Biden : Premiers pas au Levant = Frappes en Syrie !… [4]

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Quelle voie (via) allait choisir le couple Biden-Harris pour son entrée en matière en l’Orient compliqué cher au Général ? Appeler Riyad à la sagesse au Yémen ? Poser des bases nouvelles pour (re)négocier le JCPoA ? Que nenni, dans leur empressement « à rayer de la carte du temps » (pour plagier l’Iranien Aḥmadinežād) toute empreinte trumpienne, M. & Mme. Deep State (si je peux ainsi les nommer) auront choisi la via factis de frappes désordonnées (donc peu efficaces) en Syrie. Pays où personne, à commencer par les Syriens, ne leur a demandé de fourrer leur nez. Retour, donc, aux vieilles recettes obamo-clintoniennes. 2021 : Bonjour la nouveauté ! Partie 4.

« Deux mois de pouvoir et le bidet bombarde en Syrie ! J’apprécie toujours autant leur ‘argument » : ce sont des frappes défensives ! Mais simple question: qu’est-ce que vous et vos larbins foutez encore en Irak ? Vous n’avez pas assez apporter de malheur et de misères à ces peuples ? En clair, cassez-vous d’Irak et des autres pays que vous occupez et laissez les peuples disposer d’eux-mêmes ! ».
Sebastien Hairon.

« On savait que son administration serait mauvaise, mais pas à ce point (…). nous sommes passés de l’Amérique d’abord à l’Amérique en dernier (…). Son premier mois a été le premier mois le plus désastreux de l’Histoire des Etats-Unis. Ils sont antifamille, antiemplois, antiénergie et antifrontières (…). Nous leur avons laissé la frontière sud la plus sûre de l’histoire du pays. Ils l’ont transformée en désastre auto-infligé sous des prétextes humanitaires ; les clandestins affluent par dizaines de milliers… les trafiquants d’enfants, et les cartels les plus vicieux sont de retour (…). Biden a failli à son premier devoir, celui d’appliquer les lois des Etats-Unis ».
Donald J. Teflon Trump,

| Q. Sur le long terme, partagez-vous l’analyse de ceux qui voient désormais dans le Hezbollah une véritable armée et non plus seulement une milice ?

Jacques Borde. D’abord, actu oblige, notons que tout message amène une réponse. Ça n’a guère tardé : la Base Al-Assad (sise en Irak) abritant des troupes US, a été visée par une dizaine d’engins sol/sol.

| Q. Vous pouvez développer ?

Jacques Borde. Oui, Une source militaire irakienne anonyme a confirmé, le 3 mars 2021, que la Base Ain Al-Assad, où sont stationnées des forces américaines, a été la cible d’une attaque avec au moins 10 roquettes.

La source, un lieutenant-colonel de l’armée irakienne semble-t-il, a déclaré à l’Agence Anadolu que « Ce matin, la base a été attaquée avec au moins 10 roquettes Katiousha (…). Les forces américaines sont stationnées dans la base, ainsi qu’un système de défense qui n’a pas été en mesure de neutraliser toutes les roquettes. Nous ne savons pas s’il y a eu des pertes humaines ou matérielles à la suite de l’attaque à la roquette ».

Rappelons que la Base Ain Al-Assad, située dans le district d’Al-Baghdadi, à 90 km à l’ouest de Ramadi (la capitale de la province d’Al-Anbar), est la plus grande base militaire des forces US en Irak.

Pour répondre à votre question quant la nature polémologique du Hezbollah : Le Hezb a, depuis quelque temps déjà quitté le champ technique de la simple milice. Notez qu’il n’est pas le seul dans ce cas.

| Q. Et à qui donc pensez-vous ?

Jacques Borde. Principalement à ses compères dans la lutte contre les organisations takfirî, notamment :

1- le Hizb as-Sūrī al-Qawmī al-Ijtimā`ī (PSNS)1.
2- le Hachd al-Chaabi (PMU)2, justement.

Tous trois ont sous le coude à peu près toutes les composantes des armées de Terre classiques. Y compris des drones armées et des blindés. Probablement même des T-90M, au même standard que ceux livrés à l’Artesh3 ou à l’Al-Jayš al-’Arabī as-Sūrī (AAS)4.

Quant aux effectifs, ils sont, en dépit des pertes consenties, de plus en plus conséquents. Rien que pour le Hach, certaines sources avancent jusqu’à 150.000 hommes sous les drapeaux. Sources à caution quant au nombre, je vous l’accorde. Tout en vous rappelant que la mobilisation populaire chî’îte pour l’Achoura c’est, en étiage bas, plusieurs millions de personnes.

Ajoutons, en ce qui concerne le Hezbollah [libanais, NdlR] des SR militaires des plus performants. Depuis les années 90, ce sont eux qui déterminent les objectifs majeurs des unités combattantes. C’est grâce à sa branche Renseignement que le Hezb a pu tendre une embuscade au brigadier-général Erez Gerstein, le plus haut gradé de Tsahal à tomber au Sud-Liban. Opération qui fut intégralement filmée puis diffusée à vaste échelle.

| Q. Et les Israéliens ?

Jacques Borde. Le discours hiérosolymitain vis-à-vis du Hezb est souvent très ambigu. Certes, il est difficile à Jérusalem d’accorder le statut normatif de force armée au Hezbollah. Mais, sur ce point, les Israéliens sont dialectiquement souvent sur le fil du rasoir.

| Q. Comment ?

Jacques Borde. Le 6 décembre 2009, le Premier ministre israélien, Binyamin Bibi5 Nétanyahu6, prenant la parole devant la Commission des Affaires étrangères & de la Défense de la Knesset, cénacle peu prompt aux approximations et aux billevesées sur les sujets de cette gravité, reconnaissait que « le Hezbollah avait remplacé l’armée libanaise comme force significative ».

Qu’est, alors, polémologiquement une telle « force significative », prise comme challenger de la première puissance militaire du Moyen-Orient ? Et que signifie le fait que « le gouvernement libanais et le Hezbollah sont aujourd’hui imbriqués l’un dans l’autre et ils devront tous supporter les conséquences d’une quelconque violation contre l’État d’Israël »7.

| Q. Quand vous dites les Occidentaux sur ce dossier, ce sont surtout des Américains que vous parlez ?

Jacques Borde. Oui.

| Q. Mais pourquoi l’administration US est-elle si remontée contre Damas ? Finalement, même Riyad a mis de l’eau dans son vin vis-à-vis de Damas ?

Charlotte Sawyer. Ça n’est pas tant Damas que Téhéran – et Moscou, dans une moindre mesure – qui est dans le collimateur de Washington. Et, là, notre changement d’administration n’a que peu de sens.

Jacques Borde. En fait, tout tourne autour de l’arc chî’îte. Et Damas est un élément déterminant au sein de cet arc chî’îte. D’où les frappes effectuées, justement, du côté syrien de la frontière.

J’en veux pour preuve la tournée dans le Golfe (Arabie Séoudite et Qatar) qu’avait effectué en son temps le US Secretary of State, Rex W. Tillerson8. Son objectif était d’apaiser les tensions entre le Qatar et ses voisins. Or, c’est l’Iran qui va rester la toile de fond du périple de Tillerson. Avec un but essentiel : endiguer l’influence de Téhéran au Moyen-Orient. À ce sujet, le secrétaire d’État américain avait été clair, commençant par l’Irak, où l’influence du voisin iranien dérangeait.

Charlotte Sawyer. Du coup, Rex W. Tillerson avait ainsi exigé, le 29 octobre, le départ d’Irak des « milices iraniennes ».

« Les milices iraniennes qui sont en Irak, maintenant que le combat contre DA’ECH touche à sa fin, doivent rentrer chez elles, tous les combattants étrangers doivent rentrer chez eux », avait-il insisté.

| Q. De qui Tillerson parlait-il ?

Jacques Borde. Tillerson, déjà, faisait référence au Hachd Al-Chaabi – formé en 2014, rappelons-le pour suppléer les forces gouvernementales irakiennes face au rouleau compresseur d’Al-Dawla al-Islāmiyya fi al-Irāq wa al-Chām (ISIS/DA’ECH)9.

« Soit ils partent, soit ils intègrent les forces de sécurité irakiennes », une grande partie de ces miliciens étant irakiens, avait précisé un responsable américain.

| Q. Et quel a été l’impact des déclarations US ?

Jacques Borde. Comme aujourd’hui : plus que limité. Le secrétaire général d’Asaïb Ahl al-Haq (AAH), groupe paramilitaire affilié à Hachd al-Chaabi, avait appelé les États-Unis à retirer leurs troupes dans les plus brefs délais du sol irakien. Cheikh Qais al-Khazali avait répondu qu’au contraire, les militaires américains devaient rentrer « chez eux le plus tôt possible ».

Pour sa part, l’influent commandant al-Ameri, un des chefs de l’Organisation Badr, la principale composante d’Hachd al-Chaabi, avait également réagi. Pour Ameri, les forces armées américaines « ne sont pas les bienvenues en Irak ». De son côté, le Premier ministre irakien, Haïder al-Abadi, avait réfuté devant le secrétaire d’État américain, ses propos sur les « milices iraniennes », insistant sur le fait que ses membres étaient… Irakiens.

« Les combattants du Hachd al-Chaabi sont des Irakiens qui ont combattu le terrorisme, ont défendu leur pays et se sont sacrifiés pour vaincre DA’ECH. Le Hachd est une institution dépendant de l’État irakien et la Constitution n’autorise pas la présence de groupes armés hors du cadre de la loi », a insisté Abadi. Son cabinet avait auparavant affirmé qu’« aucune force étrangère » ne combattait en Irak et que « personne n’avait le droit d’interférer dans les affaires irakiennes ».

Quid novi en ce début de 2021 ?

Charlotte Sawyer. Quelques dizaines de GBU semant la mort sur un poste reculé du Hachd al-Chaabi. Et, en retour, des Katioushas labellisées Hachd ! En d’autres termes, le Grand jeu au Levant de continuer de plus belle. Simple question : l’hêgêmon thalassocratique étasunien coaché par M. & Mme. Deep State – si je peux ainsi nommer le couple Biden-Harris – est-il encore à la hauteur d’enjeux de cette taille ?

Notes

1 Parti social national syrien, connu aussi sous le nom donné par la France de Parti populaire syrien, PPS, ou de Parti saadiste ou encore au Liban de Parti nationaliste.
2 Ou Popular Mobilisation Unit/Unité de mobilisation populaire.
3 Armée de Terre iranienne.
4 Armée arabe syrienne.
5 Surnom donné, tant par ses adversaires que ses partisans, à Binyamin Nétanyahu, et peu apprécie par celui-ci, dit-on. Qui se consolera en se disant que feu le maître-espion, Rafaël Eitan Hanitman, plus connu sous le nom de Rafi Eitan, lors de son passage dans la Pal’Mach, suite à sa chute malencontreuse dans un trou d’égouts, reçut, à cette mémorable occasion, le surnom de Rafi, le puant. Surnom dont il ne réussira jamais à se défaire.
6 Commence véritablement sa carrière politique en chapeautant le Yonathan Institute for the Study of Terrorism (portant le nom de son frère, le seul mort israélien du raid d’Entebbe) et qui avait pour but de sensibiliser l’opinion publique sur les questions de sécurité qui touchent Israël.
7 Cité in New Lebanon (7 décembre 2009).
8 Pdg du géant pétrolier ExxonMobil.
9 Ou ÉIIL pour Émirat islamique en Irak & au Levant.

 

A Propos Jacques Borde

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