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De Yangon à Saint-Charles, cherchez l’erreur ? [1]

| Guerre Vs DA’ECH | Questions à Jacques Borde |

Dans ce qui restait de la torpeur de l’été & au moment où s’ouvrait le procès du premier terroriste intérieur de l’ère DA’ECH, Abdelkader Merah, deux jeunes femmes se faisaient égorger au cri désormais trop connu de Allah U Akbar. Quid novi ? Rien, alors ? Pas tout à fait. En moins d’un mois, confronté à une tentative d’insurrection armée takfirî, le pouvoir birman, incarné tant par Tadmadaw que Daw Aung San Suu Kyi, a : 1- jugulé la révolte ; 2- liquidé quelques milliers de terroristes takfirî ou d’inspiration takfirî ; 3- poussé vers la sortie (sic) entre 500 & 700.000 Rohingyas servant d’eau aux poissons du Harakah Al-Yaqin-ARSA. À ce stade, pas de contrecoup majeur à Yangon ni de jeunes femmes égorgées en attendant leur train. Cherchez l’erreur. 1ère Partie.

« Les fameux… musulmans ‘modérés’ (soi-disant), viennent manifester et prier devant le tribunal, où sont jugés les membres d’une association islamiste radicale !!!
Tiens tiens… je croyais que les… musulmans ‘modérés’ ne se mêlaient pas des affaires des islamistes radicalisés !??? »
Un internaute sur la Toile.

| Q. Avec ce peu de recul, comment jugez-vous ce qui s’est passé à la Gare Saint-Charles de Marseille ?

Jacques Borde. À défaut d’attitude régalienne réellement à la hauteur de l’événement, que nous sommes en plein dans notre désormais coutumière schizophrénie post-attentat. En attendant le suivant à la suite duquel nous répéterons les mêmes gestes, comportements et paroles. Une forme de routine en quelque sorte.

| Q. Comment expliquez-vous la prudence sémantique des autorités sur l’Affaire ?

Jacques Borde. À ce stade, les explications me semblent totalement dépassées vu la nature même de l’interlocuteur. Ce d’autant que vis-à-vis des fronts extérieurs, les propos du chef de l’État de de notre ministre des Armées, Florence Parly, sont beaucoup plus affirmés. Oui, il n’y a pas de gants à prendre avec DA’ECH. « Cet acte pourrait être de nature terroriste mais à l’heure actuelle nous ne pouvons pas l’affirmer », a pourtant estimé le ministre français de l’Intérieur, Gérard Collomb. Ce alors même que les deux jeunes femmes ont été égorgées aux cris d’Allah U Akbar.

Tout cela me semble hors du temps. Mais qu’y puis-je ? Qu’y peut-on réellement, lorsque les autorités les plus concernées – et qui est plus concerné que le ministre tenant les rênes de la lutte contre le terrorisme intérieur ? – en sont à s’interroger sur la nature même de l’acte.

| Q. Et qu’est-ce qui vous choque particulièrement ?

Jacques Borde. La négation des faits me semble absurde, voire même assez peu respectueuse pour les victimes.

| Q. Pourquoi, dites-vous ça ?

Jacques Borde. Parce que

1- même si Al-Dawla al Islāmiyya fi al-Irāq wa al-Chām (DA’ECH, ou ÉIIL) veut dire Émirat islamique en Irak & au Levant, nous ne sommes pas en présence d’un État classique avec lequel nous entretenons des relations mutuellement bénéfiques (à moins que…) ;
2- l’ÉIIL-DA’ECH est non représenté à l’ONU1 ;
3- DA’ECH n’est pas, sauf dernière nouvelle m’ayant échappé, membre du Conseil de sécurité des Nations-unies et ne va pas y nuire aux intérêts de la France ;
4- nous n’avons même pas de relations diplomatiques à compromettre avec lui ;
5- las but not least, nous sommes (censés être) en état de guerre avec DA’ECH.

Alors, à la fin, à quoi riment, ces précautions oratoires ?

À ajouter au dossier le fait que le frère de notre égorgeur de Marseille, Anis Hanachi, a combattu en Syrie, comme l’ont confirmé les autorités italiennes, peu après son arrestation dans le nord du pays.

Il avait « un passé comme foreign fighter [combattant étranger] en Syrie », a indiqué un des responsables du Servizio antiterrorismo del Dipartimento della Pubblica sicurezza (police italienne), Claudio Galzerano, lors d’une conférence de presse à Rome. « Une hypothèse encore à vérifier est que c’est lui qui a endoctriné son frère Ahmed et provoqué sa radicalisation » a précisé, de son côté, le directeur du Servizio centrale anti-terrorismo, Lamberto Giannini.

Ce refus de nommer clairement l’ennemi est difficilement compréhensible. Imagine-t-on un instant Churchill nous dire en 1940-1941, à chaque raid de la Luftwaffe lors de la Bataille d’Angleterre, que « Ce raid pourrait être imputable à l’armée de l’Air de M. Hitler2, mais à l’heure actuelle nous ne pouvons pas l’affirmer ».

On se paye notre tête.

| Q. Une volonté d’épargner les Musulmans ?

Jacques Borde. Peut-être ? Mais épargner qui ? Pourquoi ? Et dans quel but ? Et, surtout, de qui parle-t-on alors ?

Je note que lors d’une conférence sur le terrorisme réunissant les maires des villes d’Europe et de la Méditerranée, l’ancienne ministre de la Justice de Nicolas Sarkozy, Rachida Dati, n’a pas fait dans la langue de bois sur le sujet et prôné des solutions radicales.

| Q. Comment cela ?

Jacques Borde. Livrant le fond de sa pensé aux journalistes de Nice-Matin, celle qui est désormais député européen a rappelé que « Ces dernières années, on a empêché de partir un certain nombre d’individus. Ces gens sont aujourd’hui des bombes à retardement ». Et de partir de l’exemple d’Obama qui « est celui qui a signé le plus d’autorisations ‘d’éliminations’ de terroristes sur les terrains de guerre, notamment par drones (…) Le fait de les retenir sur notre territoire, finalement, aggrave fortement le risque d’attentats à venir (…). Je sais que ce n’est pas politiquement correct de le dire mais ceux qui veulent partir en Syrie ou Irak, non seulement on devrait les laisser partir, mais surtout les empêcher de revenir par tous les moyens dont nous disposons ! Je dis bien par tous les moyens dont nous disposons ».

Propos que Rachida Dati a réitéré sur le plateau de Bourdin-Direct. Je vous confie que cette position est tout à fait la mienne…

| Q. Mais elle n’est, très certainement, pas le cas de tous ?

Jacques Borde. Alors que tous ceux qui ont l’Islam pour foi et n’ont pas, sur ces idées, la même clarté que Mme. Dati quittent la France. Qu’ont-ils à y faire ? Quel intérêt d’ailleurs trouvent-ils à rester dans ce pays d’impiété et de débauche qui est le nôtre ? Après tout, les media ne cessent de nous parler de la volonté du nouvel homme fort d’Arabie Séoudite, SAR Mohamed MBS Ibn-Salmān Āl-Séʻūd, de développer son pays et d’en faire le nouvel eldorado du monde musulman. Et, qu’à cette fin, il manque justement de bras.

| Q. Pour vous tout cette terreur qui nous environne est bien marqué par l’Islam ?

Jacques Borde. C’est en tout cas ce qu’a tenu à nous rappeler Zineb el-Rhazoui, journaliste à Charlie Hebdo, qui après avoir échappé au massacre vit depuis sous la menace d’une fatwa. Que, selon elle, « Le seul dénominateur commun aux terroristes, c’est l’Islam ».

Ou comme le dit Eber Haddad, s’interrogeant sur les « points communs entre tous ces ‘auteurs d’attentats’ ? Ils ont tous perpétré leurs crimes pendant une année à 4 chiffres, aucun d’eux n’est né au XIXe siècle et personne n’est d’origine vietnamienne ».

| Q. Vous êtes d’accord ?

Jacques Borde. Je note, en tout cas, que c’est bien la diaspora musulmane en Europe qui, statistiquement parlant :

1- s’accommode le mieux du terrorisme ;
2- le condamne le moins possible ;
3- lui trouve, à chaque attentat, des excuses ;
4- lui fournit, involontairement ou non, abri, caches et logistique ;
5- lui fournit, pour partie, ses personnels paramilitaires.

Il ne s’agit pas de dire que tout musulman (converti ou non) est un terroriste en puissance, mais il y a bien une spécificité comportementale diasporique sur laquelle il est légitime de s’interroger.

Comparez ces comportements factieux à ceux de nos amis libanais, vous saisirez mieux ce dont je parle. D’une manière plus générale, la majorité des musulmans du Levant, qu’ils soient d’Irak, ou de Syrie ne sont pas avares de leur sang pour combattre la terreur takfirî. Ceux en diaspora osent, en revanche, à peine élever la voix. Lorsque certains d’entre eux, comme Mme. Merah mère, ne prennent pas carrément position pour les terroristes.

Je note, par ailleurs, qui ni Al-Dawla al Islāmiyya fi al-Irāq wa al-Chām (DA’ECH), ni Jabhat an-Nusrah li-Ahl ach-Chām3, ni Al-Jayš al-Fateh (Armée de la conquête)4, ni Al-Qaïda, n’ont pris comme proxies ou alliés de circonstance de groupes terroristes non-musulmans. Et pourtant, relisez les livres5 de Jacques Baud, ça n’est pas le choix qui manque…

| Q. Vous voulez dire que, sur notre rive de la Méditerranée, ceux qui ont une forme de tropisme pour la à 100%  sont des Musulmans ?

Jacques Borde. Non. Rappelons que la porte-parole des Indigènes de la République, qui n’est pas un lobby connoté religieusement, Houria Bouteldja, avait clamé en son temps « Je suis Mohamed Merah et Mohamed Merah c’est moi ».

Ce que je veux dire ce que ce tropisme, cette empathie, ou cette adhésion à la terreur takfirî et/ou aux crimes antisémites ne sont pas des vues de l’esprit. Mais bel et bien des réalités. Et des réalités qui ne touchent pas que des musulmans.

| Q. Mais pourquoi associer Yangon et Saint-Charles ?

Jacques Borde. Parce qu’il semble qu’en raison de son implacable réactivité face à la terreur takfirî, la Birmanie semble un des pays les moins propices à laisser se propager cette forme de terrorisme sur son sol.

| Q. Dans quel sens ?

Jacques Borde. Le terroriste, quel qu’il soit, est un élément qui interagit avec et dans un environnement qui lui est propice d’une manière ou d’une autre. C’est la théorie dite du poisson dans l’eau. Supprimez l’eau – ce qu’a matériellement obtenu, et à moindre coût qui plus est, Tatmadaw dans l’État de Rakhine – vous empêchez le poisson d’agir à sa guise…

Notes

1 Quoique que par l’entremise des pétromonarchies golfique, la question aurait du sens.
2 Jusqu’en 1939, c’est ainsi que la plupart des chancelleries qualifiaient le chancelier du Reich, troisième du nom…
3 Ou Front pour la victoire du peuple du Levant, ou de manière abrégée Front al-Nosra.
4 Coalition articulée autour d’an-Nusrah li-Ahl ach-Chām (Front Al-Nosra), le bras armé d’Al-Qaïda en Syrie. Se compose, pour être complet, de Ahrār ach-Chām (Mouvement islamique des hommes libres du Cham), Jund al-Aqsa (Les soldats de Jérusalem), Liwāʾ al-Haqq, Jayš al-Sunna, Ajnad ach-Chām et de la Légion de Cham.
5 Encyclopédie des terrorismes, Paris, Lavauzelle, 1999, 270 p. (ISBN 2702504493) et Encyclopédie des terrorismes & violences politiques, Panazol, Lavauzelle, 2003, 752 p. (ISBN 270251135X). Lus par l’auteur de ces lignes, évidemment…

 

 

A Propos Jacques Borde

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