Notre-Dame : Objet & non plus Sujet du Kulturkampf !

| France | Kulturkampf | Questions à Jacques Borde |

Un peu de rangement ne nuit pas. La preuve : je viens d e retrouver un inter sur l’Incendie de Notre-Dame-de-Paris, dont je ne saurais vous priver ! Tous en conviennent (sauf une minorité islamo-gauchiste & autres idiots utiles du Takfir, comme d’habitude) : Notre-Dame-de-Paris est une tragédie. Volons, nolens, elle serait même en train de devenir un enjeu véritable. De notre Emmanuel Jupi Macron, aux grandes fortunes du CAC40, de la gauche financiarisée ou pas, en passant par les travées des assemblées & les plateaux TV, tous (beaucoup trop, en tout cas) ont un avis (intéressé?) à donner. Comme l’écrivait Virgile dans l’Énéide : Timeo Danaos & dona ferentes. Pas rassurant, tout ça, mais tellement humain & tellement du Kulturkampf !

| Q. Allons droit au but, l’administration Macron peut-elle faire ce qu’elle veut de Notre-Dame-de-Paris ?

Jacques Borde. En théorie, non. Mais avec un tel exécutif aux commandes, je n’y parierai pas ma chemise. En cette affaire, ne tournons pas autour du pot, la vraie question qui se pose dorénavant est : rénovation ou reconstruction ?

| Q. Pourquoi ?

Jacques Borde. Tout simplement parce que :

Hypothèse 1- la rénovation oblige, alors que.

Hypothèse 2- la reconstruction libère. Et la phrase n’est pas de moi. En l’occurrence, elle libère l’État régalien, et toutes ces sortes de choses, des contraintes dans la forme ou les matériaux.

Or, rien n’oblige à la reconstruction dans la mesure la structure du bâtiment a, espérons durablement, été sauvée, les plans existent, Notre-Dame doit être rénovée. Ce qui, tant de facto que de jure, obligerait l’État à respecter certaines règles et à ne pas faire n’importe quoi. Lisez donc ce qu’en a dit Didier Rykner dans la Tribune de l’Art.

Notamment qu’en l’espèce, s’applique la Charte de Venise1 – que la France a ratifiée, ce
qui l’engage – qui définit les principes de la restauration et impose certaines contraintes à ses signataires.

Dont le respect des « apports valables de toutes les époques à l’édification d’un monument doivent être respectés, l’unité de style n’étant pas un but à atteindre au cours d’une restauration ».

Ce qui veut dire que le si décrié2 Viollet-le-Duc constitue bien un apport valable et licite à Notre-Dame-de-Paris. À rappeler que ses adjonctions à Notre-Dame sont classées au même titre que le reste du monument.

On y lit aussi que la restauration « a pour but de conserver et de révéler les valeurs esthétiques et historiques du monument et se fonde sur le respect de la substance ancienne et de documents authentiques. Elle s’arrête là où commence l’hypothèse ». Donc pour la flèche de Viollet-le-Duc, élément constitutif de la cathédrale depuis plus d’un siècle, les documents authentiques sont légion et… conservés. Il n’y a donc aucune hypothèse possible à ce sujet.

Last but not least, puisqu’il ne s’agit pas d’une « reconstitution conjecturale », selon le terme employé dans la Charte, il n’y a aucune raison d’envisager pour Notre-Dame-de-Paris qu’elle « porte la marque de notre temps ». Et encore moins, comme se plaît à le croire Jupi Macron, qu’on lui applique un quelconque « geste architectural contemporain ».

De plus, l’exécutif n’a pas vocation à être le deux ex machina en ces travaux.

| Q. Comment cela ?

Jacques Borde. Comme l’a rappelé, dans C-dans-l’air, Maryvonne de Saint-Pulgent, le bâtiment appartient à l’Église. De ce simple fait, celle-ci a donc son mot à dire. Sans compter l’avis de la Commission de spécialistes qui doit être obligatoirement consultée par le ministre de la Culture. Bref, ce n’est pas aussi simple pour Macron et Philippe pour prétendre à jouer les bâtisseurs de cathédrales. Non, l’administration Macron ne doit pas nous faire le coup de Notre-Dame-des-J.O. (sic) ! Ce qui, matériellement, n’est pas tenable dans l’agenda mis en avant par l’exécutif.

Tout cela, bien sûr, à condition que le président français, Emmanuel Jupi Macron, ait à l’esprit de respecter us et lois !…

Notez à ce sujet que tous les media systémiques – appartenant tous à ces grands noms du CAC40 intéressés par une reconstruction de Notre-Dame-de-Paris – ont tous pris part en faveur de la reconstruction et non de la rénovation. Grand œuvre où ils seraient plus libres de faire ce n’importe quoi dont tout est à crainde.

Sur ce point, comment ne pas s’inquiéter des propos du Rolling Stone qui nous assène que « toute reconstruction doit être une réflexion non sur la vieille France, ou sur la France qui n’a jamais existé – la France non-laïque blanche – mais sur la France d’aujourd’hui, une France qui est en train de se faire ».

En fait, comme l’a écrit le Pr. Olivier Babeau3, « Notre-Dame court le risque d’être confisquée par notre siècle. La rénovation servant de prétexte de bon aloi pourrait bien n’être que le faux-nez d’une volonté plus pernicieuse de profiter des travaux pour stériliser ce symbole gênant d’une époque que l’on veut oublier. Certains y voient clairement l’occasion rêvée de faire progresser leur agenda révolutionnaire, en transformant le témoin d’un passé haï en une célébration de l’ordre nouveau. Le débat autour du chantier de Notre-Dame est révélateur des fondamentalismes sur lesquels est bâtie notre modernité (…). La seconde obsession contemporaine qui s’exprime dans certaines prises de position est la célébration permanente du progressisme, présenté comme l’aboutissement heureux de l’histoire morale après des millénaires d’errements. L’incendie de Notre-Dame est ainsi transformé en une sorte de nouveau bûcher des vanités. Les Savonarole modernes nous crient de renier nos anciennes passions, d’oublier ces absurdes ferveurs qui ont conduit des gens vivant il y a huit siècles à édifier ces vaisseaux de pierre désormais passés de mode. En réalité il ne s’agit pas d’un combat des chrétiens contre les autres religions, des croyants contre les non-croyants, mais d’une l’opposition entre ceux qui reconnaissent l’importance (et l’existence!) de nos racines, et les apôtres de la nouvelle foi égalitaire. Selon cette dernière, l’ordre ancien doit faire l’objet d’une damnatio memoriae méthodique afin d’y substituer le visage riant d’une modernité inclusive, solidaire, durable et festive ».

On ne voit que trop ce qui pourrait nous attendre Jupi-Macron regnante

| Q. Et vous en concluez ?

Jacques Borde. J’en viens à penser à cette phrase de l’Historien : Timeo Danaos et dona ferentes. Phrase mise dans la bouche de Laocoon par Virgile dans l’Énéide4 (II, 49), qui fait référence au… Cheval de Troie.

| Q. À propos de Notre-Dame-de-Paris, parleriez-vous d’un deux poids, deux mesures médiatique ?

Jacques Borde. Oui. De toute évidence.

Que ce soit à Montluçon, à Auch, à Strasbourg, à Mérignac, à Château Thierry, avant même les premières constatations, les media mainstream titrent toujours « Mosquée en proie aux flammes : acte islamophobe ? ». A contrario, aucun d’entre eux n’ose poser la question qui, pourtant, est sur la plupart les lèvres : « le feu de Notre-Dame serait-il un acte christianophobe ? ».

Que l’hypothèse soit peu probable – plutôt moins probable que d’autres – n’y change rien. Ce, dans la mesure où de nombreuses personnes se posent la question, de quel droit l’occulter de la sorte ?

Pourquoi cette différence dans le traitement de l’information ? Quelle est, au juste, la ligne éditoriale qui nous y conduit ? Quel actionnaire (de poids) la dicte ? Et à qui ?

Quand on regarde le nombre d’église détruites, incendiées, de cimetières cathos et juifs vandalisés, le doute est permis. Comment écarter des hypothèses avant même que le feu soit éteint ? Tout cela laisse place aux questions que nous sommes en droit de nous poser. Y compris toutes celle quant au rôle des media eux mêmes.

Or, comme l’a encre rappelé Eric Zemmour : « Il y a beaucoup de saccages d’églises depuis des mois (…). Sur les réseaux sociaux, il y a des centaines de messages, qui chantent les gloires d’Allah qui a fait brûler Notre-Dame ».

Ensuite, a contrario des certitudes affichées par notre cloaca mediatica maxima, l’enquête, la vraie, avance doucement. Et pour cause, aucune constatation définitive sur place n’a encore pu faite, notamment raison des restrictions d’accès à la cathédrale décidées pour des raisons de sécurité.

[À suivre]

Notes

1 Ou Charte internationale sur la conservation & la restauration des monuments & des sites, fournit un cadre international pour la préservation et la restauration des objets et des bâtiments anciens. Elle a été approuvée par le IIe Congrès international des architectes & des techniciens des monuments historiques, réuni à Venise du 25 au 31 mai 1964.
2 Déjà à l’époque.
3 Professeur d’université et président de l’Institut Sapiens. Il a publié Éloge de l’hypocrisie (éd. du Cerf, mars 2018).
4 Énéide II :49. En français : « Je crains les Grecs, même lorsqu’ils font des présents ».

 

A Propos Jacques Borde

Consulter aussi

2021 : En Guise de fanfare(s) : Un Souk innommable ! [2]

| Occident | Kulturkampf | Questions à Charlotte Sawyer & Jacques Borde | Cérémonie en …

Ce site utilise des cookies. En acceptant ou en poursuivant votre visite, vous consentez à leur utilisation .

Les paramètres des cookies sur ce site sont définis sur « accepter les cookies » pour vous offrir la meilleure expérience de navigation possible. Si vous continuez à utiliser ce site sans changer vos paramètres de cookies ou si vous cliquez sur "Accepter" ci-dessous, vous consentez à cela.

Fermer