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Paris & Washington : Nouvelles donnes & nouveaux dogmes

| É-U / France | Géostratégie | Questions à Jacques Borde |

Aussi étrange que cela puisse sembler, Il existe une ressemblance entre les gouvernances française & étasunienne. Tant l’administration Macron que l’administration Trump se heurtent à des résistance de leur Deep State (pour reprendre l’expression US). Côté US, Donald J. Trump, est, de toute évidence, confronté à de forts courants contraires. En France, Emmanuel Macron, a les mains beaucoup plus libres. Il lui reste, cependant, pour pouvoir mener une politique internationale conforme à ses vues à se débarrasser de son chef de la diplomatie, Jean-Yves Le Drian, qui, homme d’une vision hollandiste erronée, dépassée & étriquée1, n’a plus rien à faire dans les sphères dirigeantes de la République.

| Q. Vous avez vu que la Russie envisage de rouvrir des bases militaires à l’étranger ?

Jacques Borde. Oui. J’ai vu passer la nouvelle. Mais, à quelques exceptions, je n’y crois guère.

| Q. Pourquoi ?

Jacques Borde. Parce que c’est du discours, de la tension dialectique entre Moscou et Washington. Rien de plus.

En fait, les Russes parlent beaucoup mais, in fine, agissent assez peu. Ou de manière relativement peu efficace, ce qui revient au même. Supposés alliés de premier rang de Damas, ils ont laissé se dérouler littéralement sous leurs yeux la prise de contrôle du premier champ pétrolier de Syrie par les Hêzên Sûriya Demokratîk (HSD)2, proxies avérés des Américains. Mazette, quel exploit !

| Q. Mugabe à l’OMS, ça vous inspire quoi au juste ?

Jacques Borde. (Soupir) À peu près la même chose que le Prix Nobel refilé à Barack H. Obama, si vous voulez le fond de ma pensée. Pas plus que Robert G. Mugabe ne mérite son poste d’ambassadeur de bonne volonté (sic) de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), Obama ne méritait d’être honoré comme il l’a été.

C’est la rançon de notre temps que de donner des colifichets à des personnalités aussi controversées.

| Q. Et vous ne faites aucune différence entre les deux hommes ?

Jacques Borde. Entre Mugabe et Obama ? Non pas du tout. Tous deux ont du sang jusqu’aux épaules et le second n’a pas tenu la majorité de ses engagements. Mugabe a, hélas, tenu beaucoup de ses promesses de campagne faites aux branches les plus radicales de ses partisans. C’est bien là, la seule différence que je fais entre ces deux individus.

| Q. Suivez-vous Marine Le Pen lorsqu’elle nous dit qu’« Il faut laisser les djihâdistes français en Irak et en Syrie où ils risquent la peine de mort » ?

Jacques Borde. Oui, tout à fait. Ça me semble même être le minimum que nous puissions faire…

| Q. Y compris pour des femmes de djihâdistes ?

Jacques Borde. Là encore, oui. Trois choses :

1- beaucoup de personnes pensent la même chose. Relisez donc ce qu’a écrit Rachida Dati sur le sujet. Ou encore les propos très fermes de notre ministre des Armées, Florence Parly.
2- il semble bien que l’administration Macron ne déploie guère d’effort pour récupérer nos terroristes takfirî. Et c’est une excellente chose.
3- je croyais que, dorénavant, était entendu qu’hommes et femmes étaient égaux. Désolé, ça doit jouer dans tous les domaines.

| Q. Que pensez-vous du débat qui oppose le Quai d’Orsay et le Kremlin quant à la responsabilité de Damas dans l’usage d’armes chimique ?

Jacques Borde. Je me demande si, une fois encore, notre diplomatie, visiblement de moins en moins en phase avec l’Élysée, ne prend pas sa vulgate anti-Bachar pour de la réalité.

Les Russes ont remis en question le travail et l’avenir de l’enquête conjointe de l’OAIC sur l’utilisation des armes chimique en Syrie. Ce qui, évidemment, déplaît fortement à Paris. Mais comment pourrait-il autrement alors que, verbatim le Quai d’Orsay lui-même, la Mission d’établissement des faits (FFM) a imputé une partie du recours à du gaz sarin à l’Al-Jayš al-’Arabī as-Sūrī (AAS)3 « sans », et je cite le Quai, « se rendre sur le terrain où peu d’éléments d’information seraient encore disponibles sept mois après l’attaque et où les conditions de sécurité ne lui permettraient pas de travailler ».

Autrement dit la FFM a pondu son rapport sans juger nécessaire de se rendre sur place. Curieuse manière de travailler, vous ne trouvez pas ?

Désolé, mais une fois encore, la circonspection russe se comprend : on lui demande de prendre pour argent comptant des accusations dont la preuve semble plus dogmatique que factuelle.

| Q. Donc, pour vous Paris a tort et Moscou a raison ?

Jacques Borde. Je ne dis pas ça. Ce que je dis, c’est que le travail de la FFM ne semble pas très convaincant et présente des failles béantes. Et que, par là, la position de la Russie repose sur de sérieux doutes. Doutes qu’on ne lèvera pas avec autant d’approximations. Évidemment, ne nous leurrons pas, ce type d’échange aigre-doux entre Moscou et Paris fait partie de la tension dialectique propre au Grand jeu entre puissances…

| Q. Vous n’accablez pas trop le Quai d’Orsay, pour une fois…

Jacques Borde. Non. Vous savez, personne n’est parfait. Je pense que le Quai, maison où j’ai eu quelques amis et où a œuvré Michel Jobert, ce grand gaulliste, a sur-réagi. Cela arrive aux meilleurs.

Mais je pense surtout qu’il est plus que temps qu’Emmanuel Macron donne son congé à l’actuel chef de la diplomatie française, Jean-Yves Le Drian, à qui la Bretagne doit manquer.

| Q. Pourquoi dites-vous ça ?

Jacques Borde. Parce qu’il est évident que les positions exprimées par Le Drian au Quai d’Orsay – sa rocambolesque vulgate anti-Damas, pour commencer – sont de moins en moins compatibles avec que ce nous disent tous les jours Emmanuel Macron et son ministre des Armées, Florence Parly.

Quant à l’empressement malhabile du Quai, c’est aussi le problème d’une information qui va à la vitesse de la lumière.

| Q. Vous trouvez ?

Jacques Borde. Oui. Je vais vous donner un exemple. On a vu surgir sur la Toile une histoire de broderie viking où serait inscrit le nom de… Allah. Bigre !

En fait, toute l’histoire est en fait partie d’un communiqué de presse de l’Université d’Upsalla, où travaille une chercheuse, Annika Larsson. Communiqué nous expliquant que c’est lors de la préparation d’une exposition sur le textile viking qu’est apparue la broderie en question.

Or, à ce jour la découverte (sic) n’a fait l’objet d’aucune publication dans une revue scientifique de référence ou soumise à d’autres experts, avant que les passions se déchaînent sur Internet.

Or, une autre chercheuse, Stephennie Mulder, américaine cette fois, a pointé un certain nombre d’incohérences dans cette découverte.

1- un souci de chronologie d’abord. Le morceau de tissu en question date du XXe siècle, et on nous explique que la calligraphie utilisée pour écrire Allah est du coufique géométrique. Le souci, est que d’après le Pr. Mulder, le coufique géométrique a fait son apparition au moins 100 ans après la fabrication de la broderie.
2- l’inscription Allah n’est pas clairement écrite. En fait, l’historienne suédoise a ajouté, à fin de comparaison semble-t-il, des morceaux d’inscription sur les côtés de la broderie.

Donc pas de quoi fouetter un chat.

| Q. Sinon que se passe-t-il entre les Démocrates et Trump ?

Jacques Borde. Donald J. Trump est simplement en train de rebattre les cartes, quitte à prendre son monde politique par surprise.

Ou, comme l’a fort justement noté Eber Haddad, « Trump serait-il devenu tout d’un coup démocrate ou est-il encore plus fin négociateur qu’on ne le croit ? C’est la lune de miel entre Trump et les Démocrates, Nancy Pelosi, la leader démocrate de la Chambre des Représentants et une de ses plus grandes détractrices, affirme que le Président est sincère sur ses intentions concernant les deux derniers projet de loi ! Elle a déjeuné avec lui et Charles Schumer, le leader démocrate du Sénat, aujourd’hui à la Maison-Blanche, en huis-clos, pour finaliser leurs accords ! Pour les deux derniers projets de lois il s’est appuyé presque exclusivement sur les Démocrates et, réponse du berger à la bergère, a pris ses distances avec son parti, les Républicains, qui lui rendaient la vie difficile ».

| Q. Diriez-vous que Trump s’éloigne des Républicains ?

Jacques Borde. Oui et non. Primo. je vous rappelle que, désormais président, Trump est celui de tous les Américains. Donc, il s’allie avec qui il juge bon de partager sa route de chef de l’État. Que je sache, les Démocrates ne sont ni le crime organisé ni des agents de l’étranger. Même s’ils ont choisi des personnalités ô combien douteuses pour les représenter aux dernières présidentielles.

Mais comme par ailleurs, sondages et ténors démocrates montrent de plus en plus nettement la sortie au clan Clinton…

Secundo. N’inversons pas les rôles, ce sont bien des Républicains, le parti et ses élites (sic) pour être plus précis, qui lardent de coups de couteau dans le dos Donald J. Trump. À commencer par des crapules comme McCain qui a, depuis toujours, le sang de civils innocents sur les mains.

Tertio. De ce fait, c’est bien le GOP qui a choisi de prendre ses distances politiques avec le président. Mais, la trahison, c’est un peu comme les impôts : à un moment il faut bien les payer !

Tout ça pour dire, comme le note encore Eber Haddad, que c’est « … le Parti Républicain [qui] a plus à perdre en s’éloignant de Trump, puisque les élections partielles importantes (Mid term) ont lieu dans un peu plus d’un an, que lui en s’éloignant d’eux. Les Républicains, comme Trump n’est pas du sérail et aussi qu’ils ont du mal à le manipuler, se sont ingéniés à lui mettre les bâtons dans les roues, depuis son accession à la présidence montrant ainsi une vision politique à très court terme, impardonnable dans cette profession ».

| Q. De la basse politique ?

Jacques Borde. Ou de la haute politique, cela dépend du point de vue. Car comme dit Eber Haddad, « C’est une partie d’échecs de haut vol qui est en train de se jouer en ce moment aux États-Unis et Trump a l’air de bien savoir jouer ses cartes. On ne pourra savoir que dans plusieurs mois qui en sortira vainqueur et, surtout, en quoi le pays en profitera. Les enjeux sont énormes, budget, immigration, etc… Nul ne peut prédire les résultats de ces manœuvres en cours, mais une chose est certaine, ceux qui avaient déjà porté des jugement définitifs et péremptoires sur la présidence Trump, ne sont pas au bout de leurs surprises et se mordront les lèvres en pensant à toutes les certitudes qui ont été élaborées et débitées depuis plus d’un an ».

Cela pourrait, aussi, sceller le sort du Parti républicain. Enfin tel qu’on le connaît aujourd’hui…

| Q. Que penser de la rupture Trump/Bannon ?

Jacques Borde. Plein de choses en fait. Mais, choisissons d’en choquer quelques-uns. Ce split, cette coupure, quelque part, me fait penser au… Hezbollah !

| Q. Au Hezbollah ? Quel rapport ?

Jacques Borde. Je suppose que vous n’avez pas lu l’indispensable Hezbollah : La voie, l’expérience, l’avenir, Beyrouth4, dans lequel le secrétaire général adjoint du Hezbollah, Cheikh Na’ïm Qâssem, a théorisé le discours polémologique de son parti.

Il y rappelle que son mouvement s’est choisi une stratégie dite des Deux parcours. Deux parcours parallèles : celui de l’État libanais et celui du Hezb. Les deux, c’est en tout cas ce qu’explicite Qâssem, visant un même but : la libération du pays5 et la victoire sur le voisin du sud.

Je pense que pour Trump et Bannon, c’est peu ou prou la même chose : ils vont emprunter deux parcours parallèles afin d’abattre le même ennemi : le Deep State et ses hommes liges, républicains ou démocrates, peu leur importe.

Avec comme premier rendez-vous, les Mid terms évidemment. Si Trump tient jusque-là, bien sûr.

| Q. Dites-moi : la lutte est si âpre que ça face au Deep State ? Mais qui a l’avantage ?

Jacques Borde. En ce moment ? Difficile à dire, en fait. Le prisme des media cosmopolites, dans le mauvais sens du terme, déforme pas mal les choses. Là, fin août 2017, je dirai : 40% Trump Vs 60% Deep State. Mais les choses bougent vite et pas toujours dans le sens unique prêché par les media mainstream.

| Q. De quelle manière ?

Jacques Borde. De toute évidence, dès qu’on s’éloigne de la fosse au lions médiatique, des tas de choses sautent aux yeux :

1- l’économie, la vraie, celle qui donne du travail au quotidien aux Américains, se porte infiniment mieux depuis l’arrivée de Trump au pouvoir ;
2- on nous rebat les oreilles des grands noms de Wall street qui retirent leur confiance à Trump (ce qui, entre nous, ne veut pas dire grand-chose) mais, on oublie d’autres grosses pointures comme Boeing qui campent sur leurs positions.
3- l’unreal economy, celle des tycoons6 de la Silicon Valley, est certes omnipotente. Mais, d’un seul tweet, Donald J. Trump, a fait perdre trois milliards (3 Md$US) à l’une de celle qui lui a déclaré la guerre. Alors…

Notes

1 Comme le US Secretary of State, Rex W. Tillerson, de l’autre côté de l’Atlantique.
2 Ou Forces démocratiques syriennes (FDS) en français.
3 Armée arabe syrienne.
4 Albouraq, 2008, 376 p. Titre original : Hizbullah. Al-Manhaj, al-Tajriba, al-Mustaqbal, paru chez Dār al-Hādī, 2008, 423 p.
5 À rappeler que des questions comme celle de Chébaa sont toujours pendantes, sans parler des nouveaux sujets de litige.
6 Nababs.

 

A Propos Jacques Borde

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