Macron, Lige impénitent de Riyad, se projette au Liban : Sauve qui peut ! [3]

| France / Arabie séoudite Vs Liban | Questions à Charlotte Sawyer & Jacques Borde |

Simple question : qui a sonné le clone élyséen de Riyad, Jupi-Macron, pour aller ainsi donner ses instructions (sic) à nos frères libanais en deuil ? Entre forgeries, mensonges & humiliations : jusqu’où descendra le régime de Paris & son MBS du pauvre dans son rôle de proxy docile d’une pétromonarchie wahhabî, surtout experte en crimes en série au Yémen, autre pays trahi par Paris, sans parler des autres ? Une forme de délire néo-mandataire semblant même agiter quelques esprits passablement dérangés du régime de Paris. Épisode 3.

« Le cabinet a reçu ce document 14 jours avant l’explosion et a agi à ce sujet quelques jours plus tard. Les précédentes administrations ont disposé de six ans et n’ont rien fait du tout ».
Un représentant de Hassane Diab, Premier ministre libanais sortant.

« Certains ont dit que le Hezbollah portait une responsabilité car il contrôle le port. Il s’agit également d’un mensonge. Nous ne contrôlons pas le port de Beyrouth. Nous ne savons pas ce qui s’y trouve. Le port de Beyrouth n’est pas de notre responsabilité(…). Nous connaissons mieux le port de Haïfa [dans le nord d’Israël, NdlR], que celui de Beyrouth, dans le cadre de l’équilibre de terreur » avec l’ennemi.
Sayyed Hassan Nasrallâh, secrétaire général du Hezbollah.

| Q. Macron à Beyrouth : qu’allait-il vraiment faire dans cette galère ?

Jacques Borde. On se le demande.

Mais, comme l’a noté Olivier Piacentini : « … Macron s’est précipité sur place, pour rencontrer le peuple libanais et constater les dégâts. Adoptant en cela une posture mitterandienne : le président socialiste avait derechef pris l’avion pour se rendre sur les lieux de l’attentat du Drakkar en 1983. Sauf que cet attentat visait l’armée française, et le président avait ainsi accompli avec majesté son devoir de président, comme tous les partis l’avaient salué à l’époque (et jusqu’au FN de Jean Marie Le Pen). Dans la situation présente, rien ne s’imposait. D’autant que Macron a largement outrepassé le cadre de sa fonction, en pointant sur place les manquements du gouvernement libanais, alors même que les circonstances du drame sont encore assez floues : l’éventualité d’un attentat ne peut être écartée. Dans ce cas, en quoi le gouvernement libanais pourrait-il être tenu pour responsable du drame ? N’y a-t-il pas de la précipitation déplacée de la part de notre président ? ».

| Q. Et pourquoi cette hâte ?

Jacques Borde. Suivez l’argent toujours ! Le « pognon de dingue » dixit Macron.

Or, continue Olivier Piacentini : « … Parmi les 1.800 grands donateurs qui ont contribué à sa campagne de 2017 en lui apportant 9 millions d’euros, 180 étaient des libanais : les virements partaient directement de comptes bancaires ouverts dans ce pays. Il faut dire que le trésorier de sa campagne n’était autre que Bernard Mourad, ancien du groupe Altice (groupe de Patrick Drahi propriétaire de SFR, BFM TV et RMC) et franco- libanais de nationalité. Le même Bernard Mourad avait d’ailleurs été pressenti il y a deux ans pour s’occuper du dossier de la privatisation des Aéroports de Paris, en tant que pdg de la Banque Merrill Lynch, poste qu’il occupe depuis… Dans ce contexte, et sans pouvoir avec certitude affirmer que Macron défend des intérêts privés, on peut tout de même s’interroger sur son empressement à venir sur place, et surtout à humilier le président Aoun et le gouvernement, se poser en solution de recours si les choses n’avançaient pas comme il le souhaite : une telle posture a été largement dénoncée comme du néocolonialisme dans la presse française, mais également libanaise. On nous dira que Macron a déjà souvent par le passé fait preuve d’une attitude cavalière à l’endroit des dirigeants étrangers sur leur propre sol : voir la visite au Burkina Faso en 2018… On ne peut aussi tout à fait oublier ses liens avec des intérêts privés, qui l’ont puissamment soutenu en 2017... ».

Is fecit cui prodest, disaient même les Anciens Romains. Sans aller jusque-là…

| Q. Le Liban actuellement, ça ressemble un peu à une grenade dégoupillée…

Charlotte Sawyer. Un peu, oui. Une situation type Catch 22 où chacun attend de son voisin qu’il la ramasse pour la jeter le plus loin possible.

Jacques Borde. Or, sur ce point, je donne entièrement raison à Eber Haddad qui nous rappelle que « Le Liban est un pays sensibles dans une zone très instable et il est quasi certain que le monde entier va se précipiter pour aider ce pays à se relever. Dans cette région, plus que toute autre, la nature a horreur du vide et si le Liban devient une sorte de Somalie, en plein Moyen-Orient, cela aura des répercussions dans toute la Méditerranée et très certainement dans une grande partie de l’Europe. La Chine attend, tapie dans l’ombre, de voir si elle peut récupérer à vil prix, les oripeaux de l’Etat libanais, miné par la corruption, comme elle l’a fait pour le Sri Lanka, le Zimbabwe et bien d’autres. Elle rêve d’avoir les pieds sur les rives de la Méditerranée et d’y installer des bases portuaires pour commencer et militaires par la suite ».

Alors, évitons de jouer avec le feu et de tirer les marrons du feu pour qui que ce soit.

| Q. Quid du rôle du Hezbollah, en cette affaire ?

Jacques Borde. Partageant, comme beaucoup, la thèse accidentelle du drame, j’ai beau chercher je ne vois pas de rôle direct et précis à attribuer au Hezbollah en cette affaire. Sauf à être membre d’un gouvernement qui n’a pas su régler un problème majeur qu’il avait sous le nez. Mais guère plus qu’à l’arrivée de la cargaison maudite à Beyrouth, il y a six ans, dans laquelle ni le gouvernement actuel ni le Hezb n’ont joué de rôle.

Quant à la colère des Libanais, si elle est bien réelle, elle ne touche pour l’instant, que quelques milliers de personnes qui se sont rassemblées à Beyrouth (et à Beyrouth seulement semble-t-il) pour dénoncer la corruption et la mauvaise gestion des services publics par une élite politique accusée de détourner à son profit les finances publiques. Accusation qui vise l’ensemble de la classe politique et pas seulement le Hezbollah.

Pour le reste, en l’état des infos et sources (abondantes) que j’ai dû trier :

1- l’entrepôt n’aurait rien à voir avec la Russie ou le Hezb. Il appartiendrait à une société privée russe. Détails dans un prochain entretien.
2- rien n’indique que le nitrate d’ammonium ait été acheminé à Beyrouth à l’initiative du Hezbollah.
3- rien n’assure que le nitrate d’ammonium ait, à un moment donné, appartenu au Hezbollah.
4- Il est très peu crédible que le Hezbollah ait eu une réserve de munitions dans le port de Beyrouth qui se trouve en territoire ennemi (sic). Le port est dans le secteur oriental de Beyrouth. Voir la carte ci-jointe de Beyrouth qui fait référence à la période de 1975 à 1990. Pendant la guerre civile, Beyrouth a été divisée sur l’axe de la route de Damas (la fameuse Ligne verte). Le secteur de l’Est, était – et est toujours – la soi-disant zone chrétienne. Le secteur occidental, était – et est toujours – la zone soi-disant musulmane, mais sunni musulmane. Les districts, ou fiefs, du Hezbollah sont essentiellement situés dans la banlieue sud de la capitale.
5- en fait, il faut toujours creuser un petit peu : c’est le Premier ministre israélien, Binyamin Bibi1 Nétanyahu, en 2018 à l’Assemblée générale des Nations-unies, qui avait signalé sur une carte l’entrepôt de nitrate d’ammonium faisant implicitement le lien avec le Hezb. Le Hezbollah aurait-il été assez velléitaire pour conserver ce stock dans un endroit identifié comme cible légitime2 par Tsahal ? On sait qu’au Liban, le pire est si souvent possible. Mais tout de même.
6- le Hezbollah n’a pas besoin du port de Beyrouth, qui se trouve dans une zone échappant à son autorité, car il a accès à l’aéroport international de Beyrouth et dans le sud, aux ports de Sidon et Tyr qu’il contrôle pleinement.
7- le Pentagone et le US Secretary of Defense, Mark Thomas Esper3, soutiennent la thèse de l’accident, tout en disant pis que pendre du Hezbollah.

Charlotte Sawyer. La visite rapide de votre Macron est à lire dans le même contexte. Il aurait dû être immédiatement expulsé avec l’ambassadeur de France suite à ses remarques scandaleuses qui sont une ingérence flagrante dans les affaires intérieures d’une nation amicale et souveraine.

Mais, autre sujet, fors le boucher de Riyad, l’ancienne puissance mandataire du régime de Paris a-t-elle encore de vrais amis au Levant ?

| Q. Macron, vous l’aurez noté je suppose, n’a pas pris à partie le Hezbollah ?

Jacques Borde. Et en retour, le secrétaire général du Hezbollah, Sayyed Hassan Nasrallâh, n’a pas accablé le locataire de l’Élysée. Échange de bons procédés. Mais, notez aussi que :

1- Paris reconnaît le Hezbollah comme une composante politique libanaise. À meilleure preuve, Mohammad Raad, chef du bloc parlementaire du Hezb, a pris part à la réunion de Macron avec les chefs de file des partis politiques, à la Résidence des Pins.
2- Macron, moins expansif en petit comité semble-t-il, n’aurait pas apporté une feuille de route ni évoqué un changement du système politique en vigueur, exhortant simplement son auditoire à opérer les réformes et à « modifier le système », en harmonie avec les aspirations du peuple.
3- à noter qu’au moment où était couché ce passage (10 août 2020, 17h50), Jérusalem n’a évoqué officiellement aucune incrimination criminelle et/ou directe du Hezbollah dans l’explosion survenue mardi dernier. Pas plus que validé la thèse de l’attentat.

| Q. Mais, revenons à Macron : comment autant se planter ?

Jacques Borde. Le Tartartin de Brégançon est :

1- fort mal entouré, je parle là du premier cercle de la forteresse Élysée.
2- il écoute assez peu. Sa femme un peu. Mais trouvez-moi un texte de géostratégie signé de sa main…

Dès lors, comme l’a noté Georges Michel, sur Boulevard Voltaire :

« … Visiblement, comme de Gaulle, Macron semble avoir volé vers « l’Orient compliqué »… avec des « idées simples ». Celles d’un financier qui vient proposer son plan de restructuration de l’entreprise. À prendre ou à laisser, je repasse dans un mois ! Or, les vieux peuples n’aiment pas qu’on leur dise ce qu’ils doivent faire. Si le Pacte national libanais doit être refondé, ce n’est certainement pas à un pays étranger de le dire. Et surtout pas à Emmanuel Macron ! ».

Le problème – le vrai, je veux dire – ça pourrait être les conséquences sur le terrain.

| Q. Jusqu’à quel point ?

Jacques Borde. Ça, Dieu seul le sait.

Donc, Jupi-Atlas4 Macron – qui, en cette affaire, n’est ni Gouraud ni Catroux, encore moins de Gaulle – cacique bancaire plutôt ordinaire mais à l’hybris démesurée, a osé : il a donc conseillé au Liban en pleurs de renouer avec l’ère mandataire et ses heures noires : celles des prédations coloniales-socialistes où à peu près tous les coups de poignards imaginables furent assénés au peuple libanais.

Je ne sais si l’Histoire ressert les mêmes plats. Au Liban, en tout cas, le régime de Paris est allé jeter ses immondices mandataires sur des corps encore chauds. « Celles d’un financier » qui vient se repaitre de vos restes.

Charlotte Sawyer. Il est à craindre que les Libanais sauront s’en souvenir & recevront, si le cas se présente, les néo-mandataires européistes de manière un peu rude.

| Q. Et, nous avons du monde sur place ?

Jacques Borde. Pas seulement nous. Ce week-end, je discutais avec un ami italien, de retour récemment de la FINUL. Peu disert par caractère, on ne peut pas dire qu’il soit enchanté par les développements que vient de connaître le Liban, où beaucoup de ses camarades servent encore.

Charlotte Sawyer. Le souci avec les incompétents de haut vol, ce qu’est indubitablement le primus inter pares du régime de Paris, c’est qu’ils paient rarement les erreurs qu’ils commettent.

Notes

1 Surnom donné, tant par ses adversaires que ses partisans, à Binyamin Nétanyahu, et peu apprécie par celui-ci, dit-on. Qui se consolera en se disant que feu le maître-espion, Rafaël Eitan Hanitman, plus connu sous le nom de Rafi Eitan, lors de son passage dans la Pal’Mach, suite à sa chute malencontreuse dans un trou d’égouts, reçut, à cette mémorable occasion, le surnom de Rafi le puant. Surnom dont il ne réussira jamais à se défaire.
2 Ou legitimate target.
3 Précédemment 23rd Secretary of the Army (2017-2019), lieutenant-colonel à la 101st Airborne Division (Screaming Eagles), a servi en Irak (1990–1991), titulaire de la Bronze Star & du Combat Infantryman’s Badge, notamment.
4 Selon les surnoms que, selon la légende élyséo-macronienne, que lui aurait trouvé sa moitié, dame Brigitte.

A Propos Jacques Borde

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