Avec Biden : des Durs aux commandes. Mais… [1]

| É-U | Présidentielles 2020 | Questions à Charlotte Sawyer & Jacques Borde |

Curieusement, surtout de ce côté de l’Atlantique, le cloaca mediatica maxima germanopratin semble assez peu s’intéresser à ceux qui sont plus que susceptibles d’entourer Joe Biden. Une discrétion de bon aloi, si l’on peut dire, les noms prêts à sortir du chapeau appartenant tous à l’aile dure des administrations Clinton puis Obama. Y compris, à la tête de la CIA, l’homme qui aurait inspiré, disent de bien mauvaises langues, à Obama sa guerre des drones. Partie 1.

« Bien que Donald Trump n’ait pas encore concédé sa défaite, Joe Biden est en train d’annoncer la composition de son cabinet. Sans surprise, ce dernier à nommé son ancien assistant Antony Blinken comme chef de la diplomatie américaine. Par ailleurs, le poste clé de conseiller à la Sécurité nationale reviendra à Jake Sullivan, l’ancien chef de cabinet adjoint d’Hillary Clinton lorsqu’elle dirigeait le Département d’État. Sous la présidence Obama, Blinken a joué un rôle central dans la désastreuse guerre de changement de régime en Syrie, tandis que Jake Sullivan fut l’un des principaux artisans de la diplomatie catastrophique d’Hillary Clinton dans le dossier libyen. Comme nous l’avons documenté, Biden s’était opposé à la guerre en Libye et à toute intervention directe des États-Unis en Syrie, n’étant pas favorable au soutien des rebelles anti-Assad. La question centrale est alors de savoir si Blinken, Sullivan et d’autres faucons tenteront d’influencer Biden en faveur d’une politique étrangère plus belliciste. Voici des éléments de réponse, sachant que l’ancien Vice-président américain était le plus farouche opposant au militarisme d’Hillary Clinton sous l’ère Obama ».
Maxime Chaix, sur Deep-News.media.

« Trump n’a pas déclenché de guerre, il a signé des accords de paix qui n’étaient pas négligeables, il a redressé l’économie. Il y a une haine dans les media français de Trump qui est délirante ».
Luc Ferry.

| Q. En matière de géopolitique et de géostratégie, on a une idée des personnes que choisira Biden ?

Jacques Borde. On commence. Et, de manière assez précise, cela donne un retour en grâce du Deep State.

Charlotte Sawyer. En fait, Joseph Joe Robinette Biden envisagerait une équipe plutôt belliqueuse et intimement liée au complexe militaro-industriel, en fait. Les noms sortant ou prêts à sortir du chapeau ont tous appartenu à l’aide dure des administrations Clinton puis Obama. Y compris, à la tête de la CIA, celui qui aurait inspiré, disent de bien mauvaises langues, à Obama sa guerre des drones.

Pas vraiment des enfants de chœur. Ni des Bisounours, comme vous dites.

| Q. Comment ça ?

Jacques Borde. La première candidate de Biden au poste de US Secretary of Defense serait Michèle Angelique Flournoy, ancienne de l’administration Obama. Surnommée 72 Hours Lady. La dame a appelé à accroître la puissance militaire américaine en Extrême-Orient et a averti que les États-Unis devraient « couler tous les navires de guerre, sous-marins et navires marchands chinois dans la Mer de Chine méridionale en 72 heures ». D’où son surnom.

Mais derrière ce trait un peu excessif, diront certains, se tient une excellente spécialiste de la chose militaire. En effet, Michèle A. Flournoy n’est pas un nouvelle-venue dans le secteur de la Défense, elle fut auprès de William J. Clinton Principal Deputy Assistant Secretary of Defense for Strategy puis Threat Reduction & Deputy Assistant Secretary of Defense for Strategy.

Chez Obama, Flournoy a occupé  le poste de Under Secretary of Defense for Policy (USDP)1 du 9 février 2009 au 8 février 2012.

Michèle A. Flournoy a enseigné à l‘Institute for National Strategic Studies (INSS) de la National Defense University (NDU), puis devient Senior adviser au Center for Strategic &International Studies (CSIS). En 2007, elle fonde avec Kurt M. Campbell le think tank Center for a New American Security (CNAS) et en assure la présidence jusqu’en 2009. Michèle Flournoy et Kurt Campbell sont les auteurs d’un document d’orientation intitulé The Inheritance & the Way Forward.

Michèle A. 72 Hours Flournoy est également l’auteur de :
How to Prevent a War in Asia, Foreign Affairs (18 juin 2020).
Beyond Goldwater-Nichols Phase III Report: The Future of the National Guard & Reserves, co-écrit avec Christine Wormuth, Clark A. Murdock & Patrick Henry, CSIS Press (juillet 2006).
European Defense Integration: Bridging the Gap Between Strategy & Capabilities, co-écrit avec David R. Scruggs, Guy Ben-Ari & Julianne Smith, CSIS Press (octobre 2005).
Beyond Goldwater-Nichols: Defense Reform for a New Strategic Era: Phase I Report, co-écrit avec Clark Murdock, Christopher Williams & Kurt Campbell, CSIS Press (mars 2004)
Nuclear Weapons After the Cold War: Guidelines for U.S. Policy. Harpercollins College Div. (août 1992) ISBN 978-0065011289.

| Q. Et pour les Affaires étrangères ?

Jacques Borde. Joe Biden a choisi au poste crucial de US Secretary of State, Antony John Tony Blinken. L’homme connait parfaitement la maison. En effet, il a été :

1- de 2009 à 2013, Deputy Assistant to the President & National Security Advisor to the Vice President.
2- Deputy National Security Advisor de 2013 à 2015.
3- Deputy Secretary of State de 2015 à 2017.

Lui, qui sera chargé à partir du 20 janvier 2021de mener la diplomatie américaine, fait partie des durs au plan géostratégique. En effet, Blinken aura successivement :

1- soutenu Jérusalem lors de la Guerre de Gaza de 2014. Position qui avait de nombreux adversaires résolus à Washington, beaucoup l’oublient.
2- soutenu l’intervention en Libye de 2011.
3- soutenu la fourniture d’armes aux rebelles syriens (sic). Comprendre : Al-Qaida et Jabhat an-Nusrah li-Ahl ach-Chām2. À noter que Tony Blinken est donné pour être un parfait francophone. Mes estimés confrères (sic) pourront donc lui demander si, comme Laurent Fabius, il pense qu’Al-Nosrah a fait du « bon travail » en Syrie.
4- lourdement appuyé au Yémen la via factis du Prince héritier et ministre séoudien de la Défense, S.A.R Mohamed MBS Ibn-Salmān Āl-Séʻūd,

Blinken précisera même : « Dans le cadre de cet effort, nous avons accéléré les livraisons d’armes, nous avons accru notre partage de renseignements et nous avons créé une cellule conjointe de planification de la coordination dans le centre d’opérations séoudien »3.

Là, ceux qui prédisent des tensions entre Riyad et Washington se trompent peut-être. En revanche à attendre un (gros?) clash sur l’Iran avec l’administration Nétanyahu.

| Q. Sur quel dossier ?

Charlotte Sawyer. Le nucléaire irianien. Le Premier ministre israélien, Binyamin Bibi4 Nétanyahu, a averti que « nous ne devons pas revenir à l’accord nucléaire de 2015 » avec l’Iran. Or c’est précisément ce qu’a prévu de faire, ou en tous cas d’essayer, Anthony Blinken, qui était dans l’administration Obama lorsque le Joint Comprehensive Plan of Action (JCPoA)5 – Barnāme-é Jāme-é Eqdāme Moshtarak (BARJAM) pour les Iraniens –, a été conclu.

Jacques Borde. Finalement, Biden a écarté Susan E. Rice, une proche des Néoconservateurs. Pourtant une dure parmi les durs. Rice ayant, notamment, appelé à plusieurs reprises à des frappes contre la Syrie.

Charlotte Sawyer. Susan E. Rice est ambassadeur auprès des Nations-unies de 2009 à 2013. Puis, Rice passe au poste d’Assistant to the President for National Security Affairs (APNSA)6, un des principaux advisors du président des États-Unis qu’il conseille sur toutes les questions relatives à la Sécurité nationale. Rice était donc membre du Bureau exécutif du président des États-Unis et le plus haut membre du National Security Council (NSC) des États-Unis.

Jacques Borde. Nouveau revers pour Susan E. Rice. Biden avait envisagé un court temps de faire d’elle sa candidate à la vice-présidence pour 2020, avant de choisir finalement l’ultra-gauchiste Kamala Harris.

A été été choisi un Hispanique (un Cubano-Américain plus précisément) Me. Alejandro N. Mayorkas, comme Secretary au US Department of Homeland Security (DHS)7. Mais, pas de bouleversement non plus, c’est, avant tout, un homme du sérail : Me. Mayorkas a été Deputy Secretary du DHS du 23 décembre 2013 au 31 octobre 2016.

Futur patron possible de la CIA, Michael Joseph Mike Morell, avait appelé publiquement lors de l’émission télévisée de Charlie Rose à « faire payer le prix de la Syrie aux Russes et aux Iraniens ». En réponse à la question de Rose « cela signifie-t-il tuer les Russes et les Iraniens » ? Morell avait répondu : « Oui, secrètement ».

| Q. Intéressant le bonhomme, vous pouvez développer ?

Charlotte Sawyer. Oui. Michael J. Morell, est Deputy Director of the Central Intelligence Agency (DD/CIA)8 entre 2010 et 2013. Ainsi que son Acting Director (D/CIA), à deux reprises par intérim, d’abord en 2011, puis de 2012 à 2013. Depuis 2013, passé dans le privé, il conseillait la société de conseil stratégique Beacon Global Strategies. Morell est connu pour avoir critiqué le rapport de 2014 du US Senate Select Committee on Intelligence (SSCI) sur l’utilisation par la CIA de Enhanced interrogation techniques9, que beaucoup considèrent comme de la torture. Notamment le Waterboarding.

Morell est également partisan des Targeted killing10 par drones, qui furent un des marqueurs de l’administration Obama. Sera-ce à nouveau le cas Biden regnante ?

Jacques Borde. Dans son entretien sur CBS News à Charlie Rose, Morell prenait publiquement position en faveur d’une ligne dure à opposer aux Russes et aux Iraniens sur le front syrien, en appelant clairement à faire tuer des Russes et des Iraniens en Syrie de manière discrète (sic). Extraits :

-Michael Morell : « Lorsque nous étions en Irak, les Iraniens donnaient des armes aux militants chî’îtes, qui tuaient des soldats américains (…). Les Iraniens nous ont fait payer. Nous devons faire payer aux Iraniens en Syrie. Nous devons faire payer aux Russes ».
-Charlie Rose : « Leur faire payer en tuant des Russes ? ».
-Michael Morell : « Oui (…). Il faut le faire de manière secrète, donc vous ne dites pas au monde que vous le faites, vous ne vous tenez pas debout au Pentagone en disant ‘on l’a fait’. Mais vous vous assurez qu’ils le comprennent à Moscou et à Téhéran ».

Charlotte Sawyer. Là, je pense que les Iraniens, Ali Khâmeneî en tête, se bercent d’illusions en misant sur le tandem Biden-Harris pour réactiver en l’état l’accord sur le nucléaire iranien (JCPoA), signé à Vienne,  le 14 juillet 2015.

Les noms des nominés arrivant progressivement, ceux cités dans cet article ne seront pas forcément tous ceux choisis par Joseph Joe Robinette Biden, Jr. Tiens, j’ai oublié de vous parler de ce cher Jake Sullivan. On verra ça une autre fois.

[À suivre]

Notes

1 Ou Sous-secrétaire à la Politique de Défense.
2 Ou Front pour la victoire du peuple du Levant, ou de manière abrégée Front al-Nosra.
3 Texte original : « As part of that effort, we have expedited weapons deliveries, we have increased our intelligence sharing, and we have established a joint coordination planning cell in the Saudi operation centre ».
4 Surnom donné, tant par ses adversaires que ses partisans, à Binyamin Nétanyahu, et peu apprécie par celui-ci, dit-on. Qui se consolera en se disant que feu le maître-espion, Rafaël Eitan Hanitman, plus connu sous le nom de Rafi Eitan, lors de son passage dans la Pal’Mach, suite à sa chute malencontreuse dans un trou d’égouts, reçut, à cette mémorable occasion, le surnom de Rafi, le puant. Surnom dont il ne réussira jamais à se défaire.
5 En français Plan d’action global commun (PAGC).
6 Ou conseiller à la Sécurité nationale.
7 Créé officiellement le 27 novembre 2002 par le Homeland Security Act (Loi sur la sécurité intérieure) à l’initiative du président George W. Bush, en réponse aux attentats du 11 septembre 2001. Son objectif est d’organiser et d’assurer la sécurité intérieure du pays. Il regroupe 22 agences fédérales liées à la sécurité du pays, notamment la US Coast Guard, le Secret Service, la Federal Emergency Management Agency (FEMA, Agence fédérale des situations d’urgence), la Transportation Security Administration (TSA, Administration de sécurité du transport, le US Customs & Border Protection (CBP, à la fois les douanes & les gardes-frontières)…
8 Ou directeur adjoint de la Central Intelligence Agency.
9 Ou Techniques d’interrogatoire renforcé.
10 Ou Tueries ciblées.

 

A Propos Jacques Borde

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