Erdogan : Sultan néo-ottoman & « Victor » de l’Occident ? [1]

| Kulturkampf | Questions à Charlotte Sawyer & Jacques Borde |

L’Embarras des chancelleries occidentales vis-à-vis d’Ankara est palpable, dirons-nous. Sauf que, quelque part, Erdoğan, fait aussi le sale boulot des lâches & velléitaires Européistes que nous sommes. Après tout, le choix de Sarrāj comme boss d’une partie de Libye esclavagiste fort en court auprès des gauches financiarisées esclavagistes européistes, est aussi à prendre en compte. Alors, Erdoğan sorte de « Victor-nettoyeur » d’un Occident trop émasculé géopolitiquement pour se salir les mains ? Épisode 1.

« La Turquie n’était pas un modèle de comportement en matière de relations internationales, à commencer par celles avec des alliés : mais il faut néanmoins admettre que si, s’il n’y avait pas eu son implication sur le terrain dans le conflit libyen (faire le sale boulot…), dans cette histoire les milices de Haftar auraient occupé Tripoli, expulsant le GNA et Al-Sarraj, soutenu – en paroles – par les Nations-unies et d’Italie ».1
Rugger Stagini, dans Aeronautica & Difesa.

« Le conflit en Libye est entré dans une phase nouvelle, dans laquelle les interventions extérieures ont atteint un niveau sans précédent ».
António Manuel de Oliveira Guterres, Secrétaire général de l’ONU.

| Q. Jérusalem se range du côté d’Athènes, semble-t-il ?

Jacques Borde. Ne mettons pas la charrue avant les bœufs, ça reste de la posture.

Toutefois, le porte-parole des Affaires étrangères, Lior Haiat, vient bien de hausser le ton et d’avertir qu’« Israël suit de près la montée des tensions en Méditerranée orientale (…). Israël exprime son soutien et sa solidarité envers la Grèce concernant ses zones maritimes et son droit à délimiter sa zone économique exclusive ».

Il est aussi à préciser que la ZEE turco-GNA fait peu de cas du projet de gazoduc objet de l’accord israélo-gréco-chypriote de janvier 2020.

Charlotte Sawyer. Guère surprenant, dirai-je. Je suis d’ailleurs assez étonnée que les Israéliens n’aient pas réagi plus tôt face aux provocations répétées d’Ankara.

| Q. Mais, on sent toujours Washington beaucoup moins pointilleux quant aux agissements de la Turquie en Méditerranée ? On ne peut pas dire que les propos de Pompeo aillent dans la bonne direction…

Charlotte Sawyer. Qu’appelez-vous la bonne direction ? La pétaudière néo-munichoise mise en place par la voyoucratie européiste ? Notre US Secretary of State, Michael Richard Mike Pompeo2, est, certes, tout miel avec Erdoğan, mais :

1- Nous autres Américains n’avons que peu d’affect quant à l’identité de celui qui régentera la Méditerranée. Rappelons que, vu des rives du Potomac – à l’exception notoire de l’Égypte, mais qui reste magré tout un asset pro-américain – tous les acteur du petit jeu méditerranéen sont des membres de l’OTAN. Pourquoi, nous demander de choisir un champion plus qu’un autre dans cette lice ? In fine, le Cumhurbaşkanı3, Reccep Tayyip Erdoğan, nous va aussi bien qu’un autre. Que cela puisse être une erreur est un autre discours.
2- ça n’est pas nouveau. Comme l’a fort bien noté, Maxime Chaix (Deep-News.Media) : « Ce n’est même plus un secret de polichinelle : dans le contexte de la guerre en Syrie, la Turquie a joué un rôle clé dans le soutien de la nébuleuse djihadiste anti-Assad, dont elle recyclera ensuite des milliers de combattants contre les Kurdes syriens puis contre les forces du maréchal Haftar en Libye. Grâce à une fuite de documents passée inaperçue dans les pays francophones, les révélations s’enchaînent sur la stratégie clandestine turque de soutien au djihâd , avec l’appui plus ou moins consentant de différents services spéciaux alliés – dont la CIA. Trafics d’armes, pressions, assassinats, manipulations… ».
3- les Européens que vous êtes n’ont guère été à la hauteur des enjeux…

| Q. Que voulez-vous dire ?

Jacques Borde. Merci à Cameron et à Sarkozy qui, par leur abyssal crétinisme géopolitique, ont fait sauter le verrou libyen et ouvert la boite de Pandoire de la terreur takfirî sub-saharienne.

| Q. Actuellement, diriez-vous que Paris est plus à la hauteur de la situation ?

Jacques Borde. Pas vraiment, en fait.

On a beaucoup parlé de l’épisode peu glorieux du Courbet choisissant, sur ordres élyséens, de tourner casaque. Ce qu’on sait moins, c’est que face à l’équipage du Çirkin, déjà muni de gilets-pare-éclats et des armes à portée de main, semblant donc prêt à repousser l’abordage en règle de fusilliers-marins français afin de contrôler sa cargaison, là encore Paris a préféré renoncer.

Autrement dit, face à l’arrogance du Turcs, le régime de Paris a doublement baissé ses braies.

| Q. Selon vous, ça peut déraper ?

Jacques Borde. Entre la Turquie et la Grèce et/ou la France ? Oui, tout est possible dans ce genre de situation. Imaginez simplement un vrai tir sur un des navires français participant aux manœuvres navales franco-grecques.

Comme l’a dit, le directeur adjoint de la Fondation pour la recherche stratégique (FRS), Bruno Tertrais, interrogé par L’Orient-Le Jour, « Je ne pense évidemment pas que l’un de ces trois États cherche la confrontation militaire. Mais une provocation turque, autorisée ou non au sommet de l’État, est par exemple un scénario tout à fait possible. Avec, à la clé, le risque d’une réaction immédiate de la Grèce. N’oublions pas que ces deux pays ont été en guerre en 1974 ».

| Q. Et les autres Européens ?

Jacques Borde. Plus ou moins, la mème chose.

En février 2018, les Turcs ont empêché les Italiens de l’ENI d’accéder à une zone d’exploration d’hydrocarbures au large de Chypre. Travaux qui avaient l’aval de Nicosie, bien évidemment.

Réaction de Rome : niente !

Comme l’a noté Rugger Stagini, dans Aeronautica & Difesa : « Il s’agit d’un abus resté essentiellement impuni, ce qui n’est pas en faveur de l’Italie. Nous avons l’une des meilleures marines de la Méditerranée: à quoi bon si le gouvernement ne le fait pas intervenir en cas de besoin »4.

| Q. Et, maintenant, les choses s’aggravent?

Jacques Borde. Tout à fait. Au cœur du dossier, les richesses en hydrocarbures sur lesquelles de nombreux pays voudraient faire main basse.

Côté turc, le 10 août 2020, Ankara a déployé un navire de recherche sismique dans une zone prometteuse, entre les îles de Crète et de Chypre. Il est escorté par cinq navires militaires turcs. En réponse, la Grèce a déployé ses propres bâtiments de guerre.

« Nous appelons la Turquie à quitter sans délai le plateau continental grec (…) nous n’allons pas accepter le fait accompli (…). La Grèce va défendre ses droits souverains (…) il n’y aura aucune tolérance à l’égard des tentatives turques », a prévenu le ministre grec des Affaires étrangères, Nikos Dendias. Athènes a, par ailleurs, « déposé une demande pour un sommet d’urgence du Conseil des Affaires étrangères de l’Union européenne », a indiqué le Premier ministre grec, Kyriakos Mitsotakis.

Charlotte Sawyer. (Moue dubitative) Qu’il ait lieu ou pas, ça ne changera rien.

| Q. Qu’est-ce qui pourrait modifier la donne ?

Jacques Borde. L’action d’Ankara intervient alors que Athènes et Le Caire ont signé un accord maritime. Accord qui vise à délimiter les frontières maritimes entre la Grèce et l’Égypte. Une réponse directe à l’accord similaire conclu en novembre entre la Turquie et le Conseil présidentiel du Gouvernement libyen d’union nationale (GNA), de Fāyez Muṣṭafā al-Sarrāj.

Du coup, Mevlüt Çavuşoğlu, en charge du Dışişleri Bakanlığı (DB)5, menace de remettre le couvert : « À partir de fin août, nous allons délivrer des permis pour mener de nouvelles recherches et des forages dans de nouvelles zones (…) dans la partie occidentale de notre plateau continental ».

| Q. Et que dit l’OTAN, assez concernée ?

Jacques Borde. Rien ou presque, comme chaque fois qu’il s’agit de la Turquie. « Cette situation doit être réglée dans un esprit de solidarité entre alliés et en accord avec les lois internationales », a assuré le Secrétaire général de l’OTAN, le Norvégien Jens Stoltenberg,.

Idem, pour l’Union européenne (UE) : « Je ne peux pas vous dire si une décision sera prise aujourd’hui. Mais, bien sûr, nous sommes d’accord sur le fait que la situation en Méditerranée orientale est extrêmement préoccupante et doit être réglée par le dialogue » s’est contenté de répondre le porte-parole du chef de la diplomatie de l’UE, Josep Borrell.

Charlotte Sawyer. On ne va pas très loin avec ce genre de palinodies. Et, ça le très naqshbandi6 et roué Reccep Tayyip Erdoğan, le sait mieux que personne.

[À suivre]

Notes

1 Aeronautica & Difesa, n°406 (août 2020).
2 Ex-directeur de la CIA, élu républicain du Kansas, siégeait à la Commission du Renseignement au Congrès sortant et a participé à la Commission d’enquête sur l’attaque du consulat des États-Unis à Benghazi, en septembre 2012, où l’ambassadeur Christopher Stevens et trois autres Américains ont été tués.
3 Ou Président de la République de Turquie.
4 Aeronautica & Difesa, n°406 (août 2020).
5 Ou ministère turc des Affaires étrangères.
6 Soit membre de haut vol de la Tariqa naqshbandiyya, une des quatre principales confréries soufies. Elle tire son nom de Khwaja Shâh Bahâ’uddîn Naqshband, qui est considéré comme son maître, bien que ne l’ayant pas fondée. Abû Ya’qûb Yûsuf al-Hamadânî, né en 1140, et ‘Abd al-Khâliq al-Ghujdawânî, né en 1179, sont les fondateurs des principes de cette voie soufie. Le soufisme compte 41 branches initiales de confréries soufies, dont 40 tirent leurs secrets spirituels de Ali ibn-Abi Talib, le gendre du prophète. Les Soufis expliquent ce fait par cette tradition prophétique (hadith) rapportée par Tirmidhi où Mahomet dit : « Je suis la cité de la science et Ali en est la porte ». L’initiation d’Ali a été faite par le dhikr (évocation, mention, rappel, répétition rythmique, du nom de Dieu) Lâ ilâha illa-llâh, en français : Je témoigne qu’il n’y a pas de divinité autre que Dieu (tawhid).

 

A Propos Jacques Borde

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