous rappelons que l’Iran fait d’ores et déjà l’objet d’un régime de vérification très rigoureux.

Comme l’a rappelé le Quai d’Orsay : au titre du Protocole additionnel et de l’accord dit JCPOA (Joint Comprehensive Plan of Action) entre les E3/EU+32 et l’Iran, dès lors que l’l’AIEA « dispose d’une information qui fait naître une préoccupation légitime, elle a la possibilité de chercher à lever cette préoccupation en demandant un accès à tout site, y compris militaire, avec un délai très court, en général de 24h ».

De manière générale, et au-delà du cas iranien, « des inspections sans aucun préavis ne sont juridiquement possibles que dans des installations déclarées au titre de l’accord de garanties (paragraphe 84 de l’INFCIRC/153) et dans les modalités définies au préalable entre l’AIEA et les autorités de sécurité de gouvernement du pays concerné ».

Donc, « des visites totalement inopinées sont donc possibles en Iran et ont lieu régulièrement sur certains sites déclarés ».

Le problème est que, globalement, si l’Accord 5+1 sur l’Iran est une vaste pétaudière (Merci Obama et sa clique), sa remise à plat peut aussi déboucher sur sa dénonciation pure et simple par les Iraniens.

| Q. Vous voulez dire qu’il vaut mieux un mauvais accord que pas d’accord du tout ?

Jacques Borde. Pas forcément. L’idéal c’est le bon accord. Plus facile à dire qu’à faire.

Mais je vous rappelle que renverser la table, cela voudrait aussi dire, parlons-là d’hypothèse plausible, repartir pour dix ans de négociations…

| Q. Quid des Iraniens ?

Jacques Borde. Là aussi, difficile à dire. Mais, déjà, des voix au sein du Majles-é-Shora-yé-Eslami3 proposent de relancer le programme des centrifugeuses.

Donc, dossier plutôt explosif…

| Q. Que vouliez-vous dire par « Il serait plus opportun de nos occuper de nos propres affaires » ?

Jacques Borde. Simplement, ceci, Trump ou pas Trump, ce sont les intérêts de la France qui prévalent. Or il y a des dossiers concrets qui pourraient tourner au vinaigre…

| Q. Comme ?

Jacques Borde. La vente (rêvée) de Rafale à la Belgique.
Notre voisin du nord, ou plutôt la Composante air4 de l’armée belge depuis le 1er janvier 2002, a reçu les réponses des industriels à son appel d’offre pour le remplacement des F-16AM/BM. Or, Paris (ou Dassault ce qui est strictement la même chose5) ne déposera pas de réponse à l’appel d’offre belge.

En fait, seuls Lockheed-Martin avec le F-35A Lighning II et le consortium Eurofighter avec le Typhoon II ont déposé des dossiers.

| Q. La France se retire ?

Jacques Borde. Non. Nous refusons tout simplement de jouer la partie de l’appel d’offre.

La ministre des Armées, Florence Parly, a même annoncé le 7 septembre 2017 avoir proposé « au ministre de la Défense du Royaume de Belgique la mise en place d’un partenariat approfondi ».

Un « partenariat structurant » (sic) « qui pourrait prendre la forme d’un accord intergouvernemental, comprendrait la fourniture de l’avion de combat Rafale, mais aussi une coopération approfondie entre nos deux armées de l’Air dans les domaines opérationnels, de formation et de soutien, ainsi qu’une coopération industrielle et technique impliquant des entreprises des deux pays ».

| Q. Et ça ne fait pas, un peu, plan sur la comète ?

Jacques Borde. Si. Beaucoup même. C’est notre traditionnelle arrogance qui reprend le dessus. Et que, depuis le marché égyptien, nous sommes toujours dans les starting blocks quant aux appareils livrés.

| Q.Mais le Rafale est un excellent appareil ?

Jacques Borde. Oui. Mais, désolé de le dire, tout le monde s’en fiche un peu. Je veux dire : ça n’est pas ça le sujet.

| Q. Que voulez-vous dire ?

Jacques Borde. Plusieurs choses, en fait. Côté français, l’avionneur nous ressort sa petite musique sur le Rafale, meilleure bête de guerre de sa catégorie.

Version (rentrée 2017) qui nous donne, mode allegro andante, que « le Rafale a démontré de façon incontestable sa totale interopérabilité OTAN en opérations de combat. Ses coûts d’acquisition et d’utilisation sont connus et sans surprise, et sa conception garantit à la Belgique de rester à la pointe de la technologie dans les 40 à 50 années qui viennent ».

C’est, peu ou prou, ce nous serinons depuis vingt ans à tous nos acheteurs potentiels, alors que :

1- l’Al-Qūwāt al-Malakiyyah al-Jawwīyä al-Maghribiya6 a choisi le F-16 C/D Block 52, en 2008 : 24 commandés pour un montant de 2,4 Md$US. À savoir que sur les 24 appareils livrés, un appareil aurait été abattu au Yémen7, portant ainsi la flotte marocaine à 23 unités ;
2- la Suid Afrikaanse Lugmag/South African Air Force (SAL/SAAF)8 a opté pour le JAS 39 Gripen C/D ;
3- la Bhāratīya Vayu Sēnā9 avait lancé, rappelons-le, un appel d’offres initial de 126 appareils. Contre 36 commandés à ce jour.

Soit 90 de chute.

Pour être complet, ajoutons la commande destinée à l’Al-Quwwāt al-Jawiyya al-Imārātiyya al-Qatariya (QEAF)10 portant sur 24 appareils…

| Q. Mais les performances du Rafale ?

Jacques Borde. La encore, arrêtons de nous bourrer le mou. Certes, le Rafale est combat proven, mais :

1- uniquement en tant que camion à bombes, comme le F-15E Strike Eagle11 ;
2- tous ses exploits guerriers ont eu lieu face à des adversaires dépourvus de réels moyens de défense aérienne ;
3- sa maintenance, surtout dans des environnements dégradés comme le Sahel, est extrêmement lourde et coûteuse. Une des raisons pour lesquelles il aurait fallu que nous gardions en parc nos vénérables Mirage F1 ;
4- en dehors d’exercice extrêmement codifiés, le Rafale n’a jamais abattu (sic) un autre appareil de sa génération au combat.
5- La décision de Bruxelles sera une décision géopolitique, dans laquelle les qualités intrinsèques du Rafale compteront, pour ainsi dire, pour des prunes.

| Q. Mais en quoi, notre posture de retrait nous serait-elle préjudiciable ?

Jacques Borde. En ce sens, justement, qu’elle se fait désormais hors appel d’offres. Nos concurrents, nos amis américains et britanniques pas vraiment des petits joueurs, ne se priveront pas d’argumenter autour du fait que nous nous sommes motu proprio mis hors jeu.

Autrement dit, notre doctrine quant au contrat belge peut se résumer en ces quelques mots : Ça passe ou ça casse !

Notes

1 Pour Agence internationale de l’énergie atomique.
2 Pour l’Allemagne, la France, l’Italie + la Chine, les É-U et la Russie. Groupe informel…
3 Assemblée consultative islamique, le parlement iranien.
4 Ou Luchtcomponent/Luftkomponente. S’intitulait auparavant Force aérienne belge/Belgische Luchtmacht /Belgische Luftmacht.
5 Mais qui, au moment, où cet article était bouclé, n’avait pas commenté les faits.
6 Armée de l’Air marocaine.
7 Certaines sources peu sérieuses avaient fait état de la perte d’un F-16 séoudien. Or, la RASF n’a pas de F-16 en parc.
8 Armée de l’Air sud-africaine.
9 Armée de l’Air indienne.
10 Qatar Emiri Air Force, Force aérienne de l’Émirat du Qatar.
11 Qui remonte aux années 1980.

 

A Propos Jacques Borde

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