Conte : Encore ! Mais de justesse…

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De la Rigged election1 de l’un (Biden) au vote de confiance à la majorité simple de l’autre (Conte), le camp du bien (sic) & de toutes ces sortes de choses, sauve l’essentiel : il passe un cap incertain. Au-delà, il n’est pas sûr que les mois qui viennent, que ce soit à Washington ou à Rome, soient synonymes de grandes avancées. À voir…

| Q. Vote de confiance, avant-hier, pour Conte : ça s’est passé comment ?

Jacques Borde. De justesse. Certes, le Presidente del Consiglio dei Ministri2, Giuseppe Conte, a préservé l’essentiel : il reste aux commandes. Mais de manière considérablement affaiblie.

| Q. Comment ça ?

Jacques Borde. Conte – surtout en raison du Bye-bye de Matteo Renzi, dont les élus n’ont pas faibli – vient de perdre sa majorité absolue (161 voix) au Sénat et n’a été suivi que par 156 députés, le 19 janvier 2021. La veille, à la Camera dei deputati, c’est à 6 voix que tout s’est joué : 321 pour Vs 259 contre, la majorité absolue étant à 315 voix. 607 Onorevole sur les 630 enregistrés ayant jugé bon de faire leur devoir.

| Q. Justement, à quel jeu joue Renzi ?

Jacques Borde. Officiellement, Matteo Renzi et ses députés (16) jouent la « disponibilité » : ils n’ont pas voté contre mais ont tiré de leur manche le joker de l’abstention. Habile, et pas évident avant le vote. En fait, le (pas du tout) hidden agenda de Renzi – qui, en toute honnêteté, ne cache pas ses ambitions, est :

1- de faire tomber le gouvernement (de) Conte, avec lequel il n’a aucun affect.
2- de se faire appeler par le Presidente della Repubblica Italiana, Sergio Mattarella, pour remplacer Conte. Pas gagné, mais pas impossible.

| Q. Pourquoi « habile, et pas évident » ?

Jacques Borde. Parce que la fidélité n’est pas une vertu très ancrée dans les mœurs politiques italiennes. En l’espèce, Renzi aurait pu être lâché par ses maigres troupes : son parti Italia Viva (IV) ne compte actuellement que 16 membres au Senato della Repubblica. Heureusement pour lui, il n’en a rien été.

| Q. On n’est pas, aussi, dans la cuisine politique italienne ?

Jacques Borde. Si, complètement et classiquement. Le marché des poltrone3 bât son plein.

| Q. Et Conte, maintenant ?

Jacques Borde. Le Presidente del Consiglio dei Ministri, Giuseppe Conte, avec seulement 156 voix rate son coup, d’assez peu malgré tout, et se retrouve par là-même à la tête d’une majorité sénatoriale simple. En revanche, le camp du non n’a réuni que 146 voix. En clair, le Centro destra qui n’a de cesse de réclamer des élections générales où il est (quasi) certain de gagner, fait un peu grise mine. Comme à chaque fois qu’il défie l’administration en place.

En somme, pour Conte, il est urgent de ne rien faire. D’où des palabres poltronesques à n’en plus finir. Mais avec le Centro sinistra pur et dur (si l’on peut dire) et sans Renzi et son Italia Viva (IV). Quant à la démission, réclamée par les ténors du Centro destra, n’en parlons même pas.

| Q. La victoire du Centro destra, en cas d’élections anticipées. Est-ce si certain que ça ?

Jacques Borde. En politique, vous savez, on n’est jamais sûr de rien. Voyez les Rigged elections remportées par Joseph Joe Robinette Biden Jr. !

Toutefois, selon l‘Institut Demopolis, qui a publié son Baromètre politique, si les Italiens étaient repassés aux urnes ce 20 janvier 2021, la Lega, de Matteo Salvini serait désormais le premier parti politique du pays avec 23% des voix. Soit un avantage de 2 points sur le Partito democratico (PD), à 20,08%. Giorgia Meloni et son Fratelli d’Italia (FdI) devenant la troisième formation politique de la Botte, avec 17%. Moins atteint que le pensaient certains, le Movimento 5 Stelle (M5S) dévisse néanmoins à 15,5%. Avec seulement 8%, on retrouve Forza Italia, le parti de l’inamovible Silvio Berlusconi. En queue de peloton, se retrouvent : Liberi e Uguali (LeU), à 3,2% ; Azione avec 2,8% et, en bon dernier Matteo Renzi et son Italia Viva (IV) et ses 2,6%.

| Q. Et en sièges, ou poltrone, comme vous le dites ?

Jacques Borde. Selon la même étude d’opinion, le camembert – pour une Camera dei Deputati de 400 députés4 (dont 245 à la proportionnelle) – nous aurions un Centro destra de 225 députés toisant un Centro sinistra tombé à 164.

Soit en ordre décroissant :

Lega : 108 ;
Fratelli d’Italia (FdI) : 75 ;
Forza Italia (FI) : 38 ;
-Autres Centro destra : 4.

En tampon : 11 députés, dont ceux de Italia Viva (IV), donc une chute nette pour l’ambitieux Renzi.

Le Centro sinistra, tombant alors à :

Partito democratico (PD) : 83 ;
Movimento 5 Stelle (M5S) : 60 ;
Liberi e Uguali (LeU) : 16 ;
-Autres Centro sinistra : 5.

Là, on comprend nettement mieux pourquoi certains se cramponnent aussi fermement à leurs poltrone.

Jusqu’à quand ? Au mieux (ou au pire, tout est une question de point de vue) jusqu’à la fin de la mandature.

Notes

1 Expression utilisé par le camp républicain. En fait, élection truquée.
2 Ou Premier ministre italien.
3 Siège de député ou de sénateur.
4 L’amendement sur la réduction du nombre de parlementaire ne prenant effet qu’à la fin de la législature en cours, par fin naturelle ou par dissolution, la Camera actuelle possède encore ses 630 députés.

 

A Propos Jacques Borde

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