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Un mauvais coup porté à la Défense

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La question du budget de la Défense pourrait bien devenir, dans les semaines à venir, une pomme de discorde en France, mais aussi entre la France & l’Allemagne. Deux faits nous donnent aujourd’hui des indices de ce qui est en train de se passer.
À la lumière des récentes  annonces du ministre des Armées, Florence Parly, texte particulièrement prémonitoire de Jacques Sapir…

Hier, mercredi 12 juillet, devant la Commission de la Défense de l’Assemblée nationale, le chef d’État-major des armées (CEMA), Pierre de Villiers, a menacé de démissionner si le ministère des Finances persistait dans sa volonté de ponctionner le budget de la Défense de 850 millions d’euros1. Aujourd’hui, jeudi 13 juillet, se tient un Conseil des ministres Franco-allemand, qui a été largement consacré aux problèmes de la défense. La concomitance de ces deux événements indique qu’il y a de sérieuses interrogations, mais aussi un sérieux débat, sur cette question au sein des cercles les plus élevés du pouvoir.

Reprenons la question budgétaire qui a provoqué l’ire – justifiée il convient de l’ajouter – du chef d’État-major des armées (CEMA). Le budget de la Défense se monte à 40,8 Md€, mais, compte tenu des pensions et indemnités, la dépense réelle pour les soldes et les équipements se monte à 32,6 Md€. Cette somme est très insuffisante pour maintenir les forces armées en état dans leur format actuel. En témoignent les problèmes majeurs d’entretien des matériels les plus performants, avions et hélicoptères, mais aussi les retards pris dans le remplacement de matériel hors d’âge, ou simplement dépassés par l’état actuel de la menace. Ajoutons que les opérations extérieures, les fameuses OPEX, mangent de plus en plus l’argent destiné à l’équipement.

J’avais, dans une note précédente publiée à la fin de l’année 2016, estimé à 2,44% du PIB, soit entre 48 et 50 milliards, ce qu’il conviendrait de dépenser pour maintenir en état nos forces armées2. Le général Trinquand, ancien chef de mission militaire auprès de l’ONU et de l’OTAN et qui a contribué à l’écriture du programme Défense d’Emmanuel Macron, qui est intervenu dans l’émission Les Chroniques de Jacques Sapir sur radio-sputnik consacrée au retour du « service national »3, nous avait déclaré hors antenne, à Laurent Henninger (qui était l’autre invité) et à moi-même, que le président s’était engagé à porter les crédits de la Défense, hors pensions, à 50 Md€ rapidement. Je n’ai aucune raison de remettre en cause les propos du général Trinquand, propos qui me semblaient logiques, et qui témoignaient en apparence de ce que Emmanuel Macron avait bien pris la mesure des problèmes budgétaires de la Défense.

Mais, ce qui ressort de l’audition du chef d’État-major des armées (CEMA), Pierre de Villiers, est qu’il était extrêmement en colère suite à l’annonce de nouvelles coupes dans son budget, coupes annoncées par le ministre en charge, M. Darmanin. Cela fait des années que les gouvernements, ceux de Nicolas Sarkozy comme ceux de François Hollande, jouent sur des effets d’annonce et dont des budgets « insincères ». Ici, la coupe est pleine.

Or, au même moment où se déroulait ce petit drame, hélas bien français, se tenait à l’Élysée un Conseil des ministres franco-allemand, largement consacré aux problèmes de Défense. On devine qu’à cette occasion Emmanuel Macron a cherché à faire prendre ses responsabilités à l’Allemagne, soit en contribuant directement aux opérations au Sud de la zone sahélienne, soit en contribuant cette fois financièrement aux dépenses budgétaires. L’Allemagne a bien accepté la mise en place d’un embryon d’Europe de la Défense, mais elle en limite drastiquement le budget. Il est très probable que la Chancelière, Mme Merkel, se contentera de réponses dilatoires. Elle ne veut pas se lier les mains sur cette question et sait pertinemment – peut-être à la différence de son interlocuteur – qu’il en va de la souveraineté de son pays. Or, Mme. Merkel, et je serai le dernier à le lui reprocher, se fait une très haute idée de la souveraineté de l’Allemagne. On peut regretter qu’Emmanuel Macron ne se fasse pas, lui, une très haute idée de la souveraineté de la France.

Non seulement il y a peu à attendre que la question budgétaire, mais plus généralement l’Allemagne préférera jouer la carte de la dissuasion nucléaire américaine que d’accepter de s’en remettre à une dissuasion « élargie » de la part de la France. Cela signifie qu’il ne faut rien attendre de ce côté.

Le drame est que les nouvelles restrictions budgétaires, venant après tant d’autres, vont toucher l’os, déjà dépourvue depuis ces derniers mois de la moindre chaire. Ce qui se joue aujourd’hui, et ce qui explique la colère et le « coup de gueule » poussé par le général de Villiers, c’est à la fois l’avenir de la Défense et la crédibilité des engagements gouvernementaux sur ce point. Il est à craindre que le gouvernement suive la pente du plus aisé, et s’abrite sous des déclarations ronflantes pour mettre en œuvre une politique dont les conséquences pourraient être tragiques. Ce faisant, il se comporterait comme ses prédécesseurs, et il enterrerait – pour ceux entretenant encore quelques doutes – l’idée que l’on puisse faire de la politique autrement…

Notes

1 Les Échos.

2 Voir Sapir J., Une défense au rabais n’est pas une défense, note publiée sur RussEurope le 21 décembere 2016, .

Sputnik .

 

© RusseEurope http://russeurope.hypotheses.org/6143.

 

A Propos Jacques Sapir

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