Erdogan : Sultan néo-ottoman & « Victor » de l’Occident ? [2]

| Kulturkampf | Questions à Charlotte Sawyer & Jacques Borde |

L’Embarras des chancelleries occidentales vis-à-vis d’Ankara est palpable, dirons-nous. Sauf que, quelque part, Erdoğan, fait aussi le sale boulot des lâches & velléitaires Européistes que nous sommes. Après tout, le choix de Sarrāj comme boss d’une partie de Libye esclavagiste fort en court auprès des gauches financiarisées esclavagistes européistes, est aussi à prendre en compte. Alors, Erdoğan sorte de « Victor-nettoyeur » d’un Occident trop émasculé géopolitiquement pour se salir les mains ? Épisode 2.

« Seules des solutions politiques et le plein respect de l’embargo sur les armes imposé par les Nations-unies permettront de sortir de la crise libyenne. Mais la diplomatie ne peut aboutir que si elle est appuyée par l’action. Cette opération sera essentielle et contribuera de manière évidente à promouvoir la paix dans notre voisinage immédiat, grâce à un cessez-le-feu permanent ».
Josep Borrell, à propos d’Irini.

« La France, en particulier, devrait cesser de prendre des mesures qui accentuent les tensions. Ils n’obtiendront rien en se comportant comme des caïds ».
Mevlüt Çavuşoğlu, chef de la diplomatie turque.

« Erdoğan le fourbe prétend qu’il veut privilégier le « dialogue et les négociations » : violation des eaux grecques, ciblage des navires français, bombardements en Irak, violation de l’embargo sur les armes en Libye. Dialogue de loups pour les dupes… ».
Me. Gilbert Collard.

| Q. À propos, pourquoi traiter Erdoğan de « Victor-nettoyeur » ?

Jacques Borde. Il s’agit d’un clin d’œil au film de Luc Besson, Nikita, où apparaît le personnage de Victor, campé par Jean Reno, nettoyeur des opérations noires d’un SR francais. Le bon Victor dissolvant à l’acide les cadavres confiés à son expertise.

| Q. Et les appétits turcs, ça n’implique pas plus que ça les Européens ?

Jacques Borde. Si, bien sûr.

Existe la mission Irini1, qui a été approuvée par les Nations-unies, le 13 mars 2020, dont le but principal est (ne riez pas) de vérifier le bon respect de l’embargo militaire imposé à la Libye par le biais des Résolutions 2292 et 2473 du Conseil de sécurité des Nations-unies.

Une mission confiée au Contrammiraglio Fabio Agostini, qui doit trouver le temps longs à compter les véhicules blindés de la Türk Kara Kuvvetleri (TKK)2, qu’Ankara débarque par navires entiers en Libye.

| Q. Et, c’est tout ?

Jacques Borde. Non, Irini a bien tenté d’intercepter et contrôler un cargo battant pavillon tanzanien. Mais escorté par deux batîments de la Türk Deniz Kuvvetleri (TDK)3, particulièrement agressifs, le contrôle a avorté lamentablement.

Le mandat de l’opération Irini durera initialement jusqu’au 31 mars 2021 et est placé sous la surveillance étroite (sic) des États membres de l’UE, qui y exercent le contrôle politique et en assurent la direction stratégique, par l’intermédiaire du Comité politique & de sécurité (COPS), sous la responsabilité du Conseil et du Haut représentant de l’Union pour les affaires étrangères & la politique de sécurité.

À titre de tâches secondaires, Irini :

1- surveille également les exportations illicites, depuis la Libye, de pétrole, de pétrole brut et de produits pétroliers raffinés et recueillera des informations sur celles-ci
2- contribue au développement des capacités et à la formation des garde-côtes libyens et de la marine libyenne en matière d’opérations répressives en mer
3- contribue au démantèlement du modèle économique des réseaux de trafic de migrants et de traite des êtres humains grâce à la collecte d’informations et à l’organisation de patrouilles aériennes

Parallèlement au lancement de l’opération Irini, l’opération EUNAVFOR MED actuelle en Méditerranée, Sophia, a cessé ses activités. Autrement dit, c’est Open Bar à la fois :

1- pour les opérations militaires de la Turquie en Libye.
2- la traite négrière mise en place par la gauche financiarisée esclavagiste européiste.

Mais le gros souci actuel en Méditerranée, c’est l’établissement de la Zone économique exclusive (ZEE), mise en place par Ankara et le Gouvernement libyen d’union nationale (GNA), de Fāyez Muṣṭafā al-Sarrāj.

| Q. ZEE ?

Jacques Borde. Vous avez raison, commençons par le début : Une Zone économique exclusive (ZEE) est, d’après le droit de la mer, un espace maritime sur lequel un État côtier exerce des droits souverains en matière d’exploration et d’usage des ressources. Elle s’étend à partir de la ligne de base de l’État jusqu’à 200 milles marins (370,42 km) de ses côtes au maximum, au-delà il s’agit des eaux internationales. Le terme est parfois abusivement appliqué aussi aux eaux territoriales et aux extensions possibles du plateau continental au-delà de ces 200 milles marins (370,4 km). La confusion vient du fait que les zones de pêche sont définies par les limites extérieures des ZEE. Elles comprennent donc notamment les mers territoriales.

Dans une certaine indifférence internationale, le 27 novembre 2019 donc, Erdoğan signe son accord avec Fāyez Muṣṭafā al-Sarrāj, qui relie les zones maritimes des deux pays en traçant de nouvelles frontières qui rognent sur la zone maritime grecque au sud de la Crète.

Là, en l’espèce, la ZZE turco-GNA fait comme si Chypre et la Crète n’existaient plus.

| Q. Mais, dites-moi, finalement, les Italiens ne semblent pas tellement embarrassés par l’activisme turc ?

Charlotte Sawyer. Effectivement, tant le ministro degli Affari esteri & della Cooperazione internazionale4, Luigi Di Maio, que celui de la Difesa5, Lorenzo Guerini, qui se sont succédés à Ankara, ont fait montre d’une étonnante modération dans leurs échanges avec leurs homologues turcs : Mevlüt Çavuşoğlu, en charge du Dışişleri Bakanlığı (DB)6, et le ministre turc de la Défense, le tuğgeneral7, Hulusi Akar.

Comme quoi !

Ceci dit, les accommodements italo-turcs, n’empênant nullement l’industrie d’armement italienne de tailler des croupières à la notre en Égypte.

| Q. Je reviens dessus : on a quand même l’impression que les rodomontades élyséennes c’est un peu du genre : « retenez-moi, ou je fais un malheur » ?

Jacques Borde. Oui. Le tout dans un environnement géopolitique, qui de toute évidence, échappe aux « caïds » du régime de Paris, comme les nomme, assez justement in fine, Mevlüt Çavuşoğlu.

| Q. Comment ça ?

Jacques Borde. Dans la marche turque que nous joue le très naqshbandi8 Reccep Tayyip Erdoğan, rien n’est laissé au hasard.

Ainsi, comme l’a relevé Yves Bataille : « La traduction en français de Oruç Reis, le navire sismique turc d’Erdoğan qui recherche illégalement des gisements gaziers dans la zone maritime contestée par la Grèce porte le nom du sultan d’Alger Arudj Barberousse qui ravagea les côtes de la Méditerranée au XVIe siècle. Le Calife de Constantinople a des idées dans la tête et il ne s’arrêtera pas… Il est piquant de voir un Macron monter sur ses ergots pour s’y opposer, le Calife baignant dans une Histoire ancienne que peu connaissent et le Macron plus doué en startups et en bitcoins qu’en géo-histoire et en géopolitique. Macron connait-il l’Histoire de la Méditerranée avec ses turqueries tourmentées ? ».

À l’évidence non.

| Q. L’Occident semble considérer comme acquise, l’OPA turque sur la Libye ?

Jacques Borde. Une guerre n’est jamais finie, tant que ses acteurs – sponsors et commanditaires, bien sûr – n’en ont pas décidé et les armes ne se sont pas définitivement tues. Que les buts de guerre des uns et des autres aient été atteints ou pas.

Ce qui, du côté turc, est loin d’être le cas. Par ailleurs, comme l’a écrit le Pr. Rafaâ Tabib9, interrogé par la revue Conflits :

« … le retrait spectaculaire de l’armée n’est pas ‘proportionnel’ aux revers subis, mais semble être une décision prise à la suite d’une concertation politique entre Haftar et ses alliés régionaux et internationaux. En abandonnant des villes et des tribus qui lui avaient prêté allégeance, Haftar a suscité un profond désarroi au sein même de son camp. Une partie de ses forces déployées dans la Tripolitaine s’est résignée à l’idée que la partition du pays entre d’une part, une région est riche et prospère sous le protectorat égyptien et une zone ouest sans grandes ressources occupée par des forces turques. Par ce retrait, Haftar a préféré garder intactes ses forces en vue de la protection de son territoire à l’est et surtout le croissant pétrolier »10.

Ensuite, « le défi principal des turcs est aujourd’hui de parvenir au maintien d’un minimum de cohésion entre les milices qui constituent les troupes du gouvernement Sarrāj. Ces factions armées qui s’adonnent à des actions de prédation des ressources, de trafics et de rapine, n’hésitent pas à recourir aux armés pour régler leurs conflits »11.

Sans oublier leur partenariat dans la traite négrière de la gauche financiarisée esclavagiste européiste.

Notes

1 Paix, en grec.
2 Ou Forces terrestres turques.
3 Ou Marine de guerre turque.
4 Ou ministre des Affaires étrangères & de la Coopération internationale.
5 Ou ministre de la Défense.
6 Ou ministère turc des Affaires étrangères.
7 Brigadier-général.
8 Soit membre de haut vol de la Tariqa naqshbandiyya, une des quatre principales confréries soufies. Elle tire son nom de Khwaja Shâh Bahâ’uddîn Naqshband, qui est considéré comme son maître, bien que ne l’ayant pas fondée. Abû Ya’qûb Yûsuf al-Hamadânî, né en 1140, et ‘Abd al-Khâliq al-Ghujdawânî, né en 1179, sont les fondateurs des principes de cette voie soufie. Le soufisme compte 41 branches initiales de confréries soufies, dont 40 tirent leurs secrets spirituels de Ali ibn-Abi Talib, le gendre du prophète. Les Soufis expliquent ce fait par cette tradition prophétique (hadith) rapportée par Tirmidhi où Mahomet dit : « Je suis la cité de la science et Ali en est la porte ». L’initiation d’Ali a été faite par le dhikr (évocation, mention, rappel, répétition rythmique, du nom de Dieu) Lâ ilâha illa-llâh, en français : Je témoigne qu’il n’y a pas de divinité autre que Dieu (tawhid).
9 Maître de Conférence à l’Université de La Manouba (Tunisie) et expert auprès de l’ITES.
10 La Libye face au chaos, Conlits n°28, .
11 La Libye face au chaos, Conlits n°28, .

 

A Propos Jacques Borde

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