2021 : Quelle(s) guerre(s), Quelle(s) Paix ? [1]

| Géostratégie | Questions à Charlotte Sawyer & Jacques Borde |

Les stratèges, qu’ils soient de la guerre classique ou de la terreur, pas toujours mais majoritairement takfirî de nos jours, ne s’embarrassent guère du passage d’une année à l’autre. En 2021, le déclencheur pourrait être davantage le Deep State étasunien qui pourrait profiter de la transition à venir à la Maison-Blanche pour lâcher ses chiens de guerre sur ses ennemis de toujours (Iran en tête). Sans parler des guerres diverses & variées déjà en cours. Ainsi, au Sahel, la France vient de perdre cinq de ses soldats en une semaine. Partie 1.

« Encore 2 soldats français tués au Mali. 100.000 Maliens vivent en France dont la moitié ont moins de 30 ans, en âge de se battre ».
J.Y. Irdnael.

« Si Tous les Maliens de France emmenés par les Traoré retournaient défendre leur pays, la force Barkhane en mission à-bas pourrait utilement rentrer en France pour remettre utilement de l’ordre dans l’Hexagone. Pourquoi donc se compliquer tellement la vie (hormis le fait qu’au Niger voisin, il faille protéger surtout les réserves d’uranium indispensable au nucléaire français) ? ».
L’Objecteur Médiatique.

« La France a perdu deux de ses enfants. Je rends hommage à la force de l’engagement du sergent Yvonne Huynh et du brigadier Loïc Risser, du 2e Régiment de hussards de Haguenau. Ils incarnent l’honneur et la bravoure des hussards de Chamborant. Mes pensées vont à leurs familles ».
Florence Parly, ministre français des Armées.

« Profonde tristesse à l’annonce des décès au combat du sergent Yvonne Huynh et du brigadier Loïc Risser du 2e Régiment de hussards, dans le cadre de l’opération Barkhane. Pensées émues de toute l’armée de Terre pour leurs familles, leurs proches ainsi que pour leur camarade blessé ».
Général d’armée Thierry Burkhard, chef d’état-major de l’armée de Terre.

| Q. La LDNA qui remet en cause la manière dont sont morts nos Hussards au Mali…

Jacques Borde. J’ai vu passer ça. C’est le traditionnel onanisme panafricaniste de la Ligue de Défense noire africaine (LDNA), qui affirme, se référant à Afrique media, que, je cite : « les deux terroristes militaires français étaient bourrés dû aux fêtes et se sont tir&s eux-mêmes dessus. Ça craint ! Il faut vite que Emmanuel macron rapatrie les troupes du Mali. les africains régleront seuls leurs problèmes ! ».

Chiche, les zozos de la LDNA : vous vous cassez quand au pays pour vous battre pour lui ? Car, oui : pourquoi, nos jeunes soldats se battent-ils à votre place ? Parce que vous n’êtes pas assez burnés pour le faire ?

| Q. Que penser de ce débat autour des relations israélo-arabes ? La paix : elle avance ou pas ?

Jacques Borde. Indubitablement. Le débat est surtout rhétorique : entre ceux qui nous parlent de normalisation, et d’autres d’officialisation, en fait.

Historiquement et chronologiquement, les Accords de Camp David signés le 17 septembre 1978 entre Le Caire et Jérusalem, par le président égyptien Anouar el-Sadate, et le Premier ministre israélien Menahem Begin, sous la médiation du président des États-Unis, Jimmy Carter, furent suivis, le 26 mars 1979, par un traité de paix entre ces deux États. Seize ans plus tard, l’exemple égyptien est suivi par le royaume de Jordanie (26 octobre 1994). Ce sont les premières normalisations. Depuis, la liste des pays arabes suivant ce chemin s’est enrichie de quatre nouveaux membres : Émirats Arabes Unis, Bahreïn, Soudan et le jeudi 10 décembre, le Maroc.

Donc indubitablement, les choses avancent sur la voie mal-carrossée de la paix. Le souci de ces avancées, c’est que :

1- elles résultent de la seule volonté de l’encore président des États-Unis, Donald J. Teflon Trump.
2- elles sont – parce que jugées trop à l’avantage de Jérusalem par l’aile gauche (pour ne pas dire antisémite) du camp démocrate – dans le collimateur du tandem Biden-Harris, dont la ligne en matière de relations internationales semble surtout de défaire tout ce que Trump aura fait.

Quant à la teneur même de ces relations, force est de reconnaître que, mis à part l’Égypte, les États cités avaient, déjà, des relations non-officielles avec l’État hébreux. D’où le terme d’officialisation que préfèrent certains observateurs. Ce qui, quant au fond lui-même, change peu de choses, la paix, ou plutôt la pax americana, avance…

| Q. Et ce qu’en des temps plus anciens, on nommait le Front du refus ?

Jacques Borde. De jure, il n’existe plus. De facto, c’est autre chose.

| Q. Vous voulez parler des ennemis d’Israël ?

Jacques Borde. Oui, qui sont toujours là. Mais, certains, dans des postures plus attentistes qu’autre chose.

Aux frontières mêmes d’Israël, le Harakat al-Muqâwama al-‘islâmiya (HAMAS)1 et sa branche armée Katā’ib Izz al-Din al-Qassam (Brigades Ezzedine Al-Qassam)2 ne conduisent, semble-t-il, que des actions limitées. Par là, je veux dire : n’offrant pas l’ampleur suffisante pour que Tsva Haganah Ley’Israel (IDF)3 lance une 4ème Guerre de Gaza. Quant au Harakat al-Jihâd al-Islami fi Filastīn (JIP)4, bien que plus aligné sur Téhéran, il ne franchit pas davantage les lignes rouges définies par Jérusalem.

Mais tout ceci pourrait changer en fonction du nom du prochain président des États-Unis et de l’approche de la situation qu’auront, en Iran, le Rayis Jomhur-é Irān5, le Dr. Hassan Fereydoun Rowḥâni, mais surtout le Rahbar-é Enqelâb6 (guide de la révolution), l’Ayatollah Sayyed Ali Hossaini Khâmeneî, celui-ci gardant la haute main sur le Nirouy-é Ghods7, chargé des opérations noires contre les ennemis de l’Iran.

Je suis, personnellement, assez dubitatif quant à une amélioration – autre qu’à très court terme – des relations Téhéran-Washington en cas de l’arrivée aux affaires du couple Biden-Harris.

| Q. Et une remise sur les rails de l’Accord de Vienne ?

Jacques Borde. Quasi-impossible, je n’y crois guère. L’accord sur le nucléaire iranien ou Joint Comprehensive Plan of Action (JCPoA)8 – Barnāme-é Jāme-é Eqdāme Moshtarak (BARJAM) pour les Iraniens – signé à Vienne le 14 juillet 2015 par les pays du 5+1 (les cinq membres permanents du Conseil de sécurité : États-Unis, Russie, Chine, France, Royaume-Uni + Allemagne) ainsi que l’Union européenne (UE), portait la marque d »un époque qui n’est plus. Et, à peine l’encre sèche, il était déjà dépassé.

Même l’Iran admet qu’il « reviendra à l’application complète [de l’accord] seulement s’il est capable de vendre son pétrole et de profiter sans entrave de l’argent de ces ventes ». C’est du moins ce qu’avait indiqué le n°2 du du Vezârat-é Omur-é Khârejé9, Abbas Araghchi10. Autrement dit, pas demain la veille !…

| Q. Au niveau des responsabilités : que répondez-vous à ceux qui remettent en cause le passé colonial de la France, facteur de trouble à leurs yeux ?

Jacques Borde. Outre des erreurs qu’il faut reconnaître et le fait que, par exemple, c’est la France qui a créé l’Algérie, quelques faits matériels sont à rappeler. En quittant l’Algérie, le vilain colonisateur que nous somme a laissé derrière lui, en 1962 : 70.000 km de routes, 4.300 km de voies ferrées, 4 ports, 12 aérodromes, des centaines de ponts, 130 hôpitaux, 31 centrales électriques, des milliers d’écoles.

Bon, bon !

À souligner, parce que c’est récent, l’énorme réactivité du Pakistan – tant l’administration Khan que l’opposition – quant à la question de l’Islam et des Musulmans en France. Islamabad ayant de fortes capacités de nuisance sur la présence et les intérêts français dans la région, notamment en Afghanistan. Tant que le dossier afghan n’est pas soldé, tout ce qui porte un drapeau ou un écusson français est en première ligne face aux sautes d’humeur des gens d’Islamabad. De facto, l’actuel Wazir-e-azam11, Imran Khan, étant totalement dépassé par sa fonction ; la réalité des relations internationales repose, surtout, sur les épaules du Federal Minister for Foreign Affairs pakistanais12, Makhdoom Shah Mahmood Hussain Qureshi.

Là, le souci est que le discours démocrate quant à l’Afghanistan est plutôt celui du Deep State. Soit un maintien de la présence de l’hêgêmon thalassocratique étasunien et non une déflation des troupes en vue d’un retrait total.

Charlotte Sawyer. La seule vraie inconnue, je vous en ai déjà parlé, est l’attitude de Kamala Harris – pas plus Afro-américaine que je ne suis Samoane – qui, de par des origines indiennes, pourrait avoir un tropisme particulier quant au rôle de faiseur de pluie qui reste celui de l’hêgêmon dans cette partie du monde. D’autant que l’Inde est un contrepoids naturel à l’influence de la chine du Zhōnghuá Rénmín Gònghéguó Zhǔxí13, Xi Jinping14.

| Q. Justement aux États-Unis, si le couple Biden-Harris s’installe à la Maison-Blanche, que vont devenir les Antifas ?

Charlotte Sawyer. Primo, rappelons-nous que les guerres peuvent aussi être civiles : c’est vous Français qui parlez, à propos de la nôtre, de Guerre de Sécession. Nous, on fait plus simple : c’est de Civil War dont il est question dans nos livres d’Histoire. Après !…

Jacques Borde. N’oubliez pas les BLM et autres indigénistes africanistes. Je pense que ces idiots utiles du Deep State, tous autant qu’ils sont, continueront – parce que, tout simplement, ils sont payés pour le faire – à saper le camp républicain. Que celui-ci soit pro-Trump ou pas, d’ailleurs. Car l’air de la trahison semble être un refrain fort apprécié dans les rangs du GOP15.

Charlotte Sawyer. Reste que si l’administration Biden-Harris renoue, comme beaucoup le craignent, avec l’aventurisme militaire qui est la marque de fabrique des Démocrates au plan international, que feront nos beaux Antifas ?

1- renouer avec le pacifisme qui les vit dénoncer les guerres du Viêt-Nam et du Golfe ?
2- se coucher devant leurs maîtres et mettre une partie de leurs idéaux au plus profond de leurs poches ?

Jacques Borde. Qui veut prendre des paris sur l’honnêteté intellectuelle de ces gens-là ?

[À suivre]

Notes

1 Mouvement de résistance islamique, l’acronyme signifie également zèle en arabe.
2 Anciennement Al-Moujahidoun al-Philistiniyoun, les Combattants palestiniens.
3 Ou צְבָא הַהֲגָנָה לְיִשְׂרָאֵל; acronyme Tsahal, צה »ל, en anglais, Israel Defense Force.
4 Ou Jihâd islamique palestinien.
5 Ou président de la République islamique d’Iran (RII).
6 Aussi appelé Rahbar-é Moazzam (guide suprême, pas une titulature officielle).
7 Ou Force de Jérusalem, une branche à part entière du Sêpah-é Pâsdâran-é Enqelâb-é Eslâmi (en français Corps des Gardiens de la révolution islamique). Force spéciale en charge des opérations extérieures dévolues aux Pâsdâran. Elle dépend exclusivement du Rahbar-é Enqelâb (guide de la révolution), l’Ayatollah Sayyed Ali Hossaini Khâmeneî (et non du président), un peu comme le Kidon du Mossad reçoit ses ordres du seul Premier ministre israélien (la ressemblance s’arrêtant là).
8 En français Plan d’action global commun (PAGC).
9 Ministère iranien des Affaire étrangères.
10 Qui dirigea le think tank Institute for Political & International Studies (IPIS). Sis à Téhéran.
11 Ou Grand vizir, soit Premier ministre du Pakistan.
12 Ou ministre pakistanais des Affaires étrangères.
13 Ou Guojia-Zhuxi : président de la République populaire de Chine.
14 Surnommé Xi Dada, en français : Oncle Xi.
15 Ou Grand Old Party, le Parti républicain.

 

A Propos Jacques Borde

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