Syndrome

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C’est l’histoire de Sophie, Sophie Pétronin, française, 75 balais aujourd’hui, partie voici quelques années exercer une action humanitaire au Mali dans le cadre de l’aide à l’enfance.

Jusque-là rien à redire si ce n’est qu’elle connaissait les risques encourus à l’heure de se rendre dans cette région d’Afrique à haut risque terroriste où, comme beaucoup d’autres activistes d’ONG avant elle, elle a évidemment fini, en 2016, par se faire enlever, capturer et emprisonner par des rebelles.

Depuis 4 ans, son cas fait l’objet d’intenses tractations diplomatiques entre la France et le Mali qui ont finalement abouti cette semaine par sa libération saluée en grandes pompes par l’Élysée. Or donc, la brave dame a-t-elle atterri ce jour sur le tarmac hexagonal en compagnie de son fils qui faisait depuis tout ce temps le tour des plateaux de télévision en réclamant l’intervention de l’État et le retour à n’importe quel prix de sa maman souffrant selon lui d’une très grave maladie.

À sa descente du Falcon affrété aux frais de la République, Sophie paraît étonnamment en bonne santé pour une prisonnière en danger de mort qui vient de passer 4 ans dans les geôles de castards ayant la fâcheuse réputation de tuer, de torturer, d’affamer, de violer et de violenter femmes et enfants. Comme on l’imagine, les retrouvailles de la malheureuse avec sa mère patrie et son estimé président venu l’accueillir personnellement déclenchent derrière les caméras une vive émotion et un grand élan de sympathie.

Le conte de fées s’arrête toutefois là quand on apprend qu’au cours de cette longue captivité, Sophie, qui porte le voile à sa descente d’avion, s’est convertie à l’islam, cette religion de paix et d’amour qui l’a visiblement, à l’entendre dès son arrivée réciter ses versets, un peu plus épanouie.

« Je suis dans l’acceptation de ce qui m’est arrivé. J’ai vécu ce long enfermement comme une épreuve enrichissante. Pour le Mali, je vais prier, implorer les bénédictions et la miséricorde d’Allah, parce que je suis musulmane ».

Et d’ajouter: « vous dites Sophie, mais c’est Maryam que vous avez devant vous ».

Si, si, on a beau se pincer mais l’histoire abracadabrante s’assimilant pour certains au syndrome de Stockholm ne s’arrête pas là : à la stupéfaction générale et plus particulièrement de millions de Français, elle dit vouloir, après avoir retrouvé sa famille, « retourner le plus vite possible au Mali » pour reprendre son apostolat.

Cette farce prêterait à sourire si pour la ramener à la maison, la France n’avait, colportent déjà certains médias, payé la rançon et sorti un gros chèque de plusieurs millions de dollars – on ne le saura sans doute jamais puisque ce genre de tractation relève du Secret Défense – tout en entérinant la décision du gouvernement malien de libérer en échange plusieurs centaines d’islamistes dont une belle brochette de djihâdistes ayant semé la terreur et tourné leurs armes en direction de… l’armée française déployée au Mali à grands frais d’hommes et de matériel, mais aussi de victimes, pour lutter contre le terrorisme islamiste.

A quatre reprises d’ailleurs, les militaires avaient mené des actions dans quatre endroits différents pour retrouver Sophie, pardon Maryam, en faisant à chaque fois chou blanc. En vérité, nul n’a jamais très bien su où elle était détenue, la prisonnière déclarant d’ailleurs sans rire aux journalistes accourus recueillir sa confession qu’elle se trouvait « hors du temps et de l’espace ».

A voir, au moment de prendre congé, la mine de Macron, qui finira un jour par jouer du tambour avec une flûte, cette journée qui s’annonçait radieuse se terminait en eau de boudin.

Enfin si l’on ose dire puisque tout ça se passait vendredi, jour de la prière.

Élysée, France, Pétronin, Al-Qaïda, Mali,

A Propos Jacques Borde

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